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Title: Collection de documents dans les langues indigènes, volume troisième - Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa
Author: Bourbourg, L'Abbé Brasseur de
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Collection de documents dans les langues indigènes, volume troisième - Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa" ***

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generously made available by the Bibliothèque nationale
de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)



                               COLLECTION
                DE DOCUMENTS DANS LES LANGUES INDIGÈNES,
         POUR SERVIR A L’ÉTUDE DE L’HISTOIRE ET DE LA PHILOLOGIE
                         DE L’AMÉRIQUE ANCIENNE

                            VOLUME TROISIÈME.

                                RELACION
                         DE LAS COSAS DE YUCATAN
         SACADA DE LO QUE ESCRIVIÓ EL PADRE FRAY DIEGO DE LANDA
                      DE LA ORDEN DE SAN FRANCISCO.



                                RELATION
                               DES CHOSES
                               DE YUCATAN
                            DE DIEGO DE LANDA

            TEXTE ESPAGNOL ET TRADUCTION FRANÇAISE EN REGARD
                   COMPRENANT LES SIGNES DU CALENDRIER
            ET DE L’ALPHABET HIÉROGLYPHIQUE DE LA LANGUE MAYA
      ACCOMPAGNÉ DE DOCUMENTS DIVERS HISTORIQUES ET CHRONOLOGIQUES,
       AVEC UNE GRAMMAIRE ET UN VOCABULAIRE ABRÉGÉS FRANÇAIS-MAYA

     PRÉCÉDÉS D’UN ESSAI SUR LES SOURCES DE L’HISTOIRE PRIMITIVE DU
     MEXIQUE ET DE L’AMÉRIQUE CENTRALE, ETC., D’APRÈS LES MONUMENTS
      ÉGYPTIENS ET DE L’HISTOIRE PRIMITIVE DE L’ÉGYPTE D’APRÈS LES
                          MONUMENTS AMÉRICAINS,

                                   PAR
                      L’ABBÉ BRASSEUR DE BOURBOURG,
       Ancien Administrateur ecclésiastique des Indiens de Rabinal
      (Guatémala), Membre de la Commission scientifique du Mexique,
                                  etc.

                             [Illustration]

                                  PARIS
                        ARTHUS BERTRAND, ÉDITEUR
                          21, RUE HAUTEFEUILLE
              LONDON, TRÜBNER AND CO., 60, PATERNOSTER-ROW
                                  1864

                Saint-Cloud.—Imprimerie de Mme vᵉ Belin.



AVANT-PROPOS


L’essai sur les _Sources de l’histoire primitive du Mexique_, etc.,
qui sert d’introduction à ce volume, nous a été inspiré par le désir
d’éclairer le monde scientifique sur les renseignements précieux qu’on
peut découvrir, pour la connaissance de l’histoire primitive, dans les
monuments américains. Nous dirions que c’est l’amplification ou, si l’on
veut, le développement de l’entretien que nous avons eu à la Sorbonne,
le 2 mai dernier. Invité inopinément par Son Exc. M. Duruy, Ministre de
l’Instruction publique, à parler des _Antiquités du Mexique_, il nous
fut impossible dans une séance, en quelque sorte préparatoire et toute
semée d’incidents de voyage, de donner à cet entretien les développements
que comportait la matière. Mais, s’il est vrai que nous ayons obtenu
quelque succès, nous n’en sommes redevable qu’à la nouveauté du sujet
que nous traitions et à la bienveillance avec laquelle nos auditeurs
l’ont accueilli. Nous les en remercions sincèrement, sans oublier, dans
notre gratitude, M. le Ministre de l’Instruction publique, ni M. Mourier
Vice-Recteur de l’Académie de Paris, à qui nous devons l’honneur d’avoir
été admis à parler en Sorbonne des antiquités de l’Amérique.

Commencée, il y a moins de trois mois, nous ne pensions pas alors donner
à cette introduction l’extension qu’elle a actuellement, ni surtout le
titre qu’elle porte. Nous avions dans l’esprit l’ensemble des faits
dont elle se compose; mais ce n’est guère qu’en les mettant en ordre
et en les rédigeant, que nous avons pu juger clairement nous-mêmes de
l’étendue des conséquences qu’ils entraînaient. Cet exposé n’est donc le
résultat d’aucun système conçu d’avance. Ainsi que dans nos précédents
ouvrages, nous disons franchement ce que nous pensons: nous faisons
connaître les faits, ainsi qu’ils nous apparaissent, sans arrière-pensée,
obscurs quelquefois, quand nous les voyons tels, mais avec le dessein
bien arrêté de les éclaircir à l’occasion. N’appartenant à aucune
coterie scientifique, politique ou religieuse, nous avons toujours
marché et continuerons à marcher avec indépendance dans les voies de
la science. Nous cherchons la vérité et nous la saisirons sans crainte
partout où nous la découvrirons. Qu’on ne s’étonne donc pas du titre de
cet essai. Les vérités historiques que nous y développons, nous avions
cru les entrevoir depuis longtemps; elles nous ont frappé davantage à
mesure que nous avancions dans notre travail, et c’est pour nous une
véritable satisfaction de pouvoir mettre aujourd’hui sous les yeux
des savants français, académiciens et autres, classiques, hellénistes
ou égyptologues, la preuve de l’intérêt que peut offrir l’histoire de
l’Amérique, dans l’ordre spécial de leurs propres études.

L’avenir, un avenir, nous l’espérons, qui n’est pas éloigné, décidera de
l’importance des recherches que nous avons commencées, comme de celle
qu’on doit attacher à l’étude des langues américaines, trop longtemps
négligées des savants: on se demandera bientôt, par exemple, comment
il est possible de faire un cours de philologie générale comparée, en
laissant de côté les langues de presque une moitié du monde. On feint
encore d’ignorer qu’il existe en Amérique rique des langues qui méritent
d’être étudiées tout autant que le sanscrit; car s’il est certain que
c’est du sanscrit que la plupart de celles qui se parlent en Europe sont
dérivées, on devrait commencer à savoir aussi que les éléments qui n’y
dérivent pas de cette langue-mère, ont très-probablement leur source dans
celles de l’Amérique[1]. Les égyptologues trouveront peut-être là ce qui
leur fait défaut dans le copte, et qui sait même si le _Tonalamatl_ ou
Rituel mexicain ne leur offrira pas une clef pour l’interprétation du
prétendu _Livre des morts_? Notre savant ami, M. Aubin, leur tendra à
l’occasion une main secourable.

Quant à nous, nous nous contentons, pour le moment, de les adresser
humblement au _Popol-Vuh_, ce livre sacré des Quichés qui enserre plus
d’un mystère, analogue à ceux du Livre des morts; au _Vocabulaire_,
joint à notre _Grammaire_ de la même langue, ouvrages auxquels nous
ajoutons aujourd’hui la _Relation des choses du Yucatan_, de Landa, objet
principal de ce volume[2]. Cette relation que nous avons copiée l’hiver
dernier aux archives de l’_Académie royale d’histoire_ de Madrid, où
nous avons trouvé un accueil si cordial et si distingué[3], renferme la
nomenclature complète des signes du calendrier maya, qui seront d’une
grande importance pour la lecture des inscriptions incrustées dans les
édifices du Yucatan: aux signes du calendrier et à des détails d’un
grand intérêt sur les mœurs et les usages du pays, sur les fêtes de
l’antique Rituel maya, Landa a eu le bon esprit de joindre les signes qui
constituaient l’alphabet qui, bien qu’incomplet, peut-être, sous quelques
rapports, n’est pas moins d’un intérêt considérable, en ce qu’il est la
première clef des inscriptions mystérieuses, existant encore en si grand
nombre au Yucatan, à Palenqué, à Copan, etc. Nous avons essayé déjà
de comparer ces caractères avec ceux du _Codex mexicain_, nº 2, de la
Bibliothèque impériale et avec le _Codex américain de Dresde_, reproduit
dans Kingsborough, l’un et l’autre écrits en caractères identiques:
malgré le peu de temps que nous les avons eus entre les mains, nous avons
pu y retrouver tous ceux du calendrier, reproduits par Landa, ainsi
qu’une douzaine environ de signes phonétiques. Nous avons donc _lu_ un
certain nombre de mots, tels que _ahpop_, _ahau_, etc. qui sont communs
à la plupart des langues de l’Amérique centrale; la difficulté que nous
avons éprouvée jusqu’à présent à identifier les autres signes, nous a
fait croire qu’ils appartenaient à une langue déjà vieillie ou à des
dialectes autres que le maya ou le quiché; et, néanmoins, un examen plus
attentif du _Codex de Dresde_ nous fera peut-être encore revenir sur
cette manière de voir.

Nous pouvons espérer, d’ailleurs, aujourd’hui des documents plus
complets sur cette matière, soit par la transcription photographique
ou l’estampage des inscriptions du Yucatan, soit par la découverte de
quelqu’un de ces manuscrits que les Mayas, ainsi que les Égyptiens,
renfermaient avec les cadavres dans les cercueils de leurs prêtres.
Ce serait là un des plus précieux fruits de l’expédition, projetée
par le gouvernement, si solennellement annoncée comme le pendant de
l’expédition scientifique de l’Égypte, mais qui, avant même d’être
entièrement constituée, rencontre déjà tant d’obstacles. Nous n’avons
pas voulu, toutefois, attendre jusque-là pour faire participer le public
instruit du fruit de notre découverte. Nous nous sommes empressé de faire
photographier à Madrid la page la plus intéressante du manuscrit de Landa
et nous en avons fait reproduire les caractères sur bois avec tout le
soin possible. Nous les donnons donc tels que nous les avons trouvés,
très-imparfaits sans doute, quand on vient à les comparer à ceux du
_Codex de Dresde_ ou aux _Katuns_ des temples de Palenqué, mais en tout
semblables à ceux du livre écrit par le vieil évêque du Yucatan qui les
copia sans y attacher l’importance qu’ils ont pour nous actuellement.
Dans le _Codex américain de Dresde_, ils sont présentés d’une manière
plus cursive et l’on y reconnaît le travail rapide d’une main habituée
à ce genre d’écriture; sur les murs de Palenqué, dans la régularité des
lignes et la pureté des contours, on retrouve l’ouvrage d’un artiste
habile, et chaque _Katun_ est un petit chef-d’œuvre de sculpture.

A propos du Yucatan, dont ces lettres sont l’alphabet, nous croyons
devoir répéter ici ce que nous avons dit ailleurs: que c’est cette
péninsule, ainsi que les provinces voisines, jusqu’à celle de Soconusco,
inclusivement, jusqu’aux bords de l’Océan Pacifique, qui nous paraît
destinée à donner le plus de résultats aux investigations de l’historien
et de l’archéologue, en Amérique. En admettant que d’autres régions,
sur ce continent, aient joui d’une civilisation au moins égale, c’est
le Yucatan qui en a conservé les souvenirs les plus complets et les
plus faciles à atteindre dans ses monuments: ce qui n’est pas moins
remarquable, c’est que les Yucatèques d’aujourd’hui, dignes successeurs
des antiques Mayas, dont ils ont hérité le génie artistique et le goût
de la science, se distinguent encore entre les habitants de toutes les
provinces du Mexique et de l’Amérique centrale, comme les plus studieux
et les plus lettrés. Isolés dans leur péninsule, ils ont fait ce qu’on
n’a vu que dans la capitale même du Mexique; ils ont publié à diverses
époques des périodiques intéressants, et M. Stephens avait trouvé
dans don Pio Perez, de Peto, et dans le curé Carrillo, de Ticul, des
amis non moins zélés qu’intelligents: c’est, du reste, avec une juste
appréciation du mérite de Pio Perez, qu’à la suite de l’ouvrage de Landa
et de quelques pages de Lizana sur Izamal, nous reproduisons le texte du
calendrier maya, composé par le juge de Peto, tel à peu près que nous
l’avons transcrit du _Registro Yucateco_, durant notre séjour à Mexico,
en 1850.

Dans l’intérêt des études américaines, nous avons cru utile de joindre à
ces divers documents l’_Ecrit du frère Romain Pane_ sur Haïti, opuscule
qui, malgré son extrême imperfection, ne laisse pas de jeter quelque jour
sur les sources de l’antiquité américaine. Nous y ajoutons un abrégé de
plusieurs grammaires yucatèques, et un vocabulaire maya, suivi d’un petit
nombre de mots de l’ancienne langue haïtienne, aujourd’hui entièrement
perdue. Tout cela réuni servira à commencer des études qui ne peuvent
manquer de prendre du développement d’ici à peu d’années, et, s’il plaît
à Dieu que nous puissions revoir le Mexique et visiter le Yucatan, nous
espérons y prendre encore une part assez large.

Il ne nous serait pas possible de terminer cet avant-propos, sans tracer
en quelques lignes la biographie de Landa, à l’occasion de qui ce
livre est offert au public. Diego de Landa, issu de la noble maison de
Calderon, naquit en 1524, à Cifuentes de l’Alcarria en Espagne, et prit,
en 1541, au couvent de San-Juan de los Reyes de Tolède, l’habit de Saint
François. Il fut des premiers franciscains qui entrèrent dans le Yucatan,
où il travailla avec zèle à la conversion des indigènes. Ce zèle,
malheureusement, ne fut pas toujours exempt d’emportement et de violence;
et, à l’occasion d’un _auto-da-fé_, dont il raconte lui-même les détails
(page 104), mais où il ne fit brûler personne, il se vit obligé d’aller
rendre compte de sa conduite en Espagne, comme ayant usurpé, en cette
circonstance, les droits épiscopaux. Mais il fut absous par le conseil
des Indes, et il retourna au Yucatan comme deuxième évêque de Mérida, en
1573; il y mourut en 1579, âgé de cinquante-quatre ans.

Landa a passé tour à tour pour un saint et pour un odieux persécuteur.
Suivant Cogolludo, son premier biographe[4], il mourut en odeur de
sainteté, et, d’après une autre biographie, insérée comme appendice à la
seconde édition de l’ouvrage de Cogolludo, publiée à Campêche, en 1842,
il est stigmatisé comme un homme fanatique, extravagant et cruel. Mais
si les circonstances et les temps font les hommes, les circonstances et
le temps sont bien souvent aussi ce qui fait leur réputation. Les deux
biographes de Landa exagérèrent, le premier, des vertus qui étaient de
son époque et d’un évêque espagnol; le second, ses défauts, choquants,
surtout, pour les écrivains libéraux du Yucatan, dans notre siècle,
défauts qui étaient encore eux-mêmes des vertus aux yeux des Espagnols
d’autrefois. Il suffit de parcourir l’ouvrage de Landa, pour apprécier
son véritable caractère. C’était un esprit violent, mais curieux, plus
sage qu’on ne pourrait le croire, et sincèrement ami des indigènes qu’il
protégea constamment contre les violences des conquérants. Au point
de vue où il se plaçait, il peut paraître excusable d’avoir livré aux
flammes tant de statues et de documents précieux, ce qu’il avoue lui-même
ingénument (page 316): en cela, il ne fut pas plus coupable que Zumarraga
à Mexico, que Las Casas au Guatémala. Mais, au milieu de ces excès
de zèle, que nous déplorons si vivement aujourd’hui, Landa rendit un
immense service aux sciences historiques, en compilant les renseignements
précieux qui suivent, et en nous conservant les caractères de l’alphabet
maya. Son livre efface outre mesure ses fautes qui furent celles de son
siècle; car, il est la clef des inscriptions américaines: sans lui,
elles fussent demeurées une énigme peut-être pour toujours, comme les
hiéroglyphes égyptiens, avant la découverte de la pierre de Rosette et
les magnifiques travaux de Champollion.

                                                  Paris, 15 juillet 1864.


NOTES

[1] C’est à ce résultat surtout que nous tendions, en compilant le petit
_Vocabulaire des principales racines de la langue quichée_, etc., et en
les comparant aux langues indo-européennes, nullement à l’identification
du sanscrit et des langues américaines, quoiqu’il s’y trouve des racines
communes, plus nombreuses qu’on ne le pense généralement.

[2] Le manuscrit de Madrid sur lequel nous avons copié ce document, n’est
pas l’original de Landa, mais une copie faite trente ans environ après
sa mort, si l’on en juge par l’écriture. A en juger par le titre et
certaines phrases, il serait incomplet, et le copiste en a supprimé sans
intention les titres de chapitres qui le divisaient, mais en y laissant
des provincialismes et une orthographe, à peine intelligibles, même pour
un Espagnol. Nous le publions avec ses fautes et ses incorrections, nous
contentant de le partager par petits paragraphes, afin d’en rendre la
lecture plus aisée. Pinelo, dans sa _Bibliothèque occidentale_, signale
un livre d’un titre en tout semblable à celui de Landa, du Dr Sanchez
de Aguilar, natif de Valladolid au Yucatan: «_Relacion de las cosas de
Iucatan i sus Eclesiasticos_, hecha de orden de Felipe III. _Informe_
contra los idolatras del Obispado de Iucatan, imp. 1639, 4º. Castellano.»
Cogolludo cite ce livre comme étant d’un grand intérêt historique.

[3] Nous profiterons de cette occasion, pour remercier ici, comme nous
le devons, M. le Censeur et MM. les Membres de l’_Académie royale
d’histoire_ de Madrid, ainsi que M. le bibliothécaire de l’Académie,
qui se sont montrés si bienveillants et si empressés pour favoriser nos
recherches.

[4] _Historia de Yucatan_, édit. de Campêche, 1842, lib. VI, cap. 18.



                               DES SOURCES
                                   DE
                     L’HISTOIRE PRIMITIVE DU MEXIQUE
                    ET DE L’AMÉRIQUE CENTRALE, ETC.,
                      DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS
                                  ET DE
                    L’HISTOIRE PRIMITIVE DE L’ÉGYPTE
                     DANS LES MONUMENTS AMÉRICAINS;

            Introduction à la Relation des choses de Yucatan.


§ I.

    Préambule.

Le Yucatan a été un des derniers pays conquis par les Espagnols sur le
continent américain; il avait été découvert un des premiers, et les Mayas
furent les premiers hommes entièrement vêtus et portant les caractères
d’une nation véritablement civilisée qu’ils rencontrèrent. Au mois d’août
1502, après une suite de gros temps, Christophe Colomb, naviguant à peu
de distance des côtes de Honduras, avait jeté l’ancre en face d’une
des îles _Guanaco_[1], voisine de Roatan, à laquelle il donna le nom
de «Isla de los Pinos.» Son frère, Bartolomé Colomb, étant descendu à
terre, vit arriver une barque d’un tonnage considérable pour ce pays; car
«elle était aussi grande qu’une galère et large de huit pieds, dit la
relation»[2]. Elle marchait à voiles et à rames, et venait directement du
couchant, c’est-à-dire de l’un des ports de la côte du Yucatan, éloignée
d’environ trente lieues de là. L’amiral reconnut sans peine un bâtiment
marchand: au centre, des nattes tressées avec soin formaient un grand
cabanon, abritant à la fois les femmes et les enfants des voyageurs,
ainsi que leurs provisions de route et leurs marchandises, sans que ni la
pluie ni la mer fussent en état de les endommager.

Les marchandises consistaient en étoffes variées, de diverses couleurs,
en vêtements, en armes, en meubles et en cacao, et l’embarcation était
montée par vingt-cinq hommes. A la vue des vaisseaux espagnols, ils
n’osèrent ni se défendre ni s’enfuir; on les dirigea sur le navire de
l’amiral, en leur faisant signe d’y monter. En prenant l’échelle, les
hommes y mirent beaucoup de convenance, serrant les ceintures qui leur
servaient de haut-de-chausses, et les femmes, en arrivant sur le pont,
se couvrirent aussitôt le visage et la gorge de leurs vêtements. Colomb,
charmé de cette retenue, qui dénotait une population bien supérieure
à toutes celles qu’il avait rencontrées jusque-là dans les Antilles,
les traita avec bienveillance, échangea avec eux divers objets de
quincaillerie européenne et les renvoya ensuite à leur barque. Telles
furent les premières relations des Espagnols avec les Mayas.

Si Colomb, au lieu d’être si préoccupé en ce moment de la recherche de
l’or, s’était enquis de la contrée d’où ces indigènes étaient sortis, il
est probable qu’il eût dès lors découvert le Yucatan, et, par suite, les
autres régions civilisées où Cortès acquit depuis tant de gloire. Ce fut,
toutefois, sur la nouvelle de ses découvertes en terre-ferme, que Juan
Diaz de Solis et Vicente Yañez Pinçon, jaloux de ses succès, firent route
quatre ans après dans la même direction. Après avoir navigué à la hauteur
des îles Guanaco, ils retournèrent au couchant, en s’enfonçant dans le
golfe Amatique, formé par les côtes du Yucatan et celles de Honduras,
auquel ils donnèrent le nom de «Baya de la Navidad.» Ils découvrirent
au sud les hautes montagnes de _Caria_[3], qui servent aujourd’hui de
frontière entre le Honduras et la république de Guatémala, et à l’ouest
la côte basse du Yucatan qu’ils suivirent en partie, en remontant vers le
nord, sans se douter de la richesse et de la puissance des États qu’ils
laissaient derrière eux. Ce ne fut qu’en 1517, que Francisco Hernandez
de Cordova découvrit le cap _Cotoch_ et aborda au Yucatan: le caractère
particulier des habitants et la grandeur des édifices le remplirent de
stupeur, ainsi que ses compagnons. Juan de Grijalva le suivit l’année
d’après, et, en 1519, Cortès alla prendre terre aux mêmes lieux, en se
rendant au Mexique. Ce ne fut, néanmoins, qu’en 1527, que Francisco de
Montejo tenta la réduction de la péninsule yucatèque. Mais il échoua
tristement dans son entreprise; après plusieurs mois d’inutiles efforts,
il se vit contraint de se retirer devant les hostilités croissantes des
Mayas, dont l’énergie triompha cette fois de la supériorité européenne.
Ayant abandonné le Yucatan en 1532, il y retourna quelques années après,
précédé de son fils aîné, à qui l’Espagne fut redevable de la conquête
définitive de cette contrée.


§ II.

    Influence de la découverte de l’Amérique sur la civilisation
    moderne. État de la science à cette époque. Gloire de Colomb.

Plus de vingt ans s’étaient écoulés depuis le débarquement d’Hernandez
de Cordova: la conquête du Mexique s’était accomplie dans cet
intervalle, et la plupart des régions plus ou moins civilisées de
l’Amérique avaient cédé tour à tour à la prépondérance des armes et de
la valeur castillanes. De son côté, l’Europe avait appris à connaître
et à apprécier les divers degrés de barbarie ou de civilisation qui
distinguaient les populations de ces contrées, et les contemporains
de Colomb et de Cortès commençaient à mettre en doute, dans leurs
spéculations, la nouveauté d’un monde où ils découvraient déjà tant de
vestiges d’une antiquité reculée. Jamais, depuis l’établissement des
sociétés, la sphère des idées relatives au monde extérieur, n’avait été
agrandie d’une manière si prodigieuse; jamais l’homme n’avait senti un
plus pressant besoin d’observer la nature, d’interroger l’histoire, tout
en cherchant à multiplier les moyens d’y arriver avec succès.

En étudiant les progrès de la civilisation, on voit partout la sagacité
de l’homme s’accroître à mesure de l’étendue du champ qui s’ouvre à
ses recherches. Avec la découverte de l’Amérique, toutes les branches
de la science ont changé de face et reçu une impulsion dont les hommes
d’aujourd’hui ont de la peine à se rendre compte. Mais si l’on s’attache
à la lecture des historiens de cette époque étonnante, et que l’on
compare les relations des historiens de la conquête, de Pierre Martyr
d’Anghiera, d’Oviedo, de Cortès, de Gomara, etc., aux recherches des
voyageurs modernes, on est surpris non-seulement de l’étendue de leur
savoir, mais encore de trouver souvent, dans les ouvrages du XVIᵉ siècle,
le germe des vérités physiques et morales les plus importantes qui nous
occupent encore aujourd’hui. En effet, comment les premiers voyageurs
et ceux qui méditaient leurs récits n’eussent-ils pas été frappés des
merveilles qui s’offraient à leurs regards? A l’aspect de ce continent
nouveau, isolé au milieu des mers, comment n’eussent-ils pas été
tentés d’expliquer les variétés qu’y présentait l’espèce humaine, pour
essayer de les ramener à la souche primitive, de rechercher l’origine
des migrations des peuples, la filiation des langues; d’étudier celles
des espèces animales et végétales, la cause des vents alisés et des
courants pélasgiques, la nature des volcans, leur réaction les uns sur
les autres, et l’influence qu’ils exercent sur les tremblements de terre?
Ces questions, qui sont encore si loin d’avoir été épuisées, occupaient
l’active curiosité des savants et des voyageurs du XVIᵉ siècle, plus
désintéressés, peut-être, et plus sincères que les savants d’aujourd’hui.

Ces étonnantes découvertes, qui s’aidaient mutuellement; ces doubles
conquêtes dans le monde physique et dans le monde intellectuel étaient
bien plus dignement appréciés dans ce temps-là qu’on ne se l’imagine
de nos jours, et nous apprenons de la bouche même des contemporains de
Colomb, avec quel profond sentiment les hommes supérieurs de cette époque
reconnaissaient ce que la fin du XVᵉ siècle avait de merveilleux et de
grand: «Chaque jour, écrit Pierre Martyr d’Anghiera, dans ses lettres
de 1493 à 1494[4], chaque jour il nous arrive de nouveaux prodiges de ce
monde nouveau, de ces antipodes de l’Ouest qu’un certain Gênois, nommé
Christophe Colomb, vient de découvrir. Notre ami Pomponius Lœtus[5] n’a
pu retenir des larmes de joie, lorsque je lui ai donné les premières
nouvelles de cet événement inattendu.» Puis il ajoute avec une verve
poétique: «Qui peut s’étonner aujourd’hui parmi nous des découvertes
attribuées à Saturne, à Cérès et à Triptolème? Qu’ont fait de plus les
Phéniciens, lorsque, dans des régions lointaines, ils ont réuni des
peuples errants et fondé de nouvelles cités. Il était réservé à nos
temps de voir accroître ainsi l’étendue de nos idées et de voir paraître
inopinément sur l’horizon tant de choses nouvelles.»

La gloire de Colomb est, en effet, de celles dont rien ne saurait
diminuer l’éclat, quelle que soit, d’ailleurs, dans l’avenir, l’étendue
des découvertes réservées encore à la science. En supposant même qu’on
vienne à trouver les preuves les plus incontestables des rapports qui
ont pu exister anciennement d’un continent à l’autre, le nom de Colomb
n’en restera pas moins au-dessus de celui de tous les navigateurs anciens
et modernes. En parcourant une mer inconnue, en demandant la direction
de sa route aux astres par l’emploi de l’astrolabe, récemment inventé,
il cherchait l’Asie par la voie de l’ouest, non, dit Humboldt, en
aventurier qui s’adresse au hasard, mais d’après un plan arrêté, fruit de
l’expérience et des études les plus variées. Le succès qu’il obtint était
une conquête de la réflexion. La gloire de Colomb, comme celle de tous
les hommes extraordinaires qui, par leurs écrits ou par leur activité,
ont agrandi la sphère de l’intelligence, ne repose pas moins sur les
qualités de l’esprit et la force du caractère, dont l’impulsion réalise
le succès, que sur l’influence puissante qu’ils ont exercée presque
toujours, sans le vouloir, sur les destinées du genre humain.

En cherchant dans un ouvrage précédent[6] à éclaircir quelques-unes des
traditions cosmogoniques du continent américain, par des rapprochements
avec les mythes cosmogoniques du monde ancien, et les souvenirs d’une
antique navigation, nous n’avons donc jamais conçu la pensée que nos
recherches pussent rabaisser, en quoi que ce soit, les immenses services
que Colomb a rendus au monde moderne. Lui-même, dans un siècle d’héroïsme
et d’érudition renaissante, se plaisait dans les souvenirs de l’Atlantide
de Platon et de la célèbre prophétie de Sénèque, dans un chœur de la
_Médée_: il rapprochait constamment lui-même ses découvertes des mythes
géographiques de l’antiquité et du moyen âge, auxquels il fait plus
d’une fois allusion dans sa correspondance[7]. Nous n’hésitons donc pas
à continuer notre travail, dont nous faisons sincèrement hommage à la
mémoire de ce grand homme, heureux si, dans les horizons nouveaux que
la science ouvre chaque jour, nous parvenons à approfondir quelques-uns
des mystères cachés sous les voiles de la cosmogonie mythique des deux
mondes, et à y découvrir quelques souvenirs historiques de leurs antiques
relations.


§ III.

    Monuments du Yucatan. Leur utilité pour l’épigraphie
    américaine. Traditions et documents historiques. L’esprit de
    système un obstacle aux progrès de la vérité.

S’il était possible de reconstituer un jour l’histoire américaine sur des
bases solides et de rattacher dans un ordre chronologique ininterrompu
les divers fragments cosmogoniques qui existent épars dans les relations
des premiers voyageurs et historiens de l’Amérique, rien ne serait plus
propre à répandre la lumière, non-seulement sur les annales des peuples
qui habitèrent anciennement cette terre, mais encore sur l’histoire des
convulsions que la nature lui a fait subir, même depuis qu’elle est
habitée et cultivée par l’homme. De toutes les contrées qu’elle renferme,
celles qui nous ont fourni les documents les plus circonstanciés, et
il s’en trouve encore aujourd’hui, malgré les désastres de la conquête
espagnole, sont l’Amérique centrale et le Mexique: ce sont les seules
où jusqu’à présent on ait découvert des livres originaux et des
inscriptions monumentales, gravées, soit sur les murs des édifices civils
ou religieux, soit sur des monolithes d’un caractère particulier. Le
Yucatan, qui fait l’objet principal de ce livre, paraît donc destiné,
aussi bien que les régions voisines, à fournir les premiers jalons de
l’épigraphie américaine, avec laquelle les savants auront à compter
probablement d’ici à peu d’années: car il y a tout lieu d’espérer
aujourd’hui que la lecture des _Katuns_[8] nous fera connaître d’une
manière précise les grands événements auxquels font allusion les
fragments dont nous venons de parler.

Les plus anciens de ces fragments se rapportent, en général, aux grandes
catastrophes qui bouleversèrent à plusieurs reprises le monde américain,
et dont toutes les nations de ce continent avaient gardé un souvenir
plus ou moins distinct. Humboldt, et après lui divers écrivains, compare
en plusieurs endroits de ses ouvrages[9] le récit de ces catastrophes
aux _pralayas_ ou cataclysmes, dont il est parlé dans les livres des
Indous, aux traditions de l’Iran et de la Chaldée, ainsi qu’aux cycles
de l’antique Etrurie. A ses yeux, ces traditions n’apparaissent d’abord
que comme de simples fictions cosmogoniques, dont l’ensemble serait issu
d’un système de mythes qui auraient pris naissance dans l’Inde. Ce n’est
qu’en arrivant aux détails qu’il commence à douter, et il se demande si
les soleils ou âges mexicains ne renfermeraient pas quelques données
historiques ou une réminiscence obscure de quelque grande révolution
qu’aurait éprouvée notre planète.

Si cet éminent penseur, dont l’intuition historique est quelquefois
si remarquable, avait eu l’occasion de comparer entre eux les divers
documents que nous possédons aujourd’hui sur l’histoire de l’Amérique, et
de les peser dans un examen critique aussi judicieux que celui dont il
s’est servi dans son _Histoire de la Géographie du Nouveau Continent_,
il aurait trouvé, sans aucun doute, que les souvenirs cosmogoniques
des Mexicains ne méritaient pas une moins sérieuse attention que ceux
du monde ancien, de la part de ceux qui aiment à pénétrer dans les
ténèbres des traditions historiques[10]. M. d’Eckstein, dans ses savantes
études sur les mythes de l’antique Asie[11], s’est élevé avec un grand
talent au-dessus de cet engouement pour les abstractions symboliques
qui a saisi notre époque: il y distingue avec raison des événements
historiques, signalés dans la haute Asie par un concours de phénomènes
extraordinaires, «par l’apparition de comètes et d’éclipses durant les
catastrophes phlégéennes d’un monde anté-diluvien, qui causa en grande
partie la dispersion de la primitive espèce humaine.»

Ce que ce savant pensait des événements anté-historiques de l’Asie,
nous le pensions nous-même de ceux que nous trouvons signalés dans les
traditions du Mexique et de l’Amérique centrale, et c’est sur quoi nous
nous sommes expliqué déjà clairement dans un travail antérieur[12], en
parlant des soleils ou époques citées par Humboldt. Ce que nous avons vu
et étudié depuis lors, n’a fait que nous confirmer dans cette opinion, et
nous croyons le moment venu d’exprimer notre pensée entière à cet égard.
Répétons ici, toutefois, avant d’entrer en matière, ce que nous avons dit
dans notre premier travail sur le Mexique, que nous n’avons aucun système
arrêté d’avance. Tout ce que nous cherchons c’est la vérité, c’est
l’histoire de ces contrées intéressantes à tant d’égards, l’histoire
encore enveloppée de voiles épais, dont nous travaillons à la dégager, en
accumulant le plus grand nombre de faits possibles dans un cadre donné,
où le lecteur pourra les comparer et tirer lui-même les conséquences des
prémisses que nous aurons posées. Nous sommes ennemi de tout système:
nous ne faisons pas d’avance notre siége; nous ne repoussons aucune sorte
d’indications, persuadé que la vérité historique ne se fera jour que
lorsque les savants, dans le monde entier, se seront donné la main sans
envie.

«Un des plus grands obstacles à la découverte de la vérité, a dit avec
tant de raison M. d’Eckstein[13], c’est l’esprit de système: je ne
parle que de l’esprit de système au service d’hommes instruits, riches
d’un fonds d’idées et de savoir. Nous sommes loin des temps où Moïse,
Josèphe et les Pères de l’Église servaient de clefs au paganisme; on a
étrangement abusé des Égyptiens et des Phéniciens dans l’érudition du
XVIIIᵉ siècle; puis on est revenu partiellement et avec excès, si bien
que tout a fait place à la grécomanie. Celle-ci s’efface à son tour.
Les grandes découvertes de Champollion ont remis l’Égypte en vogue: il
y a eu de l’égyptomanie, mais le temps y ramène l’équilibre. Les beaux
travaux de Movers ont remis la Phénicie en vogue; même exagération, mais
qui n’aboutira plus aux utopies du passé et qui trouvera infailliblement
son point d’équilibre. Aujourd’hui l’on semble près de faire prédominer
la Babylonie et l’Assyrie sur le reste du monde, grâce à d’admirables
découvertes, suivies partiellement d’énormes présomptions, qui finiront
également par tomber en équilibre.

»William Jones avait commencé la comparaison des mythologies
brâhmaniques et européennes, mais du mauvais côté: il ignorait les
Védas. A. G. Schlégel exagéra prodigieusement l’antiquité de ce qu’il
y a, relativement, de plus moderne dans la littérature brâhmanique: il
ignorait les Védas. Creuzer puisait à pleines mains dans des notions
partiellement apocryphes; son but était de faire un amalgame de l’Orient
et de l’Occident au moyen d’identifications les plus hétérogènes. Tombée
entre les mains des disciples de Burnouf et de Bopp, l’étude des Védas a
été d’un puissant correctif contre tous ces emportements.»

Après ces sages réflexions, l’écrivain que nous citons avec tant de
plaisir, en voulant «tirer une conclusion de toutes ces expériences,»
tombe lui-même, peut-être, dans l’exagération, en attribuant uniquement à
l’Inde, aux Védas, ce que les autres attribuaient à la Grèce, à l’Égypte,
à la Phénicie ou à l’Afrique. Qui sait si le jour ne viendra pas aussi où
l’on ira chercher toutes les origines en Amérique? Nous ne le souhaitons
point, bien qu’aux yeux de plus d’un de nos lecteurs, nous ayons paru
tendre de ce côté; mais nous ne sommes pas exclusif comme nos confrères
de Grèce, d’Égypte ou d’Assyrie, et nous croyons que chaque pays doit
avoir sa place dans l’histoire du monde. Or, c’est une prétention bien
extraordinaire de vouloir qu’on puisse faire l’histoire du monde entier,
en en excluant précisément la moitié: et c’est cependant là ce qui se
passe au sein de la compagnie qu’on regarde comme l’expression de la
science universelle en Europe.


§ IV.

    Rituels religieux sources de l’histoire primitive. Antiques
    traditions du cataclysme et du renouvellement de la terre,
    conservées dans les fêtes. Souvenirs divers d’un déluge.

L’Amérique, jusqu’aujourd’hui, n’a été l’objet d’aucune investigation
archéologique sérieuse; quelques travaux individuels ne sauraient entrer
en comparaison avec la multitude de ceux qui ont eu lieu pour l’Égypte ou
pour l’Asie, travaux où les gouvernements de l’Europe sont entrés, en ce
qui concerne la dépense, avec une générosité qu’on ne saurait trop louer.
Cependant, c’est, peut-être, l’Amérique qui contribuera davantage à la
solution des grands problèmes historiques, dont on a vainement cherché la
clef jusqu’à présent: cette solution, nous la trouverons dans les katuns
ou cartouches incrustés de ses monuments, dans les livres, renfermés dans
les sépulcres, restés cachés depuis la conquête, peut-être même dans
ceux que possèdent déjà nos bibliothèques. On finira par lire le _Codex
de Dresde_, et l’on interprétera, nous l’espérons, le _Tonalamatl_ ou
_Rituel Mexicain_ de la bibliothèque du Corps législatif, dont M. Aubin
possède également un exemplaire original[14]. C’est dans ces livres
mystérieux qu’on découvrira, à côté du système de l’astrologie judiciaire
des Mexicains et des fêtes du Rituel ecclésiastique, les documents
historiques les plus anciens, toutes les origines des cérémonies
mystiques d’un culte qui s’était perpétué à travers les révolutions des
nations et des cités, en conservant dans l’ordre chronologique le plus
parfait[15], le récit des souvenirs antédiluviens et des catastrophes
naturelles qui, à diverses reprises, avaient bouleversé le monde, depuis
que Dieu y avait placé l’humanité.

Ce sont ces faits mémorables qui servaient de base à toute la religion
mexicaine: c’est la tradition de ces faits qui se répétait journellement
dans l’histoire des dieux et des héros antiques, dont les noms seuls
paraissent avoir subi des modifications avec le cours des siècles; on
les retrouve dans les ballets sacrés, dans les jeûnes et les pénitences
que s’imposaient tour à tour les prêtres, les princes et la nation;
enfin, dans tous les rites, dans chacune des fêtes importantes du
Rituel. Sous des noms différents, mais qui avaient au fond la même
signification ou qui étaient représentés par des symboles, identiques
avec ceux du Mexique, c’étaient encore les traditions de ces événements
extraordinaires que rappelaient les usages et les cérémonies du culte,
non-seulement chez les autres nations civilisées du Mexique et de
l’Amérique centrale, mais encore chez la plupart des populations de
l’Amérique méridionale. Tant cette race américaine avait été fortement
constituée par ses premiers législateurs, tant elle était conservatrice
de ses mœurs et de ses coutumes! L’Amérique ne manqua, cependant, pas
non plus de novateurs, comme l’ancien monde. On reconnaît visiblement
que des doctrines nouvelles cherchèrent à supplanter les anciennes, en
différentes parties du continent et à des époques diverses; mais il ne
paraît pas que ces innovations aient réussi jamais à prévaloir au point
de faire oublier les autres, et tout ce que nous avons pu recueillir
jusqu’à présent à ce sujet, donne à penser, au contraire, qu’elles
ne parvinrent à prendre racine qu’en laissant subsister les symboles
précédents ou en se les identifiant. Aussi, est-ce là ce qui nous incline
à penser que pour retrouver la plus ancienne histoire du globe, il
fallait comparer aux antiques traditions de l’Asie et de l’Égypte celles
des peuples primitifs de l’Amérique.

En attendant que l’on parvienne à interpréter les livres que nous citons
plus haut et qui contiennent intégralement ces traditions, c’est aux
divers fragments cosmogoniques, conservé dans les livres et les histoires
du temps de la conquête, que nous devons recourir. Les plus formels sont
ceux que nous appelons l’_Histoire des soleils_, cités par Humboldt,
d’après Gomara[16], et que l’on trouve, avec des variantes, dans divers
documents, en particulier dans le _Codex Chimalpopoca_[17]. Ainsi que
nous l’avons fait remarquer déjà, ces soleils sont signalés comme des
époques auxquelles sont rapportées les diverses catastrophes que le monde
a subies; ce que nous avons remarqué également, c’est que le nombre
des catastrophes, indiquées par ces soleils, varie, dans la plupart
des documents précités, ainsi que l’ordre d’après lequel elles se sont
succédé. Nous n’examinerons pas ici ce qui a donné lieu à intervertir
ces événements: il nous semble que ce désordre appartient à une époque
postérieure à la conquête espagnole, ce qui s’expliquerait par le désir
que pouvaient éprouver les indigènes, chargés de les expliquer et obligés
de plaire à leurs nouveaux maîtres, d’accommoder le déluge américain au
déluge des traditions mosaïques. Quant au nombre de ces catastrophes, il
varie peut-être suivant les lieux où elles se sont passées ou selon les
populations qui en gardèrent la mémoire[18].

Quoi qu’il en soit, il paraîtrait, d’après les annotations du _Codex
Letellier_[19], qu’il y eut particulièrement trois époques mémorables
où le genre humain, après avoir existé pendant des siècles, aurait été
subitement arraché à ses occupations ordinaires, et, en grande partie,
anéanti par suite des convulsions de la nature. La terre, secouée par
d’effroyables tremblements de terre, inondée à la fois par les flots de
la mer et les feux des volcans, remuée dans ses entrailles par les gaz
intérieurs se cherchant une issue à la surface, agitée par des ouragans
formidables, tel est le tableau que les traditions américaines nous
présentent de ce continent, à trois époques distinctes, chronologiquement
déterminées dans les livres que l’ignorance a fait disparaître au temps
de la conquête, mais que l’on retrouvera peut-être un jour[20].

Les trois grandes catastrophes de la tradition mexicaine auraient
été occasionnées tour à tour par le feu, par l’eau et par le vent,
c’est-à-dire par un ouragan, quoique, à vrai dire, ces trois causes
de destruction paraissent avoir participé ensemble chaque fois au
bouleversement de la terre dans des proportions différentes, selon les
temps et les lieux. A chacune de ces catastrophes correspond une ère
de ruine et de désolation où l’humanité aurait été à la veille d’une
destruction totale: embarqués dans quelques vaisseaux ou réfugiés dans
des grottes, au sommet des montagnes, les hommes qui échappèrent à
ces divers cataclysmes restèrent en si petit nombre, et dispersés si
loin les uns des autres, qu’ils s’imaginèrent être demeurés seuls au
monde; c’est là ce qui explique, sans doute, ces créations successives
dont il est question dans le _Livre sacré_[21] et ces renouvellements
de la race humaine qui se célébraient au mois _Izcalli_ à Mexico. De
là l’origine des solennités de ce mois, ainsi que du jeûne de quatre
en quatre ans, institué en commémoration de ces grands événements, au
Mexique et dans l’Amérique centrale, où princes et peuples s’humiliaient
devant la divinité, en la suppliant d’éloigner le retour de ces terribles
calamités; de là, les danses et les festins où ils célébraient ensuite la
Rénovation du monde et le triomphe de l’humanité qui, trois fois, avait
eu le bonheur d’échapper à la destruction[22].

Suivant la tradition du _Livre sacré_, l’eau et le feu contribuent à la
ruine universelle, lors du dernier cataclysme qui précède la quatrième
création. «Alors, dit l’auteur, les eaux furent gonflées par la volonté
du Cœur du ciel; et il se fit une grande inondation qui vint au-dessus
de la tête de ces êtres... ils furent inondés et une résine épaisse
descendit du ciel.... La face de la terre s’obscurcit et une pluie
ténébreuse commença, pluie de jour, pluie de nuit..... et il se faisait
un grand bruit de feu au-dessus de leurs têtes.... Alors on vit les
hommes courir, en se poussant, remplis de désespoir: ils voulaient monter
sur les maisons, et les maisons s’écroulant, les faisaient tomber à
terre; ils voulaient monter sur les arbres, et les arbres les secouaient
loin d’eux; ils voulaient entrer dans les grottes, et les grottes se
fermaient devant eux.» Dans le _Codex Chimalpopoca_, l’auteur parlant
de la destruction qui eut lieu par le feu, dit: «Le troisième soleil
est appelé _Quia-Tonatiuh_, soleil de pluie, parce qu’alors survint
_une pluie_ de feu: tout ce qui existait brûla, et il tomba une pluie
de pierre de grès. On raconte que, tandis que le grès que nous voyons
actuellement se répandait, et que le _tetzontli_ (amygdaloïde poreuse)
bouillonnait avec un grand fracas, alors aussi se soulevèrent les rochers
de couleur vermeille[23]. Or, c’était en l’année _Ce Tecpatl_, Un Silex;
c’était le jour _Nahui-Quiahuitl_, Quatre-Pluie. Or, en ce jour où les
hommes furent perdus et entraînés dans une pluie de feu, ils furent
changés en oisons; le soleil même brûla et tout se consuma avec les
maisons[24].» A la suite du cataclysme, occasionné par les eaux, l’auteur
du _Codex Chimalpopoca_ nous montre dans l’histoire des soleils, des
phénomènes célestes effrayants, suivis, à deux reprises, de ténèbres qui
couvrent la face de la terre, une fois même durant l’espace de vingt-cinq
ans[25].

Ces traditions extraordinaires ne nous autorisent que trop à conclure
de la réalité des convulsions éprouvées par la nature américaine et si
vivement représentées dans le tableau des soleils ou époques des livres
mexicains: nous y trouvons la preuve des désordres qui bouleversèrent
ce continent et peut-être aussi celui où nous vivons, non-seulement au
temps même de ces catastrophes, mais encore durant les années qui les
précédèrent ou les suivirent. Bien des choses laisseraient supposer même
que l’ordre des saisons fut altéré à cette époque. Les astronomes et les
géologues que ces matières regardent plus que nous, s’étendront, s’ils
le jugent à propos, sur les causes qui ont pu produire le dérangement
du jour et couvrir la terre de ténèbres; ils nous diront, peut-être, en
voyant avec quelle précision certains documents historiques racontent les
détails de ces révolutions, de quelle manière elles ont pu se réaliser.

Quelle qu’en ait été l’occasion, nous pouvons, sans craindre de nous
tromper, attribuer une partie considérable de ces désastres à la mer
irritée et sortie de ses bornes ordinaires, à la suite de quelque
commotion intérieure. Les forces qui produisent actuellement ce
balancement tempéré et si providentiellement réglé de l’Océan, ces
forces, augmentées ou dérangées, ont pu suffire pour submerger le
continent et détruire en un clin d’œil les nations qui en occupaient
les régions inférieures. Toutes ces mers ont pu être ensuite ramenées
momentanément dans leurs bassins, pour être reportées de nouveau sur
les terres à qui elles ont livré des assauts réitérés. C’est ainsi que
les eaux ont pu changer la surface de l’Amérique, former de nouvelles
vallées, déchirer des chaînes de montagnes, creuser de nouveaux golfes,
renverser les anciennes hauteurs, en élever de nouvelles et couvrir les
ruines du continent primitif de sable, de fange et d’autres substances
que leur agitation extraordinaire les mettait en état de charrier. C’est
en quoi les traditions historiques sont d’accord avec les monuments de la
nature dans ces contrées.


§ V.

    Comment se fit la mer, d’après la tradition haïtienne. Souvenir
    du cataclysme aux Antilles, à Venezuela, au Yucatan. Géologie
    de cette péninsule. Personnification des puissances de la
    nature et leur localisation dans l’Amérique centrale.

Les populations qui habitaient, à l’époque de la découverte de
l’Amérique, les îles du golfe du Mexique, s’accordaient unanimement à
dire qu’elles avaient ouï de leurs ancêtres que toutes les Antilles,
grandes et petites, avaient très-anciennement fait partie du continent,
dont elles avaient été détachées par des tempêtes et des tremblements de
terre. Une légende haïtienne, conservée par les auteurs contemporains
de Colomb, raconte ainsi l’origine de la mer et des îles. «Il y avait,
disent-ils, un homme puissant appelé Iaïa, lequel ayant tué un fils
unique qu’il avait, voulut l’ensevelir: mais ne sachant où le mettre, il
l’enferma dans une grande calebasse qu’il plaça ensuite au pied d’une
montagne très-élevée, située à peu de distance du lieu qu’il habitait;
or, il allait souvent la voir à cause de l’amour qu’il éprouvait pour son
fils. Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit des baleines
et d’autres poissons fort grands, de quoi Iaïa, rempli d’épouvante, étant
retourné chez lui, raconta à ses voisins ce qui était arrivé, disant que
cette calebasse était remplie d’eau et de poissons à l’infini. Cette
nouvelle s’étant divulguée, quatre frères jumeaux, désireux de poisson,
s’en allèrent où était la calebasse: comme ils l’avaient prise en main
pour l’ouvrir, Iaïa survint, et eux l’ayant aperçu, dans la crainte
qu’ils eurent de lui, ils jetèrent par terre la calebasse. Celle-ci
s’étant brisée à cause du grand poids qu’elle renfermait, la mer sortit
par ses ruptures, et toute la plaine qu’on voyait s’étendre au loin, sans
fin ni terme d’aucun côté, s’étant couverte d’eau, fut submergée: les
montagnes seulement restèrent, à cause de leur élévation, à l’abri de
cette immense inondation, et ainsi ils croient que ces montagnes sont les
îles et les autres parties de la terre qui se voient dans le monde.»[26]

«En observant avec attention, dit un auteur moderne[27], la
configuration des deux groupes de montagnes qui forment l’île de la
Marguerite, la situation de celles de Coche et de Cubagua au milieu du
canal qui sépare la première de la côte, ainsi que le peu de profondeur
qu’on trouve dans le détroit, on ne peut s’empêcher de penser qu’en
des temps plus anciens, tout cela faisait partie de la terre ferme et
n’en fut séparé que par suite de quelque secousse formidable qui le fit
descendre sous les eaux. Les groupes appelés _los Testigos_, l’île Sola,
les îlots de Frailes et l’île de la Tortue, semblent n’être que les
restes des terres qui furent submergées. Plus au nord, le groupe des îles
Blanquilla, Orchila, los Roques, et l’île des Oiseaux, apparaissent comme
les sommets d’une même chaîne, dont ils révèlent la position ancienne
dans ces lieux aujourd’hui occupés par la mer. Peut-être étaient-ce
là deux chaînes distinctes qui l’unissaient au continent, l’une aux
montagnes de Coro par la pointe de Tucacas, l’autre à la péninsule de la
Goajira.

»Si, en se rapprochant davantage de la côte, on fait attention aux golfes
de Paria et de Cariaco, on croit reconnaître dans leur forme l’effet d’un
déchirement qui, rompant les terres, donna passage à une irruption de
l’Océan. La tradition, d’ailleurs, vient ici à l’appui de l’observation;
car lorsque Colomb visita Paria, dans son troisième voyage, les indigènes
lui parlèrent de cette catastrophe, comme d’un événement qui n’était pas
encore excessivement ancien.

»Les îles qui avoisinent la côte élevée et rocheuse, de formation égale
aux chaînes interrompues et qui apparaissent comme les vestiges des
terrains descendus sous les eaux; les différentes sources thermales qui
sourdent au bord et au dedans même du golfe, en élevant la température
de la mer dans l’espace d’une demi-lieue carrée; l’huile de pétrole qui
couvre la surface de la baie, en s’étendant à une grande distance; la
multitude des eaux sulfureuses; les mines de poix élastique, fréquemment
inondées; les rochers qui se montrent en chaîne au-dessus des eaux, de la
côte ferme jusqu’à la pointe la plus méridionale de l’île de Trinidad;
les Bouches des Dragons, ainsi que la direction et la constitution des
montagnes de Paria et de Trinidad; tout se réunit pour constater la
vérité de la tradition des Indiens et l’époque relativement moderne de
cet événement.

»En regardant du côté du cap Codera, on reconnaît la chaîne des montagnes
qui s’y termine et qui anciennement devait être unie à la péninsule
d’Araya, bien que ce vaste espace, englouti par les eaux, n’offre aucun
vestige de son ancienne existence. La forme que présente la péninsule
de Paraguanà, à peine unie par un cordon de dunes à la côte, n’est pas
moins digne de fixer l’attention. Les eaux thermales qui se conservent
dans la colline de Santa-Ana, et la figure de ce mamelon, font connaître
que c’est là un des témoins encore debout des révolutions qu’a éprouvées
cette terre. Ajoutons à cela le golfe de Maracaibo, nommé Venezuela
par les conquérants, lequel présente les preuves les plus sensibles du
bouleversement qui, en engloutissant une si vaste étendue de terrains,
mit également le golfe en communication avec l’Océan.»

Suivant la tradition des Caraïbes, c’est par une inondation de ce genre
que se formèrent les mornes, les falaises, les escarpements, les écueils
que l’on voit dans les Antilles, quand elles furent séparées de la terre
ferme[28].

L’époque de ce bouleversement était signalée dans un livre antique, en
caractères mayas, qui était entre les mains du docteur Aguilar[29], sous
le nom de _Hun-Yecil_, que celui-ci traduit par submersion des forêts,
faisant allusion aux terres qui disparurent sous les eaux, entre le
Yucatan et l’île de Cuba. Cette péninsule, si intéressante au point de
vue archéologique, ne l’est pas moins pour les géologues. Privée de
sources et de rivières, dans toute sa portion septentrionale, elle est
pourvue, en revanche, d’une multitude de puits et d’étangs invisibles,
situés d’ordinaire à une grande profondeur, dans des grottes d’une forme
curieuse, et qu’on croit alimentés par des rivières souterraines. Au
rapport du voyageur américain Stephens[30], le sol de cette contrée, qui
recouvre un si grand nombre de cavernes, est composé de pétrifications et
de coquillages, annonçant qu’une portion considérable du Yucatan, surtout
dans le nord-ouest, n’est qu’une vaste formation fossile, et qu’à une
époque qui ne lui paraissait pas très-éloignée, elle pouvait avoir été
recouverte des eaux de la mer. Ainsi, d’après ce système, cette partie
de la péninsule se serait soulevée, tandis que l’Océan engloutissait les
terres qui la réunissaient auparavant aux Antilles.

Nous avons déjà vu comment les traditions de l’Amérique centrale,
d’accord avec celles de Haïti, nous montrent la terre envahie par les
flots et agitée en même temps par des feux intérieurs. Les quatre frères
qui laissent tomber la calebasse, renfermant la mer et les poissons,
rappellent tout d’abord les quatre génies de l’enfer qui soutiennent la
vasque ou cercueil d’Osiris: on les retrouve dans les mythes héroïques
du _Livre Sacré_ des Quichés, Vukub-Caquix et ses deux fils Zipacna et
Cabrakan[31], représentés ici comme les symboles de la nature et de ses
forces souterraines, avant l’explosion des volcans. _Vukub-Caquix_, dont
le nom peut s’interpréter «le feu qui brûle sept fois[32],» apparaît,
ce semble, comme l’image de la terre féconde et puissante; il est le
maître de toutes les richesses du monde, qu’il produit dans son sein[33].
_Zipacnà_ est son fils aîné. L’étymologie de son nom correspond à l’état
de la terre, gonflée par l’amas des matières bouillonnant à l’intérieur,
comme d’une pustule prête à crever; c’est le feu, le Typhon intérieur, le
SAT des Égyptiens[34]: «Il roulait les montagnes, ces grandes montagnes
qu’on appelle _Chi-Kak-Hunahpu_, _Pecul_, _Yaxcanul_, _Macamob_ et
_Huliznab_[35], et ce sont là les noms des montagnes qui existèrent
au lever de l’aurore et qui en une nuit furent créées par Zipacnà.»
_Cabrakan_, le second des fils de Vukub-Caquix, dont le nom est encore
aujourd’hui même synonyme de tremblement de terre, dans les langues du
Guatémala, «remuait les montagnes par sa seule volonté, et les montagnes
grandes et petites s’agitaient par lui.» Or, c’est de leur temps, dit
plus haut le texte, qu’eut lieu l’inondation.

Cette inondation se fit par le commandement de _Hurakan_, nom qui
signifie la tempête, et que l’Europe a emprunté à l’Amérique, en mettant
le mot _ouragan_ dans son vocabulaire: c’est le symbole de la foudre
et des orages, l’expression de ces tempêtes formidables, si souvent
accompagnées de tremblement de terre et d’inondation, soit du ciel,
soit de la mer. C’est au nom de Hurakan que les deux frères Hun-Ahpu et
Xbalanqué, qui se retrouvent plus tard personnifiés dans d’autres mythes
d’un caractère plus historique[36], se préparent à mettre un terme à la
puissance de Vukub-Caquix et de ses deux fils. De simples sarbacanes
seront leurs armes; le tube où ils souffleront délivrera le monde de ces
êtres orgueilleux. Qui ne reconnaîtrait, dans cette image, les soupiraux,
prêts à s’ouvrir dans la terre qui s’agite convulsivement et par où
vont s’échapper bientôt les gaz et les matières accumulées? C’est là
l’étymologie que le _Livre Sacré_ nous donne lui-même du nom de Hunahpu,
en l’appliquant au volcan, dit _del Fuego_, qui continue à lancer encore
aujourd’hui ses feux dans la Cordillère guatémalienne[37]. Rien de plus
significatif, d’ailleurs, que cette masse gonflée de lave, indiquée par
le nom de Zipacna, qui _ride_ sa surface en soulevant les montagnes; que
ces ébranlements produits par le Cabrakan, et dont le souffle de Hunahpu,
vomissant ses feux, délivre enfin la terre!


§ VI.

    Personnification des puissances de la nature au Pérou.
    Légende de Coniraya-Viracocha. Le pasteur d’Ancasmarca sauvé
    de l’inondation. Les Aras de Cañari-Bamba. Soulèvement des
    montagnes. Con et Suha-Chum-Sua.

Ces symboles cosmogoniques que l’auteur du _Livre Sacré_ semble
reproduire à dessein en plus d’un endroit, s’appliquent d’une manière
particulière aux régions de l’Amérique centrale, situées le long de
l’Océan Pacifique; c’est dans ces lieux que le Hunahpu et les autres
volcans qu’il mentionne, se dressent majestueux entre une foule
d’autres sommets dont le soulèvement se serait effectué en même temps
que la submersion des terres voisines, comme on l’a vu de celles qui
s’étendaient dans la direction de l’Atlantique. Mais à mesure qu’on
s’avance vers les régions méridionales de l’Amérique, on retrouve les
mêmes traditions, ou bien l’on en trouve d’autres, confirmant les
précédentes et qui s’enchaînent avec elles, ainsi que cette série de
volcans ou de pics volcaniques, qui semblent relier toute la chaîne des
Cordillères, d’une extrémité à l’autre du continent.

C’est ainsi que les Andes racontent des fictions cosmogoniques qui
rappellent celles des montagnes guatémaliennes. _Coniraya_ est le nom
d’un des sommets les plus élevés, dans les froides régions qui s’étendent
à l’est de Lima. Mais la tradition antique du Pérou en fait une divinité
qui, sous le nom de _Coniraya-Viracocha_, créateur de toute chose, opère
des merveilles parmi les peuples et les nations, et se fait craindre
des dieux même, qui, les premiers, à l’origine des temps, gouvernaient
ces contrées[38]. C’est Coniraya-Viracocha qui soulève les montagnes
et les abaisse, qui creuse les vallées et les aplanit, sans autre
instrument qu’un bambou léger[39]. Dans une de ces fictions, où il est
donné comme la force génératrice qui crée et qui détruit tour à tour,
il devient amoureux de _Cauillaca_, la déesse souveraine de la contrée;
pour satisfaire ses désirs, il remplit de sa semence le fruit d’un
arbre, planté près d’_Auchicocha_, à l’ombre duquel elle allait souvent
s’asseoir. Celle-ci mange le fruit et devient enceinte: au bout des neuf
mois, elle accouche d’un fils; mais en reconnaissant celui à qui elle le
devait, elle s’enfuit épouvantée avec son enfant vers la mer, poursuivie
par Coniraya, et, en arrivant à l’Océan, tous les deux s’y changent en
rochers qui portent leur nom et qu’on voit encore aujourd’hui dans le
voisinage de Pachacamac[40]. À cette époque, continue la légende, la
mer n’était pas encore la mer, telle qu’elle est aujourd’hui, et il ne
s’y trouvait pas de poissons; car ils étaient renfermés dans un étang
appartenant à la femme Urpay-Unchac, qui habitait ces lieux avec ses
deux filles. Lorsque Coniraya arriva, cette femme était absente, étant
allée visiter Cauillaca au fond de la mer; furieux de ne pas la trouver,
Coniraya renversa l’étang dans la plaine qui devint ainsi l’Océan, et se
retira après avoir rendu enceintes les deux filles d’Urpay-Unchac.

Le nom de Coniraya est resté au Pérou, comme celui de Hun-Ahpu au
Guatémala, uni à une foule de récits plus ou moins merveilleux; mais il
est aisé de reconnaître dans ce personnage le symbole de la puissance
volcanique qui bouleversa la contrée, aux temps anté-historiques, et
souleva une portion des Andes, tandis que la mer engloutissait les
terres voisines. L’action de ces volcans antiques paraît s’être exercée
principalement dans les montagnes de la province de Huarocheri, où la
tradition signale un autre personnage cosmogonique, dont le nom est
demeuré également à une des cimes les plus froides de cette contrée: il
s’appelait _Pariacaca_, et ainsi que ses quatre frères, il était renfermé
dans un œuf, d’où il sortit un jour sous la forme d’un faucon. A cette
époque, toute cette région, aujourd’hui des plus froides, était, suivant
la légende, une plaine fertile, jouissant du climat le plus doux; elle
appartenait à un prince puissant qui avait sa demeure aux bords du lac
d’Auchicocha, mais qui se rendait odieux par son orgueil et son égoïsme.
Alors, pour le punir, Pariacaca et ses frères soulevèrent un tourbillon
d’eau immense, accompagné d’un ouragan épouvantable, qui brisa les
rochers contenant le lac d’Auchicocha; le fleuve de Pachacamac s’ouvrit
avec violence un passage entre les monts de Vichoca et de Llantapa, qui
se séparèrent en ce moment, et se forma, en s’échappant vers l’Océan, le
lit qu’il a encore aujourd’hui[41].

La terre entière changea de face avec ce déluge qui détruisit toutes les
populations existantes, et il ne survécut que celles dont il est parlé
dans la tradition suivante. A cette époque, disent les Indiens, il y eut
une éclipse de soleil extraordinaire, toute lumière ayant disparu durant
l’espace de cinq jours. Quelque temps auparavant, un pasteur, conduisant
un troupeau de llamas, avait remarqué que ces animaux étaient remplis
de tristesse et passaient toute la nuit à considérer la marche des
astres[42]. Le pasteur, étonné, les ayant interrogés, ils répondirent,
en lui faisant observer un groupe de six étoiles, ramassées l’une auprès
de l’autre, et lui annoncèrent que c’était un signe annonçant que le
monde allait finir par les eaux[43]. Ils lui conseillèrent en même temps
d’emmener sa famille et ses troupeaux sur une montagne voisine, s’il
voulait échapper au naufrage universel. Sur cet avis, le pasteur se hâta
de rassembler ses enfants et ses llamas, et ils allèrent s’établir sur
la montagne d’Ancasmarca, où une foule d’autres animaux étaient venus
également chercher un asile. A peine s’y trouvaient-ils installés, que
la mer, rompant ses digues, à la suite d’un ébranlement épouvantable,
commença à monter du côté du Pacifique. Mais, à mesure que la mer
montait, remplissant les vallées et les plaines d’alentour, la montagne
d’Ancasmarca s’élevait de son côté, comme un navire au-dessus des flots.
Durant cinq jours que dura ce cataclysme, le soleil cessa de se montrer,
et la terre demeura dans l’obscurité; mais le cinquième jour, les eaux
commencèrent à se retirer, et l’astre rendit sa lumière au monde désolé,
qui se repeupla ensuite avec la descendance du pasteur d’Ancasmarca[44].

On raconte également au royaume de Quito, qu’à l’origine des temps, la
race humaine ayant été menacée d’une inondation formidable, deux frères
se sauvèrent seuls au sommet d’une montagne, appelée _Huaca Yñan_, dans
la province de _Cañaribamba_[45]. Mais les flots de ce déluge grondèrent
vainement autour d’eux: à mesure qu’ils s’élevaient, la montagne se
soulevait au-dessus des eaux, sans pouvoir en être atteinte, et finit
par arriver à une hauteur considérable. Lorsque le danger fut passé avec
l’écoulement des eaux, les deux frères se trouvèrent seuls au monde,
et ayant consommé le peu de vivres qu’ils avaient, ils cherchaient à se
procurer des aliments dans les vallées voisines. De retour à la cabane
qu’ils avaient bâtie sur la montagne, ils y trouvèrent avec étonnement
des mets préparés par des mains inconnues. Curieux de pénétrer ce
mystère, ils convinrent, au bout de quelques jours, que l’un des deux
resterait au logis et se cacherait pour découvrir les êtres bienfaisants
à qui ils étaient redevables de ces soins. Retiré dans un coin, celui-ci
vit avec surprise entrer deux aras, aux visages de femmes[46], qui
préparèrent aussitôt le maïs et les viandes qui devaient servir au repas.
En l’apercevant, les deux oiseaux voulurent s’enfuir, mais il en saisit
un qui devint sa femme; il eut d’elle six enfants, trois fils et trois
filles, dont l’union donna naissance à toute la tribu des Cañaris, qui
depuis peupla cette province, et qui eut toujours une grande vénération
pour les aras[47].

Ces traditions sont d’autant plus remarquables, qu’on y retrouve
évidemment le souvenir de la catastrophe qui modifia si considérablement
le continent américain, et de la présence de l’homme au milieu des
bouleversements effroyables d’où sortirent plusieurs portions de la
Cordillère des Andes. En confirmation de ces traditions, d’autres récits
ajoutent que les lieux où se passèrent ces grands événements, aujourd’hui
froids et stériles, à cause de leur élévation extraordinaire au-dessus du
niveau de la mer, étaient, avant l’inondation, une terre basse et chaude
d’une fécondité sans exemple: les fruits, dit la légende, y mûrissaient
en cinq jours, et l’on y voyait des multitudes d’oiseaux, parés des plus
vives couleurs. Le manuscrit auquel nous empruntons ces récits, ajoute
qu’on trouve encore aujourd’hui des preuves de cette étonnante fertilité
dans les traces d’antique culture, visibles à la Puna de Pariacaca et au
mont de Villcacoto, entre Huarocheri et Surco[48].

Au royaume de Quito, nous retrouvons _Coniraya_ sous le nom de _Con_,
représenté à Liribamba, capitale des Puruhuas, sous la figure d’une
marmite, surmontée d’une bouche et de lèvres humaines ensanglantées. Con,
première et suprême puissance, dit Velasco[49], qui n’avait ni chair, ni
os, de même que les autres hommes, et qu’on croyait venu du septentrion,
abaissant les montagnes et soulevant les vallées par sa seule volonté.
C’est évidemment le même que _Chons_ ou _Chunsu_, l’Hercule égyptien,
dont Birch traduit également le nom copte par _force_, _puissance_,
_chasser_, etc., et qui, comme le _Chon_ péruvien, châtie les peuples
rebelles[50]. Sous le nom de _Suha-Cun_ ou _Suha-Chum-Su_, qu’on retrouve
encore dans celui de _Sogonmoso_, on le revoit dans la Nouvelle-Grenade,
où il opère des prodiges comme au Pérou[51]. C’est _Chibcha-Con_ ou _Cun_
ou _Chum_, qui, pour punir les hommes, crée les torrents de Sopo et de
Tibito, inonde les plaines et les vallées du Bogota, d’où les populations
au désespoir s’enfuient vers les cimes les plus élevées de la Cordillère.
De là ils invoquent le dieu Bochica, qui lance sa baguette d’or contre
la montagne Tequendama, ouvrant ainsi la brèche, par où s’écoulèrent les
eaux, à l’endroit où la rivière de Funzha forme la célèbre cataracte de
ce nom. Pour punir Chibcha-Cum, Bochica le condamne à porter le monde
sur ses épaules, ainsi que l’Atlas des Grecs; c’est lui qui produit les
tremblements de terre, lorsqu’il est fatigué, en transportant son fardeau
d’une épaule à l’autre[52].


§ VII.

    Désolation du monde américain. Déluge de feu des Mocobis.
    Tradition des Yuracares. Effet des catastrophes volcaniques.
    Tradition d’un changement survenu dans les astres.

Ainsi, de quelque côté que l’on tourne les yeux sur ce vaste continent,
au nord, au centre, comme au midi, aux États-Unis, le long des Andes,
comme aux Antilles, ainsi que dans la Cordillère du Mexique, les
souvenirs de l’homme se reportent par des traditions de toute espèce à
cette immense catastrophe, dont ses ancêtres avaient été témoins. C’est
partout, plus ou moins, le même récit, celui des eaux franchissant
leurs limites et envahissant la terre ferme, dont elles détruisent en
quelques jours les villes et les populations; c’est le continent ébranlé
par les mêmes secousses qui agitaient les flots et soulevaient les
montagnes. Après des siècles de tranquillité, une puissance inconnue se
révélait tout à coup: le calme de la nature n’était qu’une illusion et
les nations se sentaient rejetées violemment dans un chaos de forces
destructives[53]. L’homme ne voyait plus que la mort de toutes parts, la
terre se dérobait sous ses pieds: il invoquait le ciel qu’il ne voyait
plus; il errait dans l’obscurité sur les débris de sa demeure, envahie
par les eaux auxquelles il cherchait à échapper, en se réfugiant dans les
grottes, au sommet des montagnes. De là les pyramides nombreuses qu’il
édifia après le cataclysme et où il établit sa demeure, en mémoire des
hauts lieux où il avait eu le bonheur de se sauver, et qu’il consacra
ensuite par reconnaissance à la divinité[54].

Durant ces jours de destruction, il ne voyait plus dans les éléments
que l’image d’une conjuration funeste, où le feu venait joindre
ses fureurs aux convulsions étranges opérées par les eaux ou les
tremblements de terre. D’épouvantables bruits, divinisés, depuis, dans
le _Tepeyolotl_[55] au Mexique, dans le _Ru Qux huyu_ de l’Amérique
centrale[56], autre symbole de Typhon et des feux intérieurs, déjà
exprimés par Zipacnà, annonçaient ses efforts souterrains; il éclatait
enfin au milieu des montagnes et des plaines, et le salut du monde
américain, si bien représenté par le symbole de la sarbacane de Hunahpu,
était inauguré par une ruine et une désolation universelles. Les volcans,
qui s’entr’ouvraient sur toute la chaîne des Cordillères, vomissaient
à la fois du feu, de l’eau et des torrents de lave ou de boue embrasée
qui consumaient ce que les eaux de l’inondation avaient respecté. C’est
encore là ce que racontent les traditions des tribus brésiliennes. Les
Mocobis disaient que la lune est un homme, _Cidiago_ (Lunus), dont les
taches sont les entrailles que des chiens célestes s’efforcent de lui
arracher, lorsqu’il y a une éclipse. Le soleil s’appelle _Gdazoa_,
c’est-à-dire compagne. Ce dernier étant tombé du ciel, un Mocobi le
releva et le mit où il est: il tomba une seconde fois et alors il
incendia toutes les forêts. Quelques Mocobis se sauvèrent en se cachant
sous les eaux dans les rivières, où ils furent transformés en caïmans et
en gabinis: seuls, un homme et une femme étant montés sur un arbre pour
fuir le danger, la flamme, en passant, leur rôtit le visage et ils furent
changés en singes[57].

Suivant les _Yuracares_, le monde avait commencé au sein des sombres
forêts habitées aujourd’hui par eux. Un génie malfaisant, nommé
_Sararuma_, embrasa toute la campagne: aucun arbre, aucun être vivant
ne se sauva de cet incendie. Un homme ayant eu la précaution de se
creuser une demeure souterraine fort profonde, s’y était retiré avec
des provisions, et seul il avait échappé au désastre universel. Pour
s’assurer si les flammes avaient toujours la même force, cet homme
sortait de temps en temps de son trou une longue baguette. Les deux
premières fois il la retira enflammée, mais la troisième elle était
froide. Il attendit encore quatre jours avant de sortir lui-même. Se
promenant ensuite tristement sur cette terre désolée, sans aliments ni
abri, il déplorait son isolement, lorsque Sararuma, tout vêtu de rouge,
lui apparut et lui dit: Quoique je sois la cause de tout le mal, j’ai
néanmoins compassion de toi. En même temps il lui donna une poignée
de graines de plantes les plus nécessaires à la vie humaine, en lui
ordonnant de les semer, et dès qu’il eut obéi, un bois magnifique se
forma aussitôt comme par enchantement[58].

D’un côté, l’incendie des champs et des forêts: de l’autre, les
exhalaisons et les fumées sorties des fournaises entr’ouvertes dans les
montagnes, ruinaient les nations que les secousses et les ravages de la
nature avaient épargnées jusque-là: l’air s’épaissit de vapeurs aqueuses,
de gaz sulfureux qui remplirent toute l’atmosphère. C’est ainsi qu’on
explique cette vaste nuit qui régna sur toute la terre américaine et dont
parlent unanimement les traditions[59]: le soleil n’existait plus, en
quelque sorte, pour ce monde ruiné qui n’était éclairé par intervalles
que par des embrasements affreux, qui montraient au petit nombre d’hommes
échappés de ces calamités toute l’horreur de leur situation. Mais il
leur fallait de nouveaux malheurs pour que le soleil pût rendre à la
terre ses rayons interceptés par la fumée et les vapeurs infectes qui
l’environnaient. Il fallait que l’atmosphère se purifiât, qu’à cet effet
les nuages qui touchaient à la terre se résolussent en pluie; ainsi des
torrents d’eau tombèrent du ciel, sillonnant les nouvelles montagnes,
depuis leurs sommets jusqu’aux rivages de la mer, et s’entr’ouvrirent
un passage à travers les débris et les détritus de toute espèce que les
tremblements de terre, les volcans et les incendies avaient accumulés.
C’est là peut-être ce qui explique pourquoi, dans les traditions de
plusieurs contrées, le déluge apparaît comme la dernière des grandes
catastrophes dont le monde américain fut affligé à cette époque.

De nos jours, d’ailleurs, on a vu des effets analogues reproduire au
Pérou et dans l’Équateur, où de violentes secousses de tremblement
de terre occasionnèrent de brusques changements de température et
l’invasion subite de la saison des pluies, avant l’époque où elle arrive
ordinairement sous les tropiques. On ne sait, ajoute Humboldt[60], s’il
faut attribuer ces phénomènes aux vapeurs qui sortirent des entrailles
de la terre et se mêlèrent à l’atmosphère, ou à une perturbation que les
secousses auraient déterminée dans l’état électrique des courants.

Ce qui ajoute un intérêt considérable à ces traditions cosmogoniques, si
diverses et cependant si uniformes au fond, c’est l’analogie qu’elles
présentent, je dirais presque, la coïncidence avec quelques-unes des
convulsions dont l’Europe et l’Afrique furent témoins durant les siècles
anté-historiques de la Grèce. Les traditions du déluge d’Ogygès font
mention d’une nuit qui dura neuf mois[61], et saint Augustin, d’après
Varron, rapporte[62] qu’il y eut en ce temps-là des modifications
extraordinaires dans la planète de Vénus, qu’elle changea de couleur,
de grandeur, de figure et de cours. Un souvenir analogue se présentait
au Mexique, dans la solennité qu’on célébrait au mois _Quecholli_,
en commémoration de la chute ou descente des dieux _Tzontemocque_ du
ciel aux enfers[63], c’est-à-dire du changement qui s’était opéré,
au moment de la grande catastrophe du déluge, dans la condition
de plusieurs constellations, dont la principale était précisément
_Tlahuizcalpan-tecutli_ ou l’étoile de Vénus[64].


§ VIII.

    Tradition de l’Atlantide dans Platon. Son authenticité
    confirmée par les souvenirs historiques de la Grèce et
    géologiques de l’Afrique septentrionale. Les petites
    Panathénées, établies en mémoire d’une invasion antique, sortie
    des mers de l’ouest. Disparition du lac Triton.

D’accord avec la tradition mexicaine et quichée qui avait conservé, dans
la solennité des fêtes de l’expiation, le souvenir des trois grandes
catastrophes terrestres, les prêtres de Saïs rappelaient, de leur côté, à
Solon, que la terre avait été bouleversée par plusieurs déluges[65]. Dans
le traité d’_Isis_ et d’_Osiris_, Plutarque, en cherchant à expliquer
l’histoire de cette divinité[66], s’applique à démontrer, ainsi que
l’ont fait divers autres auteurs, que les malheurs d’Osiris n’étaient
qu’un symbole des calamités qui avaient affligé la terre, envahie par
les flots; que la défaite de Typhon signifiait la retraite de la mer,
et que la victoire d’Horus et celle d’Isis, cherchant partout les
membres dispersés de son époux, représentaient les portions de la terre
reconquises sur les eaux, découvertes et desséchées. Malgré les sarcasmes
que des écrivains se sont plu, au dernier siècle, à jeter sur le récit de
l’Atlantide, il ne nous semble pas hors de propos de le rappeler ici en
regard des traditions, conservées aux Antilles et sur les divers points
du continent américain, au sujet des terres englouties anciennement dans
les deux océans qui baignent les côtes de ce vaste continent. C’est
que l’état des découvertes de la science et de la critique historique
nous ramène involontairement vers la Grèce et l’Égypte, comme point de
départ de toutes les histoires, soit que nous remontions à des opinions
qui renferment en germe celles qui dominent aujourd’hui, soit que
nous parcourions cette longue série de tentatives, faites dans le but
d’étendre l’horizon des connaissances humaines.

«Solon, Solon, disait le prêtre de Saïs, en parlant au législateur
athénien, vous autres Grecs, vous êtes toujours des enfants et il n’y
a point de vieillards parmi vous!» Puis, après un court préambule, il
ajoutait: «Or, parmi tant de grandes actions de votre ville, dont la
mémoire se conserve dans nos livres, il en a une surtout qu’il faut
placer au-dessus de toutes les autres. Ces livres nous disent quelle
puissante armée Athènes a détruite, armée qui, venue à travers la mer
Atlantique[67], envahissait insolemment l’Europe et l’Asie. Car cette
mer était alors navigable, et il y avait au delà du détroit, que vous
appelez les colonnes d’Hercule, une île plus grande que la Libye et
l’Asie[68]. De cette île, on pouvait facilement passer aux autres
îles, et de celles-là à tout le continent qui borde tout autour la mer
intérieure[69]; car ce qui est en deçà du détroit dont nous parlons,
ressemble à un port ayant une entrée étroite[70]; mais c’est là une
véritable mer, et la terre qui l’environne un véritable continent. Dans
cette île Atlantide[71] régnaient des rois d’une grande et merveilleuse
puissance; ils avaient sous leur domination l’île entière, ainsi que
plusieurs autres îles, et quelques parties du continent. En outre, en
deçà du détroit, ils régnaient encore sur la Libye jusqu’à l’Égypte,
sur l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie[72]. Toute cette puissance se réunit
un jour pour asservir d’un seul coup notre pays[73], le vôtre et tous
les peuples situés de ce côté du détroit. C’est alors qu’éclatèrent au
grand jour la vertu et le courage d’Athènes. Cette ville avait obtenu,
par sa valeur et sa supériorité dans l’art militaire, le commandement
de tous les Hellènes. Mais, ceux-ci ayant été forcés de l’abandonner,
elle brava seule les plus grands dangers, arrêta l’invasion, érigea des
trophées, préserva de l’esclavage les peuples encore libres, et rendit à
une entière indépendance tous ceux qui, comme nous, demeurent en deçà des
colonnes d’Hercule[74].

»Dans la suite, de grands tremblements de terre et des inondations
engloutirent en un seul jour et en une fatale nuit, ce qu’il y avait
chez vous de guerriers; l’île Atlantide disparut sous la mer; aussi,
depuis ce temps, la mer est-elle devenue inaccessible et a-t-elle cessé
d’être navigable par la quantité de limon que l’île abîmée a laissé à sa
place[75].»

Aujourd’hui, malgré le silence qu’on paraît garder à ce sujet, on doute
moins que jamais de l’authenticité de ce récit, et Bunsen, dont le monde
savant admet la vaste érudition, se trouve lui-même forcé de le regarder
comme un fait entièrement historique, quoiqu’il cherche maladroitement
à en dénaturer les conséquences[76]. «Le récit de Platon, ajoute à ce
sujet Bailly[77], a tous les caractères de la vérité. Ce n’est point
une fiction pour amuser et instruire ses lecteurs. La preuve que Platon
a raconté et non imaginé, c’est qu’Homère, venu six siècles avant
lui, Homère, versé dans la connaissance de la géographie et des mœurs
étrangères, a, dans l’Odyssée, parlé des Atlantes, de leur île[78].....
Le nom d’Atlas ou du peuple atlante retentit chez tous les écrivains
de l’antiquité.» Il aurait pu ajouter: Et tous le placent dans l’Océan
qui porte encore aujourd’hui son nom, à l’extrémité de l’Europe et de
l’Afrique.

Reprenant à son tour la même matière, Humboldt dit: «Après la prétendue
prophétie de Sénèque, c’est la grande catastrophe de l’Atlantide de
Solon, qui, au moment de la découverte de l’Amérique, a le plus occupé
les auteurs espagnols[79]..... Je m’abstiendrai, écrit-il, quelques
lignes plus bas, de soulever de nouveau une question de géologie si
fastidieusement rebattue.» Mais le sujet entraîne, malgré lui, ce savant
penseur, et il continue avec sa pénétration habituelle: «Les problèmes
de la géographie mythique des Hellènes ne peuvent être traités selon
les mêmes principes que les problèmes de la géographie positive. Ils
offrent comme des images voilées, à contours indéterminés. Ce que Platon
a fait pour fixer ces contours et agrandir les images en y appliquant
les idées d’une théogonie et d’une politique plus modernes, a fait
sortir le mythe de l’Atlantide du cycle primitif des traditions auquel
appartiennent le grand continent Saturnien[80], l’île enchantée, dans
laquelle Briarée veille auprès de Saturne endormi et la Méropis de
Théopompe. Ce qu’il importe de rappeler ici, c’est le rapport historique
du mythe de l’Atlantide avec Solon. Dans sa plus simple expression, le
mythe désigne l’époque «d’une guerre de peuples qui vivaient hors des
colonnes d’Hercule contre ceux qui en sont à l’est.» C’est une irruption
de l’Ouest. Dans la terre _Méropide_[81] de Théopompe et dans la terre
Saturnienne de Plutarque, nous voyons, comme dans l’Atlantide, un
continent en comparaison duquel notre οἰκουμένη ne forme qu’une petite
île. La destruction de l’Atlantide par l’effet des tremblements de terre
se lie aussi à l’antique tradition de la Lyctonie, mythe géologique
qui se rapporte au bassin de la Méditerranée, depuis l’île de Cypre et
l’Eubée jusqu’en Corse, et qui, peut-être dans des temps bien récents,
mais à l’imitation de la savante école d’Alexandrie, servait à étayer
des systèmes géologiques par les traditions primitives des Hellènes,
et fut célébrée dans les Argonautiques du faux Orphée[82]. Ce mythe de
la Lyctonie, bien ancien, sans doute, indiquant un danger menaçant le
continent et les îles de la Grèce que les Atlantes veulent conquérir,
aurait-il été transporté peu à peu vers l’ouest, au delà des Colonnes? Il
est aussi bien remarquable que, parmi tous ces mythes cosmologiques que
nous venons de citer, la Lyctonie et l’Atlantide soient les seuls pays
qui, sous l’empire de Neptune, dont le trident fait trembler la terre,
soient engloutis par de grandes catastrophes. Les continents Saturniens
n’offrent pas cette particularité, et pour cela même l’Atlantide, malgré
son origine probablement égyptienne et étrangère à la Grèce, me paraît
un reflet de la Lyctonie. De grands bouleversements ou, si l’on préfère
une autre expression, la croyance de ces bouleversements que l’aspect de
la surface du globe, des péninsules, de la position relative des îles et
de l’articulation des continents faisaient naître, devaient occuper les
esprits sur toutes les côtes de la Méditerranée, lors même que l’Égypte,
comme le prétendaient les prêtres, était, moins que tout autre pays,
exposée à voir interrompre par des révolutions physiques, brusques et
partielles, l’ordre régulier des phénomènes politiques....

«La liberté extrême avec laquelle Platon, surtout dans le Critias, traite
le sujet de l’Atlantide, a rendu très-naturellement douteux le rapport
de tout ce mythe avec Solon..... Dans cette supposition, récemment
renouvelée[83], Platon, loin d’avoir puisé à la source de Solon, aurait
rapporté lui-même le mythe de l’Atlantide de son voyage d’Égypte. Mais la
vie de Solon par Plutarque semble rendre au grand législateur d’Athènes
le poëme dont on voudrait nier l’existence. Le biographe nous dit, en
effet, que «Solon conférait avec les prêtres Psenophis et Sonchis,
d’Héliopolis et de Saïs, desquels il apprit le mythe de l’Atlantide,
qu’il essaya, comme l’affirme Platon, de mettre en vers et de publier en
Grèce[84].»

D’après l’observation du grand helléniste allemand Boeck, c’est surtout
la réminiscence de la guerre des Atlantes, dans les Petites Panathénées,
qui parle pour la haute antiquité de la tradition de l’Atlantide, et
qui prouve que tout, dans ce mythe, n’est pas de la fiction de Platon.
«Dans les Grandes Panathénées on portait en procession un _peplum_ de
Minerve, représentant le combat des géants (_gigantes_) et la victoire
des divinités de l’Olympe. Dans les Petites Panathénées (il faut omettre
l’indication de la localité où la procession eut lieu, parce qu’elle
repose sur une erreur du scholiaste) on portait un autre _peplum_ qui
montrait comment les Athéniens, élevés par Minerve, ont eu le dessus
dans la guerre des Atlantes[85].» Les mêmes renseignements se trouvent
dans Proclus, dans son commentaire du Timée où nous trouvons également
la scholie suivante, conservée par lui: «Les historiens qui parlent des
îles de la mer extérieure, disent que, de leur temps, il y avait sept
îles, consacrées à Proserpine, trois autres d’une immense étendue, dont
la première était consacrée à Pluton, la seconde à Ammon, la troisième
(celle de mille stades de grandeur) à Neptune. Les habitants de cette
dernière île ont conservé de leurs ancêtres la mémoire de l’Atlantide,
d’une île extrêmement grande, laquelle exerça, pendant un long espace de
temps, la domination sur toutes les îles de l’Océan Atlantique, et était
également consacrée à Neptune. Tout ceci, Marcellus l’a écrit ἐν τοϊς
Αὶθιωπικοῖς.» Une scholie du Timée dans les commentaires de Bekker[86]
est mot à mot copiée de ce passage.

Cette réminiscence monumentale de la guerre des Atlantes sur le péplum
des Petites Panathénées, ajoute ici Humboldt[87], et ce fragment de
Marcellus, conservé par Proclus, indiquant le souvenir d’une catastrophe
physique au delà des colonnes d’Hercule, peut-être dans les îles
Canaries même (qui ne sont probablement que des restes de l’ancienne
Atlantide), méritent une sérieuse attention de la part de ceux qui aiment
à pénétrer dans les ténèbres des traditions historiques. Ce qu’il importe
d’abord de constater dans ce genre de recherches, c’est l’antiquité
d’un mythe qu’à tort on a cru une fiction de la vieillesse de Platon,
un roman historique, comme le _Voyage imaginaire d’Iambulus_[88] et les
quatre-vingt-quatre livres d’Antoine Diogène _Des choses que l’on voit
au delà de Thulé_. Ce qui dans les mythes géologiques peut appartenir à
d’anciens souvenirs ou à des spéculations sur la conflagration primitive
des terres, à la rupture des digues qui séparaient les bassins des mers,
offre un problème entièrement distinct et peut-être plus insoluble encore.

«Les Atlantes, d’après les idées qui régnaient dans l’extrémité
civilisée du bassin oriental de la Méditerranée, chez les Égyptiens et
les Hellènes, sont un assemblage des peuples de l’Afrique boréale et
occidentale, aussi différents sans doute de race que ceux que, dans le
nord-ouest de l’Asie, on confondit longtemps sous la dénomination vague
de Scythes et de Cimmériens. Les Atlantes des temps historiques sont à
l’est des Colonnes d’Hercule. Hérodote les place à vingt journées des
Garamantes; mais leur nom étant lié, comme il l’observe expressément,
à celui du mont Atlas, les Atlantes mythiques ont pu être portés vers
l’ouest, au delà des Colonnes, selon que la fable d’Atlas montagne a
été reculée progressivement dans la même direction[89]. La guerre des
Atlantes avec les habitants de Cerné et les Amazones, si confusément
traitée par Diodore de Sicile, eut lieu dans tout le nord-ouest de
l’Afrique, au delà du fleuve Triton, limite[90] entre les peuples nomades
et les peuples agricoles et plus anciennement civilisés, si toutefois
il est permis d’assigner une localité déterminée à une lutte dans
laquelle interviennent des êtres fabuleux, les Gorgones[91]. Ajoutons
que le lac Triton, suivant Diodore[92], n’est point sur les côtes de
la Méditerranée, mais sur celles de l’Océan. Cette même région (et ce
fait est d’autant plus digne d’attention, que Diodore ne fait nulle part
mention de la destruction de l’Atlantide de Solon) «offrait de grandes
éruptions volcaniques, πυρὸς ἐκφυσήματα μεγάλα.»

«Le lac Triton même disparut par l’effet d’un tremblement de terre et
le déchirement du sol qui le séparait de l’Océan, dont le littoral
était occupé par les Atlantes[93]. Le souvenir de cette catastrophe et
l’existence de la Petite Syrte, attribuée sans doute à un événement
semblable, ont fait confondre quelquefois, chez les anciens[94], le lac
et la Syrte. Des mythes de l’ancienne limite occidentale du monde connu
peuvent donc avoir eu quelque fondement historique. Une migration de
peuples de l’ouest à l’est, dont le souvenir conservé en Égypte a été
reporté à Athènes et célébré par des fêtes religieuses, peut appartenir
à des temps bien antérieurs à l’invasion des Perses en Mauritanie,
dont Salluste à reconnu les traces, et qui, également pour nous, est
enveloppée de ténèbres[95].»


§ IX.

    Identité des traditions sur le cataclysme en Amérique, en
    Europe et en Afrique. Qu’était l’Amenti des Égyptiens.
    Origine incertaine de ce peuple. Sa parenté avec les nations
    libyennes. Sa ressemblance avec les Américains et les races qui
    échappèrent au cataclysme de l’ouest.

Ainsi, aux rivages les plus opposés de l’Océan, des traditions
appartenant aux nations les plus diverses se sont conservées, à travers
les siècles, pour affirmer le fait de l’existence de terres autrefois
considérables, et que les eaux de la mer auraient englouties à la suite
d’un cataclysme effrayant, et dont les détails paraissent également
identiques des deux côtés. Au milieu des progrès que la science et la
critique ont faits de nos jours, n’est-il pas étonnant de voir combien
peu de savants ont osé entreprendre un examen impartial et approfondi des
questions que Humboldt soulève ici sur cette matière. Assurément on ne
révoquera pas en doute l’intérêt qu’elle présente sous le double aspect
de l’histoire et de la géologie; nul ne contestera l’importance de la
solution qu’on est en droit d’en attendre. Pourquoi donc semble-t-il,
surtout en France, que l’on appréhende un tel travail? Quels préjugés
nous empêchent de scruter ces mystères, quelles sont ces craintes qui se
manifestent sous le dédain apparent que l’on montre aux moindres lueurs
qui viennent de l’Occident? A-t-on donc peur d’études auxquelles on ne
serait pas suffisamment préparé?

Le temps semble arrivé cependant de sonder les profondeurs de l’antique
Océan, et de lui demander compte de ces terres englouties, d’où sortirent
les nations qui menacèrent anciennement l’Europe et l’Afrique, et de nous
efforcer de rattacher l’une à l’autre les histoires des deux continents,
brisées par une immense catastrophe. C’est dans cette destruction d’une
partie du monde qu’il faut chercher l’explication du mythe d’Osiris,
vaincu par Typhon, si l’on en croit quelques interprètes du prétendu
LIVRE DES MORTS, qui s’appuient sur les données de Plutarque,[96] pour
traduire ce livre mystérieux, dont nul _égyptologue n’a encore brisé
le sceau_[97]. Ce sont ces interprètes, à qui nous posions simplement
nos doutes, qui nous apprirent ce qu’était l’_Amenti_[98], ce _bassin
de l’Ouest_, [hiéroglyphe] cette patrie primitive des Égyptiens, séjour
de leurs ancêtres, devenu le séjour des morts, où les dieux de Menès,
du fondateur[99], avaient pris naissance; de là venait qu’on les
représentait sans cesse portés en barques, dans les grandes processions
religieuses, pour signifier qu’ils étaient, ainsi que les dieux d’Homère,
sortis de l’Océan[100].

Les plus savants égyptologues se taisent quand on leur demande d’où
venaient les Égyptiens. Ils nous parlent vaguement de l’Asie, comme de
leur berceau primitif, et c’est ce que nous admettons avec eux; puisque
l’Asie est le premier berceau du genre humain. Mais ils cherchent
vainement à l’Orient les traces de leur passage et de leur point de
départ. Ils ne les ont pas trouvées, et qui sait s’ils les trouveront
jamais? S’ils avaient été d’origine sémitique, ainsi que l’avance M.
Brugsch[101], et s’ils étaient sortis directement de l’Asie, de l’Assyrie
ou de l’Arabie, ils auraient entretenu naturellement un commerce habituel
avec les peuples de ces contrées; ils se seraient servi du chameau,
aujourd’hui l’animal le plus utile en Égypte, et ils n’auraient pas
attendu jusqu’aux temps de la dix-huitième dynastie, pour introduire
dans leur pays le cheval qu’ils y amenèrent de Syrie[102]. On sait,
d’ailleurs, que bien loin d’avoir aucune communication avec les nations
de l’Orient, ils les avaient auparavant en horreur, ainsi que les
autres étrangers. Est-ce de l’Éthiopie que venaient les Égyptiens? les
égyptologues ne l’admettent pas davantage[103].

D’où sortait donc cette population de quelques millions d’hommes,
isolés au bord du Nil, sans connexion aucune avec leurs voisins, ni
pour les coutumes ni pour le langage, ni pour la couleur, ni l’aspect
physiologique? Si nous les interrogeons, leur orgueil national leur fait
répondre tout d’abord qu’ils sont autochtones, et qu’ils furent créés
par le dieu Horus[104], entre les sables des déserts environnants et les
bords de ce fleuve, dont le nom même n’a d’étymologie dans aucune langue
de l’ancien monde[105]: mais des traditions anciennes nous montrent les
Égyptiens, nouveaux venus dans leur pays, et conquérant le sol sur les
races noires d’où l’Égypte tirait son nom, et qu’ils refoulèrent au midi
pour s’établir à leur place[106]. Dans leurs peintures murales, on les
voit la tête de profil et l’œil de face: les hommes se distinguent par
une couleur tirant plus ou moins sur le rouge brun, et ils sont sans
barbe, signe caractéristique qui a été trop peu observé; les femmes en
jaune[107], avec un jupon étroitement serré autour du corps, etc. Eh
bien, cherchons autour d’eux, jetons les regards sur les nations qui les
environnaient, interrogeons-les; elles ne nous apprendront rien. Nous ne
trouverons rien d’analogue dans l’ancien monde. Mais tournons à l’ouest,
passons les mers, franchissons l’Océan, et sur le continent opposé,
nous reverrons immédiatement réunies toutes ces particularités que nous
chercherions vainement à découvrir dans l’Égypte aujourd’hui, excepté
dans les peintures de ses nécropoles[108]: nations rouges ou cuivrées,
sans barbe, nous les retrouverons, non dans quelques provinces isolées,
mais dans la plus grande partie de l’Amérique[109]. Pour soixante
pyramides que l’on a découvertes en Égypte, on en aura mille au Mexique,
et dans l’Amérique centrale: là, on trouvera des sculptures, des livres,
des tombeaux, des monuments de toute espèce qui rappelleront sans cesse
l’Égypte, et, en bien des lieux, en voyant une pauvre femme indigène,
revêtue de son costume de fête, on croira se trouver en présence de la
déesse Isis elle-même.

Conclurons-nous de cet ensemble de faits, que l’Égypte est une colonie
sortie de l’Amérique? Il serait téméraire, croyons-nous, de trancher si
vite une question d’une si haute importance. Dans l’exposé qui précède,
comme dans l’examen qui va suivre, nous ne voulons construire aucun
système; nous n’avons d’autre dessein que de mettre en évidence des
points d’histoire, généralement fort peu connus, et de placer sous les
yeux des lecteurs les côtés saillants des annales du monde ancien, en
regard de ceux que présentent les traditions du monde _nouveau_, sans
nous préoccuper, en quoi que ce soit, de la priorité de l’un ou de
l’autre. C’est à une science plus approfondie et à des investigations de
critique impartiale à prononcer sur la foi de preuves plus décisives.
Nous nous estimerons heureux si, pour le moment, nous réussissons à
porter quelques nouvelles lumières sur cette matière obscure, et à y
attirer un peu plus l’attention des savants.

Sans travailler ici avec Bailly à reconstituer l’histoire d’un peuple
perdu, encore trop douteuse, nous inclinons, toutefois, à reconnaître
avec Humboldt, que le mythe de l’Atlantide, dans sa plus simple
expression, «désigne l’époque d’une guerre de peuples qui vivaient hors
des Colonnes d’Hercule, contre ceux qui en sont à l’est, c’est-à-dire
une irruption de l’ouest[110].» Et ainsi que nous le disions un peu
plus haut, avec le savant auteur du Cosmos, «une migration de peuples
de l’ouest à l’est, dont le souvenir conservé en Égypte a été reporté à
Athènes et célébré par des fêtes religieuses, peut appartenir à des temps
antérieurs à l’invasion des Perses en Mauritanie, dont Salluste a reconnu
les traces.»

Ce n’est pas sans dessein que nous répétons ici ces paroles. Elles sont
pour nous comme un reflet des relations qui existèrent dans des temps
anté-historiques, entre le continent de l’Amérique et le nôtre, relations
qu’auraient violemment rompues les grandes irruptions volcaniques, dont
nous avons parlé plus haut, et qui paraissent avoir eu lieu simultanément
en Amérique, en Afrique et dans toute la chaîne des montagnes de
l’Asie centrale. Nous n’examinerons pas ici ce qu’il peut y avoir de
réel ou d’imaginaire dans les descriptions de l’Atlantide, rapportées
dans le _Critias_[111]; il nous suffit de savoir que la navigation,
probablement plus parfaite alors qu’elle ne le fut après le cataclysme,
était facilitée par l’existence de cette grande île «d’où l’on pouvait
passer aisément aux autres îles, et de celles-là à tout le continent
qui borde tout autour la mer intérieure.» Les communications existaient
donc d’un continent à l’autre, et les traditions, non moins que les
preuves géologiques, ne manquent pas à ceux qui affirment, que des terres
considérables furent englouties également dans l’Océan Pacifique, soit du
côté américain, soit aux extrémités de l’Asie orientale, comme du côté
atlantique, arrêtant ainsi à l’ouest les peuples qui menaçaient l’Europe,
et interrompant les progrès d’une civilisation occidentale, dont les
uniques témoignages sont, peut-être, les monuments des premiers Égyptiens
successeurs de Menès.

Ce qui paraît également hors de doute, c’est qu’une grande puissance
maritime, établie dans ces îles atlantiques, comme aujourd’hui celle de
la Grande-Bretagne, exerçait une influence considérable sur les deux
continents opposés. «Dans cette île Atlantide régnaient des rois d’une
grande et merveilleuse puissance; ils avaient sous leur domination
l’île entière, ainsi que plusieurs autres îles et quelques parties du
continent. En outre, en deçà du détroit, ils régnaient sur la Libye
jusqu’à l’Égypte, et sur l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie.» Si, après
avoir lu ces lignes, on jette les yeux sur une carte de l’ancien monde
et que l’on examine les lieux que désigne ici Platon, on y retrouvera,
précisément en Afrique comme en Europe, tout un ensemble de populations,
dont il a été jusqu’à présent, non-seulement difficile, mais à peu près
impossible de tracer la filiation, soit avec les souches âryanes, soit
avec les races sémitiques. Ce sont tout d’abord les Égyptiens eux-mêmes,
dont les ethnographes les plus distingués sont réduits à faire une race
autochtone, faute de savoir à quel groupe les rattacher[112]; ce sont
ensuite les Berbères, ainsi que la plupart des nations libyennes, à
qui l’on trouve des liens de parenté avec les Égyptiens, liens que les
découvertes modernes semblent resserrer davantage chaque jour[113]; ce
sont les Ibères et les Basques, que, de toutes parts, on commence à
rattacher, à leur tour, aux Berbères, d’un côté; de l’autre, aux Finnois
et aux Lapons[114] qui, au moyen des Groenlandais, s’enchaînent, non
moins par les langues que par la conformation physique, à plusieurs des
populations les plus importantes de l’Amérique[115]. Mais entre les
Basques et les Finnois, il existait anciennement et il existe encore
aujourd’hui, en Europe, d’autres nations qui paraissent avoir eu une
origine commune avec eux: ce sont, d’un côté, en France, celles dont on
a signalé les traces dans des noms de localités antiques entre la Loire
et les Pyrénées; de l’autre, en Suisse, les Grisons, que leurs caractères
physiologiques rapprochent du type primitif[116]; enfin, en Italie, les
Étrusques et les diverses autres tribus italiotes, que leur caractère,
leurs mœurs et leurs institutions, autant que leur langage, rattachent
aux Égyptiens, bien plus qu’aux populations sémitiques, auxquelles
on a cherché à les assimiler[117]. Souvenons-nous, d’ailleurs, que
les Égyptiens assuraient eux-mêmes avoir disséminé un grand nombre de
colonies sur le continent, jusque parmi les Grecs et les Romains, dont
les noms se trouvent dans leur classification géographique, sur leurs
monuments. Ils ajoutaient que Bélus, qui avait conduit des colons à
Babylone et institué dans cette ville un sacerdoce sur le modèle de celui
de l’Égypte, était fils de Libya et de Neptune[118], c’est-à-dire issu de
la race libyenne et des peuples atlantiques de l’ouest.


§ X.

    Les Cares ou Cariens. Leur nom identique avec celui des Barbar,
    Berber ou Varvar. Leurs institutions gynécocratiques. Etendue
    de leurs relations en Asie, en Afrique et en Europe.

Si nous suivons maintenant Bélus en Orient, et que nous cherchions entre
les vieilles populations de l’Asie Mineure, des îles et des côtes de la
Grèce et de l’Italie, aux époques antérieures aux conquêtes des peuples
indo-européens, qu’y trouvons-nous? des nations dont le souvenir est
presque effacé, dont les langues nous font défaut, mais dont les mœurs,
les institutions et les cultes nous rappellent sans cesse des cultes
et des institutions analogues dans l’ancienne Amérique, dont les noms
et les dieux, avec des noms semblables, se rencontrent dans la plupart
des traditions américaines. Les plus remarquables, sans contredit, sont
les Cares, qui passaient, à l’époque de la découverte du continent
occidental, pour les plus belliqueux et les plus civilisés de l’Amérique
centrale[119], et dont le nom se répète dans des centaines de noms de
peuples et de lieux, d’un bout à l’autre de l’Amérique tropicale, avec
le même sens que lui donnent, dans l’Asie, les philologues anciens et
modernes[120]. Ce sont encore les _Caucones_, les _Cauniens_, les
_Aoniens_ ou _Ioniens_, les _Mopses_ ou _Moxas_, qui, tous, ont leurs
homophones en Amérique et s’y rattachent aux Cares, de la même manière
que leurs homonymes se rattachaient, dans l’antiquité, aux Cares de
l’Asie. Est-ce là l’effet d’une simple coïncidence? C’est ce que les
lecteurs seront à même d’apprécier plus loin.

«Quand Homère, dit le baron d’Eckstein[121], désigne les Cares comme
_Barbarophonoi_ (qui parlent la langue des _Barbaras_), ce mot est des
plus significatifs dans sa bouche. Proféré avec le sentiment de la grande
spécialité de l’idiome des Cares, il nous apprend qu’ils parlaient la
langue d’une des plus vieilles branches de l’espèce humaine, la langue
d’un peuple que ses voisins appelaient du nom de _Barbaroi_, soit en
Asie, soit en Afrique. Ce nom ethnique n’est devenu un lien commun que
dans la bouche des Grecs et des Romains, qui l’ont reçu des Grecs.
Le passage d’Homère y a contribué. Ce mot est entré dans l’usage des
poëtes et des prosateurs; il a donné lieu à une abstraite généralité
que le mot de _Barbaras_ a revêtu dans l’usage des âges postérieurs.
Rien de pareil chez Homère. Thucydide relève avec force, c’est-à-dire
contrairement à l’opinion de son temps, que l’antithèse des Barbares et
des Hellènes était entièrement étrangère au vocabulaire d’Homère. Homère
ignore jusqu’au nom des Hellènes; nom qui ne date que du temps où les
Grecs, consolidés dans leurs colonies de l’Asie Mineure, y tranchaient du
maître, s’y signalaient par le mépris de leurs voisins. Les Cares étaient
les plus considérables de ces voisins, les plus illustres par leur
ancienne domination des mers. Ils dataient d’avant les Grecs; ils avaient
été les maîtres d’une partie des îles de la Grèce, d’une partie des côtes
du Péloponnèse, de l’Acarnanie, de l’Illyrie, avant qu’il y eût des
Pélasges dans ces contrées. Ils régnaient dans l’Asie Mineure, à côté des
Phrygiens et des Méoniens. Ils avaient contracté une alliance des plus
intimes avec les Méoniens comme avec les Thraces, voisins des Mysiens,
qui ont fait originairement partie de la nation des Cares. Voilà comment
il a pu arriver que l’antithèse des Hellènes et des Barbares se soit fait
vivement sentir dans une localité restreinte avant de devenir générale....

Ecoutons ce qu’Hérodote[122] affirme au sujet d’un peuple de Barbares,
connu des Égyptiens: «Ils appellent _Barbaroi_, dit-il, tous les peuples
voisins qui ne parlent pas la langue d’Égypte.» Or, il n’y a pas la
moindre difficulté à reconnaître ces peuples; car le nom de _Barbaras_
s’y est encore partiellement conservé comme un nom originel, ajoute M.
d’Eckstein[123]. Ce sont, d’une part, les peuples de la Nubie; d’autre
part, ceux des régions de la Libye. D’après les recherches de ce savant,
on retrouvait dans une grande partie de l’Afrique septentrionale, et même
jusqu’en Espagne et en Lusitanie, des traces de cette grande famille
libyenne, connue sous le nom de _Barbare_ ou de _Berbère_. Le témoignage
de Barth, si instruit, ajoute-t-il, des mœurs, des institutions, des
idiomes de cette grande race libyenne, de la chaîne de l’Atlas et des
oasis dans le voisinage de l’Égypte... nous renseigne sur la tribu
_varvar_, une des grandes divisions de la race libyenne moderne[124].
Il dérive le mot _varvar_ d’un _var_ radical, nom de l’homme dans la
langue des Touaregs. Le redoublement doit avoir le sens d’hommes par
excellence, de ceux qui sont deux fois des hommes. Pour nous, répétant ce
que nous disions un peu plus haut, au sujet des _Cares_ de l’Amérique,
et de l’immense extension de ce nom sur la surface de ce continent,
soit comme _Caracara_ ou _Caraib_ dans les Antilles[125], soit comme
_Caras_ et _Cariari_ au Honduras, comme _Cares_, _Carabacas_, _Caracas_,
_Carachines_, _Caramantas_, _Carangues_, _Carcares_, _Carares_,
_Caravaros_, _Cariacos_, _Carios_, _Caripunos_, _Cariones_, _Cartamas_,
ou comme _Guarani_, _Galibi_, etc. dans l’Amérique méridionale, nous
ajouterons qu’il a partout le même sens d’homme, de guerrier par
excellence, de vaillant, ainsi qu’en Afrique et en Asie[126]. Ce sont là
des noms sous lesquels sont encore connues des populations nombreuses, et
qui, dès les temps les plus anciens de l’histoire américaine, jouèrent,
dans les régions les plus diverses, des rôles considérables, ainsi qu’on
le verra plus loin.

Dans son travail, sur les rapports des différents peuples de l’Afrique
et de l’Asie, qui se rattachent aux noms de _Cares_, de _Barbar_ ou
_Varvar_, M. d’Eckstein cherche surtout à faire ressortir le trait
caractéristique qui les distinguait entre les autres nations: il
cherche les origines de la _Gynécocratie_, c’est-à-dire du règne de la
femme dans la famille, de son influence dans la société civile, de son
autorité dans l’État, trois choses qui paraissent découler clairement
des preuves historiques qu’il apporte, pour en constater l’existence,
d’un côté, chez les vieilles races berbères et libyennes; de l’autre,
chez un grand nombre de populations de l’ancienne Asie. C’est par les
institutions de la Gynécocratie qu’il les rattache les unes aux autres,
pour les faire descendre, plus ou moins, d’une souche commune qui, dans
son opinion, serait la race brune ou chamitique du centre de l’Asie[127].
Ce qui nous a particulièrement frappé à cet égard, c’est qu’en comparant
les Cares ou les races qui leur sont alliées dans l’ancien monde, à
celles du continent américain, nous trouvons précisément, ainsi que
nous l’avons exposé ailleurs, avant de connaître le travail de M.
d’Eckstein, les traces de la Gynécocratie et des désordres qu’elle avait
enfantés, non-seulement chez la plupart des nations cares de l’Amérique
méridionale, mais encore chez un grand nombre de tribus surtout de
la race nahuatl, avec qui les Cares paraissent avoir été intimement
alliés[128].

L’Écriture sainte, qu’on ne consulte jamais en vain, dans les questions
de races, malgré son extrême concision, comprend sous le nom de Cham,
quatre des principales branches de l’espèce humaine: ce sont celles des
Chus, de Phut, de Mizraïm et de Chanaan. Les Lahabim ou Libyens n’y
paraissent qu’en sous-ordre, rattachés au tronc de Mizraïm[129]; mais
Chus, Phut et les Libyens sont presque inséparables dans le souvenir des
prophètes[130]. Peuple pasteur, agriculteur, métallurge, marin, pirate,
Lahabim est tout cela, selon son séjour dans l’intérieur, ou sur les
côtes de l’Océan. Répandu dans les oasis du voisinage de l’Égypte, sur
toutes les côtes de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique, depuis
la Cyrénaïque jusqu’aux extrémités du Maroc, maître des vallées et des
crêtes du mont Atlas, nous les voyons mêlés à des tribus de Barbaroi,
d’Afrigh, à la race de Phut, dont le nom existe encore aujourd’hui dans
celui de _Phetz_, _Fez_, ou _Fezzan_[131]. Faisaient-ils partie de
ces nations qui, «venues au travers de la mer Atlantique,» menacèrent
autrefois la Grèce et l’Égypte? C’est ce que la tradition ne nous
apprend pas. Mais, navigateurs de vieille date, comme le prouve leur
établissement au Canaries, nous pouvons en conclure qu’ils n’étaient pas
étrangers à la race des Guanches, que les débris de leurs traditions,
de leur caractère et de leur langage, paraissent identifier, d’un côté,
avec les insulaires des Antilles[132], et, de l’autre, avec les Égyptiens
et les Berbères[133]. Le nom de _Brbr_, donné d’ailleurs aux pyramides
d’Égypte, à cause des princes qui les édifièrent[134], les ressemblances
frappantes que l’histoire et les découvertes récentes nous signalent
entre ces princes et les races libyennes, dont on croit retrouver le
type dans les peuples primitifs de l’époque la plus civilisée des
Memphis[135], tout aujourd’hui semble se réunir, pour montrer dans les
fondateurs de l’antique civilisation égyptienne, une race atlantique,
issue, probablement, de ces envahisseurs de l’ouest, dont le cataclysme
dut arrêter le développement et dont les _Hycsos_ auraient été le dernier
flot[136].

Ces notions, rapprochées les unes des autres, finiront, peut-être,
par jeter quelques lueurs sur l’histoire primitive de l’Afrique et
conséquemment de l’Europe occidentale. Nous avons parlé de la parenté
qui paraît exister entre les idiomes des nations libyennes et la langue
des Basques; entre celle-ci et la langue des anciens Ibères. Ajoutons,
pour compléter ces notions, en vue des relations que le nom et les
institutions des _Cares_ établissent entre les nations du monde entier,
ce que Strabon nous fait connaître au sujet des femmes ibériennes qui
paraissent avec les hommes sur les champs de bataille[137]: il nous les
montre, surtout chez les Cantabres, ainsi que chez un grand nombre de
peuples de l’Afrique[138], investies de priviléges spéciaux, exerçant
la puissance, ainsi qu’on le voit même en Égypte. En Cantabrie, elles
accouchaient en plein champ: c’étaient les maris qui se mettaient au
lit, comme s’ils avaient été en mal d’enfant et les femmes qui les
soignaient[139]. C’est exactement ce qui se pratiquait dans plusieurs
des régions de l’Amérique et du Yucatan, entre autres chez les Cares des
montagnes de Copan et de Chiquimula[140]. Remarquons, en passant encore,
avant de quitter l’Espagne, un autre souvenir des Cares américains, qui
n’est pas moins important, celui des dépressions que les mères faisaient
subir aux crânes de leurs enfants, et dont l’usage se retrouve chez
la plupart des nations qui se rattachent aux Cares ou aux Nahuas en
Amérique[141]. On sait d’ailleurs que la population de la province ou
capitainerie générale de Guipuzcoa est, très-probablement, en grande
partie, formée par les descendants des anciens _Carites_ et _Varduli_ (ou
Bardules, dont les noms ne sont pas moins significatifs), se trouvant
entre les Cantabri et les Autrigones à l’ouest et les Vascones à
l’est[142].»

«En ces vieux jours du monde, dit encore M. d’Eckstein, où Ibères
et Libyens, Lahabim et Phoutim s’enlaçaient plus ou moins à travers
l’Europe occidentale et poussaient jusqu’au sein de l’Irlande et de la
Grande-Bretagne, les monuments de Mizraïm semblent révéler des rapports
maritimes de ces Libyens et probablement de ces Ibères avec les Cares
et avec les autres races anté-pélasgiques des côtes de la Grèce et de
l’Italie, ainsi que des îles de l’Archipel[143].»

C’est, du reste, dans les rapports des Cares et ceux des peuples
atlantiques qu’il faut chercher à découvrir les vestiges de l’ancienne
histoire des deux mondes. Le mystère de la langue étrusque s’éclaircira,
peut-être aussi, par ses rapports avec quelqu’un des idiomes libyens
ou de ceux de l’Amérique. Les faibles traces par lesquelles on s’est
efforcé de la rattacher aux langues indo-européennes, n’inspirent aucune
confiance. «Les Étrusques, a dit depuis longtemps Denys d’Halicarnasse,
ne sont semblables à aucune autre nation pour le langage et les mœurs. Le
peuple de Raz, comme ils s’appelaient eux-mêmes[144], ne se distinguait
pas moins des Italiens latins ou sabelliens et des Grecs, par leur
apparence que par leur langue; au lieu des proportions élégantes et
symétriques des Italiens, les sculpteurs toscans ne nous présentent
que des figures courtes et trapues, avec de grosses têtes et de longs
bras. Leur religion, d’un autre côté, présente un assemblage étrange de
combinaisons mystiques des nombres, de pratiques sauvages et terribles,»
où l’on croit retrouver tous les mystères des religions du Mexique.
Mais, ainsi que chez les Chichimèques, chez les Natchez, chez les
nations nahuas de Panuco, de Teo-Colhuacan et au royaume de Quito[145],
la femme est reine, comme elle l’était également en Égypte[146]: elle a
son rôle en face de l’homme, du roi; elle est prêtresse, inspiratrice,
législatrice et oracle. Les jeunes filles étaient des hétaires sacrées,
esclaves du temple d’une déesse de la pyramide, d’un foyer de la tombe.
C’est le pendant exact de ce qui est rapporté des filles des rois et des
grands, dans cette race de princes berbères qui envahirent l’Égypte et
bâtirent les pyramides. C’est exactement ce qui est raconté des jeunes
filles de souche lydo-carienne, qui contribuaient à l’érection des
monuments funèbres des rois, en se prostituant aux marchands et aux
étrangers, dans le foyer du temple de la déesse.

En voulant rattacher les Étrusques aux Lydiens, les écrivains qui se
sont occupé de cette matière, cherchaient tout simplement à les faire
sortir d’une souche sémitique. Mais s’il y a le moindre fondement à faire
sur le récit de cette irruption de peuples, sortant, à l’ouest, de la
mer Atlantique, c’est évidemment à ces races mystérieuses qu’il faut
les ramener sous beaucoup de rapports. S’ils sont sortis de l’Asie, ce
ne peut être que par suite de leur origine première, après de longues
migrations, ou bien, par les Cares, avec lesquels ils avaient des liens
de parenté; c’est aussi par ces liens antiques que se trouvent alliés
tous les hommes de race brune, tels que les Mongols, les Américains et
les Égyptiens, dont la souche commune se retrouvera, peut-être, un jour,
dans les régions de l’Asie centrale. Tous ces peuples, ainsi que ceux que
nous avons énumérés plus haut, sont issus de race chamite, et sont ainsi
parents à des degrés plus ou moins éloignés: ils appartiennent à la même
formation primitive chez laquelle, selon M. d’Eckstein, la gynécocratie
ou l’empire des femmes fut établie comme le principe fondamental de la
société[147].

Quant aux Cares que les savantes recherches de cet écrivain nous
montrent, presque comme les maîtres du vieux monde, avant les Aryas
et les prédécesseurs des Phéniciens sur toutes les mers, faut-il
s’étonner que nous les rencontrions également sur toute l’étendue de
l’Amérique? faut-il s’étonner que nous trouvions leur nom mêlé aux
cosmogonies antiques, aux plus anciennes légendes, aux invasions les
plus considérables, comme à la fondation des empires, aux jours les plus
fabuleux de l’histoire de ces contrées? Nous les y trouvons à des époques
diverses, avec leurs institutions et leur culte. D’où venaient-ils
originairement? étaient-ils de la même race que ces populations qui,
sous le nom d’Atlantes, envahirent l’Europe et l’Afrique, dans les
temps antérieurs à la grande catastrophe diluvienne, qui sépara les
deux mondes, à l’Occident et à l’Orient; ou bien, furent-ils conduits,
par suite de cette catastrophe, à se disperser et à émigrer à la
fois, d’Asie en Afrique et en Europe, et d’Asie en Amérique? Dans
l’opinion de M. d’Eckstein, cette catastrophe aurait certainement
réagi sur les destinées de l’Afrique[148]: elle aurait, ainsi que nous
le pressentions tout à l’heure, amené dans l’Égypte les rois libyens,
fondateurs des pyramides, et causé l’apparition des Cares sur les côtes
de la Méditerranée, en Libye et en Palestine. Ces mêmes causes auraient
déterminé ultérieurement l’occupation des îles de la Méditerranée, après
quoi se seraient formés les premiers établissements qui surgirent sur
divers points de la Grèce anté-pélasgique et de l’Italie anté-latine;
les Cares auraient fini, de cette manière, par constituer une puissance
maritime carienne sur les côtes de la Cilicie et de la Lycie, aussi bien
que du côté de la Lydie et de la Phrygie primitives[149].


§ XI.

    Les Cares en Amérique. Leur extension considérable sur ce
    continent. Culte des dieux. Macares en Asie, dans l’Inde, en
    Amérique. Macar, Cipactli, Ymox, Macar-Ona. Le Melcarth des
    Tyriens et les dieux poissons du Guatémala. Quetzalcohuatl.

En Amérique, nous voyons se produire le même fait qu’en Asie. _Dimivan
Caracol_ et ses trois frères sont présentés comme une des causes de
l’inondation qui déchire le continent et produit la mer. C’est de son
épaule que sort la tortue qui sera la première terre où ils aborderont
et qu’ils cultiveront de leurs mains, et c’est avec leur aide que les
hommes auront des femmes à qui ils pourront s’unir[150]. Une tradition
antique conservée parmi les _Guarani_, rapportait également l’origine de
cette grande famille à deux frères _Tupi_ et _Guarani_[151], qui, à la
suite de la grande inondation, abordèrent aux côtes du Brésil, avec leurs
femmes et leurs enfants et bâtirent les premières villes qu’on eût vues
dans ce pays[152]. En conséquence de graves dissentiments, survenus entre
les deux frères ou les deux familles, ils résolurent de se séparer, et
ils se dispersèrent insensiblement dans toute l’étendue de ces vastes
régions, où on les reconnaît au nom de _Tupi_ et de _Guar_, _gar_, ou
_car_, que l’on retrouve dans les noms d’un si grand nombre de nations.
Les traditions antiques du royaume de Quito nous montrent les _Caras_,
débarquant de l’Océan Pacifique au Rio Esmeraldas, d’où ils s’étendent
dans l’intérieur où leurs chefs établissent plus tard la dynastie des
_Scyris_[153]: on en voit d’autres apparaître en plusieurs endroits
des côtes du Pérou et du Chili, où ils fondent des villes qui portent
leur nom, et c’est à un chef _cara_ sorti de la vallée de Coquimbo que
les souvenirs antiques du lac de Titicaca attribuent le massacre des
hommes blancs de Chucuyto[154]. Les innombrables États d’origine care
ou caraïbe, qui existaient encore à l’époque de la conquête, soit à
l’intérieur de l’Amérique, soit sur les côtes que baignent les deux mers,
attestent l’antique puissance de cette race prodigieuse[155].

«Le culte des dieux _Macares_ est celui des Cares, premiers dominateurs
de la mer, ajoute M. d’Eckstein[156], comme il fut très-anciennement
aussi celui des Lydiens, des Phout, des Ibères, en tant que navigateurs
des côtes de la Méditerranée et des rivages de l’Atlantique, tout cela
bien longtemps avant qu’il passât aux Pélasges, après avoir été le bien
commun des Cares et des Phéniciens. Ce culte naquit sur les rives de
l’Océan Indien et domine dans les régions du Guzzurate, du Katch, des
bouches de l’Indus, des côtes de la Gédrosie, de la Perside, du golfe
Persique et de l’Arabie, jusqu’aux extrémités des régions éthiopiennes.
Le nom de _Makara_ fleurit partout et cela avec un sens précis, dans les
légendes du Guzzurate.

»Partout où nous rencontrons les dieux Macares, nous les découvrons avec
le double caractère, 1º de dieux des îles Fortunées, d’hommes d’une
race divine, et 2º de dieux infernaux, d’hommes d’une race barbare,
offrant des holocaustes humains. L’abolition de ces holocaustes a lieu,
lorsque le dieu _Kâma_ se dévoue, lui, le grand dieu des côtes de l’Inde
occidentale. C’est un vrai Cham par le nom et par l’idée; c’est l’Erôs
de l’Océan Indien. Spécialement adoré dans la péninsule du Guzzurate,
il est le premier navigateur de l’Océan. Pour triompher du monstre, du
tyran de l’abîme, il s’enfonce dans sa gueule, comme le Melcarth de Tyr,
comme le dieu des îles et des côtes de la terre ferme des Cares. Dieu
des extrémités du globe où l’Amour trouve son chemin; dieu des Libyens
et des Ibères, il a passé aux Grecs avec des modifications nombreuses.
Il renaît sur les côtes du Guzzurate, où il célèbre son premier triomphe
comme vainqueur du Macare, du monstre ou de la baleine qu’il porte en sa
bannière; d’où lui vient le nom de _Makara-kétou_, de _Makara-dhvadscha_.
Il s’entoure partout d’un harem de femmes qui l’enlacent et le dominent;
il est le bien-aimé de la Gynécocratie, dans tous les lieux où sa lumière
abonde et se promène.»

Si des régions et des mers de l’Asie, nous repassons de nouveau en
Amérique, nous y retrouvons les mêmes symboles que dans l’ancien monde,
souvent avec les mêmes noms, toujours sous des noms analogues. Celui
des dieux _Macares_, inexplicable ailleurs, d’une manière rationnelle,
s’explique là. _Macar_, dans l’ancien Quiché[157], est le poisson,
le monstre marin antique, celui qui s’élève au-dessus des autres, le
_Cipactli_ des Mexicains, le premier signe, représenté par un cétacé
formidable, appelé aussi _Ymox_[158] en quiché et _Ymix_ dans la langue
yucatèque. _Macar_, dans le quiché encore, signifie symboliquement
l’amour et l’embrassement d’une prostituée[159]. Or, peut-on rien qui
corresponde plus franchement à l’idée de la divinité des Cares de
l’Asie, navigateurs sur toutes les mers, fondateurs des institutions
gynécocratiques et des temples, dont des prostituées étaient les
prêtresses? Remarquons également que ce sont les lieux où les Cares
paraissaient avoir établi le plus solidement leur domination, dans les
provinces situées entre le Darien et le golfe de Maracaibo, que le nom de
_Macar_ a survécu aux révolutions de la nature et du temps, dans celui
de _Macar-Ona_, que gardèrent jusqu’à leur entier assujettissement aux
Espagnols, les rois des tribus de Bonda, de Malambó et de Tayrona[160].
Ce sont ces provinces, où le nom de presque chaque localité importante
commence en _car_, _cara_ ou _cari_, dont les montagnes d’_Abibe_,
d’_Abraime_, d’_Abraiva_, si riches en métaux et en bois précieux, dont
les côtes étaient naguère si célèbres par leurs pêcheries de perles,
que se conserva, avec le titre de _Macar-Ona_, le souvenir des Limnées
fameuses des Tayronas, où se forgeaient les armures d’or dont se
couvraient tous les rois de l’Amérique[161].

Macar, disons-nous, était aussi le même que _Melcarth_, l’Hercule
phénicien[162] que les médailles antiques, trouvées à Cadix, représentent
aussi par deux poissons[163], symboles également des deux jumeaux
Hunahpu, de Guatémala, moitié hommes, moitié poissons qu’on voit,
sous cette image, dans le MS, dit Mexicain, nº 2, de la bibliothèque
impériale. D’une extrémité à l’autre du globe, on le retrouve donc avec
les mêmes caractères, dans la Méditerranée, aussi bien qu’en Amérique
et que dans l’Inde. Ici le Macar se montre sous le nom de _Shambarah_,
dit M. d’Eckstein[164], le Macar ou _Macaryah_, monstre marin qui
avait englouti _Kâma_ (Erôs), dont il est aussi le symbole, comme
Oannès à Babylone. Macar est le premier navigateur ou plutôt l’image
du ciste qui transporte les premiers colons avec la civilisation, d’un
monde à l’autre. C’est ainsi qu’au début des histoires religieuses et
astronomiques des Mexicains, _Cipactli_, appelé aussi _Cipactonal_, le
premier-né, au retour de la lumière, celui qui le premier fut sauvé du
déluge[165], est figuré tantôt comme le monstre marin, vomissant un homme
de sa gueule entr’ouverte, tantôt avec le nom de _Quetzalcohuatl_, sous
la forme d’un dragon, d’un serpent épouvantable, engloutissant une forme
humaine, ou bien, blessé à mort et se débattant dans l’agonie, baigné de
flots de sang[166].

Chose remarquable, d’ailleurs, c’est du moment de son apparition
que date la mesure du temps; c’est pourquoi on l’appelle encore _Ce
Acatl_, Une Canne, nom du jour où se montra pour la première fois
_Tlahuizcalpan-teuctli_ ou l’Etoile du matin, après les convulsions
de la terre abîmée par le déluge[167]. C’est ce serpent qui ondule en
replis monstrueux autour de l’édifice qu’on admire à Uxmal, sous le nom
de Palais des Vestales, et entre les mâchoires duquel se montre une tête
couronnée du diadème royal[168]. Ce serpent est orné de plumes: c’est
pourquoi on l’appelle _Quetzalcohuatl_, _Gucumatz_ ou _Kukulcan_. Au
moment où le monde s’apprête à sortir du chaos de la grande catastrophe,
on le voit apparaître, «comme le Créateur et le Formateur, lorsqu’il
n’y avait encore que l’eau paisible, que la mer calme et seule dans ses
bornes;.... enveloppé de vert et d’azur, il est sur l’eau comme une
lumière mouvante[169].»


§ XII.

    La création suivant le Livre sacré des Quichés. Origine des
    cosmogonies antiques. Identification de Hurakan, l’Ouragan
    américain avec Horus. L’Uraeus égyptien et le Quetzalcohuatl au
    Mexique. Epervier et Vipère, Quetzal et Serpent.

«Voici le récit comme quoi tout était en suspens, dit le _Livre Sacré_;
tout était calme et silencieux; tout était immobile, tout était paisible,
et vide était l’immensité des cieux.—C’est au milieu des ténèbres de
la nuit, lit-on ailleurs, que le monde a été formé; car la nature de
la vie et de l’humanité sont l’œuvre de celui qui est le cœur du ciel,
dont le nom est Hurakan[170].» Ainsi que dans la plupart des cosmogonies
antiques, c’est du sein des ténèbres primitives que sort, suivant la
cosmogonie quichée, le principe créateur; c’est du sein de la nuit qui
précède les jours et les nuits, qu’il apparaît sur l’eau comme une
lumière mouvante. Mais si l’on entend bien le sens du _Popol Vuh_, il y
a dans les pages de la création quichée deux idées bien distinctes: il
y a la création première, au moment où l’univers sortit du néant, et la
seconde qui fait allusion aux divers bouleversements physiques du globe
terrestre, après la naissance de l’homme. «Admirable, dit l’écrivain
quiché, admirable est le récit du temps auquel acheva de se former tout
ce qui est au ciel et sur la terre, la quadrature et la quadrangulation
de leurs signes, la mesure de leurs angles, leur alignement et
l’établissement des parallèles au ciel et sur la terre, aux quatre
extrémités, aux quatre points cardinaux, comme il fut dit par le Créateur
et le Formateur, la Mère, le Père de la vie, de l’existence, celui par
qui tout agit et respire, père et vivificateur de la paix des peuples,
de ses vassaux civilisés. Celui dont la sagesse a médité l’excellence de
tout ce qui existe au ciel, sur la terre, dans les lacs et les mers.»

La Bible n’offre rien de plus sublime, et aucune nation antique, pas même
l’Égypte, avec toute sa sagesse, n’a conservé de la création un souvenir
qui réunisse à tant de simplicité et de grandeur, un tableau si frappant
de la science cosmogonique. C’est là un reflet des connaissances que
possédait l’antiquité américaine, aux temps où l’Égypte édifiait ses plus
beaux monuments. Mais quand nous arrivons aux images du monde, sortant du
chaos des catastrophes diluviennes, les idées américaines se rapprochent
de celles du continent opposé. Le créateur n’est plus le même. C’est
maintenant le serpent orné de plumes qui agit; il apparaît sur les eaux,
comme une lumière mouvante. Le monde ne sort pas de la nuit; non, il est
créé dans les ténèbres, dans la nuit; le texte est clair, _chi gekumal,
chi agabal_. C’est le commencement de tous les systèmes idolâtriques,
bâtis sur les idées cosmogoniques relatives à la terre, sortant du
cataclysme, sur les terreurs des hommes échappés au naufrage et oubliant,
dans leur effroi, les lumières de la religion primitive, source de cette
civilisation prodigieuse, vers laquelle le christianisme les fait tendre
de nouveau.

En effet, dit le texte quiché, «la nature et la vie de l’humanité se
sont opérées dans les ténèbres, dans la nuit, par celui qui est au
centre du ciel, dont le nom est Hurakan,» c’est-à-dire l’ouragan, la
tempête, qui a renouvelé le monde par les eaux du déluge et par le vent,
en éteignant les feux des volcans qui venaient de le bouleverser. Dès
ce moment, toutes les forces de la nature vont être divinisées: avec
Hurakan apparaissent les trois signes qui sont ses manifestations:
«L’éclair, est-il dit, est le premier signe de Hurakan, le second est
le sillonnement de l’éclair; le troisième est la foudre qui frappe, et
ces trois sont du cœur du ciel.» Ce sont eux qui vont créer le monde,
de concert avec Gucumatz, le serpent orné de plumes. «Que cette eau se
retire, disent-ils, et cesse d’embarrasser, afin que la terre ici existe;
qu’elle se raffermisse et présente sa surface, qu’elle s’ensemence et que
le jour luise...—Ainsi fut la création de la terre lorsqu’elle fut formée
par ceux qui sont le centre du ciel (l’ouragan) et le cœur de la terre
(le feu des volcans, Typhon); car ainsi se nomment ceux qui les premiers
la fécondèrent, le ciel et la terre, encore inertes, étant suspendus au
milieu de l’eau[171].»

Ne trouve-t-on pas là tout l’ensemble des théogonies et des cosmogonies
orphiques de l’Asie Mineure et des traditions que reproduit Hésiode?
C’est le vieil hiéroglyphe de l’œuf du monde, traité par Lobeck, qui a
réuni les fragments de ces cosmogonies dans les _Orphica_. «S’engendrant
de soi-même, mais au sein des ténèbres primitives, le dieu créateur sort
de soi-même dans l’œuf du monde. Il féconde la déesse Nuit, la Nuit qui
précède la naissance des jours et des nuits. Le sein de la déesse prend
la figure de l’œuf. C’est de cet œuf qu’il sort comme l’amour ailé, comme
le dieu fort (_Tepeu Gucumatz_, le dominateur, serpent orné de plumes),
comme le principe ailé du temps, ou comme le dieu qui ouvre la série
des cycles ou des évolutions qui composent et achèvent le système des
mondes. Cette œuvre s’accomplit quand le dieu, sorti de l’œuf, le partage
en deux moitiés, l’une qui comprend les cieux, l’autre qui comprend la
terre et l’abîme. Le troisième monde se compose de la mer atmosphérique
qui constitue le lien intermédiaire entre les deux mondes. Le génie
des trois mondes est le dragon aux trois têtes, ou aux trois corps.
C’est l’hiéroglyphe d’un triple feu, d’un feu créateur, conservateur et
destructeur, par lequel s’achève le mouvement des temps, dans un cercle
éternel de créations et de destructions[172].»

Ainsi qu’en Asie, remarquons-le bien, nous trouvons en Égypte un
fond d’idées cosmogoniques en tout semblables à celles du _Livre
Sacré_. «Créés par Horus, dit Brugsch[173], ils formaient, d’après
leur opinion, la première des quatre races du monde connu.» Qui était
Horus? Appelé ailleurs le Soleil et Amon-Ra, le seigneur des cieux,
ainsi que le Hurakan des Quichés, Horus était la tempête, exactement
comme dans le _Popol-Vuh_. «Ἔσι δὲ Ὥρος ἡ πάντα σώζουσα καὶ τρέφουσα,
τοῦ περιέχοντος, ὥρα, καὶ κρᾶσις ἀέρος, dit Plutarque[174]; autrement,
«est autem _Orus_ TEMPESTAS, ac _temperies aeris_ ambientis, omnia
servans ac alens.» C’est-à-dire qu’_Horus_ est l’ouragan, _huracan_
ou _urogan_, dans les dialectes des Antilles, mots où l’on trouve,
comme dans le nom d’_Horus_ ou _Orus_, non-seulement la même idée et
la même signification, mais aussi le même son, une racine absolument
identique. Allons plus loin. Nous découvrons un autre symbole de la
même divinité [hiéroglyphe] dans l’Uraeus, ce reptile singulier qui
orne, comme chacun le sait, la coiffure des dieux égyptiens et des
pharaons, qui a la faculté de s’enfler la portion supérieure du corps,
lorsqu’il s’irrite[175]. Or, dans ce nom d’_Uraeus_, ne voit-on pas que
la première syllabe est encore la racine du mot, _hurakan_, _urogan_?
Ainsi que le serpent qui représente l’ouragan en Amérique, en Égypte,
c’est l’aspic οὐραῖος, l’OURO antique des dieux de Memphis [glyphes],
[glyphes]; c’est le _Quetzal-cohuatl_, emblème également de la puissance
royale au Mexique, ainsi qu’en Égypte, le Quetzal-cohuatl qui se dresse
en fureur, tel qu’on le voit dans un si grand nombre de monuments,
serpent orné de plumes, ainsi que l’_Uraeus_, décoré également d’un
diadème de plumes [hiéroglyphe] dans les monuments égyptiens; c’est
le même symbole, dont Salvolini trouvait la valeur phonétique K, sans
pouvoir se l’expliquer[176] et qui se montre parfaitement d’accord avec
tous les noms de l’_Uraeus_ américain _Quetzal-cohuatl_ (Ketzal-cohuatl),
en mexicain, _Gukumatz_ en quiché, et _Kukulcan_, dans la langue
maya[177].

Continuons. L’_Épervier_, selon tous les égyptologues, est le symbole
spécial d’Horus, il est Horus lui-même. Champollion donne, en effet,
l’image de cet oiseau pour la légende du nom d’Horus[178] et Salvolini
ajoute[179] que «les monuments et les anciens auteurs attestent que
l’image d’un _Épervier_ servait habituellement à représenter dans les
textes le nom du dieu Horus.» Encore une fois, n’est-ce pas là la lecture
du nom de Quetzal-cohuatl, _Quetzal_, l’oiseau royal au Mexique et dans
l’Amérique centrale, _cohuatl_, le serpent, aussi bien que _Kukul-can_
et _Gukumatz_, ou bien encore l’_Ara_ ou grand perroquet représentant
le soleil au Yucatan, dont le symbole apparaît dans les monuments
yucatèques presque partout où, dans les monuments égyptiens, se montre
l’_Épervier_?


§ XIII.

    Pan et ses diverses personnifications. Amon-Ra, Pan et Maïa
    en Grèce et au Mexique. Peutecatl et Maïaoel à Panuco. Les
    quatre cents mamelles de la déesse. Khem et Itzamna. Les quatre
    Canopes en Égypte et au Mexique. Le Sarigue et Sutech.

Un symbole non moins ordinaire dans les monuments égyptiens, c’est
le signe [hiéroglyphe], que les égyptologues traduisent par _neter_,
dieu, et qui accompagne, dans les hiéroglyphes, toutes les divinités
égyptiennes: dans son acception la plus commune, en dehors du cercle
divin, ce signe s’exprime par _ter_, qui a le sens d’une _hache_ ou d’un
marteau, on bien par le mot TOUT, _omnis_[180], et de là l’identification
de ce signe par quelques écrivains avec le _Pan_ des Grecs, symbole de la
génération universelle. Ce qui semblerait confirmer cette opinion, c’est
l’interprétation que M. de Rougé donne aux diverses variantes du groupe
[hiéroglyphe] ou [hiéroglyphe], qui, en opposition du sens qui leur est
donné par M. Birch, d’après Champollion, désigne un ensemble de dieux,
groupe que le savant égyptologue français lit PAU, signifiant au pluriel
un cycle de dieux[181]. Cette explication vient parfaitement à l’appui de
la précédente: car il est reconnu de tout le monde que _Pan_, _Mendès_,
_Priape_, _Amon_, _Amon-Cnouphis_, _Knèph_ et _Horus_, sont également des
personnifications symboliques du SOLEIL, le grand Démiurge des Égyptiens;
et que toutes ces divinités ne sont rigoureusement qu’un seul et même
personnage mythologique.

«Le _Démiurge_, dit Champollion[182], la lumière éternelle, l’être
premier qui mit en lumière _la force des causes cachées_, se nomma
_Amon-Ra_ ou _Amon-Ré_ (Amon Soleil); et ce créateur premier, l’esprit
démiurgique, procédant à la génération des êtres, s’appela _Amon_ et
plus particulièrement _Mendès_... Étienne de Byzance (_de Urbibus_, au
mot Πανὸς πόλις) parle en ces termes de la statue du dieu qu’on adorait
à _Panopolis_: Là existe, dit-il, un grand simulacre du dieu _habens
veretrum erectum_. Il tient de la main droite un fouet pour stimuler la
lune; on dit que cette image est celle de Pan.» C’est là une description
exacte et très-détaillée de l’_Amon-Générateur_, figuré sur notre planche.

En Grèce, à côté du culte de _Pan_ et d’Hermès, se montre celui de
_Maïa_, donnée comme la mère d’Hermès qu’elle aurait eu de _Zeus_, qui
n’est autre que Pan lui-même[183], et Maïa est regardée comme une sorte
de Cybèle et une personnification de la terre. Ouvrons de nouveau le
livre des traditions américaines et nous y retrouvons, ainsi qu’en Grèce
et en Égypte, Pan et Maïa, sous les mêmes noms, avec les mêmes attributs,
avec la même variété de personnifications et de symboles. _Pan-tecatl_,
dans le rituel mexicain, l’homme par excellence, _Pan_ est le même que
_Cipactonal_ qui est considéré comme le premier-né de la lumière après
la catastrophe du déluge[184]: il est le dieu des amours lubriques et de
l’ivrognerie; car c’est lui qui ensuite, sous le nom de Cuextecatl[185],
parcourt les campagnes, dans les folies de l’ivresse, en exposant partout
sa nudité, et sa compagne est _Maïa_ ou _Maïaoel_, qui a inventé l’art de
faire le vin, _octli_, qu’elle a tiré du maguey ou aloès[186]. Ce dieu
était adoré dans tout le Mexique et dans l’Amérique centrale, et il avait
à _Panuco_ ou _Panco_, exactement _Panopolis_[187], des temples superbes
où les Espagnols trouvèrent, à leur entrée au Mexique, des simulacres de
Pan aussi prodigieux qu’ils étaient obscènes[188]. On en découvre encore
chaque jour dans ces contrées, et nous avons vu fréquemment nous-mêmes
des statues de ce genre, _habentes veretrum erectum_ entre les mains et
d’une dimension énorme[189].

Le nom de _Pan_ a d’ailleurs son étymologie parfaitement claire,
phonétiquement parlant, dans les langues maya, mexicaine ou quichée. Dans
la langue du Yucatan, c’est le drapeau, l’étendard, la chose principale,
la raison d’être supérieure, ce qui joint au nom de _Maïa_ ou _Maya_, qui
était le nom principal de celle péninsule, faisait _Mayapan_, l’étendard
de Maya, qui était celui de son ancienne capitale[190]. De là vient
qu’on trouve le mot _pan_, représenté dans les hiéroglyphes mexicains,
exactement comme les dieux de l’Égypte par une hachette ou un petit
drapeau[191]. _Pa_, dans le vieux quiché, signifie au-dessus; _pan_ a
le sens de protecteur, _maya_ celui de la douceur qu’on aspire d’une
plante[192]. En langue nahuatl _pan_ ou _pani_ signifie également ce qui
est au-dessus, ce qui pousse en dehors, qui se découvre tout d’abord; de
là encore une foule de mots, tels que _pantli_, l’étendard, la muraille,
la ligne droite, la citadelle, qui découlent de celui-là, et _Pantecatl_,
le dieu de la lubricité, de la fécondation et de l’ivresse, dont la
signification première paraît être l’homme par excellence, le producteur
au-dessus de tous les autres[193].

Si la Maïa des Grecs était considérée comme l’épouse du soleil, en tant
que Zeus était assimilé à cet astre, il en était de même de la Maïa
mexicaine, adorée encore sous le nom de _Centeotl_ ou _Cinteotl_, la
déesse du maïs et des fruits de la terre[194], de _Meahuatl_, signifiant
le jet ou la pousse de l’aloès, qu’on est obligé de trancher dès sa
naissance, au sein même de la plante, pour pouvoir y recueillir la
séve, l’_octli_ ou pulqué; c’est à cause de sa fécondité ou plutôt de
la fécondation dont elle était la source, qu’on se l’imaginait couverte
de quatre cents mamelles, comme l’Arthémis d’Éphèse[195] qui n’était
peut-être qu’une copie de _Centeotl_, portée dans cette ville par les
Cares qui, ainsi que les Lydiens, passaient pour être les propagateurs
de son culte. Ainsi que les prêtres de la déesse d’Éphèse, ceux de la
déesse mexicaine devaient garder une chasteté perpétuelle, de même que
les vierges qu’on lui consacrait[196]. Dans la mythologie américaine
_Centeotl_, indistinctement mâle ou femelle, porte un caractère
d’hermaphroditisme qui lui venait peut-être de la plante où le sexe de
la femme pouvait se représenter par la forme évasée de l’aloès, après le
retranchement de son jet, lequel, à son tour, exprimait si visiblement
le caractère du mâle. Mère et nourricière du genre humain, on donnait
encore à cette divinité le titre de _Tonacayohua_, celle de notre chair,
et, dans cette qualité, elle était l’épouse de _Tonacateuctli_, le chef
de notre chair, autre personnification du soleil[197], considéré, de son
côté, comme le père du genre humain.

Pan, dans les monuments égyptiens, est appelé _Khem_, le dieu des
Chemmis, où il apparaît sous les emblèmes d’un dieu phallique,
enveloppé de langes; c’est pour cela que son nom est _Khem_ [glyphes],
[hiéglyphes], [glyphes], le Renfermé[198]. Ainsi en est-il des
_Chemes_, _Chemens_, _Zemes_ ou _Cemis_, dieux ou génies protecteurs
et provéditeurs à Haïti, où sous la forme d’un os, d’un bâton, ils
sont enveloppés dans des langes de coton[199], exactement comme le
_Tlaquimilolli_, le paquet sacré des Mexicains, ou le dieu Priape des
Mandans, qui célébraient encore, il y a si peu d’années, la fête de ce
dieu avec des cérémonies d’une obscénité dont rien n’approchait[200]. En
nous reportant à l’idée première de cette divinité, nous la retrouvons
tout naturellement dans la gerbe de maïs, bien nommée _Centeotl_, dieu
ou déesse unique[201], enveloppée d’abord des feuilles qui recouvrent
l’épi, exactement comme des langes qui en étaient l’image. Pan,
considéré quelquefois comme Hermès ou le père d’Hermès[202], reparaît
encore au Yucatan sous les symboles de ce dieu, comme l’inventeur
de l’écriture et des arts, comme le maître de la sagesse humaine,
dans le personnage de _Zamnà_ ou _Itzamna_, qui est regardé comme le
premier qui civilisa la péninsule, et le fils du dieu tout-puissant
_Hunab-ku_ seul saint[203]. Mais le vrai nom de Zamnà, celui qu’il se
donnait lui-même dans l’opinion des peuples[204], était _Itzen-Muyal_,
_Itzen-Caan_, la substance des nuages, la rosée du ciel, noms dont la
première syllabe est encore celle du dieu des Chemmis[205]. Ainsi que ce
dernier, il s’appelait aussi _Ahcoc-ah-Mut_[206], et de lui venait le nom
d’_Ytzmat-Ul_ ou _Tzemat-Ul_ à la plus antique des pyramides d’Izamal,
élevée, assurait-on, sur le tombeau de Zamnà.

Sous ces divers symboles que nous venons d’examiner, comme sous le nom
de Zeus, _Pan_, ainsi que nous l’avons vu, s’identifie parfaitement
avec l’_Amon_ des Égyptiens. Si Pan est la force cachée, la puissance
génératrice, nous savons également, au rapport de Plutarque, appuyé sur
l’autorité de Manethon[207], que le mot _amen_, chez les Égyptiens,
signifiait «ce qui est caché,» et «l’action de cacher» de la racine
[glyphes], voiler, cacher. Champollion, qui cherchait comment d’_Amon_,
le dieu caché, on avait pu faire _Amon-Ra_, le soleil, en trouve
l’explication dans un manuscrit où ce nom est écrit «_Amoun_, [glyphes],
qui paraît dérivé, dit-il[208], de la même racine que l’ancien nom du
soleil ΩΝ, et qui, tous deux, ont la plus grande analogie avec ουων,
[glyphes] et ΤΟΥΩΝΧ, _illuminare_, _ostendere_, _apparere_.» _Amon-Ra_
est donc le soleil caché, dans son acception la plus vulgaire. Mais
qu’est-ce que le soleil caché, sinon le soleil qui se plonge dans la mer,
le soleil passé à l’Occident? de là les titres divers, de Seigneur de
l’Amenti, de Seigneur du monde d’en bas, attribués à Osiris, de Seigneur
des deux hémisphères, que lui donnent tous les monuments égyptiens, et
que les égyptologues lui refusent systématiquement, en y substituant
celui de Seigneur de la haute et de la basse Égypte. C’est dans le
même sens que _Tetzcatlipoca_, appelé aussi, comme le _Pan_ mexicain,
_Tonacateuctli_, devient la personnification du soleil _Tonatiuh_ ou
Τουωνχ, _Touônch_, l’illuminateur, au Mexique, puis, en descendant au
fond des eaux, le Seigneur des ombres et de la mort, _Mictlanteuctli_, le
prince de l’Enfer[209], lequel est encore ailleurs le père de _Tlaloc_,
dieu des eaux, des orages et des tempêtes, l’ouragan, dont il a été
question plus haut.

La coïncidence n’est pas moins remarquable, si nous observons que, dans
toutes les fêtes qui se célébraient à l’occasion de cette divinité,
quatre prêtres portant, au Mexique, le nom de _Tlaloque_ et _Chac_, au
Yucatan, ainsi que le dieu dont ils étaient les ministres spéciaux,
plaçaient aux quatre angles de la cour du temple, quatre grandes
amphores, toujours remplies d’eau, dont ils avaient la garde. Dans une
de ces fêtes consacrées à Zamnà, ces prêtres ayant fait un grand feu
au milieu de la cour, y jetaient les cœurs de tous les animaux qu’ils
pouvaient rassembler, et quand ils étaient consumés, éteignaient le feu
avec l’eau contenue dans les quatre amphores[210]. C’est ainsi qu’en
Égypte, les vases dits _canopes_, où l’on enfermait les entrailles des
défunts, se trouvaient «toujours réunis quatre par quatre, ainsi que le
sont les génies de l’Amenti ou enfer égyptien: _Amtet_, _Hapi_, _Satmauf_
et _Namès_, dont ils portent ordinairement les têtes respectives qui les
caractérisaient, c’est-à-dire _humaine_, de _cynocéphale_, de _chacal_ et
d’_épervier_[211].»

Ces _canopes_ sont, sous le même nom, les dieux pénates du Pérou[212].
_Can_, ou _con-op_, ou _con-ub_, la puissance qui souffle, ou le vase
supérieur; on les retrouve comme les quatre soutiens du monde, dans
les quatre _Bacab_, qu’ils représentent dans les fêtes au Yucatan[213];
dans les quatre grands dieux du Mexique et de l’Amérique centrale,
et le _Livre Sacré_ nous les montre presque avec les mêmes symboles
qu’en Égypte. C’est, en premier lieu, _Hun-Ahpu-Vuch_, un Tireur de
sarbacane au _Sarigue_, dont le nom se retrouve dans celui de _Sat_
ou _Sutech_[214], figuré, sans qu’on puisse s’y méprendre, dans le
_Sarigue_, sur un grand nombre de monuments égyptiens, mais qu’aucun
égyptologue n’a su expliquer jusqu’aujourd’hui, et qu’on n’expliquera
pas facilement, si on ne le cherche en Amérique, le seul continent où
se trouve cet animal[215]. Puis vient _Hun-Ahpu-Utiu_, un Tireur de
sarbacane au _chacal_[216], puis _Zaki-Nima-Tziiz_, la grande Épine
blanche ou le grand Porc-Épic-Blanc[217]; enfin, _Tepeu-Gucumatz_,
l’Élevé, le Dominateur, le Maître de la Montagne, le _Serpent_ aux plumes
de quetzal, que le lecteur connaît déjà. Observons encore, à propos de ce
nombre quatre, ceux des quatre animaux, dont les noms caractérisaient
les initiés aux mystères de Mithras ou d’Osiris, du Lion ou Chacal, de la
Hyène, de l’Aigle et du Corbeau, qui se représentent constamment, sous
les mêmes noms et avec les mêmes symboles, dans les mystères antiques de
la chevalerie au Mexique[218].


§ XIV.

    Les dieux de l’Orcus mexicain, Ixcuina, déesse des amours,
    personnification de Mictecacihuatl, déesse de l’enfer. Ehecatl
    au Mexique, Yk au Yucatan, Eikton en Grèce, Hik en Égypte,
    l’air, l’esprit, le souffle. Phtha et Hun-Batz. Chouen et
    Chou-n-aten, etc.

Du fond des eaux qui couvraient le monde, ajoute un autre document
mexicain[219], le dieu des régions d’en bas, _Mictlan-Teuctli_ fait
surgir un monstre marin nommé _Cipactli_ ou _Capactli_[220]: de ce
monstre, qui a la forme d’un caïman, il crée la terre[221]. Ne serait-ce
pas là le crocodile, image du temps, chez les Égyptiens, et, ainsi
que l’indique Champollion[222], symbole également de la _Région du
Couchant_, de l’_Amenti_? Dans l’Orcus mexicain, le prince des Morts,
_Mictlan-Teuctli_, a pour compagne _Mictecacihuatl_, celle qui étend les
morts. On l’appelle _Ixcuina_, ou la déesse au visage peint ou au double
visage, parce qu’elle avait le visage de deux couleurs, rouge avec le
contour de la bouche et du nez peint en noir[223]. On lui donnait aussi
le nom de _Tlaçolteotl_, la déesse de l’ordure, ou _Tlaçolquani_, la
mangeuse d’ordure, parce qu’elle présidait aux amours et aux plaisirs
lubriques avec ses trois sœurs[224]. On la trouve personnifiée encore
avec _Chantico_, quelquefois représenté comme un chien, soit à cause
de sa lubricité, soit à cause du nom de _Chiucnauh-Itzcuintli_ ou les
Neuf-Chiens, qu’on lui donnait également[225]. C’est ainsi que dans
l’Italie anté-pélasgique, dans la Sicile et dans l’île de Samothrace,
antérieurement aux Thraces et aux Pélasges, on adorait une Zérinthia,
une Hécate, déesse Chienne qui nourrissait ses trois fils, ses trois
chiens, sur le même autel, dans la demeure souterraine; l’une et l’autre
rappelaient ainsi le souvenir de ces hétaires qui veillaient au pied des
pyramides, où elles se prostituaient aux marins, aux marchands et aux
voyageurs, pour ramasser l’argent nécessaire à l’érection des tombeaux
des rois. «Tout un calcul des temps, dit Eckstein[226], se rattache à
l’adoration solaire de cette déesse et de ses fils. Le Chien, le Sirius,
règne dans l’astre de ce nom, au zénith de l’année, durant les jours de
la canicule. On connaît le cycle ou la période que préside l’astre du
chien: on sait qu’il ne se rattache pas seulement aux institutions de la
vieille Égypte, mais encore à celles de la haute Asie.» En Amérique le
nom de la déesse _Ixcuina_ se rattache également à la constellation du
sud, où on la personnifie encore avec _Ixtlacoliuhqui_, autre divinité
des ivrognes et des amours obscènes: les astrologues lui attribuaient
un grand pouvoir sur les événements de la guerre, et, dans les derniers
temps, on en faisait dépendre le châtiment des adultères et des
incestueux[227].

Ainsi, de quelque côté qu’on jette les yeux sur les cosmogonies antiques,
en Afrique, en Asie ou en Amérique, de chaque côté, on leur trouve,
non-seulement, des analogies, mais des ressemblances si grandes, qu’il
serait inconséquent de n’y voir que de simples coïncidences, entièrement
dues au hasard: il ne reste donc plus qu’à leur attribuer une origine
commune. Dans les cieux, sur la terre ou au fond des mers, en Égypte
et au Mexique, ce sont des mythes identiques: _Amon-Ra_, le soleil,
devient _Aiumu_, l’Osiris infernal, le roi des demeures souterraines,
comme _Tetzcatlipoca_ se personnifie en _Cipactonal_, celui-ci en
_Mictlanteuctli_, en descendant des cieux au fond de l’Océan. _Osiris_
et _Horus_ apparaissent sous le nom de _Sat_ ou Typhon; puis c’est
_Chnouphis_, _Knèph_, l’Esprit, le souffle divin. C’est ainsi que
_Quetzalcohuatl_, l’Oiseau-serpent devient _Ehecatl_ au Mexique, et
_Yk_ dans les langues de l’Amérique centrale «_Chnouphis_, remarque
Champollion[228], porte dans plusieurs inscriptions hiéroglyphiques
une légende de laquelle il résulte que cette divinité présidait à
l’inondation. Puis il ajoute: _Cnèf_, _Cnouphis_ ou _Chnoubis_, se
rapportent évidemment aux racines égyptiennes _nèf_, _nèb_, _nife_ et
_nibe_, afflare, πνεῖν,» mots qu’on retrouve presque identiques dans
_ub_, _pub_, la sarbacane, l’instrument par où la terre souffle le feu
des volcans, dans la légende de _Hun-Ahpu_ ou _Ahpub_, dont le nom se
retrouve encore dans celui de l’_Anupu_ égyptien.

«Or, par _Knèf_, continue Champollion, on voulait indiquer l’être inconnu
et caché, l’_Esprit_, πνεῦμα, qui anime et gouverne le monde[229],» dont
la forme, dans Jamblique[230] Ημῆφ, se retrouve dans l’_Ymox_ ou _Ymix_
du maya et du quichée[231]: mais allons plus loin; car Jamblique, parlant
au nom d’Hermès, c’est-à-dire des Gnostiques, ajoute[232] au sujet de
cette divinité δν καὶ Εῖκτων ἐπονομάζει. Le dieu _Knèf_ portait donc
également le nom d’_Eikton_. Là-dessus, Champollion déclare[233] qu’«il
ne saurait être douteux que le premier Hermès n’ait été bien certainement
le même que le dieu nommé par Jamblique, d’après les livres sacrés
de l’Égypte _Eikton_, le premier des dieux célestes (Οὐράνιοι θεοὶ)
intelligence supérieure, émanée de l’intelligence première _Knèph_, le
grand Démiurge.»

Ainsi, rien de plus clair: EIKTON, comme EHEC ou EHECATL[234] chez
les Mexicains, comme YK ou HYK, au Yucatan et dans toutes les régions
voisines, ainsi que dans l’Amérique centrale, est identique avec _Knèph_;
il est l’Esprit qui parcourt le monde et le pénètre dans toutes ses
parties, l’ouragan encore, _hurakan_ ou _ur-ik-an_, qu’on peut traduire
en quiché, l’esprit qui vient rapidement; il est le [glyphes], [glyphes]
ou [glyphes] des Égyptiens, le modérateur universel[235], le même
euphoniquement et symboliquement en Grèce, en Égypte, au Yucatan, au
Mexique et dans l’Amérique centrale. Veut-on continuer la comparaison,
qu’on ouvre la _Symbolique de Creuzer_, traduite et si bien complétée
par M. Guigniaut[236], et l’on y trouvera la figure d’un personnage à
longue queue, un instrument de musique entre les mains: «Vieillard assis,
dit le savant secrétaire perpétuel de l’_Académie des Inscriptions_,
et jouant d’un instrument à cordes: le caractère de sa physionomie et
sa coiffure le rapprochent naturellement d’une des principales figures
du numéro suivant. Nous voyons ici _Phtha_, le démiurge, inventeur des
arts et de la musique en particulier, organisant toutes choses par sa
divine harmonie.» Creuzer le représente lui comme le créateur _Knèph_ ou
Agathodémon, le bon esprit, tandis que M. Guigniaut insiste en disant
«que ce vieillard barbu, nain à gros ventre et à face bizarre, portant
une coiffure de plumes, est plutôt _Phtha_, le démiurge et l’artisan
céleste.»

_Knèph_ et _Phtha_, Bunsen le remarque judicieusement[237], sont
clairement identifiés dans les monuments égyptiens, ce avec quoi nous
sommes parfaitement d’accord. Bunsen observe ensuite que _Phtha_ avait
une grande ressemblance avec les _Pataikoi_, ces statues de nains
monstrueux que les Phéniciens attachaient à la poupe de leurs navires,
ce qui ramène à l’idée de M. Guigniaut que le vieillard en question
serait le dieu _Phtha_. Mais ce que d’autres n’ont pu remarquer comme
nous, c’est la ressemblance frappante de ce personnage, c’est celle
de la plupart des images de _Phtha_, avec celle que nous a laissée
le _Livre sacré_ des Quichés dans la description des deux frères
_Hun-Batz_ et _Hun-Chouen_, métamorphosés en singes par Hunahpu, et
qui retournent ensuite danser et grimacer devant leur aïeule[238].
«Or _Hun-Batz_ et _Hun-Chouen_ étaient de très-grands musiciens et
chanteurs, est-il dit: ils étaient également joueurs de flûte, chanteurs,
peintres et sculpteurs; tout sortait parfait de leurs mains.» Ce que
nous ajouterons au sujet de cette fiction, c’est que les deux paires
de jumeaux, _Hun-Batz_ et _Hun-Chouen_, d’un côté, qui se montrent si
fréquemment dans les bas-reliefs et sculptures de l’Amérique centrale,
de l’autre, ceux de _Hun-Ahpu_ et _Xbalanqué_, paraissent avoir été les
symboles antiques de deux sectes religieuses, toujours ennemies, dans
ces contrées, dès les temps les plus reculés. N’y aurait-il pas lieu
de croire que ces symboles auraient été également, en Égypte, ceux de
deux formes de culte, distinctes et opposées l’une à l’autre, quand on
observe, précisément sous Amenhotep IV, les changements introduits à
Thèbes, dans la religion, celui qui s’opère dans la physionomie même des
princes de la famille royale, et qu’on voit le pharaon adopter le nom de
_Chou-n-aten_, qui rappelle si bien celui de _Hun-Chouen_? Remarquons,
en outre, ce que Brugsch ajoute à ce sujet[239]: «Le roi, les membres
de sa famille, les grands fonctionnaires, les guerriers, enfin, toute
la population de la nouvelle résidence, ont presque l’aspect d’une race
étrangère...» Cela ne pourrait-il pas indiquer quelque autre invasion
libyenne, des Éthiopiens de l’ouest ou des populations atlantiques?

On signale le culte des dieux-singes, des pontifes-singes dans les
diverses théogonies de l’Inde, de l’Égypte et de l’Amérique: dans les
peintures égyptiennes et mexicaines, ces animaux sont représentés dans
une même posture d’adoration devant la divinité. On a trouvé dans des
tombeaux en pierre de l’Amérique centrale des ossements parfaitement
conservés de ces cynocéphales, dont la tête de mort est figurée dans les
sculptures du grand palais de Copan: dans les provinces d’Oaxaca et de
Yucatan, ils recevaient les honneurs divins sous les noms de _Hun-Chouen_
et de _Hun-Ahau_, et ils y étaient regardés comme les fils d’_Ixchel_
et d’Itzamna, dont les sexes sont changés dans le texte que nous citons
ici[240]. C’est d’ailleurs dans l’ensemble des régions, comprises entre
ces deux provinces, que se présentent les souvenirs les plus complets
de l’Orcus antique dans les noms de _Xibalba_ et de _Mictlan_, où l’on
trouvait, non trois juges, mais treize, dont les noms, conservés de
siècle en siècle, font encore frémir les populations[241]. Là aussi, il
fallait qu’une pièce de monnaie, représentée par une pierre fine, fût
placée dans la bouche du défunt, afin qu’il pût se faire admettre au
séjour infernal, et chacun se faisait précéder d’un ou de deux petits
chiens roux, destinés à le porter à travers les eaux du fleuve qui
tournait neuf fois autour de l’enfer[242]. C’est dans cette demeure
funèbre que le _Codex Chimalpopoca_ nous montre Quetzalcohuatl,
descendant un jour par ordre des dieux, afin de demander au Seigneur des
morts les os de jade dont il fera des hommes[243]: le prince infernal
présente à Quetzalcohuatl sa conque que celui-ci saisit, et, ainsi que
le Yadus, dans l’enfer sous-marin de _Narakah_[244], il s’en sert comme
d’une trompe; l’enfer tremble, les vers et les autres insectes mystérieux
qui étaient endormis s’éveillent et lui prêtent leur aide; les portes de
Mictlan s’ouvrent et il s’empare des jades sacrés qu’il porte au monde.


§ XV.

    Le Thoth mythique. Viracocha, Bochica, Quetzalcohuatl.
    Civilisation qu’ils établissent. Opinion des philologues
    modernes sur les races couschites. Où était leur berceau?
    Mythes de l’Occident. Gaïa et Iaïa. Peuples divers. Origine des
    métaux, etc.

Quetzalcohuatl, Kukulcan ou Zamna, c’est lui, nous l’avons dit, qui est
l’inventeur des arts graphiques, le démiurge américain, le propagateur
des sciences, qui civilise le Mexique et le Yucatan; c’est lui qui
reparaît sous le nom de _Bochica_, à la Nouvelle-Grenade, et de
_Viracocha_ au Pérou. Il représente partout «le personnage hiéroglyphique
de _Thoth_, qui sert d’expression, dit Eckstein[245], aux rudiments
d’un corps littéraire et scientifique de la plus vieille Égypte,» et
j’ajouterai de l’Amérique plus primitive, peut-être, que l’Égypte
elle-même. «Le mythique Thoth, continue cet écrivain, agissait comme le
mythique Oannès, comme le mythique Pârâsharya, comme le mythique dragon
de la primitive Chine. Il posait, comme eux, les fondements d’un ordre
de civilisation au milieu de races sauvages, aborigènes de la vallée du
Nil, du delta de l’Euphrate et du Tigre, du delta de l’Indus, du delta
des confluents de la Gangâ et de la Yamunâ, et des contrées voisines des
rives de la mer de Kokonor. Des étrangers sortaient, disaient-ils, d’un
Hadès, d’un foyer souterrain, porteurs d’une science d’organisation qui
reposait sur un principe de géométrie et d’astronomie, qui ordonnait
un calendrier mythico-astronomique, qui canalisait le pays et faisait
le cadastre de son territoire, fixait l’enceinte des villages et des
cités, ordonnait celle des temples, des résidences pontificales et des
résidences royales, qui ébauchait un code de lois, un corps d’ouvrages
sur l’anatomie et la médecine, relevant d’un principe sacré. Elle
apportait un système d’écriture hiéroglyphique pour exprimer toutes ces
choses[246]. Elle se révélait dans un ensemble qui ne permet pas d’y voir
le développement d’une culture autochtone aux lieux où elle s’y applique.

»Tout cela se développe, il est vrai, dans le cours des âges, comme
on peut le voir partout où se rencontre un principe d’organisation:
en Chine, dans la Mésopotamie de l’Inde centrale; dans les régions
de l’Indus et du Guzzerate, en Babylonie, dans l’Arabie méridionale,
dans l’Éthiopie, y compris Méroë, dans l’Égypte et finalement dans
la Phénicie. Mais l’identité du principe se rapporte _à un ordre de
civilisation complétement importé d’ailleurs_. C’est ce qui force
l’esprit de critique à attribuer ces rayons de lumière au centre d’une
vieille culture que tout concourt à placer dans les régions du Gihon
et du Pishon. La Genèse biblique les place immédiatement dans le
voisinage du berceau de l’espèce humaine. Ce n’est que dans ces régions
de Kusch et de Chavila que la culture a pu parcourir la longue période
de ses commencements; ce n’est que là qu’elle a pu avoir son histoire
et sa genèse. Son développement ultérieur émane partout ailleurs dans
l’ensemble primitif d’un tout complétement formé. Il va de soi qu’un
tel ensemble s’élabore, se subdivise, se fractionne de nouveau et se
développe comme un arbre de culture nouvelle, conformément aux accidents
du sol, des contrées, des climats et des populations autochtones. Il est
d’origine thibétaine dans l’Inde, ou encore d’origine malaisienne, nègre,
quelque soit le mélange d’éléments auxquels tout cela ait primitivement
appartenu.»

Ces deux paragraphes jettent certainement un grand jour sur l’histoire
primitive du monde: ils placent à leur véritable point de vue les
origines de la civilisation qu’ils ramènent précisément dans le cadre de
nos recherches sur l’Amérique. Au premier coup d’œil, ils sembleraient
tout à fait d’accord avec les observations de M. Fresnel et de M.
Oppert, qui attribuent au pays de Mahrah l’ancienne langue de Cousch,
à laquelle se rattacheraient toutes celles dont M. Renan est tenté
de créer un groupe distinct sous le nom de _sémitique-couschites_,
«renfermant l’himyarite, le ghez, le mahri, la langue des inscriptions
babyloniennes. Mais, dans l’état actuel de la science, ajoute le savant
académicien[247], il serait prématuré d’adopter à cet égard aucune
formule définitive.» D’autant plus prématuré qu’il faudrait ainsi
faire de l’Arabie le point de départ des Couschites de Nemrod, que M.
d’Eckstein met, lui, dans le voisinage immédiat du berceau de l’espèce
humaine. Mais dans l’une ou l’autre hypothèse, comment accorder ces idées
avec le fait de l’origine attribuée par Diodore de Sicile à Bélus, que
la plupart des auteurs identifient, d’ailleurs, avec l’Hercule assyrien,
avec Nemrod[248]? S’il est vrai, comme l’affirme cet auteur[249], que
Bélus était fils de Libye et de Neptune, c’est-à-dire d’un mélange de
libyen et d’atlantique, il est clair qu’il ne venait pas de l’Arabie.

En admettant, toutefois, les conclusions de M. d’Eckstein sur les sources
de la civilisation primitive, il sera toujours difficile de trouver
une solution aux questions qu’il soulève, aussi longtemps qu’on n’aura
pas fixé d’une manière satisfaisante la situation du pays de Cousch
et de Chavila, le berceau de la race brune, des Égyptiens, des Cares,
des populations libyennes et des Américains. S’il était dans l’Asie
centrale, comme bien des indices inclinent à le supposer, en voyant de
quel côté l’Égypte et la Phénicie paraissent avoir reçu leurs dieux
et leurs institutions, il faudrait admettre que cette civilisation,
marchant au rebours de celle des Aryâs, se serait répandue d’abord sur
les régions les plus orientales de l’Asie, puis en Amérique, d’où elle
aurait fait retour sur notre continent, par l’ouest. Ceci n’est qu’une
simple supposition; mais elle s’énonce comme la conséquence des faits
dont nous avons entretenu nos lecteurs et des cosmogonies qui font sortir
de l’Océan atlantique les dieux d’Homère et d’Hésiode, ainsi que les
populations de race rouge et cuivrée qui envahirent l’Europe et l’Afrique
aux périodes primitives de la terre. Si M. d’Eckstein, de ce regard qui a
si bien pénétré au fond des mystères de l’histoire du vieux monde, avait
pu, comme nous, voir et juger d’ensemble les deux hémisphères, peut-être
eût-il tiré des faits que nous avons exposés des conséquences plus larges
que nous-mêmes.

Ce ne pouvait être que par un souvenir de leur antique filiation, que les
Égyptiens montraient l’Occident comme la patrie de leurs ancêtres, comme
l’_Amenti_, où les âmes des morts allaient rejoindre leurs pères. En
dehors de toute hyperbole, la Genèse, dans sa concision, indique les deux
extrémités d’une mappemonde chamitique où nous avons le droit de chercher
le continent qui nous intéresse. Elle connaît les Éthiopiens de l’orient
et ceux de l’occident, dont Homère et Hésiode nous ont également conservé
le souvenir[250]. L’Odyssée les partage en deux διχθὰ, les appelant les
hommes des deux bouts ou des deux extrémités du monde, ce qui ne peut
convenir qu’aux Éthiopiens des bords de la mer Rouge, à l’orient, et
aux populations atlantiques, Américains et Libyens de l’occident qui
s’enchaînaient autrefois par des liens rompus depuis par le cataclysme.
«Les grands dieux s’y réunissent à certaines époques de l’année, une fois
chez les Éthiopiens de l’orient, une autre fois chez les Éthiopiens de
l’occident; c’est chez ces derniers que Zeus passe les douze fameuses
nuits de la fin de l’année[251] que nous rencontrons dans les mythologies
anciennes et qui appartiennent à la constitution d’un vieux calendrier.

«Il est inutile, ajoute plus loin M. d’Eckstein[252], d’insister sur les
richesses d’une mythologie dont les détails se perdent à l’infini. Où ne
retrouve-t-on pas cet Atlas du Mont au nombril de la terre? cet Atlas de
l’Océan au nombril de l’Océan? ce père de la nymphe des séductions, de
la Kalypsô? ce père d’une nombreuse postérité de filles qui se partagent
les constellations célestes et qui figurent dans la couche mythique des
rois de la terre? ces dangers de la navigation de l’Océan? ce thème des
dieux Macares, des îles Macares, des femmes Macares, des tyrans et des
monstres Macares?... C’est là que l’Erôs des Céphènes sortait de la
gueule du poisson qui l’avait avalé, c’est-à-dire du ciste où il avait
été exposé sur les flots de l’Océan, et que, triomphant de la mer en
courroux, il allait fonder un empire dans ces îles Macares ou sur les
continents qui étaient au bout de la traversée.»

C’est dans ces îles de l’occident, où les _Cares_ apparaissent à
l’origine de l’histoire, que nous retrouvons le mythe de _Gaïa_ qui
donne naissance à _Ouranos_ dans la nuit; nous l’avons vu dans _Giaïa_
ou _Iaïa_, l’être puissant de la tradition haïtienne, le père de
_Giaïa-el_, qu’il enferme dans le sein de la terre, figurée par une
calebasse, d’où ses os, changés en poissons, sortent bientôt après
avec l’Océan qui submerge une partie du monde. Les dieux qui habitent
la sphère de cet Ouranos sont les dieux _Macares_, issus comme Ouranos
lui-même de la terre et de l’Océan[253]: c’est ainsi qu’à Haïti les
Caras apparaissent avant l’existence même de la mer dont ils causent
bientôt après l’épanchement. Dans les traditions haïtiennes, comme
dans celles de l’Inde et de la haute Asie, «il s’agit ici d’une foule
d’événements extraordinaires, de comètes dans les cieux, de baleines et
autres monstres marins, des flammes d’un volcan sous-marin qui exigent
une victime pour le salut de la navigation. Kâmâ, l’Erôs qui sort de
l’Océan et qui est la victime engloutie par _Keto_ ou par le _Makarah_,
le monstre marin, est en même temps la victime et celui qui rachète
la victime par le sacrifice de la personne divine.» Dans la légende
haïtienne, il y a également une victime: c’est _Dimivan Caracol_ qui
détache la calebasse où étaient renfermés la mer et les poissons; c’est
de son épaule que sort la tortue sur laquelle les Caras bâtissent leur
demeure et commencent la culture de la terre[254].

Ici nous retrouvons avec les _Caras_ la plupart des populations
auxquelles les _Cares_ se rattachaient dans les temps antiques en Orient.
Ce sont les _Cauuna_ et les _Hi-Auna_ qui rappellent les _Caucones_ et
les _Cauniens_ de l’Asie; puis les _Hadruvava_, les _Kâdru_ ou hommes
bruns de la Gédrosie[255]. Nous n’aurions point songé à signaler ces noms
ni à les comparer avec aucun de ceux de l’ancien monde, s’ils s’étaient
présentés isolément; mais ils se rattachent à tant de symboles dont les
analogues se retrouvent en Asie, à tant d’autres indices d’antiques
communications, que nous aurions cru manquer à notre devoir d’historien
fidèle, si nous les avions passés sous silence. Ces noms s’enchaînent
constamment à des traditions et à des vestiges d’institutions disparues
qui se retrouvent à la fois sur l’un et l’autre continent. Voleur de
femmes, comme les Cares, et après ceux-ci les Phéniciens, _Gua-Ha-Hiona_
(celui ou le chef des fils de Hiona), enlève les femmes de la grotte du
soleil à _Caunau_ et les transporte à _Matinino_, où il fonde un royaume
de femmes, dont le souvenir durait encore à l’époque de Colomb[256]:
au fond de l’Océan, il rencontre le beau _Cobo_, le dieu de la conque
marine, puis une femme, une enchanteresse qui le retient dans ses bras et
lui fait payer le tribut de l’amour[257].

Tout cela est le pendant des traditions de l’ancien monde; on en voit
comme un reflet dans la région des _Barbaras_ (varvaras, gargara,
caracara) où les hommes sont les esclaves voluptueux de la déesse
des plaisirs, où, suivant Arrien[258], les femmes règnent sur les
hommes. C’est encore comme cette île des côtes de la Gédrosie, où une
nymphe de l’Océan exigeait, ainsi que Circé, le tribut des amours des
marins, qui passaient de ses bras dans ceux de l’abîme. Ce peuple
d’amants transformés en phoques par la déesse rappelle les enfants de
Haïti, abandonnés de leurs mères et métamorphosés en grenouilles[259].
Mais ce qu’on voit ici de bien particulier à l’Amérique, c’est que
_Gua-Ha-Hiona_, au lieu d’être sacrifié comme les amants de l’île
de la Gédrosie, reçoit de son amante un mal qu’on ne reconnaît que
trop aisément pour la syphilis[260], et dont il doit aller se guérir
dans la _Nara_, la retraite sacrée, où il est avec son amante et les
baigneurs qui prennent soin de lui. C’est dans ce lieu qu’en le quittant
_Gua-Bonito_, cette femme par excellence[261], en échange de son amour,
donne au chef des _Ha-Hiona_, la connaissance des métaux précieux,
des pierres fines, l’art de les travailler et de les mettre en usage;
elle ne le quitte qu’après l’avoir mis en possession de cet art, lui
et les autres chefs qui l’accompagnaient, _Albeborael_ et son père
_Albebora_[262]. Combien d’autres souvenirs s’éveillent encore dans
toutes ces traditions! Nara, la retraite sacrée, se retrouve dans le
_Nâr_, _Nara_, _Nairrit_ des légendes antiques de l’Inde et, en Amérique,
dans le _Nare_, l’un des plus grands affluents du Magdalena; dans ce
royaume de l’autre crépuscule[263], antipode de l’Inde, celui peut-être
où la Matsyâ, la nymphe de la traversée, conduit le marchand, le marin,
le passager, dont elle était l’amante.

Ainsi, dit encore M. d’Eckstein, dans un passage analogue[264], «la
nymphe reste au service du roi des pêcheurs; elle appartient au Tîrtha,
au lieu saint de la traversée d’une rive de la Jamunâ. Les Tîrthas sont
des institutions fondées par les Céphènes et les Chamites, à travers
toute l’Asie et l’Afrique. C’est par elles qu’on initie les marchands et
les marins aux mystères de leur route. La route terrestre et la route
maritime servent de figure à celle de la vie. Le soleil voyageur va de
l’orient au couchant, du couchant à l’orient, du royaume oriental d’un
Kuverah des richesses métalliques et des gommes précieuses, trésors de la
montagne, pleines de vertus magiques et curatives, au royaume occidental
d’un Nairrit possesseur des perles, des coraux, des conques précieuses,
trésors de l’Océan. Les deux abîmes se correspondent ainsi, le gouffre du
mont et le gouffre de la mer. Le marchand va aussi d’un bout du monde à
l’autre sous la tutelle du dieu.»

On le voit, malgré l’incohérence des traditions haïtiennes, elles
renferment encore de précieux renseignements pour l’histoire primitive.
On y retrouve les origines de la métallurgie dans ces îles, où elles se
rapportent à des événements antérieurs, ou postérieurs au cataclysme
qui acheva la séparation des continents, aujourd’hui réunis de nouveau,
grâce au génie de Colomb. Avec l’art de fondre et de ciseler l’or, nous
avons celui de travailler le marbre et les pierres précieuses, ce qui est
indiqué par le _guanin_ et le _ciba_ dans la légende haïtienne[265]. Les
grandes grottes de Haïti où Bartolomé Colomb découvrit, jusqu’à seize
milles de profondeur, des mines et des travaux métallurgiques, abandonnés
depuis des siècles[266], témoignent de l’antique exploitation de l’or
aux Antilles. Pierre Martyr mentionne les travaux d’art retrouvés de
son temps, et Saint-Méry affirme[267] qu’on découvrit en 1787, dans les
montagnes de Guanaminto, un sépulcre avec une pierre, gravée de lettres
inconnues. Dans ces montagnes, comme dans toutes les îles voisines, il
existe des grottes considérables, travaillées de main d’homme, ornées
de sculptures analogues à celle du soleil et de la lune de Caunau,
et précédées d’ordinaire des deux stèles des _chemis_ qu’on découvre
toujours deux par deux, ainsi qu’en Asie.

L’état de civilisation «où les Caraïbes, aussi bien que les autres
naturels des îles et des Guyanes, furent trouvés, dit un auteur
haïtien[268], ne permet pas de supposer qu’ils étaient capables de
construire des monuments de l’importance de ceux qu’on a découverts
ensevelis dans leurs forêts. Ce sont de vastes cryptes creusées dans le
roc, et des murailles d’une longue étendue, en pierre sèche ou seulement
en terre. Une autre race, d’autres hommes plus policés, auraient donc
occupé ces pays, dans des temps reculés, et les Indiens de la dernière
époque auraient succédé à la civilisation et à ces peuples éteints par
on ne peut savoir quelles révolutions! Ces premiers occupants, d’où
venaient-ils? étaient-ils autochtones? Les savants sont partagés sur ces
questions; elles sont obscures et inextricables.»


§ XVI.

    La Limné de l’Occident. Si elle était située en Amérique?
    Nations Cares de l’Amérique méridionale et leurs alliés. Les
    Tayronas ou peuples forgerons des montagnes de Santa-Marta.
    Leur habileté dans la mise en œuvre des métaux et des pierres
    précieuses. Cultes divers qui s’y rattachaient. Mythe de
    Bochica et de Chia.

Les questions d’origine présentent partout de grandes difficultés, et ce
n’est qu’en recherchant dans les traditions des peuples les lambeaux de
leur histoire, et en les comparant entre eux qu’on parvient quelquefois à
faire sortir une lueur de ce chaos. Celles qui se rapportent aux origines
de la métallurgie américaine, dont nous parlions tout à l’heure, ne sont
pas des moins importantes. C’est sur ce point qui paraît se rattacher
encore d’une manière si curieuse au nom des Cares, que nous désirons
porter maintenant l’attention du lecteur. On sait la quantité de métaux
précieux qui ont été tirés du continent américain depuis Colomb; mais
on a vu également la preuve que dans les temps anciens ce continent
n’avait pas moins de célébrité sous ce rapport. M. d’Eckstein, que nous
aimons à citer à l’occasion, va lui-même nous donner une description
poétique et savante à la fois, des lieux où la tradition des Cares
plaçait anciennement les mines les plus renommées: «L’Hélios d’Homère,
dit-il[269], sort d’une Limné empourprée par les feux du couchant et
remonte ensuite à l’Orient pour trôner dans un ciel d’airain. Voss et
Welker, ainsi que Völker, ont rapproché ce passage de celui d’un fragment
du Prométhée délivré d’Eschyle, où le chœur des Titans vient retrouver
Prométhée attaché au mont Caucase; il arrive de la Limné qui est d’un
rouge ardent ou d’un golfe du couchant sur les rives de l’Okeanos, fleuve
qui enveloppe le globe. C’est là que descend Hélios avec ses coursiers
fatigués de la course du jour, dans le pays des Éthiopiens de l’occident.»

Maintenant, si l’on jetait les yeux sur une carte de la mer des Antilles
et des côtes voisines du Darien et de Sainte-Marthe, on pourrait
s’imaginer, en réunissant, avec cela, les données géographiques et les
traditions de ces contrées, que c’est là précisément que l’auteur aurait
voulu placer cette Limné ainsi que le séjour des véritables Éthiopiens
de l’occident. C’est, en effet, dans les montagnes qui s’élèvent en
amphithéâtre autour du golfe de Darien, entre la baie de _Maracaibo_ et
l’isthme de Panama, que se trouvent encore aujourd’hui des mines d’or
et d’argent, des plus riches et des moins exploitées du globe: c’est
entre les sommets les plus inaccessibles de ces montagnes qu’existent
les ruines gigantesques des cités cares, ainsi que les débris des forges
célèbres où les cyclopes de l’Amérique forgeaient les armures d’or des
rois et des princes de ces régions. C’est là, nous l’avons dit, aussi
bien que dans les portions du continent qui s’étendent au sud et à l’est,
arrosées par les plus grands fleuves du monde, que se retrouve plus
qu’en aucun lieu de l’Asie et de l’Amérique elle-même, ce nom de _car_
ou de _cara_, dans les noms des populations et des villes, sans compter
une multitude d’autres noms, dont le son et l’étymologie sont familiers
à tous ceux qui ont présents les souvenirs de la Phénicie et de l’Asie
Mineure.

A la suite de Panama, vient _Pananome_, puis les provinces et les
rivières de _Tabor_, d’_Abinamechi_, d’_Abibeiba_, etc.[270]; les
montagnes d’_Oromina_, d’_Abibi_, baignées au sud par le grand fleuve
_Cauca_, dont le nom rappelle encore le _Caucase_ et les _Caucaunes_;
puis _Cartama_, _Caramanta_, et plus au nord les Cofanes, tribu puissante
habitant les bords d’un fleuve du même nom[271], autre souvenir des
_Cophanes_ ou _Cephènes_ de l’orient, issus d’une souche chamitique
comme les Cariens. Aux bords de la mer vers le nord, dans ces régions
de Terre-Ferme, où presque chaque nom de tribu ou de bourgade commence
encore aujourd’hui par _car_, se présente _Malambó_, dont le son
phénicien n’échappera à personne; c’est celui d’une tribu célèbre
anciennement avec les _Bondas_, les _Chimilas_ et les _Tayronas_ ou les
forgerons, les gens de l’enclume, populations essentiellement métallurges
et des plus distinguées entre toutes les nations cares dont ils faisaient
partie, et qui fournissaient d’or et de bijoux la plus grande partie
de l’Amérique méridionale et des Antilles[272]. Toute la chaîne des
montagnes, avec ses ramifications, aux cimes couvertes de neige, entre
le golfe de Darien et la ligne de l’Équateur, où l’on devrait chercher
peut-être le véritable Atlas, ce nombril du monde, était renommée pour
l’abondance et la richesse de ses veines métalliques, pour la splendeur
de ses cristaux, pour la beauté de ses pierres précieuses, et surtout
l’existence de ses mines de jade vert, la pierre sacrée de l’Amérique
qu’on ne trouvait, qu’on ne taillait que là[273].

Les immenses ruines que les premiers conquérants espagnols découvrirent
dans ces contrées, surtout en s’avançant dans la direction de _Cartama_
et de _Caramanta_, au bassin du haut Magdalena, les routes taillées dans
le roc vif, ou construites de pierres énormes, dans des proportions plus
vastes encore qu’au Pérou[274], tout cela avec des traces remarquables
d’antique canalisation, et, en face des vestiges de la civilisation
qu’avaient conservés les nations riveraines de ce fleuve, prouve de
quel haut degré de culture celles-ci étaient alors descendues. Dans les
montagnes, l’or et l’argent, travaillés avec tant d’art[275], le cuivre
si admirablement trempé[276], les pierres fines et dures, le jaspe, le
porphyre et le marbre qu’on ciselait encore avec tant d’habileté[277];
aux bords de la mer, la pêche des perles les plus brillantes, rappelaient
sans nul doute cette civilisation des Cares, qui avaient couvert le monde
de leurs colonies. Au souvenir de ces traditions extraordinaires, en
face de ces montagnes qui portent le nom de la Limné, par excellence,
nous sommes bien souvent tenté de voir là la source de ces légendes
mexicaines où Quetzalcohuatl joue un si grand rôle; nous sommes tenté d’y
placer cet Orcus de l’Océan et de la terre; ce Mictlan où ce personnage
mythique allait chercher ces os de jade[278], ces pierres si précieuses
au point de vue religieux, dont il voulait faire des hommes, de reculer
jusque dans cette terre puissante des Cares, le _Tlapallan_, si longtemps
mystérieux et où Quetzalcohuatl avait puisé tous les éléments de la
civilisation primitive du Mexique.

Établis au centre des montagnes les plus élevées de l’Amérique, entourés
des fleuves gigantesques qui s’en échappent entre les scènes de la nature
la plus riche du monde, et qui semblent l’image la plus vraie du paradis
terrestre, est-il étonnant que les Cares, quel que soit d’ailleurs leur
berceau primitif, aient pu rayonner de là vers toutes les régions, dans
les deux hémisphères? est-il étonnant qu’ainsi que dans les contrées
phlégéennes de l’Asie centrale, il aient eu, les premiers, le monopole
des métaux précieux, et qu’on ait retrouvé encore au XVIᵉ siècle, parmi
les peuples descendus d’eux, en Amérique, ou parmi lesquels ils se
mêlèrent, l’art métallurgique porté à un si haut degré de perfection?
peut-on s’étonner, enfin, que ce qui restait d’eux et de leurs
institutions, malgré la barbarie relative où ils étaient tombés, depuis
leur mélange avec des tribus anthropophages, eût un caractère d’analogie
si frappant avec les institutions primitives de l’Asie? Car il est une
chose dont on devrait toujours se souvenir, en lisant les histoires
de la conquête de l’Amérique; c’est que bien des populations qu’on se
représente si souvent comme des nations sauvages, l’étaient bien moins
alors qu’on ne saurait se l’imaginer aujourd’hui[279]: que ce n’est
qu’en lisant les relations originales des conquérants qu’on entrevoit la
vérité à l’égard de ces nations, dont plusieurs ne sont devenues sauvages
et anthropophages même qu’à la suite de la conquête.

Au-dessous des volcans qui continuent à remuer la terre dans ces régions
phlégéennes, les populations, de leur côté, continuent encore aujourd’hui
à porter leurs hommages au lac d’Iguague, à quatre lieues de Tunja,
dans la Nouvelle-Grenade, où la tradition place une des scènes de leur
antique cosmogonie. Dans ce lac, qui paraît avoir succédé à un volcan
éteint[280], ils adoraient naguère la déesse Bachué qui, fécondée par
son fils, né sans père, était devenue la mère des hommes, et après avoir
peuplé le monde, s’était précipitée avec lui dans les eaux du lac, où
ils avaient été l’un et l’autre transformés en de gigantesques serpents.
Le plateau de Bogota est également entouré de montagnes élevées: le
niveau parfait de son sol, sa construction géologique, la forme des
rochers de Suba et de Facativa, qui se dressent comme des îlots au
milieu des savanes, tout y semble indiquer l’existence d’un ancien
lac. La rivière du Funzhà, communément appelée Rio de Bogota, après
avoir réuni les eaux de la vallée, s’est frayé un chemin à travers les
montagnes situées au sud-ouest de la ville de Santa-Fé. C’est là que
la mythologie des _Muyscas_ ou _Chibchas_ place encore une des scènes
de ses origines cosmogoniques. Dans les temps les plus reculés, avant
que la lune accompagnât la terre, dit la tradition, les habitants du
plateau de Bogota vivaient comme des sauvages, nus, sans agriculture,
sans lois et sans religion. Alors apparut _Bochica_, appelé quelquefois
le fils du soleil, d’autres fois identifié lui-même avec cet astre: il
était accompagné d’une femme appelée _Chia_, non moins remarquable par
sa beauté que par son extrême méchanceté. Par son art magique, elle fit
enfler la rivière de Funzha, dont les eaux inondèrent bientôt toute
la vallée. Ce déluge fit périr la plupart des habitants; quelques-uns
seulement s’échappèrent, en se réfugiant au sommet des montagnes
voisines. Bochica, irrité, chassa Chia de la terre, et elle de vint
la lune qui, depuis cette époque, commença à éclairer notre planète.
Ayant ensuite pitié des hommes, il brisa par sa puissance la barrière
de rochers qui fermaient le plateau, et fit écouler ainsi les eaux en
créant la rivière de Funzha[281].

Le temps reculé où la lune n’existait pas encore rappelle la prétention
des Arcadiens sur l’antiquité de leur origine[282]. L’astre de la nuit
est peint comme un être malfaisant, qui augmente l’humidité sur la terre,
tandis que Bochica, fils du soleil, sèche le sol, protège l’agriculture
et devient le bienfaiteur des Muyscas. Ces Muyscas ou _Moscas_ de la
Nouvelle-Grenade, nation métallurge également comme les _Tibareni_ et
les _Moschici_, ces autres alliés des Cariens, dans l’Asie occidentale,
adoraient encore _Nemodocon_, ou _Nemiatocoa_, regardé en particulier
comme le dieu des orfèvres et des tisserands. C’était lui qui présidait
aux orgies, où il apparaissait sous la forme d’un ours, affublé d’un
manteau, qui dansait et s’enivrait avec les danseurs. On ne lui offrait
jamais de sacrifices, parce qu’il se contentait de la _chicha_ ou
hydromel qu’il buvait dans ces occasions. On le désignait aussi sous le
nom de _Fo_, le renard[283].

Ce culte et celui de _Chia_, la lune, se rattachaient encore aux
conceptions lascives des Cares, à qui toutes ces contrées devaient leur
civilisation primitive. Car Chia était la déesse des sortiléges et des
amours, souveraine des lieux souterrains, où elle avait ses sanctuaires;
c’est pourquoi les dieux ne lui permettaient de paraître que dans les
ténèbres ou de nuit. Véritable Hécate, elle était représentée sous la
forme d’une chouette, et son culte se célébrait par des danses, mêlées
d’orgies licencieuses, ce qu’on retrouve chez les Caras et ensuite chez
les nations de la race nahuatl[284]. Au culte de Chia paraissait se
rapporter celui de _Dobayba_, la mère des dieux[285], dont le temple,
caché au fond d’une caverne, dans les montagnes les plus âpres du Darien,
recélait, disait-on, des richesses prodigieuses; mais soit que ces
richesses n’existassent que dans l’imagination avide des Espagnols, soit
que les indigènes eussent réussi à leur en dérober le chemin, il est
certain que les conquérants ne parvinrent jamais à le découvrir.


§ XVII.

    Antiques sanctuaires. Les Cabires et Curètes. Souvenirs des
    dieux Macares, existant encore en Amérique. Dieux et cosmogonie
    du Pérou. Signes distinctifs de la civilisation antique,
    couschite, assyrienne, égyptienne, américaine, etc.

Un autre sanctuaire du soleil et de la lune existait au confluent de
la rivière de _Carare_ et du fleuve Magdalena, sous la forme de deux
colonnes naturelles, sculptées et cannelées de main d’homme, d’une
hauteur prodigieuse: elles portaient aussi l’une et l’autre le nom de
_Furatena_, et elles étaient regardées comme les génies tutélaires
des montagnes, des fleuves et de la mer[286]. Les nations voisines
y accouraient en foule pour y présenter leurs offrandes. De petits
simulacres de ces colonnes étaient placés à côté des morts dans les
tombeaux, et l’on en emportait, ainsi que ceux des Dioscures et des
Cabires[287], sur la terre, sur les fleuves et sur l’Océan, comme des
dieux protecteurs des voyageurs, des marins et des marchands. De même
qu’en Asie et en Grèce, on les retrouvait sous cette forme, ou sous celle
de phallus ou de serpents, presque toujours unis deux par deux: car
sous ces divers symboles, les Américains représentaient aussi parfois
les jumeaux, _Hun-Batz_ et _Hun-Chouen_, changés en singes, ou leurs
adversaires _Hun-Ahpu_ et _Xbalanqué_, les deux serpents, couverts
de plumes, _Quequetzalcohua_, tels qu’ils se trouvent sur le titre
de cet ouvrage[288], ou bien formant le caducée de Mercure, symbole
non moins américain que grec, les deux colonnes ou les deux bras, les
vrais _Cabirim_ ou _Gabirim_, dont le sens, dans le quiché et ses
dialectes[289], les Deux, les Bras ou Ceux qui ouvrent la bouche en
bâillant, comme les _Pataikoi_, ne se trouve nulle part aussi complet
qu’en Amérique.

C’étaient donc eux, les vrais Pataikoi, _Hun-Batz_ et _Hun Chouen_, les
artisans célestes, les démiurges, qu’on adorait sous ces diverses formes,
les dieux singes, les génies protecteurs des travaux de la civilisation
dans l’Amérique centrale, dans les montagnes de Bonda et de Tayrona,
comme au Cundinamarca, au pied des deux colonnes de _Furatena_, modèles,
peut-être, de celles que les Phéniciens placèrent depuis à l’entrée de
la Méditerranée. Du pied d’une de ces colonnes sortait une source sacrée
où les pèlerins s’abreuvaient: leur situation, au centre des plus hautes
montagnes du noyau américain, dans une contrée où tout annonçait le nom
des _Cares_ ou des races qui leur furent apparentées, le culte dont
elles étaient l’objet, ne rappellent que trop les colonnes d’Hercule, si
fréquentes dans l’ancien monde, entre l’Océan et la Palestine; mais ce
qui n’est pas moins remarquable, c’est qu’avec tous ces souvenirs, elles
existaient précisément dans ces lieux, comme les signes des richesses
minérales, des pierres précieuses et des forges d’or, apanage des
dieux Macares et des Hercules, dont le nom même s’y conserva jusqu’au
temps de la conquête, comme le titre des rois de Bonda et de Malambó.
En effet, la plus grande partie de l’Amérique était déjà soumise aux
armes espagnoles et plus de soixante ans s’étaient écoulés depuis la
découverte du continent par Colomb, que le _Macar-Ona_ des forges de
Sainte-Marthe continuait à résister avec les Tayronas aux envahisseurs
étrangers et à tenir cette ville en éveil[290]. Aujourd’hui même, que
ces populations sont en grande partie disparues, sans laisser d’autre
souvenir que celui de leurs antiques richesses, le nom de l’Hercule
_Macar_ s’est maintenu comme un dernier signe de la puissance et de
l’extension maritime des Cares, aux embouchures de plusieurs des plus
grands fleuves du Nouveau-Monde. Une montagne et un cap de la côte du Rio
de la Hacha[291] en a pris le nom de _Macaira_. La plus grande des îles
situées à l’embouchure de l’Orénoque, porte celui de _Macare_, et l’un
de ses bras celui de _Macareo_. Entre Caracas et Victoria, une localité
de la côte porte le nom de _Macarao_. Une autre s’appelle _Macarapana_,
dans la province de Cumana; _Macara_ en est une autre de la province
de Jaen, dans l’Équateur; _Macarabita_, dans celle de Tunja de la
Nouvelle-Grenade, sans en compter bien d’autres qu’il serait fastidieux
d’énumérer.

Cabires ou Curètes, nous les retrouvons dans le même pays, offrant
partout, dans leurs étymologies, un sens raisonnable. Stèles, colonnes
ou phallus, deux à deux, comme les _chemin_ du soleil et de la lune,
à l’entrée des grottes de Cauuna, à Haïti; _Pataikoi_ jumeaux et
protecteurs des arts, dans les forêts ou au fond des forges souterraines,
comme _Hun-Batz_ et _Hun-Chouen_; volcans sublimes au Guatémala et fils
d’une prostituée de l’Enfer, comme les deux Hun-Ahpu, qui reparaissent
sous la forme de deux êtres, moitié hommes, moitié poissons, après avoir
été livrés au bûcher de Xibalba, ils sont identiques avec les Dioscures
qui se montrent sous la forme d’Ichtyes, issus de Derketo[292], dans les
régions chamitiques de la Syrie. Cabires, ce sont encore les Hun-Ahpu
qui allument les fourneaux et soufflent le feu intérieur de la terre, de
manière à faire trembler le monde; stèles, colonnes ou phallus, ils se
présentent à l’entrée des montagnes de Carare et de Caracua, protégeant
les orfèvres et les forgerons dans la montagne, comme les pêcheurs de
perles au fond de la mer[293].

Continuons à monter vers l’équateur, et du Mexique jusqu’au pied du
Chimborazo, du Cotopaxi jusqu’au Cuzco, nous retrouverons, comme un
symbole des mêmes idées, les indigènes, amassant de distance en distance
des tas de pierres, ainsi qu’on l’a vu dans plus d’un canton de la Grèce
et de l’Asie Mineure: nul ne passera sans y jeter sa pierre; souvent il
y ajoutera un brin d’herbe ou une branche d’arbre, en hommage au génie
du lieu; d’autres fois, il réunira trois autres petites pierres, dont
il formera un foyer éphémère, où il brûlera quelques grains de copal.
Là aussi nous rencontrerons les mêmes symboles mythologiques qu’au
Cundinamarca, souvent encore avec les mêmes noms que dans le monde
ancien. Au Pérou, on adorait sous le nom de _Curi_, les dieux jumeaux, et
semblables aux Dioscures et aux Curètes, les _Curacas_ ou chefs des races
primitives étaient sortis d’un œuf[294].

Dans les idées cosmogoniques des prêtres de Guamachuco, _Ataguyu_ était
le principe de toutes choses: de son sein étaient sortis deux éléments
opposés, _Sagad-Çaura_ et _Vanu-Gaurad_[295], lesquels à leur tour
créèrent une trinité qui gouvernait le monde, _Gua-Mansuri_, _Uvigaicho_
et _Vustigui_: ceux-ci étaient les dieux de la génération, producteurs
des moissons, et ils s’étaient adjoint _Llaygen_, le fécondateur, le dieu
des eaux et des pluies. Gua-Mansuri, d’après la tradition recueillie à
Guamachuco était né dans la province de ce nom, qu’il avait trouvée, à sa
naissance, habitée par des êtres semi-divins comme lui, et qu’on appelait
_Gua-Chemin_[296]. Ceux-ci avaient une sœur du nom de _Cauptaguan_, et
Gua-Mansuri l’ayant vue, l’aima et la féconda. Ses frères irrités la
tuèrent et réduisirent son corps en poussière, après l’avoir brûlé, et
Gua-Mansuri retourna au ciel annoncer à _Ataguyu_ que la création des
hommes n’avait pas pu avoir lieu. Mais Cauptaguan, en mourant, avait
mis au monde deux œufs que ses frères jetèrent à la voirie. Il en
sortit deux jeunes gens, _Apo-Catequil_ et _Piguerao_: ils naquirent
à _Porcon_[297]. Le premier était l’auteur de tous les maux, et, à
l’époque de la conquête, ajoute le document d’où nous tirons ces détails,
Apo-Catequil était, de tous les dieux ou génies du Pérou, le plus craint
et le plus respecté, de Quito au Cuzco. A peine venu au monde, celui-ci
ressuscita sa mère qui lui remit la _guaraca_ ou fronde, laissée par
son père Gua-Mansuri. À l’aide de cette arme, il tua ou chassa tous les
Gua-Chemin et monta ensuite au ciel annoncer à Ataguyu que la terre était
libre. Ataguyu l’envoya alors à la puna de _Guacat_[298], au-dessus de
_Santa_[299], avec son frère: là, par son ordre, ils creusèrent la terre
d’où sortirent les hommes, puis tirant avec sa fronde, Apo-Catequil
produisit la foudre et les éclairs.

Dans ces fictions, ainsi que dans bien d’autres, on retrouve toute cette
suite de créations que signalent les mythologies de l’Asie Mineure et de
la Babylonie; elles se combinent ici avec la pensée des mystères de la
vie et de la mort, de la résurrection et des jugements, ainsi que dans
l’épopée des Hun-Ahpu, au Guatémala. Pour le moment, nous nous contentons
de signaler ce nouveau point de contact avec quelques cosmogonies du
vieux monde; mais en terminant, ajoutons que pour se rendre à l’enfer
péruvien, _Upamarca_, dans la langue qquichua[300], il fallait que l’âme,
dépouillée de son enveloppe mortelle, passât une rivière sur un pont
étroit, formé de quelques cheveux, en se faisant précéder par de petits
chiens noirs[301].

De tant de ressemblances et d’analogies entre les origines et les cultes
de l’_ancien_ et du _nouveau_ monde, il est impossible de douter que ces
deux continents n’aient eu autrefois des communications fort fréquentes
et que l’un ne soit venu de l’autre. Auquel donnerons-nous la priorité?
C’est là, comme nous l’avons déjà dit, une question que nous laissons
au temps et à des investigations plus complètes à décider. La science
arrivera-t-elle jamais, d’ailleurs, à préciser l’âge du monde? Ce à quoi
nous nous intéressons davantage en ce moment, c’est aux l’origines de
la civilisation dont on retrouve des vestiges si considérables dans
les antiques traditions de l’Amérique. Nous parlons surtout de cette
civilisation matérielle, aux constructions gigantesques, dont Babylone
en Asie, Thèbes et Memphis en Égypte, étaient l’expression; de cette
civilisation, «de cette puissante organisation de la force, de ce
despotisme où le roi usurpait la place de Dieu[302],» telle que nous la
voyons dans les débris des sociétés antiques, d’un bout à l’autre du
continent américain.

Dans cette communauté d’idées, de culte et de cosmogonies que nous avons
montrée entre l’Amérique, l’Égypte et la Phénicie, il y a surtout une
chose qui nous a frappé et que nous n’avons point hésité un instant
à faire remarquer tout d’abord, c’est l’embarras où se montrent la
plupart des philologues et des historiens pour assigner un berceau aux
peuples qui étaient en possession de cette civilisation étonnante et
que rien, ni leurs langues, ni leurs institutions, ne rattachent aux
autres populations de l’Asie. Si, comme l’avance M. d’Eckstein[303], les
Cares sont d’origine couschite, si aux Cares se rattachent en Asie, les
Lydiens, les Léléges, les Cauniens, les Chaldéens, les Cephènes, etc.,
et de l’autre, en Afrique, les Égyptiens et les populations libyennes,
il faudra bien admettre que si le premier berceau de Cousch, en tant
qu’origine première, est en Asie, son berceau comme père de tant de
nations, de langues et d’institutions analogues, aurait bien des chances
de se retrouver un jour en Amérique. C’est de ce continent que «les
Cariens, dont l’origine est un des problèmes les plus importants et les
plus obscurs de l’ethnographie ancienne[304],» ont rayonné sur tous les
points du globe, et bien que M. Renan assure que «la question d’une
intrusion de races de «l’Occident parmi les Sémites ne peut être agitée
qu’à propos des Philistins[305],» nous croyons avoir présenté déjà
suffisamment de preuves tendant à établir le contraire.

«Le caractère de l’ancienne civilisation assyrienne[306], qui se
rapproche parfois de celle de l’Égypte,» nous rappelle les paroles de
Diodore de Sicile, qui dit positivement que Bélus était «fils de Neptune
et de Libya; il conduisit des colons à Babylone, et, établi sur les
rives de l’Euphrate, il institua des prêtres qui étaient, comme ceux
de l’Égypte, exempts d’impôt et de toute charge publique.» Diodore
ajoute encore[307], ce qui est très-significatif: «les Babyloniens les
appellent Chaldéens.» Or on sait que Bélus et Nemrod sont des personnages
identiques, et «le Livre de Daniel distingue expressément la langue des
Chaldéens de la langue vulgaire de Babylone, (la sémitique sans doute),
et nous présente l’étude de la littérature des Chaldéens comme un
privilége de la classe noble, une sorte d’enseignement réservé, qui se
donnait dans une école du palais[308].»

Ainsi les Chaldéens, les maîtres de Babylone, cette race de prêtres
étrangers, devenue la noblesse du pays, était bien d’origine libyenne et
occidentale, et, ce qui est plus significatif, sortie de l’Atlantique,
ainsi que l’indique le nom de Neptune. M. Renan va achever de les
identifier: «A une époque également anté-historique, dit-il, nous
rencontrons sur le Tigre et le bas Euphrate une race qui paraît étrangère
aux Sémites, les Couschites, représentés dans les souvenirs des Hébreux
par le personnage de Nemrod[309], et dont le nom se retrouve peut-être
dans celui des ‏כּותׅים‎ ou _Cuthéens_, des Κίσσιοι d’Hérodote, des Κοσσαῖοι
et du _Kouzistan_ actuel. Tout porte à croire qu’identiques aux Céphènes,
auxquels la tradition grecque attribuait la fondation du premier empire
chaldéen, ils procédèrent du sud au nord et se portèrent de la Susiane
et de la Babylonie vers l’Assyrie. Babylone, Ninive, plusieurs des
grands centres de population groupés autour de Ninive et que les
explorations récentes viennent de rendre à la lumière, durent à ces
peuples leur première fondation. Le caractère grandiose des constructions
babyloniennes et ninivites, le développement scientifique de la Chaldée,
les rapports incontestables de la civilisation assyrienne avec celle de
l’Égypte, auraient leur cause dans cette première assise de peuples
matérialistes, constructeurs, auxquels _le monde entier_ doit, avec
le système métrique, les plus anciennes connaissances qui tiennent à
l’astronomie, aux mathématiques et à l’industrie.

»Ces conjectures sont, du reste, en accord avec les travaux de M. Oppert
sur les inscriptions babyloniennes et avec les recherches de M. Fresnel
sur les langues de l’Arabie méridionale. Tous deux sont persuadés que la
langue des inscriptions babyloniennes est un dialecte sémitique analogue
au dialecte du pays de Mahrah, situé au nord-est d’Hadramant. Or le
dialecte du pays de Mahrah semble représenter un reste de l’ancienne
langue de Cousch. M. Fresnel conclut de là que c’est en Arabie qu’il faut
aller chercher le point de départ des Couschites de Nemrod[310].»

Mais nous avons déjà vu, avec Diodore, que c’est de la côte libyenne, et
comme colonie de l’Égypte et non de l’Arabie, que Nemrod et les Chaldéens
sont allés à Babylone. Pourquoi s’étonner après cela qu’on trouve entre
les langues sémitiques et l’égyptien, ainsi que les autres langues
d’origine couschite, des analogies quelquefois si marquées? le contraire
serait presque un prodige, après le long séjour des Hébreux en Égypte,
où les Béni-Israël eurent tout le temps d’oublier leur propre langue;
après la certitude que nous avons acquise de la parenté des populations
couschites avec les Égyptiens, avec Cham, après les nombreuses alliances
de celui-ci avec les fils de Sem, en Égypte ou ailleurs. Ajoutons encore
ici, pour en finir avec nos emprunts à M. Renan, que «cette redoutable
organisation militaire, cette vaste féodalité qui faisait tout aboutir
à un même centre, cette science du gouvernement,» représentant si bien
l’esprit de la race couschite, se trouvaient encore dans toute leur force
dans les empires du Mexique, du Cundinamarca et du Pérou, au moment
même de la conquête espagnole. Tout ce que cet écrivain dit de Ninive,
où «nous trouvons, dit-il[311], un grand développement de civilisation
proprement dite, une royauté absolue, des arts plastiques et mécaniques
très-avancés, une architecture colossale, un culte mythologique
qui semble empreint d’idées iraniennes, la tendance à envisager la
personne du roi comme une divinité, un grand esprit de conquête et de
centralisation,» tout cela existait dans l’empire des Incas, comme au
Michoacan et à Mexico, lorsque les conquérants espagnols apparurent sur
les côtes de l’Amérique.


§ XVIII.

    Résultats de ces recherches. Décadence d’une civilisation et
    d’une navigation antiques. Les Phéniciens en héritent, puis les
    Carthaginois. Souvenirs affaiblis des anciennes connaissances
    maritimes. L’Amérique dans Diodore de Sicile, etc.

Maintenant une dernière question reste à faire au sujet de tous ces
peuples, soit de ceux qui existaient sur le continent américain, soit de
ceux qu’on trouve si intimement liés avec eux, en Europe, en Afrique et
en Asie. A quelle époque se séparèrent-ils, quand cessèrent les relations
qui paraissent avoir relié autrefois, presque comme aujourd’hui, toutes
les nations du monde? Ainsi que nous l’avons vu, au commencement de ce
récit, on ne peut en attribuer l’interruption qu’à ces catastrophes
immenses antérieures à tous les souvenirs précis de l’histoire, et qui
nous reportent évidemment aux époques diluviennes, dont parlent les
différentes traditions de la terre. C’est à quoi semble faire allusion
également le nom de _Phaleg_ ou _Peleg_, un des descendants de Sem,
suivant la Bible, et qui signifie, ajoute l’Écriture, que ce fut de son
temps que la terre fut divisée[312]. Mais c’est là une question trop
ardue et sur laquelle nous ne nous appesantirons pas: notre tâche était
de chercher à relier les deux mondes en comparant les traditions qui de
part et d’autre ont conservé le souvenir d’antiques communications. Nous
l’avons tenté; le lecteur dira si nous avons réussi[313], et si nous
avons apporté suffisamment de preuves pour justifier le titre de cet
essai.

À la suite de toutes les recherches que nous avons faites, dans ce
dessein, nous ajouterons que ce qui semblerait résulter des documents
variés que nous avons eus sous les yeux, ce serait l’idée vague
d’une doctrine analogue au dogme chrétien de la déchéance, qu’on
trouve répandue surtout dans les traditions mexicaines[314] et qui
s’expliquerait ici par la décadence d’une immense civilisation primitive
dont on ne connaît jusqu’à présent, quant à l’Amérique, que des souvenirs
et des traditions, mais dont l’Égypte ainsi que l’Assyrie auraient
été peut-être les reflets dans l’ancien monde. Ce qui paraît hors de
doute, c’est qu’à dater du cataclysme, cause de la grande séparation
des peuples, les connaissances humaines se seraient trouvées partout
abaissées sur la terre, dans l’ordre matériel, aussi bien que dans
l’ordre moral. De là paraissent dater, ainsi que nous l’avons observé
précédemment, la plupart des systèmes idolâtriques, fondés sur les
terreurs de l’homme au sortir du cataclysme, et organisés par un petit
nombre de prêtres, instruits de la science antique, dans le but d’établir
leur puissance sur les sociétés renaissantes. Avec la décadence de la
civilisation s’arrêtèrent également ces étonnantes navigations où les
Cares avaient pris une si large part: le souvenir même tendit à s’en
effacer de siècle en siècle parmi les nations, et l’on oublia presque
qu’il y avait un autre continent, opposé à l’Europe et à l’Afrique. À
l’exception des indices mystérieux que nous trouvons des voyages des
Phéniciens et des Carthaginois entre l’Afrique et l’Amérique tropicale,
en dehors des invasions partielles entreprises par le nord de la
Scandinavie à l’Islande et de là aux côtes septentrionales de l’Amérique,
antérieurement, peut-être, et postérieurement à l’ère chrétienne, on
ignore s’il a existé, par l’Atlantique, quelque communication avec le
continent occidental, jusqu’au jour où le génie de Colomb est venu
renouer les deux mondes.

Cette décadence de la navigation, cette interruption qui se produit
insensiblement dans les relations entre les deux continents, cet oubli de
l’occident ou plutôt l’obscurcissement des idées à cet égard, seraient
encore l’objet de plus d’une question intéressante. On ne saurait encore
s’expliquer ces choses que par des cataclysmes partiels et consécutifs,
brisant l’un après l’autre des nœuds antiques, en faisant descendre de
nouvelles portions de terre au fond des mers; par des bouleversements
terribles dans les continents ou des émigrations de peuples, fuyant dans
l’épouvante leur patrie déchirée par les convulsions de la nature, comme
celles qui obligèrent les tribus du nord de l’Asie à descendre vers
l’Inde, qui de Céphène alors devint Arya[315]. Sans doute les nations
échappées au cataclysme atlantique, du côté de l’Orient, durent penser
d’abord que c’en était fait à jamais de toutes les terres occidentales,
et ce fut apparemment un hasard heureux, comme celui dont parle
Diodore,[316] à propos de la grande île découverte par les Phéniciens,
qui leur fit reconnaître que tout n’avait pas été englouti par les flots,
au delà de l’Océan.

Quelles que soient, d’ailleurs, les causes de la décadence de la
navigation antique, il n’en demeure pas moins établi que les peuples
qui nous apparaissent aujourd’hui comme les principaux navigateurs,
dans les siècles passés, étaient les peuples de la race de Cham et en
particulier les Cares. Des Cares, cette science passa aux Phéniciens
et aux Étrusques: mais déjà elle avait perdu de son caractère
d’universalité. En prenant tour à tour les rares fragments conservés dans
les écrits des anciens, on la voit décliner avec les notions des terres
transatlantiques, qui deviennent de siècle en siècle plus vagues et plus
obscures. Les Phéniciens, craignant sans doute qu’on ne leur enlevât le
monopole du commerce de l’Occident, en dérobaient, autant que possible,
la connaissance aux autres nations, et l’Égypte, qui devait être mieux
qu’aucune d’elles instruite de l’existence de l’Amérique, se taisait par
orgueil national ou par esprit de secte, ne disant que ce que ses prêtres
voulaient qu’on sût, afin d’empêcher les Grecs, trop curieux et trop
bavards, d’approfondir ses origines.

«Dès les temps homériques, dit Humboldt[317], les Hellènes avaient la
croyance que des pays riches et fertiles étaient situés vers le couchant;
mais leur connaissance précise du bassin méditerranéen ne s’étendait
pas alors au delà du méridien de la Grande-Syrte et de la Sicile. Toute
la partie occidentale de ce bassin, depuis longtemps parcourue par les
Phéniciens, ne fut connue aux Hellènes que depuis le voyage de Colœus
de Samos, dont Hérodote a reconnu l’importance[318].» Leur horizon
géographique s’agrandit peu à peu, de la mer Égée au méridien des
Syrtes, de là aux colonnes d’Hercule et hors du détroit, avec Hannon
vers le sud, avec Pythéas vers le nord[319]. A l’ouest, les Carthaginois
suivaient en Amérique les traces des Cares, auxquels ils avaient
succédé. Diodore nous l’apprend dans les termes les plus clairs. Déjà le
récit de Platon nous a fait connaître ce qu’on savait de l’Atlantide;
ceux de Plutarque et de Théopompe sur le grand continent Cronien ou
transatlantique ne laissent presque rien à désirer, si on les compare
à la description du Groenland et de l’Amérique du nord[320]. Voici
maintenant en quels termes Diodore décrit l’Amérique méridionale:

«Après avoir parlé des îles situées en deçà des colonnes d’Hercule, nous
allons décrire celles qui sont dans l’Océan. Du côté de la Libye, on
trouve une île dans la haute mer, d’une étendue considérable, et située
dans l’Océan. Elle est éloignée de la Libye de plusieurs journées de
navigation, et située à l’occident. Son sol est fertile, montagneux,
peu plat et d’une grande beauté. Cette île est arrosée par des fleuves
navigables. On y voit de nombreux jardins plantés de toutes sortes
d’arbres, et des vergers traversés par des sources d’eau douce. On y
trouve des maisons de campagne somptueusement construites et dont les
parterres sont ornés de berceaux couverts de fleurs. C’est là que les
habitants passent la saison d’été, jouissant voluptueusement des biens
que la campagne leur fournit en abondance. La région montagneuse est
couverte de bois épais et d’arbres fruitiers de toutes espèces; le séjour
dans les montagnes est embelli par des vallons et de nombreuses sources.
En un mot, toute l’île est bien arrosée d’eaux douces qui contribuent,
non-seulement aux plaisirs des habitants, mais encore à leur santé et
à leur force. La chasse leur fournit nombre d’animaux divers et leur
procure des repas succulents et somptueux. La mer, qui baigne cette
île, renferme une multitude de poissons, car l’Océan est naturellement
très-poissonneux. Enfin l’air y est si tempéré, que les fruits des arbres
et d’autres produits y croissent en abondance pendant la plus grande
partie de l’année. En un mot, cette île est si belle qu’elle paraît
plutôt le séjour heureux de quelques dieux que celui des hommes[321].

»Jadis cette île était inconnue à cause de son grand éloignement
du continent, et voici comment elle fut découverte: les Phéniciens
exerçaient de toute antiquité un commerce maritime fort étendu; ils
établirent un grand nombre de colonies dans la Libye et dans les pays
occidentaux de l’Europe. Leurs entreprises leur réussissaient à souhait,
et, ayant acquis de grandes richesses, ils tentèrent de naviguer au
delà des colonnes d’Hercule, sur la mer qu’on appelle l’Océan. Ils
fondèrent d’abord sur le continent, près des colonnes d’Hercule, dans
une presqu’île de l’Europe, une ville qu’ils nommèrent _Gadira_. Ils y
firent toutes les constructions convenables à cet emplacement. Ils y
élevèrent un temple magnifique consacré à Hercule et instituèrent de
pompeux sacrifices d’après les rites phéniciens. Ce temple est encore de
nos jours en grande vénération. Beaucoup de Romains célèbres par leurs
exploits y ont accompli les vœux qu’ils avaient faits à Hercule pour le
succès de leurs entreprises. Les Phéniciens avaient donc mis à la voile
pour explorer, comme nous l’avons dit, le littoral situé en dehors des
colonnes d’Hercule, et, pendant qu’ils longeaient la côte de la Libye,
ils furent jetés par des vents violents fort loin dans l’Océan. Battus
par la tempête pendant beaucoup de jours, ils abordèrent enfin dans
l’île dont nous avons parlé. Ayant pris connaissance de la richesse du
sol, ils communiquèrent leur découverte à tout le monde[322]. C’est
pourquoi les Tyrrhéniens, puissants en mer, voulaient aussi y envoyer une
colonie; mais ils en furent empêchés par les Carthaginois. Ces derniers
craignaient d’un côté qu’un trop grand nombre de leurs concitoyens,
attirés par la beauté de cette île, ne désertassent leur patrie. D’un
autre côté, ils la regardaient comme un asile où ils pourraient se
retirer dans le cas où il arriverait quelque malheur à Carthage[323].
Car ils espéraient qu’étant maîtres de la mer, ils pourraient se
transporter, avec toutes leurs familles, dans cette île qui serait
ignorée de leurs vainqueurs.»

Un passage, presque en tout semblable, mais beaucoup moins détaillé,
existe dans le pseudo-Aristote, qui attribue la découverte de l’île aux
Carthaginois, que Diodore ne nomme qu’après avoir parlé des Phéniciens et
de la volonté des Tyrrhéniens d’y fonder une colonie. Le faux Aristote
ajoute que ce fut la crainte de voir les colons secouer la dépendance
et nuire ainsi au commerce de la mère-patrie, qui engagea le Sénat à
sévir, en portant peine de mort contre quiconque serait tenté de naviguer
de nouveau dans cette île[324]. Le savant auteur de la géographie
d’Aristote, Konigsmann, conjecture que le philosophe de Stagire, en
parlant des anciens traités de commerce conclus entre les Carthaginois
et les Tyrrhéniens, a voulu désigner le traité romain dont Polybe nous a
conservé la traduction[325]; mais Diodore, dans le passage en discussion,
fait sans doute allusion à une époque beaucoup plus ancienne. Beckmann,
commentateur des _Mirabiles Auscultationes_, a discuté, de son côté,
l’opinion des philologues qui ont cru reconnaître le Brésil ou d’autres
parties de l’Amérique dans ces deux passages. Wesseling, après avoir
traité ces interprétations de très-douteuses, finit pourtant par ajouter
qu’on pourrait y trouver des _indices_ de l’Amérique, comme ayant été
plus ou moins connue des Carthaginois.

Après avoir discuté avec sa sagacité accoutumée les opinions diverses
qui se sont produites de son temps pour identifier la situation de
l’île, décrite par Diodore, l’auteur de l’_Histoire de la géographie du
Nouveau Continent_ ajoute: «Il est impossible, je pense, de s’arrêter à
une localité déterminée au milieu de tant de descriptions incertaines.
La tradition est ancienne, car le trait «de l’asile offert dans le cas
d’un renversement de fortune, ou de la chute de Carthage,» n’appartient
qu’à Diodore, et pourrait bien être un ornement oratoire, ajouté après
la destruction de la cité de Didon. Ce même asile s’offrit, du moins
en espérance, à Sertorius[326], lorsqu’à l’embouchure du Bœtis, il
vit entrer un navire revenant «de deux îles atlantiques qu’on croyait
éloignées de dix mille stades.» Les _Récits Merveilleux_, qui sont la
seule source à laquelle nous pouvons remonter, ont été compilés, pour
le moins[327] avant la fin de la première guerre punique, car ils nous
dépeignent la Sardaigne tyrannisée par les Carthaginois. Le mystère dont
ceux-ci avaient intérêt d’envelopper leurs navigations lointaines, ne
permet que de vagues conjectures.»

C’est dans cet ouvrage et dans d’autres du même genre, aujourd’hui
perdus, mais dont les traces se trouvent dans la plupart des
classiques anciens, que les Grecs et les Romains curieux puisaient les
renseignements qu’ils désiraient sur cette matière intéressante[328].
Mais ces renseignements, bien que vagues souvent, présentent encore assez
d’indices pour nous faire douter quelquefois si les Romains eux-mêmes, à
la suite des Étrusques et des Carthaginois, ne connurent pas, par leur
expérience personnelle, ce continent enveloppé de tant de fables et
d’obscurités. On peut néanmoins s’imaginer qu’en général les philosophes
et les curieux se contentaient de discuter scientifiquement sur ces
questions, sans en aborder le côté pratique, ni se soucier des intérêts
immenses qu’une connaissance plus approfondie de ces contrées aurait pu
faire surgir et favoriser. Privées des ressources de l’imprimerie qui a
tant aidé à la diffusion des lumières, surtout depuis la découverte de
Colomb, les populations s’inquiétaient sans doute fort peu de ces régions
lointaines abandonnées au monopole de quelques marchands; et il devait en
être alors du commerce extérieur de l’Atlantique à peu près comme il en
fut pour les nations européennes au moyen âge, relativement au commerce
des Vénitiens dans l’Inde.

FIN DE L’INTRODUCTION.


NOTES

[1] _Guanaco_ est un nom de la langue haïtienne; _gua_ est un article
démonstratif; _naco_ peut signifier lieu fertile. C’est le nom d’une
ville, considérable par son commerce et sa grande population, qui
existait dans le voisinage, du _golfe Dulce_, à peu de distance de la
mer, à l’entrée de la montagne de _San-Gil_, où doivent se trouver ses
ruines.

[2] Herrera, _Hist. Gen. de las Ind. occid._ decad. 1, lib. V, cap. V.

[3] Herrera, _Hist. Gen._ decad. 1, lib. VI, cap. VII. Les montagnes
de _Caria_ sont celles qui s’appellent aujourd’hui _el Gallinero_, qui
s’élèvent entre les _llanos de Santa-Rosa_ et la vallée de Copan. Le
nom de _Caria_ que leur donne Herrera leur vient des _Cares_, nation
puissante entre celles que l’on appela depuis _Choles_ et dont _Copan_
paraîtrait avoir été la capitale. Leur nom se retrouve encore aujourd’hui
dans le mont _Cari_ et dans quelques petites localités au nord-ouest de
Copan.

[4] Cette lettre, dit Humboldt (_Examen critique de l’histoire de la
géographie du nouveau continent_, tom. 1ᵉ, note 1, page 4), qui peint
si bien les plaisirs de l’intelligence, a été écrite, selon l’opinion
commune, à la fin de décembre 1493. (_Opus Epistolarum Petri Martyris
Anglerii Mediolanensis, Protonotarii Apostolici, Prioris Archiepiscopatus
Granatensis, atque à consiliis rerum Indicarum Hispanicis_. Amstelodami,
1670. Ep. CLII, page 84.)

[5] Pomponius Lœtus, le célèbre propagateur de la littérature classique
romaine, généralement assez mal vu d’une portion du clergé romain, à
cause de la liberté de ses opinions religieuses. (Voir Humboldt, _loc.
cit._)

[6] Popol-Vuh.—_Le Livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine_,
dans l’Introduction.

[7] Humboldt, _Hist. de la géogr. du Nouv. Continent_, section première,
_passim_.

[8] _Katun_, mot de la langue maya composé de _kat_, interroger, et de
_tun_, pierre, c’est-à-dire pierre qu’on interroge, à qui on demande
l’histoire du pays. C’est le nom qu’on donnait anciennement au Yucatan
aux pierres gravées, portant des dates et des inscriptions relatives aux
événements historiques et qu’on incrustait dans les murs des édifices
publics. Voir plus loin, page 53.

[9] _Vues des Cordillières et monuments des peuples indigènes de
l’Amérique_, tom. II, pl. XXVI.

[10] Humboldt, _Examen de l’hist. de la géogr. du nouv. continent_, tom.
I, page 177.

[11] _Sur les sources de la Cosmogonie du Sanchoniathon_, Paris, 1860,
page 227.

[12] Brasseur de Bourbourg, Popol-Vuh. _Le Livre sacré, et les mythes de
l’antiquité américaine_, etc. Introd., page LXV.

[13] _Sur les sources de la Cosmogonie du Sanchoniathon_, page 127.

[14] Le _Codex américain_ de la bibliothèque royale de Dresde, reproduit
dans la collection de Kingsborough, est écrit de caractères analogues à
ceux dont nous donnons l’alphabet d’après Landa (voir page 320): il y
en a quelques-uns, toutefois, que nous ne sommes pas encore parvenus à
identifier, bien que tous les autres signes des jours et des mois soient
les mêmes. Le _Codex de Dresde_, autant qu’il nous a été donné d’en
juger actuellement, d’après le court examen que nous en avons fait dans
Kingsborough, est un _Tonalamatl_ ou Rituel religieux et astrologique,
dont la langue se rapproche de celle du Yucatan.

[15] «Nous avons vu, dit Humboldt, que les astrologues mexicains ont
donné à la tradition des destructions et des régénérations du monde un
caractère historique, en désignant les jours et les années des grandes
catastrophes, d’après le calendrier dont ils se servaient au seizième
siècle. Un calcul très-simple pouvait leur faire trouver l’hiéroglyphe
de l’année qui précédait de 5206 ou de 4804 ans une époque donnée.
C’est ainsi que les astrologues chaldéens et égyptiens indiquaient,
selon Macrobe et Nonnus, jusqu’à la position des planètes à l’époque
de la création du monde et à celle de l’inondation générale. (_Vue des
Cordillières_, etc. tom. II, page 132.)

[16] _Conquista de Mexico, 2ª parte de la Cronica de las Indias._

[17] MS. De la coll. de Boturini, sous le titre de _Historia de los reyes
de Culhuacan y Mexico_. Copie de ma collection.

[18] Dans certains documents, il est parlé de quatre catastrophes, dans
d’autres de cinq, et ces catastrophes, à l’exception de celle du feu, de
celle de l’eau et de celle de l’ouragan, ne paraissent pas toujours bien
s’accorder l’une avec l’autre.

[19] «_Izcalli_, Enero, est-il dit dans ce document, la fiesta del fuego,
porque en tal tiempo les calentaban los arboles para brotar.—Fiesta de
_Pilquixtia_, la natura humana que nunca se perdio en las vezes que se
perdio el mundo.—De cuatro en cuatro años, ayunaban otros ocho dias, en
memoria de las tres vezes que se a perdido el mundo, y asi lo llaman a
este cuatro vezes señor, porque siempre que se perdia, esto no se perdia,
y azi dizen la fiesta, de la Renovacion, y asi dizen que acabado este
ayuno y fiesta, se volvian los hombres como niños los cuerpos, y asi
para representar esta fiesta en el vayle trayan unos niños de las manos»
(_Cod. Tell. Rem. Mex._ N. I, fol. 6. v).

[20] Ce sont aussi les idées de quelques philosophes anciens. Saint
Augustin les reproduit, tantôt en les combattant, tantôt inclinant à
l’opinion que «la désolation partielle de la terre par des déluges et des
embrasements laisse quelques hommes survivre pour réparer les pertes du
genre humain.» (_De Civit. Dei_, lib. XII, 10-11.)

[21] _Popol Vuh_, etc. chap. III.

[22] Ne serait-ce pas à des souvenirs de ce genre que feraient allusion
les fêtes des Renaissances dont il est question dans la légende du VIIIᵉ
tableau de la grande salle du temple d’Ammon à Karnac, dont parle Lepsius
et, avec lui, Brugsch? _Histoire de l’Égypte, dès les premiers temps de
son existence jusqu’à nos jours._ Leipzig, 1859—I part., page 131.

[23] Le _tetzontli_ est une amygdaloïde poreuse qui a servi à bâtir la
plupart des édifices de Mexico. Suivant Bustamante, le commentateur de
Sahagun, ce seraient les petits volcans qui environnent au sud-est la
vallée de Mexico, qui auraient formé le _tetzontli_, et le Quauhnexac,
dit volcan d’Axuzco, suivant Betancurt (_Teatro Mexicano_, part. I,
trat. 2, cap. IV), appuyé sur les traditions de quelques Indiens, aurait
donné naissance à la célèbre couche de lave, appelée _el Pedregal de
San-Augustin_ et vomi les vastes torrents de lave qui s’étendent jusqu’à
Acapulco.

[24] Le texte ajoute ailleurs, dans le même document, que tous les
seigneurs périrent dans cette circonstance. Une preuve singulière de
l’existence des villes antiques, ensevelies alors sous la lave, se trouva
au Pedregal de San-Augustin, ainsi nommé de la villa de ce nom, auprès
de Mexico: car, de dessous la lave qui l’entoure, sort un large ruisseau
qui roule avec ses eaux des débris de poteries antiques, provenant
indubitablement des habitations, ensevelies sous les masses de laves qui
coulèrent dans la vallée. Combien d’Herculanum et de Pompeii ont été
recouverts des laves des volcans mexicains!

[25] Ce fait est mentionné dans le _Codex Chimalpopoca_ et dans la
plupart des traditions du Mexique.

[26] Voir l’_Ecrit du frère Romain Pane_, à la fin de ce volume, page 440
et note (2).

[27] Codazzi, _Resumen de la geografia de Venezuela_, Paris, 1841, pag.
46 y 47.

[28] Lehmann, _Œuvres physiques_, dans la préface du tom. III.—De la
Borde, _Voyages_, etc. pages 6 et 7.

[29] Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. IV, cap. 6.—Voir Landa, page 61.

[30] _Incidents of travel in Yucatan_, vol. I, chap. 6.

[31] Voir le _Livre Sacré_, page 35 et suiv.

[32] C’est l’étymologie qu’en donne Ordoñez, _Hist. del Cielo y de la
Tierra_, etc., MS. Le bon chanoine en fait Lucifer brûlant sept fois au
fond de l’enfer. _Vukub-Caquix_, dans son acception ordinaire, signifie,
comme je l’ai dit ailleurs, _Sept-Aras_.

[33] Voir le _Livre Sacré_, prem. part., aux chapitres IV et V.

[34] _Zipacna_ est composé de _zip_ ou _zipoh_, verbe qui signifie
gonfler, et de _na_, demeure, maison, en langue mame et vieux quiché.

[35] Ces montagnes appartiennent aux contrées guatémaliennes: le
_Chi-Kak-Hunahpu_, c’est-à-dire Au feu de Hunahpu ou d’un tireur de
Sarbacane, est le même que le volcan dit _del Fuego_ qui domine à
peu de distance la _Antigua-Guatémala_. Le _Yaxcanul_, appelé par
les Cakchiquels _Gagxanul_, est le volcan de _Santa-Maria_, près de
Quezaltenango; les autres paraissent être les mêmes que l’on voit dans la
cordillère entre ce dernier et les volcans de _Soconusco_.

[36] Voir le _Livre Sacré_, deuxième partie.

[37] _Hun-ahpu_ se compose de _hun_, un ou le premier, et de _ahpu_,
tireur de Sarbacane, mot composé lui-même de la particule possessive
_ah_, celui de, et de _pu_, _pub_ ou _ub_, souffle, tuyau qui souffle.

[38] Avila, _Tratado y Relacion de los errores, falsos dioses y otras
supersticiones y ritos diabolicos en que vivian antiguamente los Indios
de las provincias de Huarocheri, Mama y Chacllo_, etc. MS. de la Bibl.
nat. de Madrid, Copie de ma collection. Suivant ce document le monde
d’avant le déluge est appelé _Purun-pacha_, c’est-à-dire monde faux ou
différent de celui d’aujourd’hui, et les hommes d’alors _Yanañamca_.

[39] Id. _ibid._ Ce document est le seul en espagnol, où il soit parlé
de _Coniraya-Viracocha_; il paraît être la plus ancienne divinité du
Pérou, et son histoire est racontée au long dans le document en langue
qquichua qui vient à la suite de ce manuscrit et que j’ai copié à Madrid.
Le bambou dont il est question ici, à l’aide duquel Coniraya soulève ou
aplanit les montagnes, rappelle la sarbacane de Hunahpu.

[40] _Pachacamac_, lieu célèbre autrefois par le fameux temple consacré à
cette divinité, le créateur du monde, à 4 l. de Lima et à peu de distance
de l’Océan Pacifique.

[41] Avila, _Tratado y Relation_, etc. Le fleuve de _Pachacamac_ est le
même appelé aujourd’hui _Rio de Lurin_, dans la province du même nom,
près de Lima, où se trouvait le temple de _Pachacamac_.

[42] Molina, _Relacion de las fabulas y ritos de los Ingas_, etc. MS. des
archives de Madrid, copie de ma collection.

[43] Ce groupe d’étoiles rappelle les six _tzontemocque_, ou étoiles qui
tombèrent du ciel, au temps du déluge, d’après les traditions mexicaines.

[44] _Ancasmarca_ est à 5 lieues du Cuzco, d’après le document d’où
cette histoire est tirée. Le document cité avant celui-ci, _Tratado y
Relacion_, les rapporte également, avec une légère variante, et met le
lieu de la scène dans les montagnes de Huarocheri, beaucoup plus près de
l’Océan.

[45] C’est la province des _Cañaris_ où se trouvent les ruines de la
célèbre forteresse de _Cañar_, citée par Humboldt (_Vues des Cordillères
et monuments des peuples indigènes de l’Amérique_, pl. 20, édit. in-fol.)

[46] Ou plutôt deux femmes, portant le nom d’Ara.

[47] Voir, au sujet du culte de l’ara, le chapitre de Lizana, à la suite
de Landa, page 361.

[48] Le docteur Avila, curé de Huarocheri, qui recueillit ces faits, les
discuta en théologien de son époque, et tout en convenant de la véracité
des Indiens qui les lui donnaient, ne trouva moyen ni de les rejeter,
ni de les admettre. La géologie avait fait fort peu de progrès à cette
époque, et le soulèvement des terres _yunga_ ou chaudes, devenues dans
l’espace de cinq jours une _puna_ glacée, lui paraissait une chose
impossible.

[49] Velasco, _Hist. du roy. de Quito_, liv. II, § 2, n. 1, et § 4, n. 4.

[50] Bunsen, _Egypt’s place in universal history_, vol. 1, page 392.

[51] Zamora, _Hist. de la prov. de Nueva Grenada_, lib. II, cap. 16.—De
_Suha Con_, _Cun_, _Chun_, ou _Chum_, noms identiques, vient probablement
celui de _Cundinamarca_ ou _Cun-li-na-marca_, qui est donné à cet
ensemble de provinces, comprenant Bogota, Velez, Pamplona, la Grita,
Merida, Muso, Ebate, Panches, Neyba, Marquetones, Sutagaos, Ubague,
Tensa, Lengupa, Sogamoso et Chita. (Piedrahita, _Hist. Gen. de las
Conquistas del reyno de Nueva-Grenada_, Part. I, lib. 1, cap. 1.)

[52] Simon, _Hist. de Tierra-Firm_, Part. II, noticia IV, cap. 4.

[53] «Un tremblement de terre se présente à l’homme comme un danger
indéfinissable, mais partout menaçant. On peut s’éloigner d’un volcan,
on peut éviter un torrent de lave, mais que la terre tremble, où fuir?
Partout on croit marcher sur un foyer de destruction.» (Humboldt,
_Cosmos, essai d’une description physique du monde_, trad. de Faye, tom.
I, pag. 168.)

[54] C’est ainsi que la tradition rapportait que la pyramide de Cholula
avait été construite par Xelhua, un des géants antédiluviens, en mémoire
de la montagne de Tlaloc où il s’était réfugié avec ses frères, au moment
de l’inondation. (Rios, _Cod. Mex. Vatican_.)

[55] _Tepeyolotl_ signifie le cœur des montagnes, en langue
nahuatl.—«Dicese deste nombre á reverencia de como quedo la tierra
despues del diluvio.—Este Tepeyolotl es lo mesmo que el retumbo de la
voz, cuando retumba en un valle de un cerro á otro.—Ponenle este nombre
á la tierra de tiguere (_tigre_, traduction figurée de _Tepeyolotl_) por
ser el tiguere el animal mas bravo y aquel retumbido que dan las vozes en
los cerros dizen que quedo del diluvio.» (_Cod. Tell. Rem. Mex._ fol. 9.
v. et 10. r.)

[56] _Ru Qux huyu_, le cœur des monts, en langue cakchiquèle et quichée,
le même que le _Tepeyolotl_ en mexicain. (_Manuscrit cakchiqel_, etc.)

[57] Guevara. _Historia del Paraguay, Rio de la Plata y Tucuman_, etc. en
la Colec. de la _Hist. Argentina_, Buenos-Ayres, 1854, tom. I, page 210.

[58] A. d’Orbigny, _Voyage dans l’Amérique mérid._ tom. III, part. 1,
page 107.

[59] Le _Codex Chimalpopoca_ en parle d’une manière particulière, et
c’est là qu’on trouve la mention d’une nuit de vingt-cinq ans; il en est
parlé également dans le _Popol Vuh_ ou Livre Sacré, bien qu’il semble
souvent que ce ne soit, dans cet ouvrage, qu’une image d’un temps de
ténèbres intellectuelles.

[60] _Cosmos_, etc. tom. I, page 165.

[61] Solin. _de situ et mirabilibus orbis_, cap. XVII.

[62] _De Civitate Dei_, lib. XXI, § 8.

[63] _Tzontemocque_, pluriel de _tzontemoc_, mot à mot chevelure
qui descend ou qui tombe; c’est le nom donné généralement dans les
histoires mexicaines aux dieux déchus du ciel au fond de la terre avec
_Mictlanteuctli_, le dieu des morts ou du séjour infernal. «_Quecholli_.
Entra la fiesta de la bajada del Miquitlantecotli y del Tzontemocque y
los demas, y por este le pintan con los adereços de guerra, porque la
truxo al mundo.—Propiamente se a de dezir la cayda de los demonios que
dizen que eran estrellas y asi ay aora estrellas en el cielo que se dizen
del nombre que ellos tenian que son estos, que se dizen Yyacatecuytli,
_Tlahuizcalpantecoyntli_, Ce-Yacatl, Achitumetl, Xacupantal...,
Mixcohuatl, Tezcatlipoca, Çontemoctli. Como estos llamavanse deste nombre
antes que cayesen del cielo, y aora se llaman... tzitzimitli, como quiere
dezir cosa mostruosa o temerosa.» (_Cod. Tell. Rem. Mex._ fol. 4. V.)

[64] «_Tlahuizcalpantecutli_ o la estrella Venus (c’est-à-dire le
Seigneur qui éclaire le haut des maisons). Este Tlahuizcalpan-tecutli
estrella Venus es el Queçalcovatl... Dizen que es aquella estrella que
llamamos Luzero del alva y asi lo pintan con una caña, que era su dia.»
(_Cod. Tell. Rem. Mex._ _loc. cit._)

[65] Platon, _Timée_, trad. de M. Victor Cousin, tome XII, page 3.

[66] _Œuvres morales_, trad. de Ricard. Tom. XVI.

[67] Les mots _atlas_ et _atlantique_ n’ont d’étymologie satisfaisante
dans aucune langue connue en Europe. Dans la langue nahuatl nous trouvons
tout d’abord le radical _a_, _atl_, qui signifie eau, guerre et le
sommet de la tête. (Molina, _Vocab. en lengua mexicana y castellana_,
etc.) De là une série de mots, tels qu’_atlan_, au bord ou au milieu de
l’eau, dont on fait l’adjectif _atlantic_. Nous avons encore _atlaça_,
combattre ou être en agonie; il peut signifier également lancer de l’eau
et le prétérit fait _atlaz_. Une ville d’_Atlan_ existait au temps de la
découverte de l’Amérique, à l’entrée du golfe d’Urabà au Darien, avec un
bon port: elle est réduite aujourd’hui à un pueblo sans importance, nommé
_Acla_.

[68] Ce qu’on appelait l’Asie à cette époque ne comprenait que l’Asie
Mineure.

[69] Ces autres îles auraient-elles été les Antilles et la mer
intérieure, bordée par ce continent, l’Océan Pacifique, puisque cette mer
seule (sans doute à cause de son étendue) pouvait s’appeler une véritable
mer, et ce continent un véritable continent?

[70] Cette mer en deçà du détroit était la Méditerranée.

[71] D’après cette description, l’île Atlantide aurait été beaucoup plus
rapprochée de l’Europe et de l’Afrique que de l’Amérique, et le lac
_Triton_ dont parle Diodore, disparu depuis par suite d’un tremblement
de terre, et qui se trouvait à l’extrémité occidentale de l’Afrique,
n’aurait été que l’étendue de mer intérieure entre l’Atlantide et la
Libye.

[72] C’est précisément dans cette circonscription, comprenant la Libye,
l’Égypte et l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie, qu’on trouve les débris des
races les plus différentes des races indo-européennes, celles dont
la constitution physique, les antiques coutumes et les langues se
rapprochent le plus de la constitution, des mœurs et des langues des
peuples de l’Amérique.

[73] Cette grande invasion de peuples, sortis des mers de l’Ouest et dont
on retrouve déjà tant de traces en Afrique et en Europe, dans les races
et les langues qui ne sont pas d’origine âryane ou sémitique, devrait, ce
nous semble, donner quelque peu à réfléchir aux savants qui prétendent
réduire la philologie, comparée à l’hébreu et au sanscrit. C’est dans
cette invasion qu’on sera forcé peut-être un jour de chercher l’origine
des _Hycsos_, qui en étaient probablement le dernier flot.

[74] N’est-ce pas à une des grandes invasions âryanes que Platon
pouvait faire allusion, quand il oppose cette armée athénienne, venant
de l’Est, pour combattre l’invasion atlantique, que les Athéniens,
d’origine âryane, repoussèrent, et dont ils conservèrent le souvenir
dans la célébration des petites Panathénées? De là probablement date
la prépondérance de la race blanche âryane sur les races plus ou moins
brunes qu’elle trouva en Europe.

[75] Platon, _Timée_, traduct. de M. Victor Cousin, tom. XII, page 3 et
suiv.

[76] _Egypt’s place in universal history_, etc., vol. IV, pag. 421.

[77] _Lettres sur l’Atlantide_, p. 43.

[78] _Odyssée_, trad. de Mme Dacier, tome I, page 5; tome II, page 7.
Remarques; tome I, page 65; tome II, pages 45 et 47.

[79] _Examen critique de l’hist. de la géogr. du N. Continent_, tom. I,
page 167 et suiv.

[80] Plutarque, _De facie in orbe lunæ_, page 941, 2. Voir mon ouvrage
_Popol Vuh_ ou Livre Sacré, dans l’introduction, page XCIX.

[81] Ce nom de Méropis, ajoute en note Humboldt, faisait-il allusion, en
se liant au Titan _Atlas_, à la seule de ses filles, qui s’était unie
à un mortel, et qui, dans les Pléiades, restait _voilée_ (obscurcie),
presque cachée au regard des hommes? (Apollod. Bibl., III, 10, 1, page
83, éd. Heyne.)

[82] Vers. 1274-1281. Sur un passage analogue de Callimaque. Voyez Ukert,
_Geogr. der Romer und Griech._, tome I, _Abth._ 2, pag. 246-348, et tom.
II, _Abth._ 1, pag. 194.

[83] Voyez Kleine, _Quæst. quædam de Solonis vita et fragmentis_.
Duitsb., 1832, pag. 8. D’un autre côté, M. Bach (_Solonis Athen. carmina
quæ supersunt_, Bonnæ ad Rhen., 1825, page. 35-56 et 113) croit que la
famille de Platon avait conservé, non comme traduction, mais comme poëme,
un écrit désigné par les mots λογός Ἀτλαντικὀς.

[84] «Cette objection élevée contre le récit de Platon, et les noms des
deux prêtres égyptiens que les dialogues ne désignent pas, me paraît
indiquer que Plutarque, malgré l’éloignement du temps, puisait à des
sources qui nous sont inconnues.» (Humboldt, _Examen_, etc., tom. I, page
174.)

[85] Bekkeri, _Comment. in Plat._, tom. II, pag. 395.—_Schol. in
Rempubl._, I, 3, 1. Voir aussi les mêmes renseignements dans Proclus _in
Tim._, pag. 26. Humboldt, _ibid._

[86] _Comment._, tom. II, pag. 427.

[87] _Examen crit. de l’hist. de la géogr. du N. Continent_, tom. I, page
176.

[88] Diod., _Bibl. hist._, trad. de M. Ferd. Hoefer, lib. II, § 55-60.—M.
de Sainte-Croix (_Examen des historiens d’Alexandre_, page 737) croyait
cependant que la Gulliveriade d’Iambulus avait quelque fond de vérité.
Un écrivain, profondément versé dans les langues et les alphabets de
l’Asie méridionale et orientale, M. Jacquet, a récemment fixé l’attention
(_Nouveau journal asiatique_, tom. VIII, page 30; tom. IX, page 308)
sur ce peuple qui «se servait de lettres d’après la valeur des signes
indicateurs, au nombre de vingt-sept, qui, d’après les figures qu’elles
affectent seulement au nombre de sept, éprouvent chacune quatre
modifications,» comme dans les alphabets syllabiques des Indiens. Ne
peut-on pas admettre que dans ces _Voyages imaginaires_, on se plaisait
à mêler aux fictions des descriptions locales, quelques traits de mœurs
et d’usage que l’on connaissait vaguement par les relations incohérentes
d’anciens navigateurs? Le mélange de vérité et de fiction paraît avoir
existé surtout dans la Panchaia d’Evhemere, malignement traitée de
Bergæen, par Eratosthène (Gosselin, tom. II, pag. 138). Cette note est
de Humboldt et pourrait s’appliquer à une foule de relations modernes
de voyages, où les auteurs ne se gênent guère pour mêler le roman à la
réalité. Combien de lecteurs ne connaissent le Pérou que par les _Incas_,
de Marmontel, et le Mexique par les récits de Gabriel Ferry? Est-ce une
raison pour nier l’existence de ces deux pays?

[89] Letronne, _Idées cosmogoniques_, pages 8 et 9. (Heeren, tome I,
1, pag. 206-240; tom. II, 2, pag. 438) croit, d’après la route des
caravanes, indiquée par Hérodote au delà des Garamantes, devoir placer
les Atlantes de cet historien entre le Fezzan et le Bornou. C’était là
peut-être un reste de ces populations, confondues depuis sous le nom de
Berbères, et desquels peuvent être sortis les _Hycsos_ ou rois pasteurs
qui envahirent l’Égypte et élevèrent si haut les arts dans cette contrée,
quoi qu’en dise Manethon.

[90] Hérodote, _Histoire_, etc. liv. IV, 191.

[91] Les Gorgones, dont le masque hideux se retrouve en Europe et
en Asie, dans une foule de monuments anciens et modernes, existe en
Amérique, dans un grand nombre de sculptures, de plusieurs siècles
antérieures à Christophe Colomb.

[92] Diodor., _Bibliot. Hist._ lib. III, § 52-56.

[93] Id. _ibid._—C’est là peut-être ce qui explique le silence de Diodore
sur la disparition de l’Atlantide.

[94] Herodot., _Hist._, lib. IV, 179.

[95] Sallust., _Bell. Jugur._, cap. 18.—Plin., lib. V, 8.—Strab., lib.
XVII, pag. 828, cas.—Ces Perses dont parle Salluste ne pourraient-ils
pas être identifiés avec quelques-unes des tribus âryanes qui envahirent
l’Europe et chassèrent ou soumirent à leur domination les populations
d’origine brune ou atlantique?

[96] Plutarque, _Traité d’Isis et d’Osiris_, passim.

[97] «A part les principaux livres de l’Ancien Testament, à part les
Kings des Chinois, le Véda, quelques Gâthas du Zend-Avesta, et le
_soi-disant Livre des Morts_ de la vieille Égypte, dont le texte a été
publié par Lepsius, mais dont nul égyplologue n’a encore brisé le sceau,
nous ne possédons de toute l’antiquité que les œuvres d’une muse épique,
dont la forme actuelle ne remonte pas très-haut, à commencer par Homère
(Eckstein, _Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon_, page 136).

[98] _Bassin de l’Ouest._ Ainsi doivent s’interpréter les mots _Amen oli_
de l’hiéroglyphe.

[99] _Men_, est le nom du douzième signe ou personnage du calendrier
maya, l’un des vingt chefs primitifs suivant Nuñez de la Vega, et son
nom, en maya comme en égyptien, signifie fondateur, édificateur.

[100] _Iliad._, lib. XIV, etc.—Homère ou celui qui écrivit sous son nom,
était parfaitement instruit de la géographie de son temps; il distingue
parfaitement l’_Océan_ du _Nil_, que la vanité égyptienne cherchait
toujours à confondre. Voir Diod., _Biblioth. hist._, lib. I.

[101] _Hist. d’Égypte, dès les premiers temps de son existence jusqu’à
nos jours_, etc. Leipzig, 1859, prem. part., chap. 1.

[102] Brugsch, _ibid._, page 25, texte et note.

[103] Id. _ibid._, page 2.

[104] Id. _ibid._, page 3.

[105] Il existe au Guatémala un cours d’eau considérable, du nom de
_Nil_, qui descend de la Cordillère de Soconusco à l’Océan Pacifique. Ce
nom, dons le vocabulaire quiché de Ximenez, est traduit par ces mots,
_cosa sosegada, que está en paz_, tranquille, paisible. Deux documents
anciens en font mention: le _Titulo de los señores de Totonicapan_ et le
_Titulo de los señores de Quezaltenango_. Un Vocabulaire quiché donne
au Couchant, c’est-à-dire au côté du Pacifique, le nom de _Pa-Nile_, la
région du Nil.

[106] Il résulterait des travaux, de Lepsius, aussi bien que d’autres
égyptologues, d’après MM. Nott et Gliddon, qu’avant la fondation du
premier empire.... la population de cette contrée (l’Égypte) était
africaine, et la langue originaire de la vallée du Nil (Nott and Gliddon,
_Indigenous races of the earth_, vol. 1, ch. I, num. 9-10.—Perier,
_Sur l’Ethnogénie égyptienne_, etc., dans les Mém. de la Société
d’Anthropologie, tom. I, pag. 464).

[107] Brugsch, _Histoire d’Égypte_, etc. page 3.—Aubin, _Mémoire sur la
peinture didactique et l’écriture figurative des anciens Mexicains_, page
13.—Pruner-Bey. _Recherches sur l’origine de l’ancienne race égyptienne_,
dans les Mémoires de la société d’Anthropologie, Paris, 1863, tom. I,
page 462.

[108] Le lecteur qui voudra se donner le plaisir de voir un spécimen de
la race américaine des bords du Nil, n’a qu’à jeter les yeux sur le petit
grammate assis sur un socle, au centre de la salle nº 2 du Musée égyptien
du Louvre. Quiconque a vu et observé de près l’indigène américain, ne
saurait s’y méprendre; pour moi c’est le portrait vivant d’un Indien de
Rabinal.

[109] Ceci est un fait généralement admis et sur lequel il est inutile
de s’appesantir. On pourrait y objecter qu’en bien des lieux les hommes
se peignaient en rouge, en signe de supériorité ou de victoire; mais où
a-t-on vu ailleurs que dans les peintures égyptiennes ou mexicaines,
qu’ils fussent à la fois rouges et sans barbe, surtout sans moustaches?
L’appendice qui leur est _attaché_ au menton ne peut être qu’un ornement
et ne passera jamais pour de la barbe, aux yeux de gens non prévenus.

[110] _Essai sur l’hist. de la géogr. du N. Continent_, tome I, page 170.

[111] Voir le _Critias_, trad. de M. Victor Cousin, tom. XII.

[112] Pruner-Bey, _Recherches sur l’origine de l’ancienne race
égyptienne_, dans les mémoires de la Société d’Anthropologie, tome I,
Conclusions, page 632 et autres, ainsi que dans le Bulletin, _passim_.

[113] Broca, _Sur l’ancienne race égyptienne_, dans le Bulletin de la
Société d’Anthropologie, tome II, page 551, etc.

[114] _Sur les brachycéphales de la France_, dans le Bulletin de la
Société d’Anthropologie, tome II, page 651.

[115] Charencey, _La langue basque et les idiomes de l’Oural_. Paris,
1862.

[116] Pruner-Bey, _Sur la mâchoire d’Abbeville_, dans le Bulletin de la
Société d’Anthropologie, tome IV, page 302.

[117] Chavée, _Sur les origines étrusques_, dans le Bulletin de la
Société d’Anthrop., tome III, pag. 447.

[118] Diodore, _Biblioth. hist._, lib. 1, 28.

[119] Herrera, _Hist. gén. de las Indias occid._, decad. VI, lib. III,
cap. XIX.—Les belles ruines de l’antique cité de Copan appartenaient aux
tribus de race care. Voir plus haut, § 1, note 3.

[120] Le _Diccion. geogr. d’hist._ d’Alcedo et la table générale des
matières d’Herrera donnent à eux seuls plus de trois cents noms de
peuples ou de localités commençant par _car_ ou _cara_, mot qui, dans la
plupart des langues américaines, était synonyme, comme en Asie, d’_homme
par excellence_, _guerrier_, etc. C’est le _Karl_ des langues germaniques.

[121] _Les Cares ou Cariens de l’antiquité_, 2ᵉ part. VI, dans la Revue
archéologique, XVᵉ année.

[122] Herodot. _Hist._, lib. II, 158.

[123] _Les Cares et Cariens_, part. VII.

[124] _Reisen und Entdeckungen in Nord un Central Africa_, etc., vol. I,
pag. 256.

[125] Voir l’_Ecrit du frère Romain Pane_, à la suite de Landa, pag. 438,
440. Les _Caracaracols_ sont d’entre les populations les plus antiques de
Haïti et des autres Antilles.—_Carib_ est un pluriel quiché de _car_ et
_caraib_ de _cara_.

[126] Rochefort, _Hist. nat. et morale des Antilles_, page 401. D’après
cet écrivain, _Caraib_ signifiait _belliqueux, vaillant, doué d’une
dextérité, d’une force extraordinaire_. C’est le même sens que donne au
mot _Guarani_ le père Antonio Ruiz (_Tesoro de la lengua Guarani_). Alors
_Guarani_, _Carini_, _Caribe_ auraient la même origine que le mot _war_,
guerre, ainsi que dans plusieurs langues germaniques (Al. d’Orbigny,
_L’homme américain_, tom. II, page 268).

[127] _Les Cares ou Cariens dans l’antiquité_, IIᵉ part. I.

[128] Popol Vuh ou _Livre sacré des Quichés_. Introduction, pages
CLXVIII, CCXXIII et CCXLIII.

[129] _Genèse_, cap. X, v. 6.

[130] Nahum, cap. III, v. 9.

[131] Matute, _Prosop. de Christ._, edad. II, cap. 2, § 2, fol.
76.—Mortier, _Ætymolog. sacr._ ad verb. _Africa_, fol. 19.

[132] Pierre Martyr d’Anghiera, _De Insulis_, etc.

[133] Pruner-Bey, _Sur l’origine de l’ancienne race égyptienne_, dans les
Mém. de la Société d’Anthrop., tome I, page 401.—Eckstein, _les Cares et
les Cariens_, etc., 2ᵉ part. IX.—Berthelot, _Mémoire sur les Guanches_,
dans les Mém. de la Société ethnologique de Paris, tome I, 1841.—Barnard
Davis, _Sur les déformations plastiques du crâne_, dans les Mém. de la
Société d’Anthr. 1863, tome I, page 379.

[134] Eckstein, _Les Cares et les Cariens_, 2ᵉ part. VIII.

[135] Je renvoie encore au Mémoire si intéressant et à la fois si savant
de M. Pruner-Bey _Sur l’origine de l’ancienne race égyptienne_, passim.

[136] Si cet empire atlantique, dont le prêtre de Saïs entretenait
Platon, a pu étendre son influence jusqu’en Égypte, qui sait si ce
n’est pas de là qu’il faut dater le commencement de Menés? Les _Hycsos_
seraient les épaves de ces invasions, restées en Afrique après le
bouleversement. Les belles statues et les sphinx trouvés par M. Mariette
dans les fouilles de Tanis, ont bien plus le caractère berbère et
américain que sémite; les poissons dont les premiers font offrande à
Soutech, rappelleraient d’ailleurs l’océan d’où ils sont sortis, et les
dieux _Makares_ ou poissons, autres symboles du dieu. Voir les deux
lettres de M. Mariette _Sur les fouilles de Tanis_, dans la _Revue
Archéologique_, datées du Caire du 20 décembre 1860 et du 30 décembre
1861.

[137] Strabon, lib. III, 3.

[138] Eckstein, _les Cares ou Cariens_, etc. 2ᵉ part, VII, VIII, etc.

[139] Strabon, lib. III, 4.

[140] _Relacion del licenciado Palacios._—Herrera, _Hist. gen. de las
Ind. Occ._ decad. IV, lib. 10, cap. 14.

[141] Popol Vuh ou _Livre Sacré_, etc. Introd. pages CLXXI et CCII.

[142] Houzé, _Atlas universel historique et géographique_, cartes
d’Espagne, I à IV.

[143] _Les Cares ou les Cariens_, etc. page 197.—Brugsch, _Dic. Géogr.
der Nachbarlænder Egyptens_, pag. 83-88.

[144] Momsen, _Hist. Romaine_, trad. édit. de Bruxelles. Tom. I, chap. 9.

[145] Calancha, _Coronica moralizada de la provincia de San Augustin del
Peru_, tom. I, pag. 473.

[146] Voir mon _Popol Vuh_, etc. page CLXVIII, etc.

[147] Eckstein. Les _Cares ou Cariens_, 2ᵉ part. page 197.

[148] Eckstein, _loc. cit._

[149] _Sur les sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon_, p. 209.

[150] Pierre Martyr, _Sum. Rel. delle Indic. Occid._ Coll. di Ramuzio,
tom. III, f. 34-5.—_Ecrit. du frère Romain Pane._ Voir ci-après pages
440, 442, 437.

[151] Guevara, _Hist. del Paraguay_, etc. en la col. de _Hist.
Argentina_, tom. I, pag. 76.

[152] Ce texte est d’autant plus curieux qu’à l’époque de la découverte
de l’Amérique, les Guarani ne bâtissaient plus de villes, mais de
simples bourgades. «Resolvieron levantar _ciudades_ para su morada, _las
primeras_, segun ellos decian, de todo el pais.»

[153] Velasco, _Hist. du royaume de Quito_, trad. Ternaux, lib. I, § 1.

[154] Herrera, _Hist. gen._ dec. v, lib. III, cap. 6.—Dans le même
chapitre, l’auteur parle d’une ville de _Changara_, commandée et
défendue, dans la suite, par des amazones contre un chef contraire aux
Cares, et qui, suivant Zarate, aurait été la tige des Incas du Pérou: ce
qui rappelle l’existence de la gynécocratie carienne.

[155] Voir tous les auteurs qui ont traité de l’histoire de la découverte
et de la conquête, principalement de l’Amérique méridionale.

[156] Eckstein, _Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon_, page
150.—C’est ainsi que dans les vestiges des traditions de Haïti, on voit
Guahagiona enlever les femmes et les transporter à Matinino (Martinique),
île de la mer des Antilles, puis jouir d’une autre dans l’Océan, etc.
Voir plus bas l’_Ecrit du frère Romain Pane_, pages 434-435.

[157] _Macar_, composé de _ma_, mot dont ils usent dans le sens de vieux,
ancien, et aussi comme une parole d’amour,—et de _car_, poisson et femme
mondaine, prostituée (Ximenez, _Tesoro de las lenguas quiché, cakchiquel
y zutuhil_, etc. part. I). Qui sait même si le mot _maquereau_, ou
_makerel_, fils de _macar_, ne viendrait pas de là? Les étymologies ont
quelquefois une origine si étrange.

[158] _Ymox_ se traduit encore par espadon, sorte de monstre marin, dans
le _Vocabulaire de la langue quichée_.

[159] Voir la note précédente.—Du mot _car_, quiché, se dérivent une
foule de mots servant à indiquer l’obscénité, la prostitution, etc. plus
ou moins, comme le mot poissarde en français. A propos du mot _Makarah_,
Eckstein dit qu’il n’a pas de racine dans l’idiome des _Aryas_: «Il aura
appartenu à la vieille race des Éthiopiens de l’Orient et de l’Occident,
ajoute-t-il, en passant d’eux et de leur culte aux Sémites et aux Aryas.
Movers en a largement traité dans le premier volume de son important
ouvrage; mais il a la manie de vouloir tout ramener à un type strictement
phénicien.» (_Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon_, pages
150-151.) Qu’eût dit Eckstein, s’il avait connu les sources américaines
de ce nom?

[160] Castellanos, _Elegias de varones ilustres de Indias_, en la Bibl.
de Autores esp. Madrid, 1847. Part. II, canto 3ᵉ, page 533. Ce nom est
répété à plusieurs reprises, tantôt comme titre, tantôt comme nom propre,
et il est donné aussi interverti en _Maracona_ et _Marona_, peut-être par
licence poétique, aux montagnes où ces chefs commandaient. Le nom du lac
ou golfe _Maracaibo_ n’est lui-même que le nom de _Macaraibo_ interverti.

[161] Piedrahita, _Hist. gén. de las conquistas del nuevo Reyno de
Granada_, lib. III, cap. 1.—Julian, _La Perla de la América, prov. de
Santa-Marta, reconocida_, etc. Dis. VIII, § 4.—Laet. (_De novo orbe_)
dit: «Ab oppido Santae Marthae ad Ramadam auri reperiuntur metalla: in
Tayrona quoque plurima Lemma, quantumvia pretii.»

[162] _Melcarth_, en supprimant le _th_ final, a encore un sens analogue
dans le quiché: _mel_, parole d’amour, signifie ma chérie, etc. et _car_,
poisson, ou femme mondaine, etc. (Ximenez, _Tesoro de las lenguas_,
etc.) Dans le canon d’Eusèbe, édité par Scaliger, ce nom est traduit par
θεοδας, qui signifie, dit-il, Dieu des amants. (Scaliger ad Euseb. 1,
498.)

[163] Anton. August. _Dialog_. VIII. _Monet_. 9, fol. 323.

[164] Eckstein. _Sur les sources de la cosmog._, etc. pag. 153.

[165] _Cod. Mex. Tell. Rem._

[166] _Ibid._—Fabregat, _Exposizione del Cod. Borgia_, MS. de macoll.

[167] _Cod. Mex. Tell. Rem._ fol. 17. verso.—«L’homme, le Tchâkchuschah,
issu du fleuve de l’Oxus, et d’origine fluviale, y invente une science,
une industrie. Le jour ou la canne sert d’hiéroglyphe, et pour la mesure
du temps. L’heure de vingt-quatre minutes reçoit le nom d’une nâdi,
nâdikâ; elle est indiquée sur la tige du jour aquatique, elle y est
gravée ou incrustée comme une mesure du temps. Le nâdi mandalam est
l’expression de l’équateur céleste; le nâdi-nakchatram est l’étoile de la
naissance de l’homme, etc. Le nâdi-taranga est l’astronome, l’astrologue
qui calcule les ondes dans le mouvement des temps.» (Eckstein, _Sur les
sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon_, page 249.)

[168] Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_, vol. I, page 302.—Voir
aussi les photographies de M. Charnay et son ouvrage _Cités et ruines
américaines_.

[169] Popol Vuh, _Livre Sacré_, etc. page 7. Les mots _qo pa ha
zaktetoh_, être sur l’eau comme une lumière mouvante; dans le Popol
Vuh nous traduisons comme une lumière grandissante, ce qu’exprime le
mot _zaktetoh_ qui signifie le reflet d’une lumière brillante, mais
tremblottante sur l’eau, légèrement ridée; c’est bien là l’idée d’une
étoile réfléchie sur la mer par un beau temps.

[170] Popol Vuh, _Livre Sacré_, etc. page 7.

[171] _Ibid._ pages 11, 12 et 13.

[172] _Aglaophamus_, vol. I, cap. v, pages 465-593, et Eckstein, _Sur les
sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon_, page 11.

[173] _Histoire d’Égypte_, part. I, page 3.

[174] _De Iside et Oriside_, page 444, 365.

[175] Champollion, _Grammaire égyptienne ou principes généraux de
l’Écriture sacrée égyptienne_, Paris, 1836. Ch. II, n. 62, page 39.

[176] Salvolini, _Analyse raisonnée_, pag. 68, 69.

[177] _Quetzal-cohuatl_, l’oiseau quetzal et le serpent, ou le serpent
aux plumes de quetzal; _gucumatz_ ou _guk-cumatz_, serpent aux plumes (de
quetzal); _kukul-can_, la même chose, en tzendal _cuchut-chan_.

[178] _Grammaire égyptienne_, p. 110 et 118.

[179] _Analyse raisonnée_, page 196.

[180] Peyron, _Dictionnaire de la langue copte_, au mot _Pan_.—Goulianof,
_Archéologie égyptienne_, tom. III, page 284 et suiv.

[181] E. de Rougé, _Étude sur une stèle égyptienne, appartenant à la
Bibliothèque impériale_. Paris, 1858, p. 24-25.

[182] _Panthéon égyptien_, texte h. pl. 1 et 5.

[183] A. Maury, _Histoire des religions de la Grèce antique, depuis leur
origine jusqu’à leur plus parfaite constitution_. Paris, 1857, tome I,
pages 106-106.

[184] _Cod. Mex. Tell. Rem._ fol. 15. v. «_Pantecatl_, marido de
_Mayaguel_, que por otro nombre se dixo _Cipactonal_, que salio del
diluvio.—Este Pantecatl es señor destos trece dias y de unas rayces
quellos echavan en el vino, porque sin estas rayces no se podian
emborrachar, aunque mas beviessen. Y este Pantecatl dio el arte de hacer
el vino, porque como este hizo, o dio orden como se hiciesse el vino,
y los hombres que han bevido estan valientes, bien assi los que aqui
naciessen, serian esforçados.»

[185] Sahagun, _Hist. gen. de las cosas de Nueva España_, édit.
Bustamante, Mexico, 1830, tom. III, lib. X, cap. XXIX, § 12. «Era muger
la que començo y supo primero, ahugerar los magueyes para sacar la miel
de que se hace el vino, y llamabase _Maiaoel_, y el que hallo primero
las raices que echan en la miel se llamaba _Pantecatl_..... y hubo un
_Cuexteco_, que era caudillo y señor de los _Guaxtecas_, que bebio cinco
tasas de el, con las cuales perdio su juicio, y estando sin él, echo por
ahi sus maxtles, descubriendo sus vergüenzas....»

[186] _Maya_ ou _Maïa_, nom antique d’une partie du Yucatan, paraît
signifier aussi la terre, et le complément de son nom _huel_, _oel_ ou
_el_, est ce qui sort ou surgit, comme le jet ou la pousse du maguey ou
aloès dont il va être question. Quant au vin dont on parle ici, c’est
l’_octli_ nahuatl, aujourd’hui _pulqué_ au Mexique, c’est-à-dire la sève
de l’aloès qui se réunit dans le centre de la plante, lorsqu’on en a
tranché le cœur ou le jet.

[187] _Panuco_ a dans Sahagun une tout autre étymologie; il fait venir ce
nom de _panoaia_, débarquer, et dit que le lieu s’appelait anciennement
_Pantlan_ ou _Panutla_, qui présentent néanmoins la même étymologie,
_pan_ ou _pantli_ étant le drapeau, l’étendard, etc. _Tlan_ et _co_,
désignant également une localité, etc. C’est ainsi que de _mexitl_ on a
fait _Mexico_, de _challi_, _Chalco_, etc.

[188] «In altre provincie, dit le Conquérant anonyme, e particularemente
in quella di Panuco adorano il membro, que portano gli huomini fra le
gambe, e lo tengono nella meschita, e posto similmente sopra la piazza
insieme con le imagini di rilievo di tutti modi di piaceri che possono
essere fra l’uomo e la donna, e gli hanno di ritratto con le gambe alzate
in diversi modi. In questa provincia di Panuco sono gran sodomiti gli
huomini, e gran poltroni, e imbriachi, in tanto che stanchi di non poter
bere più vino per bocca si colcano, e alzando le gambe se lo fanno metter
con una cannella per le parti di sotto, fin tanto che il corpo ne puo
tenere.» (_Relacione d’alcune cose della Nuova Spagna e della gran città
di Temistitan Messico, falta per un gentilhuomo del signor Fernando
Cortese_.) Coll. de Ramusio, tom. III, page 257.

[189] Voir aussi à ce sujet Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_,
vol. I. Note en latin, dans l’appendice, page 434.

[190] Voir plus bas, Landa, pages 36 et 37.

[191] Aubin, _Mémoire sur la peinture didactique_, etc., page 43.

[192] Basseta, _Vocabulario en lengua quiche_, etc. MS de ma collection.

[193] Molina, _Vocab. en lengua mexicana_.—Ajoutons ici pour ce qui
concerne l’explication du mot _pan_, en tant que _hache_, qu’une
tradition antique de la province d’Oaxaca disait que les dieux du monde,
établis au sommet du mont d’_Apoala_, y avaient bâti un palais somptueux,
et que sur la cime la plus élevée de cet édifice existait une _hache_
de cuivre, dont le tranchant tourné par en haut soutenait le ciel. (Ex
quodam MS Vicarii Cuylapensis. Ord. Præd. ap. Garcia, _Origen de las
Indios_, lib. V, cap. IV, page 37.)

[194] _Centeotl_ ou _Cinteotl_, de _centli_, ou _cintli_, la gerbe de
maïs. Voir Torquemada, _Mon. Ind._ lib. VI, cap. XXV.

[195] _Cod. Mex. Vatic._ ap. Rios, et Fabregat, _Esposizione delle
figure del Cod. Borgia_, n. 19.—«Mammis multis et uberibus exstructa,
dit Minutius.» (Octav. 22.) ap. A. Maury, _Hist. des relig. de la Grèce
antique_, tome III, page 156. Ce symbole des mamelles pourrait fort bien
avoir pris son origine de l’épi même du maïs, recouvert de ses graines,
en forme de mamelles, et dont le nombre quatre cents _centzontli_, en
mexicain, donne l’idée de l’année la plus fertile, lorsque d’un grain la
terre en rend 400.

[196] A. Maury, _Histoire des religions de la Grèce antique_, tome III,
page 157.—Torquemada, _loc. cit._ lib. IX, cap. XXVI.

[197] Torquemada, _loc. cit._ lib. VIII, cap. v.

[198] Bunsen, _Egypt’s place in universal history_, vol. I, page 373.

[199] Voir à la suite de Landa, etc. l’_Ecrit du frère Romain Pane_, dans
ce volume, pages 431-432.

[200] Catlin, _Lettres and notes on the manners, customs and conditions
of the North American Indians_, vol. I, page 215.—Nous tenons de M.
Catlin lui-même des détails particuliers, extrêmement curieux sur cette
matière.

[201] _Centeotl_, composé de _ce_ ou _cen_, un, et _teotl_, dieu, ou de
_centli_, la gerbe de maïs et de _teotl_.

[202] A. Maury. _Hist. des relig. de la Grèce antique_, tom. I, pag. 108
et suiv.

[203] Voir Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. IV, cap. vi.—_Hunab-ku_,
un ou unique dieu, a exactement le même sens que _centeotl_.

[204] A la suite de Landa, _Relacion de las cosas de Yucatan_, page 357
dans ce volume.

[205] _Itzen_ pour _tzen ou tzem_, ou _tzam_, d’où Itzamna ou Zamna,
comme on appelle indifféremment cette divinité.

[206] Bunsen, _loc. cit._ page 374.—Voir Landa dans ce volume, page 221.
Dans le manuscrit original, ce nom est écrit tout d’une pièce. Nous avons
fait _ahcoc_, _ahmut_; le premier signifie _celui de la tortue_; nous
n’avons pu trouver le sens du second, à cause de l’insuffisance de notre
vocabulaire: dans le tzendal, langue assez rapprochée du maya, _mut_, est
un oiseau. Conjointement avec Zamna on adorait au Yucatan une déesse qui
passait pour la mère des dieux; on l’appelait _Xchel_ ou _Ixchel_. Le mot
_chel_ s’appliquait à un oiseau sacré, c’était aussi le nom d’une famille
sacerdotale; _x_ ou _ix_, prononcer _ish_, désignait le féminin _ixix_ ou
_ishish_, le sexe de la femme.

[207] _De Iside et Osiride_, page 396.

[208] Champollion, _l’Égypte sous les Pharaons_, tom. I, page 217 et suiv.

[209] _Cod. Mex. Tell. Rem_, fol. 3. v.

[210] Motolinia, _Hist. de los Indios de la Nueva-España_, partie
inédite, Manuscrit de don José Maria Andrade de Mexico.—Voir Landa,
plus bas, page 255. _Chac_, l’orage, la pluie, le Dieu des eaux ainsi
que _Tlaloc_ au Mexique, et par conséquent des productions de la terre.
Cette fête de l’éteignement du feu s’appelait _Tuppkak_, qui en est la
signification et qui symboliquement, peut-être, rappelait l’éteignement
par le déluge des feux allumés par les volcans, au temps du cataclysme.

[211] Passalaqua, _Catalogue raisonné des antiquités découvertes en
Égypte_, etc. page 168 (ad. XXVI). Des vases d’un genre analogue
servaient au Mexique, au Yucatan, ainsi qu’en Égypte, à renfermer là les
cendres, ici les entrailles des défunts. Il existe au musée de Mexico
deux ou trois vases de ce genre d’une grande beauté: nous possédons les
copies de deux des plus curieux, dessinés par M. Ed. Pingret.

[212] Calancha, _Coronica moralisada_, etc. lib. II, cap. x. Ces pénates
sont appelés indifféremment _canapa_ ou _conopa_, nom où l’on reconnaît
celui de _con_ ou _chon_, dont il a été parlé précédemment.

[213] Voir Landa, page 207 et suiv.

[214] Bunsen, _Egypt’s place in universal history_, vol. I, page 514. Au
nº 254 de la liste des signes hiéroglyphiques idéographiques, se trouve
l’animal précité, sous le nom de _jerboa_ ou _jerboise_, ce qui n’est
pas exact, suivi de ces mots _sense unknown_. On le retrouve dans un
grand nombre de documents, quelquefois très-exact, d’autres fois plus ou
moins défiguré; ceci s’explique par l’interruption des communications de
l’Égypte avec l’Amérique, seul pays où existe le Sarigue, qu’on finit
par oublier avec le temps et qu’on regarda peut-être comme un animal
symbolique. Tel l’énonce M. de Rougé, en le donnant comme l’animal
symbolique de _Set_, à la suite d’une explication touchant le groupe
de la page 16 de son ouvrage _Étude sur une stèle égyptienne_, page
17. Dans la _Gramm. Égypt._ de Champollion, on le retrouve avec la
même tête de Sarigue, page 114, ayant la légende: «Avec la tête d’un
animal fantastique et sous le nom de _Bôr_ ou _Boré_,» page 119, ayant
la légende: «une espèce de griffon.» Page 120, cette tête de sarigue
est devenue, par l’oubli du temps sans doute, une tête d’âne et ensuite
d’antilope.

[215] Dans le _Livre Sacré_, le Sarigue apparaît d’abord comme un des
quatre grands dieux, page 2. Il revient ensuite, page 167, dans une
fiction fort difficile à interpréter. Toute la scène, cependant, paraît
faire allusion à un tremblement de terre, quatre fois répété, exprimé par
l’idée que le _Sarigue ouvre ses jambes_, et où le volcan Hunahpu joue
encore son rôle: ce qui se serait répété quatre jours de suite.

[216] _Utiu_ est l’animal appelé _coyotl_ en nahuatl; c’est le _chacal_
américain. _Hun-ahpu-utiu_, un Tireur de sarbacane au chacal, est le même
que l’_anupu_ ou _anubis_ des monuments d’Égypte, également représenté
par un chacal.

[217] _Tziz_ ou _zitz_ signifie l’épine, l’aiguille ou l’animal, que
Ximenez traduit par _pizote_, le _pitzotl_ mexicain, que Molina traduit à
son tour par _puerco_ et qui paraît être une sorte de porc-épic.

[218] _Rouleau de papyrus de M. Fontana, expliqué par M. de Hammer_,
page 11.—_Codex Chimalpopoca_, dans l’hist. des Soleils, MS de ma
Coll.—_Cadastre et rôle des habitants de Huexolzinco et autres lieux_,
etc. MS de la bibl. impér.

[219] _Cod. Mex. Tell.-Rem._, fol. 4, V.

[220] Motolinia, _Hist. antig. de los Indios_, part. MS. Dans ce
document, au lieu de _cipactli_ il y a _capactli_, qui n’est peut-être
qu’une erreur du copiste, mais qui, peut-être aussi est le souvenir d’une
langue perdue et qui se rattacherait au _capac_ ou _Manco-Capac_ du Pérou.

[221] Motolinia, _ibid._

[222] Dans _Herapollon_, I, 69 et 70, le crocodile est le symbole du
couchant et des ténèbres.

[223] _Cod. Mex. Tell.-Rem._, fol. 18, V.

[224] _Ixcuina_, au pluriel _ixcuiname_, dans la langue nahuatl; ainsi
le donne le _Cod. Mex. Letellier_, et Sahagun (_Hist. de las cosas de N.
España_, lib. I, cap. XII.)

[225] _Cod. Mex. Tell.-Rem._, fol. 21, V.

[226] _Sur les sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon_, page 101, 197.

[227] _Cod. Mex. Tell.-Rem._, p. 16, V.

[228] _Panthéon égyptien_, liv. IV, ch. 1, texte 3, page 2.

[229] _Ibid._, texte 3 _a_, page 1.

[230] Goulianof, _Archéol. égyp._, tom. III, p. 330.

[231] _Ymox_ ou _Ymix_ est le premier signe du calendrier, _Yk_ est le
second, et se traduit par souffle, vent, esprit.

[232] Goulianof, _loc. cit._

[233] _Panthéon égyp._, 15 _b_.

[234] _Ehecatl_ ou _eecatl_, se traduit _viento_, _aire_, dans Molina,
_Vocab. de la leng. Mex._, etc.

[235] Goulianof, _Archéol. égypt_, tom. III, page 408.

[236] _Religions de l’antiquité, considérées principalement dans leurs
formes symboliques et mythologiques_, pl. XXXVIII, n. 156. On voit au
Musée égyptien du Louvre un grand nombre de ces simulacres de grandeurs
diverses, correspondant, on ne peut mieux, à l’idée que nous en donnons
ici.

[237] _Egypt’s place in Univ. hist._, vol. I, pag. 382.

[238] _Popol Vuh_, page 413.

[239] _Histoire d’Égypte_, etc., page 118.

[240] Les deux premiers dieux furent, d’après cette tradition, un homme
appelé _Xchel_ et une femme appelée _Xlçamna_, lesquels engendrèrent
trois fils. L’aîné s’étant enorgueilli, voulut créer des êtres humains;
mais il n’y réussit point: il ne sortit de ses mains que des œuvres
de terre glaise sans consistance; c’est pourquoi il fut lancé aux
enfers avec ceux qui l’y avaient aidé. Les deux autres fils, appelés
_Hun-Cheuen_ et _Hun-Ahau_, ayant obtenu la permission de travailler à de
nouvelles créatures, créèrent les cieux, la terre et les planètes, après
quoi ils firent un homme et une femme, de qui descendit le genre humain.
(Roman, _Republica de las Ind. Occid._, lib. II, cap. xv, en las Repub.
del Mundo.)

[241] _Livre Sacré_, deux. part., ch. I et XIV.

[242] Sahagun, _Hist. gen. de las cosas de N. España_, apend. del lib.
III, cap. II.

[243] Dans l’_Hist. des Soleils_.—Torquemada rapporte une tradition
analogue; mais celui qui va chercher les os de jade, s’appelle Xolotl
(_Mon. Ind._, lib. VI, cap. LXI). Cette histoire ne ferait-elle pas
allusion aux grottes mystérieuses où se travaillait le jade et dont on a
été jusqu’ici dans l’impossibilité de découvrir les mines? Etaient-elles
situées au _Tlapallan_ fameux, tour à tour placé dans le nord et dans
l’Amérique centrale, et qu’il faudrait peut-être encore reculer jusque
dans l’Amérique méridionale?

[244] Eckstein, _Sur les sources de la cosmogonie_, etc., page 157.

[245] _Loc. cit._, page 234.

[246] N’est-ce pas là exactement ce qui se dit de Kukulcan et de Zamnà
au Yucatan (Voir plus bas, Landa, pages 35 et 356 et note 2), de
Quetzalcohuatl, qui enseigna au Mexique toutes les sciences, énumérées
ici?

[247] _Histoire générale et système comparé des langues sémitiques._
Paris, 1864, liv. I, ch. II, page 60.

[248] Movers, _Die Phônizier_, tom. 1, pag. 471, etc.

[249] _Biblioth. hist._, lib. I, 28.

[250] _Odyssée_, I, 22-26, dans Eckstein, _Sur les sources de la cosm. de
Sanchoniathon_, page 132.

[251] _Iliade_, I, 423-425; XIII, 204-206.

[252] _Loc. cit._, page 135.

[253] Hesiod., _Theogon._ 126-128. Eckstein, _loc. cit._ page 142.—Voir
plus haut, page 24.

[254] Voir plus bas _Ecrit du frère Romain_, page 440 et suiv.—Eckstein,
_loc. cit._ page 214. «Il s’agit, dans le dernier cas, d’une science
du genre de la science hermésienne, qui est attribuée à la katchapé,
à la tortue femelle de la vieille Inde. Le Cercops pontifical, le
Kapivaktrah en forma une lyre.» Dimivan Caracol en tira l’art de cultiver
et de bâtir, et tous les peuples de l’Amérique centrale en ont fait un
instrument de musique sacré.

[255] Voir plus bas _Ecrit du frère Romain_, page 433, etc.

[256] Cette île était la même que la _Martinique_. Voir dans la Coll. de
Ramusio, _Della historia dell’Indie_, lib. II, cap. VIII, pag. 70, V.

[257] Voir plus bas, _loc. cit._ page 435.

[258] _Indic_., cap. XXII, ap. Eckstein, _loc. cit._ page 139.

[259] Voir plus bas, page 434.

[260] Voir plus bas, pages 435-436.—On sait déjà que la syphilis joue un
rôle assez important dans les antiques traditions américaines. Voir le
_Livre Sacré_, etc., introd., page CXLII et suiv.

[261] C’est probablement là l’étymologie du nom de _Gua-Bonito_. Voir au
_Vocab. haïtien_, à la fin du volume.

[262] Ces noms ne sont pas moins intéressants que les précédents, à
comparer avec ceux de l’ancien monde.

[263] Il y avait également une province de _Naïrit_ ou _Nayarit_ au
Mexique, ainsi appelé du dieu principal qu’adoraient ses habitants.
Elle était située dans les montagnes entre les provinces de Zacatecas,
de Culiacan et de Durango. (Alcedo, _Dicc, geogr. hist._, etc., art.
_Nayarith_.—Frejes, _Hist. breve de la conquista de los estados indep.
del imp. mex._, pag. 150.)

[264] _Sur les sources de la cosmog. de Sanchon._, etc., page 226.

[265] Voir l’_Ecrit du frère Romain_, plus bas, page 436.

[266] «Repertæ etiam in Aiti mirabiles fodinæ, ex quibus aurum à
Salomonis classe petitum Columbus judicavit. De illis in navigation.
Columbi ita scribitur: _Barthol. Columbus in Hispaniola invenit specus
altissimos et vetustissimos, unde aiunt Salomonem aurum suum eruisse. Hæc
auri fodina protendebatur ultra milliaria XVI_. Hæc ille. Ingens omnino
argumentum, gentes olim eam insulam accessisse metallicas, quales ab omni
ævo Phœnices et Hispani fuerunt. Nam illæ fodinæ, non ab Aitanis, quales
reperti, quos metallicæ rei penitus ignaros fuisse, et venas in terræ
visceribus ignorasse, constat. Aurum ex rivis sublegebant. (Hornii, _De
originibus americanis_, lib. II, cap. VIII, pag. 99.)

[267] _Description de la partie française de Saint-Domingue._

[268] E. Nau, _Histoire des Caciques d’Haïti_, Port-au-Prince, pages
49-50.

[269] _Sur les sources de la cosmog. de Sanchoniathon_, page 130.

[270] Sans compter les suivants: _Abacachi_ ou _Abacari_, dans le
territoire des Amazones; Abanos, tribu de la Nouvelle-Grenade; _Abigira_,
_Abipi_, _Abitani_, noms de tribus et de villes; _Abibeya_, _Abraya_,
_Abraiba_, _Abrayme_, etc., comme noms de chefs dans ces contrées.

[271] Montesinos, _Memorias antiguas historiales del Peru_, lib. I,
cap. IX. MS. de ma Coll., tiré des Arch. de l’Acad. royale d’hist. de
Madrid.—Alcedo, _Dicc. geogr. hist._, art. _Cofanes_.

[272] Voici ce que dit à ce sujet l’évêque de Panama, Piedrahita: «Oyo
la voz (Ursua) que celebrada la riquezas del Tayrona, del cerro y valle
en que estaban los minerales de oro, y plateria, en que se fundian las
primorosas joyas de feligrana en varias figuras, de aguilas, de sapos y
culebras, orejeras, chagualas, medias lunas, y canutillos, de que tan
vistosa y ricamente se arreaban todas las naciones que corren desde el
cabo de la Vela, hasta las extremidades de Urabà, y la suma quantiosa de
oro en puntas y polvos, etc.» (_Hist. gen. del reyno de Nueva Granada_,
etc., lib. II, cap. 9.)

[273] Julian, _la Perla de la America_, etc., part. I, disc. III, IV,
VIII et part. II, disc. II.

[274] _Relacion de lo que sucedio al Magnifico señor capitan Jorge
Robledo en el descubrimiento que hizo de las provincias de Antiochia_,
etc. MS. des Archives de l’Acad. roy. de Madrid. Copie de ma Coll.

[275] Piedrahita, _Hist. de N. Granada_, etc., lib. cap. XIV.—Julian,
_la Perla de la America_, passim.—«Il est certain que les mathématiciens
français, dit Carli, n’ont jamais pu comprendre comment ces peuples sont
parvenus à faire des statues d’or et d’argent toutes d’un jet, vides au
dedans, _minces et déliées_, etc.» (_Lettres américaines_, tome I, lettre
21.) «J’en ai tenu une, dit l’annotateur de ces lettres, qui était une
espèce de momie. On n’y voit aucune soudure. On a pareillement admiré
des plats à huit faces, chacune d’un métal différent, c’est-à-dire
alternativement d’or et d’argent, sans aucune soudure; des poissons
jetés en fonte, dont les écailles étaient mêlées d’or et d’argent; des
perroquets qui remuaient la tête, la langue et les ailes; des singes
qui faisaient divers exercices, tels que filer au fuseau, de manger des
pommes, etc. Ces Indiens entendaient fort bien l’art d’émailler, qu’a
tant cherché Palissy, et de mettre en œuvre toutes sortes de pierres
précieuses.» Je possède un vase à dessins émaillés dans ma collection,
provenant des ruines de Palenqué; il me fut donné par le dernier
gouverneur de l’État de Chiapas, don Angel Corso, et je crois que c’est
l’unique en Europe. B. de B.

[276] «Parmi les arts que nous avons appris des Américains, ou que
nous aurions pu en apprendre, nous rangerons celui de donner au cuivre
une trempe aussi dure que celle de l’acier et d’en faire des haches
excellentes et d’autres instruments tranchants. C’est un secret qui nous
est totalement inconnu. Le comte de Caylus examina une de ces haches
en France et la jugea de la plus haute antiquité; parce qu’elle était
semblable aux anciens ouvrages analogues de la Grèce. Ils savaient aussi
donner au cuivre un poli qui réfléchissait parfaitement les images des
objets et servait de miroir. C’était l’espèce des miroirs communs; car
ceux des femmes de la cour étaient d’argent.... Ils mêlaient aussi l’or
au cuivre et donnaient à ce métal mixte une trempe assez dure pour en
faire des haches de bon usage. Oviedo nous apprend, dans son _Histoire
générale_, que parmi les présents que les Indiens apportèrent au port
Saint-Antoine, il y avait trente-six haches de métal mêlé d’or et de
cuivre. L’ancien Ulloa dit avoir observé, dans le _Journal de Colomb_,
que lorsqu’il arriva à la terre ferme d’Amérique (_ou continent_), que
certainement il découvrit avant Vespuce, il y avait parmi ces peuples
des rasoirs et autres instruments faits de bon cuivre, c’est-à-dire
bien trempés.» (Carli, _loc. cit._) «L’art de tremper le cuivre, ajoute
l’annotateur, connu des Grecs et des Romains, se conserva en Occident
jusqu’à la prise de Constantinople.» Voyez _Art des siéges_, par M. Joly
de Maizeroy, 1778, page 4.—Je possède plusieurs haches de cuivre mêlé
d’or et de bronze, trouvées dans des tombeaux américains, et un masque
en bronze admirablement fondu, le seul objet de ce genre qui existe en
Europe. Un membre de l’Institut fort distingué, M. Rossignol, a publié
_Sur les métaux dans l’antiquité_, etc., un ouvrage remarquable de
recherches et d’érudition. Mais il en eût doublé l’intérêt, s’il y avait
ajouté quelque chose de l’art métallurgique des Américains, si analogue à
celui de l’antiquité classique. Les détails à ce sujet dans les auteurs
espagnols sont aussi curieux que nombreux et intéressants. B. de B.

[277] «Les académiciens français et espagnols en virent (des miroirs)
chez les Guanches, et l’on ne sait pas s’ils sont de pierre naturelle
ou de composition. Ceux de Gallinace (obsidienne) étaient ovales, et
quelques-uns avaient même un pied et demi de diamètre. La surface en
était concave ou convexe. La Condamine assure qu’ils étaient aussi bien
travaillés que si ces gens avaient eu les instruments les plus parfaits
et avaient connu les règles les plus précises de l’optique. La Condamine
avait mis un de ces miroirs d’Inca dans la caisse qu’il envoyait à Paris
et qui périt dans le voyage» (Carli, _loc. cit._)—«Je suis étonné,
ajoute ici l’annotateur, que l’auteur ne nous dise rien de ces miroirs
d’un très-beau métal blanc particulier, aussi brillant que l’argent, qui
faisaient partie des riches présents que Montézuma envoya la première
fois à Cortès. Ils étaient enchâssés en or. Était-ce du _platine_? Cela
me paraît fort probable. On savait donc le fondre et le traiter.» (Ibid.
_loc. cit._)

[278] Alcedo dit quelque part que l’on trouvait le jade vert dans les
mines d’argent (_Dicc. geogr. hist._).

[279] Voir le _Popol Vuh_, introd., page XXII et suiv.

[280] Simon, _Noticias de Tierra-firme_, etc., part. II, not. IV, cap.
IV.—Ternaux Compans, _Essai sur l’ancien Cundinamarca_, page 8.

[281] Simon, _loc. cit._—Ternaux, _ibid._—Piedrahita, _Hist. de N.
Granada_, lib. I, part. I, cap. 3.

[282] Humboldt, _Vues des Cordillères_, etc., tome I, page 89.

[283] Simon, _Noticias_, etc., part. II, lib. IV, not. 4.

[284] La race nahuatl paraît s’être apparentée de bonne heure avec les
_Caras_, avec lesquels elle s’identifie en bien des lieux.

[285] Herrera, _Hist. gen. de las Ind. occid._, decad. II, lib. I, cap.
I, et lib. II, cap. XIV.

[286] «Su adoratorio (de los _Musos_) mas principal eran dos elevados
peñascos en forma de hermosísimas columnas, llamadas _Furatenas_, ambas
de piedra histriadas, etc.» (Zamora, _Hist. de la prov. del N. Reyno de
Granada_, lib. III, cap. XXVIII.)

[287] «Tuve en Santa-Marta el gusto de ver algunas alhagas de estos
sepulcros... Eran dos columnitas de marmol blanco, pero con algunas
manchas de jaspe... todo labrado con tanto primor y finura, que no podia
salir con mayor perfeccion, de las manos de un artifice europeo...
las columnas eran chiquitas, a manera de las que suelen verse en los
Sagrarios, con su basa y chapitel pulidas y hermosas a maravilla.»
(Julian, _la Perla de Santa-Marta_, etc., part. I, disc, X, § 1.)

[288] La gravure des deux serpents enlacés du titre de ce volume, a été
dessinée d’un anneau en pierre du Jeu de paume antique de Chichen-Itza,
au Yucatan.

[289] _Cab_, dans le quiché, et _kab_, dans le maya, signifie main, bras,
dans son acception la plus ordinaire; de là _cabir_, verbe quiché, et
_kabul_, maya, qui signifie se faire bras et se faire deux, se doubler,
de _cab_, qui veut dire deux dans ces deux langues. _Cab_, dans les mêmes
langues signifie aussi le miel, la douceur; prononcé gutturalement comme
_gab_ en quiché, il signifie ouvrir la bouche, saisir avec les dents et
bâiller, comme le mot _gape_ en anglais.

[290] Castellanos, _Varones ilustres de Indias_, etc., part. II, canto 3,
pag. 533.

[291] Sur la côte de terre-ferme de la Nouvelle-Grenade. Il n’est pas
jusqu’au Mississippi qui ne présentât autrefois un souvenir du même
genre, dans la rivière _Macaret_, un de ses affluents dans la Louisiane
(Alcedo, _Dicc. geogr. hist._, au mot _Macara_, etc.)

[292] Eckstein, _Sur les sources de la cosm. de Sanchoniathon_, page 118.

[293] À l’exception du nom de _Macar_, dont le nom subsiste en tant
de lieux, il n’est resté dans la tradition rien de bien clair sur les
divinités spéciales des Cares dans ces contrées. Ce qu’il y a de curieux,
toutefois, c’est que la langue quichée, dont un dialecte était parlé par
les Cares de Copan, donne une fort bonne étymologie d’_Osôgo_, nom du
dieu national des Cariens d’Asie, soit qu’on le fasse dériver d’_otz_ ou
_otzoy_, le homard, et de _ogo_, resplendir sur l’eau; ce qui ferait le
_homard resplendissant_, nom qui conviendrait à merveille à une divinité
de l’élément humide, comme l’était celle des Cariens; soit qu’on le fasse
venir d’_ox_, trois ou trois fois, et d’_ogo_, celui qui brille trois
fois sur l’eau, étymologie également admissible dans ce cas. Ajoutons
que le nom même de _Labrandeus_, dieu guerrier des Cares, identique
probablement avec _Osôgo_, a une racine tout à fait américaine: _lab_ est
l’augure qu’on cherchait avant de commencer le combat, en quiché, et de
là _labal_, guerre. Dans la langue maya, _lob_ est le mal. Voir pour ces
dieux cariens, A. Maury, _Hist. des religions de la Grèce antique_, etc.,
tom. III, page 139 et suiv.

[294] Calancha, _Hist. mor. del Peru_, etc., lib. II, cap. XIX.

[295] _Ritos de los naturales del Peru_, Memoria escrita por los
Augustinos de la misma provincia. MS. des Archives de l’Acad. roy.
d’hist. de Madrid, copie de ma Coll.

[296] Ces mots _gua-chemin_, semblent tout à fait d’origine haïtienne:
_gua_, ce, il, le, et _chemin_, la divinité, etc.

[297] _Porcon_ était une ville considérable, suivant le même document,
avec un temple immense dédié à Apocatequil, et de vastes logements pour
les pèlerins qui y venaient de toutes parts. Alcedo (_Dicc. geogr._)
écrit _Porco_ et en fait une petite ville de la province du même nom.

[298] _Guacat_ paraît un nom d’origine nahuatl, aussi bien que la fable
de la fronde, qui rappelle, avec ses divers autres détails, l’histoire de
Hunahpu et de Xbalanqué.

[299] _Santa_, orthographié quelquefois _Sancta_ et que nous trouvons
écrit _Santapor_, dans Calancha, _loc. cit._ lib. II, cap. VIII. C’était
une ville et une province confinant au Pacifique entre Guailas et
Truxillo.

[300] Calancha, _Hist. moral. del Peru_, lib. II, cap. XII.

[301] Au Mexique, c’étaient des chiens roux qu’il fallait.

[302] Renan, _Hist. gén. des langues sémitiques_, liv. I, ch. III, page
33.

[303] _Des Cares ou Cariens de l’antiquité_, IIᵉ part. _passim_.

[304] Renan, _loc. cit._, page 49.

[305] Id. _ibid._, page 53.

[306] Renan, _ibid._ _ut sup._, page 34.

[307] _Biblioth. hist._, lib. I, 28.

[308] Renan, _loc. cit._, page 65.

[309] _Nemrod_ est un nom dont l’étymologie se trouve également fort
satisfaisante dans le quiché: _Nim_, grand, fort, et _rut_, bruit, effort
violent, ou bien lancer, remuer avec fracas, et aussi le verbe qui
signifie _roter_ en français, dont la racine est tout à fait quichée.

[310] Id. _ibid._, pages 60-61.

[311] _Ibid._, page 62.

[312] C’est au sens d’un déchirement matériel des diverses contrées
de la terre, à la suite d’une catastrophe physique, cause ainsi d’une
séparation forcée des nations, que ferait allusion le nom de _Phaleg_,
suivant quelques commentateurs de l’Écriture. Ce serait à peine deux ou
trois siècles avant Abraham. Car on ne peut guère fixer la chronologie
de la Bible antérieurement à ce patriarche d’une manière positive. Moïse
n’en donne point, et l’Église, en adoptant celle des Septante dans le
_Martyrologe romain_, a toutefois adopté la plus longue. Elle a agi
avec sa prudence accoutumée et pris celle-là, faute d’une autre qui fût
meilleure.

[313] À propos de ces recherches, quelques amis nous ayant témoigné la
crainte qu’elles ne vinssent à se trouver en opposition avec la Bible,
au sujet de la tradition du déluge universel, nous avons répondu ce
que d’autres avaient dit avant nous: que la Bible, comme la vérité,
ne pouvait que gagner aux recherches scientifiques, de quelque nature
qu’elles pussent être. En ce qui concerne le déluge, nous dirons que
l’Église n’a pas plus décidé cette question que celle de la chronologie.
Rappelons à ceux dont la conscience pourrait s’alarmer, que la
Congrégation de l’_Index_ ayant été réuni à Rome en 1686, à propos du
livre de Vossius, intitulé _Dissertatio de vera ætate mundi_, le docte
Mabillon invité à donner son avis, soutint que l’opinion émise par le
savant hollandais, sur ce que le déluge n’avait pas été universel, peut
être acceptée ou au moins tolérée, comme ne contenant aucune erreur
capitale contre la foi, ni contre les bonnes mœurs: «_Principio hæc
opinio nullatenus continet errorem capitalem, neque contra fides, neque
contra bonos mores. Itaque tolerari potest et criticorum disputationi
permitti._» Tel fut l’avis de Mabillon. La congrégation, composée de neuf
cardinaux, d’un grand nombre de prélats et de religieux éminents, et du
maître du Sacré Palais, l’écouta avec une grande admiration et s’en tint
à la décision du savant bénédictin français. Voir pour plus de détails
les _Ouvrages posthumes_ de Don Mabillon, Paris, 1724, pag. 59, 61, etc.
Aussi la _Vie de Don Mabillon_, par Don Ruinart, Paris, 1709, page 127;
la _Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon_, par Valery,
tome 1, p. 213. Je dois les détails de cette note à l’obligeance de M.
Schæbel, savant allemand, résidant à Paris.

[314] C’est ce qu’exprimé encore le _Codex Letellier_, à propos
d’_Itzpapalotl_, le Papillon aux couteaux d’obsidienne, donnée comme
la même qu’_Ixcuina_, la déesse des amours impudiques, la même,
ajoute le document, qui apporta la mort au monde. _Itzpapalotl_ est
présentée aussi comme une des six constellations qui tombèrent du ciel
au temps du déluge, lesquelles étaient enfants de _Citlallicué_ et de
_Citlallatonac_, images de la voûte céleste. Elle est identifiée avec
_Xochiquetzal_, déesse des fleurs et de l’amour, l’habitante du paradis
terrestre. «Esta fingen, dit le _Codex Letellier_, que estando en aquel
huerto, que comia de aquellas rosas, que esto duro poco, que luego se
quebro el arbol.» Après cela vient l’image d’un tronc d’arbre couvert de
fleurs, rompu par le milieu et dont les racines sont des ruisseaux de
sang. En tête, il y a ces mots: «_Tamoanchan_ o _Xuchitlycacan_; quiere
dezir en romance (langue vulgaire): Alli es su casa, donde abaxaron y
donde estan sus rosas levantadas.» Au bas, il continue d’une autre main:
«Para dar a entender »que esta fiesta no era buena y lo que hazian era
de temor, pintan este arbol ensangrentado y quebrado por medio, como
quien dize fiesta de travajos por aquel pecado.»—«Este lugar que se dize
Tamoanchan,» continue la première main, «y Xuchitlycacan es el lugar
donde fueron criados estos dioses que ellos tenian, que asi estando como
dezir en el parayso terrenal, y asi dizen que estando estos dioses eh
aquel lugar, se desmandaron en cortar rosas y ramas de los arboles, y que
por esto se enojo mucho el _Tonacaleuctli_ y la muger _Tonacaciuatl_, y
que los hecho dalla de aquel lugar, y asi vinieron unos a la tierra y
otros al infierno y estos son los que a ellos ponen los temores.» L’arbre
couvert de fleurs paraît être l’image d’un pays magnifique, détruit par
quelque catastrophe; les dieux qui descendent aux enfers, sont ceux qui
périssent, et ceux qui vont sur la terre, ceux qui échappent à la mort.

[315] Eckstein, _Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon_,
pages 216-217 et 227.

[316] _Biblioth. hist._, lib. V, 19-20.

[317] _Essai sur l’hist. de la géogr. du N. Continent_, tome I, page 34.

[318] _Hist._, lib. IV, cap. CLII, ed. Steph., 1618, pag. 273. Voss, en
se fondant sur l’époque de la colonisation de Cyrène, place l’expédition
de Colœus, avant la dix-huitième olympiade, plus de 708 ans avant notre
ère (_Krit. Blätter_, tom. II, p. 335 et 344). D’après les recherches de
Letronne, l’expédition des Samiens tombe dans la première année de la
trente-cinquième olympiade.

[319] Un travail moderne d’un grand intérêt archéologique et géographique
a prouvé que le Thulé, où aborda Pythéas, et qu’il décrit, ne peut être
que l’Islande (Nilsson, _Die ureinwohner des Scandinavischen Nordens_,
Hamburg, 1863, pag. 102 et 109.)

[320] Voir le _Popol Vuh_, introd., page XCIX et suiv.

[321] «Quelle est cette île, dit le savant annotateur de notre traduction
de Diodore; quelle est cette île dont parle ici Diodore? Est-ce
l’Atlantide de Platon, ou même l’Amérique? Quoi qu’il en soit, je ne
saurais partager l’opinion de Miot, d’après laquelle le récit de Diodore
ne serait qu’une tradition fabuleuse, embellie par l’imagination des
historiens et des poëtes. Il me semble que la description que Diodore
fait du climat et du sol de cette île inconnue peut, sous plusieurs
rapports, s’appliquer aux îles Canaries ou aux îles Açores (mais ni les
Canaries, ni les Açores n’ont de grandes rivières navigables).» Diod.
_Biblioth. hist._, trad. de M. Ferd. Hoefer, lib. V, 19-20.

[322] Ceci peut être légèrement exagéré: les Phéniciens n’étaient pas si
bavards.

[323] Dans le discours que Quetzalcohuatl adresse à ses compagnons, en
les laissant, il semble faire allusion à l’idée émise ici par Diodore.
Cf. _Popol Vuh_, Intr. p. LXXXV et suiv.

[324] Aristot., _De Mirab. Auscult._, cap. LXXXIV, pag. 836. Bœkk.

[325] Letronne, dans le _Journal des Savants_, février-mai 1825, p. 236.

[326] Plutar., _In vita Sertor._, cap. VIII.—Sallust., _Fragm._, 489.

[327] Mannert, _Geogr. der Alten_, part. I, pag. 44, 77.

[328] Voici, entre autres passages curieux, celui où Silène raconte à
Midas (Ælian. III, _Histor._): «Europam, Asiam, Lybiam, insulas Oceano
circumfusas esse; extra eas continentem quamdam infinitæ magnitudinis quæ
nutriat grandia animalia et homines duplo majores et longæviores quam
nostri sint Ibidem esse magnas civitates, diversa vitæ instituts et leges
nostris contrarias.» Et plus loin: «Hanc terram possidere grandem vim
auri et argenti, ita ut inter illos populos minoris pretii sit quam apud
nos ferrum.»—De son côté, Marcellin disait: «In Atlantico mari Europæo
orbe potior insula,» et Avienus: «Fertiles in Oceano jacere terras,
ultraque eum rursus alia littora alium jacere orbem.»



                           RELATION DES CHOSES

                               DE YUCATAN

                           TIRÉE DES ÉCRITS DU

                           PÈRE DIEGO DE LANDA
                      de l’ordre de Saint François.

                                 MDLXVI.



RELACION DE LAS COSAS DE YUCATAN

RELATION DES CHOSES DE YUCATAN.


§ I.—_Descripcion de Yucatan. Estaciones varias._

Que Yucatan no es isla, ni punta que entra en la mar, como algunos
pensaron sino tierra firme, y que se engañaron por la punta de Cotoch que
haze la mar entrando la vaya de la Ascension haz el golfe Dulce y por la
punta que por esta otra parte haz à Mexico haze la Desconocida antes de
llegar à Campeche, o por el estendimiento de las lagunas que haze la mar
entrando por Puerto Real y Dos Bocas.

Que es tierra muy llana y límpia de hiervas, y que por esto no se
descubre desde los navios hasta muy cerca, salvo entre Campeche y
Champoton donde descubren unas serrezetas y un morro de ellas que llaman
de los Diablos.

Que viniendo de la Vera Cruz por parte de la punta de Cotoch, esta en
menos de XX grados y por la boca de Puerto Real en mas de veinte y tres
y que tiene de un cabo de estos al otro bien ciento y treinta leguas de
largo camino derecho. Que su costa es baja y por esto los navios grandes
van algo apartados de tierra.

Que la costa es muy suzia de peñas y piçarrales ásperos que gastan mucho
los cables de los navios, y que tiene mucha lama por lo cual aunque los
navios den en la costa se pierde poca gente.

Que es tan grande la menguante de la mar especial en la baya de Campeche,
que muchas veces queda media legua en seco por algunas partes. Que con
estas grandes menguantes se quedan en las ovas y lamas y charcos muchos
pescados pequeños de que se mantiene mucha gente.

Que atraviesa à Yucatan una sierra pequeña de esquina à esquina y
comiença cerca de Champoton y procede hasta la villa de Salamanca que es
el cornijal contrario al de Champoton. Que esta sierra divide à Yucatan
en dos partes, y que la parte de mediodia haz à Lacandon y Taiza, esta
despoblada por falta de agua, que no la hay sino quando llueve. La otra
que es al norte esta poblada.

Que esta tierra es muy caliente, y el sol quema mucho, aunque no faltan
aires frescos como Brisa o Solano que alli reyna mucho, y las tardes la
virazon de la mar. Que en esta tierra vive mucho la gente, y que se ha
hallado hombre de ciento y quarenta años.

Que comiença el ynvierno desde St Francisco, y dura hasta fin de marzo,
porque en este tiempo corren los nortes, y causan catarros rezios y
calenturas por estar la gente mal vestida. Que por fin de enero y febrero
ay un veranillo de rezios soles, y no llueve en este tiempo sino a las
entradas de las lunas. Que las aguas comiençan desde abril hasta fin
de setiembre, y que en este tiempo siembran todas sus cosas, y viene a
maduracion aunque siempre llueva, y que siembran cierto genero de maiz
por Sant Francisco que se coge brevemente.


§ I.—_Description du Yucatan. Saisons diverses de l’année._

Le Yucatan n’est point une île ni simplement une pointe de terre avançant
dans la mer, comme quelques-uns l’ont cru, mais bien la terre ferme. On
s’était trompé à cet égard, soit à cause de la pointe de _Cotoch_, qui
est formée par la mer et la baie de l’Ascension[1] entrant vers le golfe
Dulce, soit à cause de la projection que, de l’autre côté, forme en
allant vers le Mexique la Desconocida, avant d’arriver à Campêche[2], ou
bien encore à cause de l’étendue des lagunes creusées par la mer entrant
par Puerto-Real et Dos Bocas[3].

C’est une terre aux abords unis et débarrassés de végétation, d’où il
arrive qu’on ne la découvre de dessus les navires, que de très-près,
excepté entre Campêche et Champoton[4], où l’on aperçoit quelques petites
montagnes, et entre celles-ci un morne appelé de los Diablos.

En venant de la Vera-Cruz vers la pointe de Cotoch, elle est située
à moins de XX degrés, et vers la bouche de Puerto-Real à moins de
vingt-trois; et, d’une extrémité à l’autre, elle peut bien avoir cent
trente lieues de long, chemin direct[5]. La côte est basse; aussi les
gros navires cinglent-ils quelque peu éloignés de terre.

Elle est hérissée de rochers et d’âpres ardoisières qui usent beaucoup
les câbles des navires, et la plage y est très-étendue, d’où il arrive
que quand même les navires donnent à la côte, il se perd peu de monde.

Les marées sont si fortes, surtout dans la baie de Campêche, que la mer
en plusieurs endroits laisse souvent à découvert une étendue de plus
d’une demi-lieue. De sorte qu’avec ces grandes marées, il reste souvent
entre les algues et les épaves, ou dans les flaques d’eau, un grand
nombre de petits poissons dont se nourrit beaucoup de monde.

Le Yucatan est traversé par une petite chaîne de montagnes d’un angle
à l’autre, laquelle commence près de Champoton, et s’avance jusqu’à la
ville de Salamanca, à l’encoignure opposée à celle de Champoton. Cette
chaîne divise le Yucatan en deux parts; celle du midi, qui s’étend vers
le Lacandon et _Taiza_[6], est déserte faute d’eau, car il n’y en a que
lorsqu’il pleut; et celle du nord qui est habitée.

Cette terre est fort chaude et le soleil brûle durement, bien qu’il n’y
manque pas de brises fraîches comme celles du nord-est et de l’est qui
dominent principalement, et les vents de mer qui soufflent le soir. Le
monde vit longtemps dans ce pays, et l’on y a vu plus d’une fois des gens
de cent quarante ans.

L’hiver commence à la Saint-François[7], et dure jusqu’à la fin de mars,
parce que c’est le temps où dominent les vents du nord, qui occasionnent
des rhumes très-forts, et des fièvres causées surtout par la mauvaise
manière de se vêtir des habitants. Vers la fin de janvier et en février,
il y a un petit été accompagné d’un soleil ardent, et durant ce temps
il ne pleut point, sinon à l’entrée de la lune. Les eaux commençant
dès le mois d’avril durent jusqu’à la fin de septembre: c’est dans cet
intervalle que les indigènes font toutes leurs semailles, lesquelles
arrivent à maturité, bien qu’il continue à pleuvoir; ils sèment aussi à
la Saint-François une qualité particulière de maïs qu’ils recueillent au
bout d’un temps fort court.


§ II.—_Origen del nombre desta provincia. Situation della._

Que esta provincia se llama en lengua de los Indios _Ulumil Cuz_ y
_Etel Ceh_, que quiere dezir tierra de pavos y venados, y que tambien
la llaman _Peten_ que quiere dezir isla, engañados por las ensenadas,
y bayas dichas. Que quando Francisco Hernandez de Cordoba llego a
este tierra, saltando en la punta que el llamo Cabo de Cotoch, hallo
ciertos pescadores indios, y les pregunto que tierra era aquella; y que
le respondieron _Co t’och_ que quiere dezir nuestras casas, y nuestra
patria, y que por esto se puso este nombre a aquella punta, y que
preguntandoles por señas que como era suya aquella tierra, respondieron
_ci u than_ que quiere dezir, dizen lo, y que los españoles la llamaron
_Yucatan_, y que esto se entendio de uno de los conquistadores viejos
llamado Blas Hernandez que fueron con el adelantado la primera vez.

Que Yucatan a la parte de medio dia tiene los rios de Taiza, y las
sierras de Lacandon, y que entre medio dia y poniente cae la provincia de
Chiapa, y que para passar a ella, se avian de atravesar los quatro rios
que decienden de las sierras, que con otros se viene a hazer Sant Pedro y
Sant Pablo, rio que discubrio en Tabasco Grijalva y que a poniente esta
Xicalango y Tavasco que es una mesma provincia.

Que entre esta provincia de Tabasco y Yucatan estan las dos bocas que
rompe la mar en la costa, y que la mayor de estas tiene una gran laguna
de abertura y que la otra no es muy grande. Que entra la mar por estas
bocas con tanta furia que se haze una gran laguna abundante de todos
pescados, y tan llena de isletas que los indios ponen señales en los
arboles para acertar el camino, para ir o venir navegando de Tavasco a
Yucatan y que estas islas y sus playas y arenales estan llenos de tanta
diversidad de aves marinas, que es cosa de admiracion y hermosura, y que
tambien ay infinita caça de venados, conejos, y puercos de los de aquella
tierra, y monos que no los ay en Yucatan. Que ay muchas yguanas que
espanta, y en una dellas esta un pueblo que llaman _Tixchel_.

Que al norte tiene la isla de Cuba y a LX leguas muy en frente la Habana
y algo adelante una islilla de Cuba que dizen de Pinos. Que al Oriente
tiene a Honduras, y que entre Honduras y Yucatan se haze una muy gran
ensenada de mar la qual llamo Grijalva Baya de la Ascension, y que esta
muy llena de isletas y que se pierden en ella navios, principalmente de
los de la contractacion de Yucatan a Honduras, y que avra XV años que
se perdio una barca con mucha gente y ropa que se les zozobro el navio
y se ahogaron todos, salvo un Majuelas y otros quatro que se abraçaron
con un gran pedaço de un arbol del navio, y que anduvieron assi tres o
quatro dias sin poder llegar a ninguna de las isletas y que se ahogaron
faltandoles las fuerças, sino fue Majuelas que salio medio muerto, y
torno en si, comiendo caracolejos y almejar; y que desde la islilla passo
a tierra en una balsa que hizo de ramos como mejor pudo, y passado a
tierra firme buscando de comer en la ribera topo con un cangrejo que le
corto el dedo pulgar por la primera conjuntura con gravissimo dolor. Y
tomo la derrota por un aspero monte a tiento para la villa de Salamanca y
que anochescido se subio en un arbol, y que desde alli vio un gran Tigre
que se puso en asechanza de una cierva y se la vio matar y que en la
mañana el comio de lo que avia quedado.

Que Yucatan tiene algo mas baxo de la punta de Cotoch a _Cuzmil_ en
frente, V leguas de una canal que haze la mar entre ella y la isla de muy
gran corriente. Que Cuzmil es isla de XV leguas en largo y cinco en ancho
en que ay pocos indios y son de la lengua y costumbres de los de Yucatan
y esta en XX grados a esta parte de la equinocial. Que la isla de las
Mugeres esta XIII leguas abaxo de la punta de Cotoch XI leguas de tierra
en frente de _Ekab_.


§ II.—_Origine du nom de cette province. Sa situation._

Cette province, dans la langue des Indiens, se nomme _Ulumil Cuz_ et
_Etel Ceh_, c’est-à-dire la terre de la volaille et du gibier; ils
l’appellent aussi _Peten_, ce qui veut dire île[8], trompés qu’ils
étaient par les anses et baies susdites. Lorsque Francisco Hernandez de
Cordoba aborda à cette terre, étant descendu à la pointe, nommée cap de
_Cotoch_, il y trouva des pêcheurs indiens auxquels il demanda quelle
terre c’était, et ceux-ci lui répondirent: _C’otoch_, ce qui veut dire
nos maisons[9] et notre patrie, d’où vient le nom qu’on donna à cette
pointe. Leur ayant ensuite demandé par signes de quelle manière était
leur terre, ils répliquèrent _Ci u than_, qui signifie: Ils le disent,
d’où les Espagnols dirent _Yucatan_; c’est ce que racontait un des vieux
conquérants, nommé Blas Hernandez, qui arriva ici avec l’adelantado la
première fois.

Au sud du Yucatan sont les rivières de _Taiza_[10] et les montagnes
de _Lacandon_. Entre le midi et le couchant se trouve la province de
Chiapa; pour s’y rendre d’ici, il faut traverser les quatre rivières qui
descendent des montagnes et qui, avec quelques autres, forment le San
Pedro y San Pablo, fleuve découvert en Tabasco par Grijalva, au couchant
duquel existent _Xicalanco_ et _Tavasco_, qui ne sont qu’une seule et
même province[11].

Entre cette province de Tabasco et le Yucatan s’ouvrent les deux
embouchures, coupées par la mer sur cette côte; la plus considérable
des deux a une grande lagune pour ouverture; mais l’autre n’est pas
très-large. Ce qui forme cette lagune, c’est la mer qui entre avec furie
dans les terres; elle est très-abondante en poissons de toute sorte et
remplie d’îlots. Les Indiens y posent des signaux entre les arbres, afin
de reconnaître le chemin à suivre, pour aller et venir par eau entre
Tabasco et Yucatan. Ces îles, leurs plages et leurs grèves, sont remplies
d’une si grande variété d’oiseaux de mer que c’est admirable de les
voir et de considérer leur beauté; il s’y trouve également du gibier à
l’infini; chevreuils, lapins et porcs du pays, ainsi que des singes,
dont il n’y a point au Yucatan. Les iguanes s’y rencontrent aussi en si
grande quantité qu’il y a de quoi épouvanter, et, dans une de ces îles,
il y a une localité appelée _Tixchel_[12].

Au nord du Yucatan est située l’île de Cuba, et, tout en face, à soixante
lieues de distance, la Havane, et un peu plus avant, une petite île
dépendante de Cuba, qu’on appelle _de los Pinos_. Au levant s’étend le
Honduras, et entre le Honduras et le Yucatan s’ouvre une fort grande
baie que Grijalva appelle la baie de l’Ascension[13]; elle est remplie
d’îlots, et il s’y perd quelquefois des navires, surtout de ceux du
commerce de Yucatan à Honduras. Il y a justement quinze ans qu’une
barque chargée de beaucoup de monde et d’effets y fit naufrage; tous se
noyèrent, à l’exception d’un certain Majuelas et de quatre autres qui
s’attachèrent à un tronçon du mât du navire; ils allèrent ainsi durant
quatre jours, sans pouvoir atteindre aucun des îlots, et les forces
venant à leur manquer, ils finirent par se noyer à leur tour. Majuelas
seul se sauva de la mer à demi mort, et recouvra ses forces en mangeant
de petites limaces et des moules; de la petite île il passa à la terre
ferme dans un radeau qu’il fabriqua de branches d’arbres, le mieux qu’il
put; arrivé là et cherchant sur la plage de quoi se nourrir, il donna
contre un cancre qui lui coupa le pouce à l’articulation, ce qui lui
causa une très-grande souffrance. Il chemina ensuite au hasard, cherchant
à se diriger sur Salamanca: la nuit venant, il grimpa sur un arbre; il
aperçut de là un grand tigre qui se mit à guetter une biche qu’il lui vit
tuer et dont il mangea ensuite lui-même les restes au matin.

Un peu plus bas que la pointe de _Cotoch_, entre la côte du Yucatan et
_Cuzmil_[14], qui est en face, s’ouvre un canal de cinq lieues de large
formé par la mer et dont le courant est d’une très-grande force. _Cuzmil_
est une île de quinze lieues de long sur cinq de largeur: les Indiens y
sont en petit nombre; leur langue et leurs coutumes sont les mêmes qu’au
Yucatan. Cette île est située au XXᵉ degré nord de la ligne équinoxiale.
L’île dite de Las Mugeres est située à treize lieues en bas du cap Cotoch
et à onze lieues de terre ferme, en face d’_Ekab_[15].


§ III.—_Geronimo de Aguilar. Su cautiverio entre los Indios de Yucatan.
Navegan Hernandez de Cordoba y Grijalva á Yucatan._

Que los primeros Españoles que aportaron a Yucatan, segun se dice, fueron
Geronimo de Aguilar natural de Ecija y sus compañeros; los quales el
ano de MDXI, en desbarato del Darien por las rebueltas entre Diego de
Nicueza, y Vasco Nuñez de Balboa, siguieron a Valdivia que venia en una
caravela a Santo-Domingo, a dar cuenta al almirante y al governador de
lo que passava, y a traer XX mil ducados del rey, y que esta caravela
llegando a Jamaica dieron en los baxos que llaman _Viboras_ donde se
perdio que no escaparon mas de hasta XX hombres que con Valdivia entraron
en el batel sin velas, y con unos ruynes remos y sin mantenimiento
ninguno, y que anduvieron XIII dias por la mar; despues de muertos de
hambre casí la mitad llegaron a la costa de Yucatan a una provincia
que llamavan de la _Maya_, de la qual la lengua de Yucatan se llama
_Mayathan_ que quiere dezir lengua de Maya.

Que esta pobre gente vino a manos de un mal caçique el qual sacrifico
a Valdivia y a otros quatro a sus idolos, y despues hizo vanquetes de
ellos a la gente, y que dexo para engordar a Aguilar y a Guerrero y a
otros cinco o seis, los quales quebrantaron la prision y huieron por
unos montes, y que aportaron a otro señor enemigo del primero, y mas
piadoso, el qual se sirvio dellos como de esclavos, y que el que succedio
a este señor los trato con buena gracia; pero que ellos de dolencia se
murieron quedando solos dos Geronimo de Aguilar y Gonçalo Guerrero, de
los quales Aguilar era buen christiano y tenia unas horas por las quales
sabia las fiestas, y que este se salvo con la ída del marques Hernando
Cortes, año de MDXVII, y que el Guerrero como entendia la lengua se fue
a _Chectemal_, que es la Salamanca de Yucatan y que alli le recibio
un señor llamado _Nachancan_, el qual le dio a cargo las cosas de la
guerra en que se uvo muy bien, venciendo muchas vezes los enemigos de su
señor, y que enseño a los indios pelear mostrandoles hazer fuertes y
bastiones, y que con esto y con tratarse como indio gano mucha reputacion
y le casaron con una muy principal muger en que uvo hijos, y que por
esto nunca procuro salvarse como hizo Aguilar, antes labrava su cuerpo y
criava cabello, y harpava las orejas para traer çarcillos como los indios
y es creible que fue idolatra como ellos.

Que el año de MDXVII por quaresma salio de St-Iago de Cuba Francisco
Hernandez de Cordoba con tres navios a rescatar esclavos para las minas,
que ya en Cuba se yva la gente apocando y que otros dizen que salio a
descubrir tierra, y que llevo por piloto a Alaminos y que llego a la isla
de Mugeres, que el le puso este nombre por los idolos que alli hallo de
las diosas de aquella tierra, como _Aixchel_, _Ixchebeliax_, _Ixbunié_,
_Ixbunieta_, y que estavan vestidas de la cinta abaxo, y cubiertos los
pechos como usan las indias, y que el edificio era de piedra de que se
espantaron, y que hallaron algunas cosas de oro, y las tomaron, y que
llegaron a la punta de Cotoch, y que de alli dieron buelta hasta la baya
de Campeche donde desembarcaron domingo de Lazaro y que por esto la
llamaron Lazaro y que fueron bien recibidos del señor y que los indios se
espantaron de ver los españoles, y les tocavan las barbas y personas.

Que en Campeche hallaron un edificio dentro en la mar cerca de tierra,
quadrado y gradado todo y que en lo alto estava un idolo con dos fieros
animales que le comian las ijadas y una sierpe larga y gorda de piedra
que se tragava un leon y que los animales estavan llenos de sangre de los
sacrificios. Que desde Campeche entendieron que avia un pueblo grande
cerca, que era Champoton, donde llegados hallaron que el señor se llamava
_Mochcovoh_, hombre bellicoso el qual appellidó su gente contra los
españoles, De lo qual peso a Francisco Hernandez viendo en lo que avia de
parar, y que por no mostrar poco animo, puso tambien su gente en orden
y hizo soltar artilleria de los navios y que los indios aunque les fue
nuevo el sonido, humo y fuego de los tiros, no dexaron de acometer con
gran alarido y que los españoles resistieron, dando muy fieras heridas y
matando muchos; pero que el señor los animo tanto, que hizieron retirar
a los españoles y que mataron XX y hirieron cincuenta y prendieron dos
vivos que despues sacrificaron, y que Francisco Hernandez salio con
XXXIII heridas, y que assi volvio triste a Cuba donde publico que la
tierra era muy buena y rica por el oro que hallo en la isla de Mugeres.
Que estas nuevas movieron a Diego Velasquez, governador de Cuba y a otros
muchos, y que embio a su sobrino Juan de Grijalva con quatro navios y
dozientos nombres y que fue con el Francisco de Montejo cuyo era un navio
y que partieron primero de mayo de MDXVIII.

Que llamaron consigo al mismo piloto Alaminos y llegados a la isla de
Cuzmil, que el piloto vio desde ella a Yucatan, y que la otra vez con
Francisco Hernandez la avia corrido a la mano derecha, y que con desseo
de bajarla si fuesse isla, echo a la mano izquierda y siguieron por la
baya que ellos llamaron la Ascension, porque en tal dia entraron en ella,
y que dieron buelta a toda la costa hasta llegar otra vez a Champoton,
donde sobre tomar agua les mataron un hombre y les hirieron cincuenta y
entre ellos a Grijalva de dos flechas, y le quebraron diente y medio, y
que assi se fueron y nombraron a este puerto el puerto de Mala Pelea, y
que deste viage descubieron la Nueva España, y a Panuco, y a Tavasco,
y que en esto gastaron cinco meses y quisieron saltar en tierra en
Champoton, lo qual les estorbaron los indios con tanto corage que en sus
canoas entravan hasta cerca de las caravelas a flecharlos y que assi se
hizieron a la vela y los dexaron.

Que quando Grijalva torno de su descubrimiento y rescate de Tavasco y
Ulua, estava en Cuba el gran capitan Hernando Cortes, y que viendo la
nueva de tanta tierra y tantas riquezas, desseo verlo y aun ganarlo para
Dios y para su rey, y para si, y para sus amigos.


§ III.—_Geronimo de Aguilar. Sa captivité chez les Mayas. Navigation
d’Hernandez de Cordoba et de Grijalva à Yucatan._

Les premiers Espagnols qui abordèrent au Yucatan furent, à ce qu’on dit,
Geronimo de Aguilar, natif d’Ecija, ainsi que ses compagnons. Ceux-ci,
à la suite du bouleversement occasionné au Darien par les querelles
de Diego de Nicueza et de Vasco Nuñez de Balboa, suivirent, en 1511,
Valdivia, qui partait avec une caravelle pour Santo-Domingo, où il allait
rendre compte de ce qui se passait à l’amiral et au gouverneur, et
portait en même temps vingt mille ducats du quint royal. En approchant
de la Jamaïque, cette caravelle donna dans les bas-fonds appelés Las
Viboras[16], où elle se perdit, et il ne s’en échappa qu’une vingtaine
d’hommes qui, avec Valdivia, se jetèrent dans une chaloupe sans voiles:
ils voguèrent pendant treize jours sur la mer à l’aide de quelques
mauvaises rames et sans vivres aucuns; près de la moitié de leur nombre
étant déjà morts de faim, les autres finirent par aborder à la côte du
Yucatan à une province appelée de la _Maya_, de laquelle la langue du
Yucatan tire le nom de _Maya than_, ce qui veut dire langue de Maya[17].

Ces misérables tombèrent alors entre les mains d’un cacique méchant, qui
sacrifia Valdivia avec quatre des autres à ses idoles, et fit ensuite
de leurs membres un festin à ses gens. Il garda, pour les engraisser,
Aguilar et Guerrero avec cinq ou six autres; mais ceux-ci étant parvenus
à s’échapper s’enfuirent par les montagnes chez un autre seigneur
ennemi du premier et moins inhumain qui les retint comme esclaves. Le
successeur de ce dernier maître les traita mieux encore; mais tous, à
l’exception d’Aguilar et de Guerrero, moururent de tristesse. Aguilar
était bon chrétien et avait un bréviaire, à l’aide duquel il conservait
la mémoire des jours de fête, et ce fut lui qui s’échappa, en l’année
1519, à l’arrivée du marquis Hernando Cortes. Quant à Guerrero, qui avait
appris la langue, il s’en alla à _Chetemal_, qui est la Salamanca de
Yucatan[18]; un seigneur nommé _Nachan-Can_ l’y reçut et le chargea des
choses de la guerre, en quoi il se comporta extrêmement bien, remportant
de nombreuses victoires sur les ennemis de son seigneur et apprenant aux
Indiens à combattre et à construire des forts et des bastions. De cette
manière, comme aussi en adoptant les coutumes des indigènes, il s’acquit
une grande réputation: ceux-ci alors le marièrent avec une femme de haut
rang, dont il eut des enfants, ce qui fut cause qu’il ne chercha jamais à
se sauver comme le fit Aguilar; bien au contraire, il se couvrit le corps
de peinture, laissa croître ses cheveux et se troua les oreilles pour
porter des pendants à la mode des Indiens, et il est à croire même qu’il
devint idolâtre comme eux.

Au carême de l’an 1517, Francisco Hernandez de Cordoba sortit de
Sant-Iago de Cuba avec trois navires, afin de faire la traite des
esclaves pour les mines; car la population allait déjà diminuant à Cuba.
D’autres disent qu’il partit pour découvrir des terres nouvelles et qu’il
emmena Alaminos pour pilote, et qu’ainsi il arriva à l’île de Mugeres,
nom qu’il lui donna à cause des idoles qu’il y trouva, représentant
les déesses du pays, telles qu’_Aixchel_, _Ixchebeliax_, _Ixbunié_,
_Ixbunieta_, lesquelles étaient vêtues de la ceinture en bas et les seins
couverts, suivant l’usage des Indiennes. L’édifice qui les renfermait
était de pierre, ce qui les remplit d’étonnement; ils y trouvèrent divers
objets en or qu’ils enlevèrent, après quoi ils abordèrent à la pointe
de _Cotoch_, faisant ensuite le tour jusqu’à la baie de Campêche, où
ils débarquèrent le dimanche que les Espagnols appellent de Lazare. Ils
y furent reçus bénévolement par le seigneur du lieu; mais les Indiens
prirent l’épouvante en voyant les Espagnols, et ils leur touchaient la
barbe et le corps.

A Campêche, ils trouvèrent un édifice en dedans de la mer, non loin
de terre, quadrangulaire et s’élevant par degrés tout autour[19];
au sommet, il y avait une idole avec deux animaux féroces qui lui
dévoraient les flancs, et un grand serpent en pierre avalant un lion, et
ces animaux étaient couverts du sang des sacrifices. De Campêche, ils
apprirent qu’il y avait près de là une localité considérable qui était
Champoton[20]: en y arrivant, ils y trouvèrent un seigneur qui s’appelait
_Mochcovoh_; c’était un homme belliqueux qui s’empressa de convoquer ses
gens contre les Espagnols. Francisco Hernandez vit donc avec chagrin ce
qui viendrait à en résulter; mais pour ne pas avoir l’air d’être moins
animé que lui, il mit également son monde en ordre de bataille, et fit
décharger contre eux l’artillerie des navires. Malgré la nouveauté du
bruit, de la fumée et du feu de la décharge, les Indiens ne laissèrent
pas d’engager l’action avec de grands cris: les Espagnols, dans leur
résistance, leur causèrent de terribles blessures, leur tuant beaucoup
d’hommes; mais le seigneur du lieu inspira aux siens une si grande valeur
qu’ils obligèrent les Espagnols à la retraite: ils en tuèrent vingt, en
blessèrent cinquante, et leur firent deux prisonniers qu’ils sacrifièrent
ensuite. Francisco Hernandez se rembarqua avec trente-trois blessures, et
retourna tristement à Cuba, où il publia la découverte de cette terre, la
représentant comme heureuse et riche, à cause de l’or qu’il avait trouvé
dans l’île de Mugeres. Ces nouvelles excitèrent vivement l’envie de Diego
Velasquez, gouverneur de Cuba, ainsi que de beaucoup d’autres: celui-ci
envoya alors son neveu, Juan de Grijalva, avec quatre navires et deux
cents hommes; avec eux partit Francisco de Montejo, à qui appartenait un
de ces navires, et l’expédition s’embarqua le 1ᵉʳ mai de l’an 1518.
Ils engagèrent avec eux le même pilote, Alaminos: arrivés à l’île de
Cuzmil, le pilote vit de là le Yucatan. Mais, comme la première fois,
avec Francisco Hernandez, il l’avait côtoyé à main droite; désirant faire
le tour alors pour s’assurer si c’était une île, il gouverna à gauche, et
ils suivirent par la baie qu’ils nommèrent de l’Ascension, parce qu’en ce
jour ils y entrèrent; puis ils retournèrent le long de la côte jusqu’à ce
qu’ils fussent arrivés de nouveau à Champoton. Comme ils avaient débarqué
pour faire de l’eau, on leur tua un homme, en blessant cinquante autres,
l’un étant Grijalva lui-même qui reçut deux flèches, et à qui on brisa
une dent et demie. De cette façon, ils s’en allèrent, laissant à ce port
le nom de port de Mala-Pelea: c’est dans ce trajet qu’ils découvrirent la
Nouvelle-Espagne, ainsi que _Panuco_ et _Tavasco_. Dans ce voyage, ils
employèrent cinq mois: ayant voulu descendre à Champoton, les Indiens y
mirent obstacle avec tant de courage, qu’avec leurs canots ils arrivaient
jusqu’aux caravelles à leur lancer des flèches, et ainsi les Espagnols
mirent à la voile et les laissèrent.

Lorsque Grijalva fut de retour de son voyage de découverte et d’échange à
Tavasco et à Ulua[21], le grand capitaine Hernando Cortès se trouvait à
Cuba: sur la nouvelle de tant de terres et de richesses, Cortès éprouva
le désir de les voir et de les acquérir pour Dieu et pour son roi, comme
pour lui-même et ses amis.


§ IV.—_Navegacion de Cortes a Cuzmil. Escribe a Aguilar._

Que Hernando Cortes salio de Cuba con onze navios que el mejor era de
cien toneles y que puso en ellos onze capitanes, siendo el uno dellos,
y que llevava quinientos hombres y algunos cavallos y mercerias para
rescatar, y a Francisco de Montejo por capitan, y al dicho piloto
Alaminos mayor piloto del armada, y que puso en su nao capitana una
vandera de fuegos blancos y azules en reverencia de nuestra señora cuya
ymagen con la cruz ponia siempre donde quitava idolos, y que en la
vandera iva una cruz colorada con un letrero entorno que dezia _Amici
sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus_. Que con
esta flota y no mas aparato partio y que llego a Cotoch con los diez
navios porque el uno se le aparto con una refriega, y que despues lo
cobro en la costa. Que la llegada a Cuzmil fue por la parte del norte y
hallo buenos edificios de piedra para los idolos y un buen pueblo, y que
la gente viendo tanto navio, y salir los soldados a tierra huyo toda a
los montes.

Que llegados los españoles al pueblo lo saquearon y se aposentaron en
el y que buscando gente por el monte toparon con la muger del señor y
con sus hijos de los quales, con Melchior interprete indio que avia ido
con Francisco Hernandez y con Grijalva, entendieron que era la muger del
señor. A la qual y a sus hijos regalo mucho Cortes e hizo que embiassen
a llamar al señor al qual venido le trato muy bien y le dio algunos
donezillos, y le entrego á su muger y hijos, y todas las cosas que por
el pueblo se avian tomado, y que le rogo que hiziesse venir los indios
a sus casas y que venidos hizo restituir a cada uno lo que era suyo y
que despues de assegurados les predico la vanidad de los idolos, y les
persuadio que adorassen la cruz y que la puso en sus templos con una
ymagen de nuestra señora y que con esto cessava la idolatria publica.

Que Cortes supo alli como unos hombres barbados estavan camino de seis
soles en poder de un señor y que persuadio a los indios que los fuessen
a llamar, y que hallo quien fuesse aunque con dificultad porque tenian
miedo al señor de los barbares y escrivioles esta carta.

Nobles señores, yo parti de Cuba con onze navios de armada y quinientos
españoles y llegue aqui a Cuzmil de donde os escrivo esta carta. Los
desta isla me han certificado que ay en essa tierra cinco o seis hombres
barbados y en todo a nosotros muy semejantes, no me saben dar ni dezir
otras señas, mas por estas conjeturo y tengo por cierto sois españoles,
yo y estos hidalgos que comigo vienen a poblar y descubrir estas tierras
os rogamos mucho que dentro de seis dias que recibieredes esta, os
vengais para nosotros sin poner otra dilacion ni escusa. Si vinieredes
todos conoceremos, y gratificaremos la buena obra que de vosotros
recibira esta armada. Un bergantin embio para en que vengais, y dos naos
para seguridad.

Que los indios llevaron esta carta embuelta en el cabello, y la dieron
a Aguilar, y que los navios porque tardavan los indios mas del tiempo
del plazo, creieron que los avian muerto y que se volvieron al puerto de
Cuzmil y que Cortes viendo que los indios no tornavan ni los barbados,
se hizo otro dia a la vela. Mas aquel dia se les abrio un navio, y les
fue necessario tornar al puerto y que estandole aderezando, Aguilar
recibido la carta atraveço en una canoa la canal entre Yucatan y Cuzmil,
y que viendole los del armada fueron a ver quien era, y que Aguilar les
pregunto si eran Christianos y que respondiendole que si y españoles,
lloro de plazer y puestas las rodillas en tierra dio gracias a Dios y
pregunto a los españoles si era miercoles. Que los españoles le llevaron
a Cortes assi desnudo como venia, el qual le vistio y mostro mucho amor,
y que Aguilar conto alli su perdida y trabajos, y la muerte de sus
compañeros, y como fue impossible avisar a Guerrero en tan poco tiempo
por estar mas de LXXX leguas de alli.

Que con esto Aguilar que era muy bien interprete torno Cortes a predicar
la adoracion de la Cruz y quito los idolos de los templos, y dizen que
hizo esta predicacion de Cortes tanta impression en los de Cuzmil que
salian a la playa diziendo a los españoles que por alli passavan _Maria
Maria Cortes Cortes_.

Que partio Cortes de alli, y que toco de passo en Campeche y no paro
hasta Tavasco donde entre otras cosas y indios que le presentaron los de
Tavasco le dieron una india que despues se llamo Marina, la qual era de
Xalisco hija de padres nobles y hurtada pequeña y vendida en Tavasco y
que de ay la vendieron tambien en Xicalango, y Champoton, donde aprendio
la lengua de Yucatan con la qual se vino a entender con Aguilar y que
assi proveio Dios à Cortes de buenos y fieles interpretes, por donde vino
a tener noticia y entrada en las cosas de Mexico de las quales la Marina
sabia mucho por aver tratado con mercaderes indios y gente principal que
hablavan de esto cada dia.


§ IV.—_Voyage de Cortès à Cuzmil. Sa lettre à Aguilar._

Hernando Cortès partit de Cuba avec onze navires, dont le plus fort
était de cent tonneaux, leur donna onze commandants, lui-même étant
l’un d’eux, et emmena cinq cents hommes et quelques chevaux avec des
objets propres à être échangés. Il avait également avec lui Francisco de
Montejo, qui était un des commandants, et le pilote Alaminos, premier
pilote de la flotte. Au navire amiral, il arbora une bannière aux
couleurs blanche et bleue en l’honneur de Notre-Dame, dont il plaçait
toujours l’image avec une croix aux endroits d’où il ôtait des idoles, et
sur la bannière se montrait une croix rouge ayant ces paroles à l’entour:
_Amici, sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus._
Avec cette flotte et sans autres apprêts, il mit à la voile et arriva à
Cotoch[22] avec dix navires, le onzième s’étant séparé des autres dans
une tempête; mais il le recouvra plus tard à la côte. Arrivé à Cuzmil, il
cingla au nord et trouva de bons édifices de pierre pour les idoles et
une belle bourgade; mais les indigènes, voyant tant de vaisseaux et tant
de soldats qui prenaient terre, s’enfuirent tous dans les bois.

Les Espagnols étant entrés dans la bourgade, la saccagèrent et s’y
logèrent; se mettant ensuite dans les bois à la recherche des habitants,
ils trouvèrent la femme du seigneur du lieu avec ses enfants. Au moyen
de l’interprète Melchior, Indien qui avait suivi Francisco Hernandez et
Grijalva, ils apprirent qui elle était. Les caresses que leur fit Cortès,
accompagnées de dons faits à propos, les déterminèrent à faire appeler le
seigneur, qu’il traita également avec beaucoup de bienveillance; il lui
fit quelques petits présents, lui rendit sa femme et ses enfants, ainsi
que toutes les choses que les soldats avaient pillées dans la bourgade.
Il l’engagea à faire retourner les Indiens à leurs demeures et fit
restituer à chacun ce qui lui appartenait. Les ayant ainsi rassurés, il
leur prêcha la vanité des idoles et leur persuada d’adorer la croix, la
plaçant dans leurs temples avec une image de Notre-Dame, et c’est ainsi
que cessa l’idolâtrie publique.

C’est là que Cortès apprit comment des hommes barbus se trouvaient à
trois soleils de chemin au pouvoir d’un seigneur; il voulut persuader les
Indiens d’aller les chercher et en trouva un qui s’en chargea, quoique
avec difficulté, parce qu’ils avaient peur du seigneur des barbares[23],
et il écrivit la lettre suivante:

«Nobles seigneurs, étant parti de Cuba avec une flotte de onze navires et
cinq cents Espagnols, je suis arrivé à Cuzmil d’où je vous écris cette
lettre. Ceux de cette île m’ont assuré qu’il y a dans le pays cinq ou six
hommes barbus et en tout à nous fort semblables; ils ne peuvent me donner
ni dire d’autres signalements; mais pour ceux-ci je conjecture et tiens
pour certain que vous êtes Espagnols. Moi et ces seigneurs qui viennent
avec moi occuper et découvrir ces terres, nous vous prions beaucoup que
d’ici à cinq ou six jours, ayant reçu la présente, vous veniez vers
nous sans mettre d’autre retard ni excuse. Que si vous venez, nous le
reconnaîtrons et vous remercierons des bons offices que de vous recevra
cette flotte. J’envoie un brigantin pour que vous y veniez et deux
bâtiments pour la sécurité.»

Les Indiens emportèrent cette lettre enveloppée dans leur chevelure et la
remirent à Aguilar; mais comme ceux-ci tardèrent plus de temps qu’ils
n’avaient annoncé, on les crut morts et les navires s’en retournèrent
au port de Cuzmil. Cortès voyant alors que les Indiens n’étaient point
revenus non plus que les hommes barbus, mit à la voile le lendemain. Mais
ce jour-là un des navires s’ouvrit et ils se virent dans la nécessité
de retourner au port. Comme ils travaillaient à le radouber, Aguilar
ayant reçu la lettre, traversa dans un canot le canal entre Yucatan et
Cuzmil; ce que voyant ceux de la flotte, ils furent voir qui c’était.
Aguilar leur ayant demandé s’ils étaient chrétiens, ils répondirent
qu’ils étaient et chrétiens et Espagnols, sur quoi il versa des larmes de
joie, et s’agenouillant, il rendit grâces à Dieu, demandant ensuite si
ce jour était un mercredi. Les Espagnols l’amenèrent nu comme il était à
Cortès, qui le fit habiller et lui témoigna beaucoup d’amitié. Aguilar
raconta alors son naufrage et ses souffrances, ainsi que la mort de ses
compagnons, tout en faisant comprendre l’impossibilité où il avait été
d’aviser Guerrero dans ce court espace de temps, celui-ci se trouvant à
plus de quatre-vingts lieues de là.

Avec cet Aguilar, qui était un fort bon interprète, Cortès recommença à
prêcher l’adoration de la croix et retira les idoles des temples. On dit
que cette prédication de Cortès fit une si grande impression sur ceux
de Cuzmil[24], qu’ils sortaient sur la plage, disant aux Espagnols qui
passaient par là: Maria, Maria, Cortès, Cortès.

Cortès partit de là, toucha en passant à Campêche et ne s’arrêta point
jusqu’à Tabasco: c’est là qu’entre autres choses et personnes que lui
présentèrent ceux de Tabasco, ils lui donnèrent une Indienne qui se nomma
ensuite Marina; elle était de Xalisco, fille de parents nobles, et elle
avait été enlevée et vendue toute petite à Tabasco, d’où on la revendit
ensuite à Xicalanco et à Champoton, où elle avait appris la langue de
Yucatan, avec laquelle elle vint à s’entendre avec Aguilar. C’est ainsi
que Dieu pourvut Cortès de bons et fidèles interprètes, au moyen desquels
il vint à savoir la connaissance des choses du Mexique, dont Marina était
parfaitement au courant pour avoir traité avec des marchands indiens et
des gens distingués qui parlaient de tout cela chaque jour.


§ V.—_Provincias de Yucatan. Sus edificios antiguos mas principales._

Que algunos viejos de Yucatan dizen aver oido a sus passados que aquella
tierra poblo cierta gente que entro por Levante a la qual avia Dios
librado abriendoles doze caminos por la mar; lo qual si fuesse verdad
era necessario que veniessen de Judios todos los de las Indias, porque
passado el estrecho de Magellanes, se avian de ir estendiendo mas de dos
mil leguas de tierra que oy govierna España.

Que la lengua de esta tierra es todo una y que esto aprovecho mucho para
su conversion aunque en las costas ay alguna diferencia en vocablos y en
el tono de hablar y que assi los de la costa son mas pulidos en su trato,
y lengua, y que las mugeres se cubren los pechos, y las demas adentro no.

Que esta tierra esta partida en provincias sujectas a los pueblos de
españoles mas cercanos. Que la provincia de _Chectemal_ y _Bac-halal_
esta sujeta a Salamanca. La provincia de _Ekab_, de _Cochuah_ y la de
_Kupul_ estan sujetas a Valladolid. La de _Ahkin-Chel_ y _Yzamal_, la de
_Zututa_, la de _Hocabaihumun_, la de _Tutuxiu_, la de _Cehpech_, la de
_Chakan_, estan sujetas a la ciudad de Merida, la de _Camol_ y _Campech_,
y _Champutun_ y _Tixchel_ acuden a St Francisco de Campeche.

Que en Yucatan ay muchos edificios de gran hermosura que es la cosa mas
señalada que se ha descubierto en las Indias, todos de canteria muy bien
labrada sin aver ningun genero de metal en ella con que se pudiesse
labrar. Que estan estos edificios muy cerca unos de otros y que son
templos, y que la razon de aver tantos es por mudarse las poblaciones
muchas vezes y que en cada pueblo labravan un templo por el gran aparejo
que ay de piedra y cal, y cierta tierra blanca excellente para edificios.

Que estos edificios no son hechos por otras naciones sino por indios lo
qual se ve por nombres de piedra desnudos, y honestados de unos largos
listones que llaman en su lengua _ex_, y de otras divisa, que los indios
traen.

Que estando este religioso autor desta obra en aquella tierra se hallo en
un edificio que desbarataron, un cantaro grande con tres asas, pintado de
unos fuegos plateados por de fuera, y dentro ceniza de cuerpo quemado, y
algunos guessos de los brazos y piernas muy gruessos a maravilla, y tres
cuentas de piedra buenas de las que usavan los indios por moneda. Que
estos edificios de Yzamal eran XI o XII por todos sin aver memoria de los
fundadores, y que en uno dellos, a instancia de los indios, se poblo un
monesterio, el año de MDXLIX que se llamo St Antonio.

Que los segundos edificios mas principales son los de _Tikoch_ y
_Chicheniza_ los quales se pintaran despues. Que Chicheniza es un
assiento muy bueno, X leguas de Yzamal y XI de Valladolid, donde dizen
que reynaron tres SSʳᵉˢ hermanos que vinieron a aquella tierra de la
parte de Poniente, los quales eran muy religiosos, y que assi edificaron
muy lindos templos y que vivieron sin mugeres muy honestamente, y que
el uno de estos se murio o se fue, por lo qual los otros se hizieron
parçiales y deshonestos, y que por esto los mataron. La pintura del
edificio mayor pintaremos despues, y escriviremos la manera del pozo
donde hechavan hombres vivos en sacrificio, y otras cosas preciosas:
tiene mas de VII estados de hondo hasta el agua y de ancho mas de cient
pies hecho redondo en una peña tajada, que es maravilla, y el agua parece
verde, dizen que lo causan la arboleda de que esta cercado.


§ V.—_Provinces du Yucatan. Ses principaux édifices antiques._

Quelques anciens du Yucatan disent avoir entendu de leurs ancêtres que
cette terre fut occupée par une race de gens qui entrèrent du côté du
levant et que Dieu avait délivrés en leur ouvrant douze chemins par la
mer. Or si cela était vrai, il s’ensuivrait nécessairement que des Juifs
seraient descendus tous les habitants des Indes Occidentales, parce
que, passé le détroit de Magellan, ils avaient dû s’étendre en plus de
deux mille lieues de terre, dans ce qui est aujourd’hui gouverné par
l’Espagne[25].

Dans ce pays, il n’y a qu’une seule langue, ce qui a été fort utile pour
sa conversion, quoique sur les côtes il y ait quelque différence dans
les mots et dans la manière de parler. Ceux de la côte sont aussi plus
aimables dans leur commerce habituel et plus gracieux dans leur langage;
les femmes s’y couvrent la gorge, ce qu’elles ne font pas à l’intérieur.

Cette contrée est partagée en provinces sujettes aux localités espagnoles
les plus voisines. La province de _Chectemal_ et de _Bac-halal_ est
sujette à Salamanca[26]. La province d’_Ekab_, celle de _Cochuah_ et
celle de _Kupul_ sont sujettes à Valladolid[27]. Celle d’_Ahkinchel_
et d’_Yzamal_, celle de _Zututa_, celle de _Hocabai-Humun_, celle de
_Tutu-Xiu_, celles de _Cehpech_ et de _Chakan_ sont sujettes à la cité
de Merida[28]; celle de _Camol_, de _Campech_, de _Champutun_ et de
_Tixchel_ relèvent de San Francisco de Campêche.

Il y a dans le Yucatan beaucoup d’édifices de grande beauté, qui sont
la chose la plus remarquable qu’on ait découverte dans les Indes; ils
sont tous de pierre de taille fort bien travaillée, quoiqu’il n’y ait en
ce pays aucun métal avec lequel on ait pu les mettre en œuvre[29]. Ces
édifices, qui sont fort rapprochés les uns des autres, sont des temples,
et la raison pour laquelle il y en a tant, c’est que les populations
changeaient fréquemment de localité; or, en chaque bourgade ils
édifiaient un temple, en vue de l’abondance extraordinaire de la pierre
et de la chaux et d’une terre blanche qui s’y trouve, particulièrement
propre à bâtir.

Tous ces édifices sont construits par les mêmes nations d’Indiens qui les
habitent aujourd’hui, ce qui se voit clairement par les hommes de pierre
nus et ayant les parties naturelles couvertes de certaines ceintures
qu’ils appellent dans leur langue _ex_, comme aussi par d’autres objets
que portent les Indiens.

Or, le religieux qui a écrit ce livre se trouvant dans ce pays, on
découvrit dans un édifice en démolition une grande urne à trois anses,
peinte de couleurs argentées au dehors et renfermant les cendres
d’un corps brûlé, avec quelques-uns des os des bras et des jambes
d’une merveilleuse grosseur, ainsi que trois objets de pierre bleue
travaillés[30], de la classe de ceux qui servaient aux Indiens de
monnaie. Quant aux édifices d’Yzamal, il y en avait onze ou douze, mais
sans qu’on connaisse les fondateurs d’aucun d’eux[31]. Or, sur les
instances des Indiens, on en occupa un, en y construisant, en 1549, un
monastère qu’on appela de San Antonio[32].

Après ceux-ci, les édifices les plus remarquables sont ceux de
_Tikoch_[33] et de _Chichen-Itza_ qu’on décrira plus tard. Chichen-Itza
est une localité fort bonne, située à dix lieues d’Yzamal et à onze
lieues de Valladolid. On dit que trois seigneurs qui étaient frères, et
qui vinrent en cette contrée du côté du couchant, y régnèrent autrefois:
ils étaient fort religieux; c’est pourquoi ils édifièrent de fort beaux
temples et vécurent sans femmes d’une manière fort honnête. Mais l’un
d’eux étant venu à mourir ou s’en étant allé, les deux autres se
conduisirent injustement et sans décence, d’où il advint qu’on les
mit à mort[34]. Nous esquisserons plus loin le dessin de l’édifice
principal[35] et nous décrirons le puits où ils jetaient vivants les
hommes en sacrifice, ainsi que d’autres choses précieuses: il a plus
de sept stades de profondeur jusqu’à l’eau et plus de cent pieds de
diamètre, taillé en rond dans la roche vive d’une manière admirable;
l’eau en paraît verte, ce qui provient, dit-on, du bocage dont ce lieu
est environné[36].


§ VI.—_De Cuculcan y de la edificacion de Mayapan._

Que es opinion entre los indios que con los _Izaes_ que poblaron a
Chicheniza reyno un gran señor llamado _Cuculcan_, y que muestra ser
verdad el edificio principal que se llama _Cuculcan_. Y dizen que entro
por la parte de Poniente, y que difieren en si entro antes o despues de
los izaes, o con ellos, y dizen que fue bien dispuesto, y que no tuvo
muger ne hijos, y que despues de su buelta fue tenido en Mexico por
uno de sus dioses, y llamado _Cezalcouati_, y que en Yucatan tambien
le tuvieron por dios por ser gran republicano, y que esto se vio en el
assiento que puso en Yucatan despues de la muerte de los señores para
mitigar la discussion que sus muertes causaron en la tierra.

Que este Cuculcan torno a poblar otra cibdad, tratandolo con los señores
naturales de la tierra en que el y ellos viniessen, y que alli viniessen
todas las cosas y negocios y que para esto eligieron un assiento muy
bueno VIII leguas mas dentro en la tierra que donde esta agora Merida XV
o XVI de la mar, y que alli cercaron de una muy ancha pared de piedra
seca como medio quarto de legua, dexando solas dos puertas angostas y
la pared no muy alta, y que en medio desta cerca hizieron sus templos y
que al mayor, que es como el de Chicheniza llamaron _Cuculcan_, y que
hizieron otro redondo con quatro puertas, diferente de quantos ay en
aquella tierra, y otros muchos a la redonda, juntos unos a otros, y que
dentro deste cercado hizieron casas para los señores solos entre los
quales repartieron toda la tierra, dando pueblos a cada uno, conforme
a la antiguedad de su linaje y ser de su persona, y que Cuculcan
puso nombre a la cibdad, no del suyo, como hizieron los _Ahizaes_
en Chicheniza que quiere dezir el _Pozo de los Aizaes_, mas llamola
_Mayapan_ que quiere dezir el _Pendon de la Maya_, porque a la lengua
de la tierra llaman _Maya_ y que los Indios llaman _Ychpa_, que quiere
dezir _Dentro de las Cercas_.

Que este Cuculcan vivio con los señores algunos años en aquella cibdad,
y que dexandolos en mucha paz y amistad se torno por el mismo camino a
Mexico, y que de passada se detuvo en Champoton, y que para memoria suya
y de su partida hizo dentro en la mar un buen edificio al modo del de
Chicheniza, un gran tiro de piedra de la ribera, y que assi dexo Cuculcan
en Yucatan perpetua memoria.


§ VI.—_De Cuculcan et de la fondation de Mayapan._

C’est une opinion commune entre les Indiens qu’avec les _Itzaes_ qui
occupèrent Chichen-Itza, régna un grand prince, nommé _Cuculcan_[37],
ce que confirme le nom de l’édifice principal, appelé _Cuculcan_. Ils
racontent qu’il arriva du côté du couchant; mais ils ne s’accordent pas
sur le point, s’il vint avant ou après ou avec les Itzaes[38]. Ils disent
que c’était un homme bien dispos, qu’il n’eut ni femme ni enfants, et
qu’après son départ il fut regardé au Mexique comme un dieu et appelé
_Cezalcouati_[39]. On le vénéra également comme un dieu dans le Yucatan,
à cause de son zèle pour le bien public, et cela se vit dans l’ordre
qu’il établit dans le Yucatan, après la mort des seigneurs, afin de
calmer les dissentiments que leur assassinat avait causés dans le pays.

Ce Cuculcan établit ensuite une autre ville, d’accord avec les seigneurs
de la contrée, où ils convinrent de se rendre et de faire venir toutes
les affaires: à cet effet, ils choisirent une très-bonne localité à
huit lieues plus à l’intérieur du pays que celle où est actuellement
Mérida, à quinze ou seize lieues de la mer. Ils l’environnèrent d’une
fort large muraille de pierre sèche, d’environ un demi-quart de lieue de
circonférence, n’y laissant que deux portes très-étroites: la muraille
n’était pas bien haute, et au centre de cette enceinte ils édifièrent
leurs temples, donnant au plus grand, ainsi qu’à Chichen-Itza, le nom
de Cuculcan. Ils en firent encore un autre de forme ronde, avec quatre
portes, entièrement différent de tous ceux qu’il y a dans le Yucatan,
et un grand nombre d’autres à l’entour: dans la même enceinte, ils
construisirent des maisons pour les seigneurs seulement, partageant
entre eux la terre, attribuant des villes et villages à chacun, suivant
l’ancienneté de sa famille et ses qualités personnelles. Quant à la cité,
Cuculcan ne lui donna pas son nom, comme avaient fait les _Ahizaes_ à
Chichen-Itza, mais il l’appela _Mayapan_, ce qui veut dire l’Étendard de
la Maya, parce qu’ils nomment la langue du pays _maya_, et les Indiens
disent[40] encore aujourd’hui _Ychpa_, ce qui signifie en dedans des
fortifications.

Cuculcan vécut avec ces seigneurs durant quelques années dans cette
ville: ensuite les ayant laissés dans une profonde paix et amitié, il
s’en retourna par le même chemin au Mexique[41]. En passant, il s’arrêta
à Champoton, et en mémoire de son séjour et de son départ, on érigea en
dedans de la mer un bon édifice à la manière de ceux de Chichen-Itza,
à un bon jet de pierre du rivage; c’est ainsi que Cuculcan laissa un
souvenir perpétuel en Yucatan[42].


§ VII.—_Gobierno politico. Sacerdotes, ciencias y libros de Yucatan._

Que partido Cuculcan acordaron los señores para que la republica durasse
que tuviesse el principal mando la casa de los _Cocomes_, por ser mas
antigua o mas rica, o por ser el que la regia entonces hombre de mas
valor, y que hecho esto ordenaron que pues en el cercado no avia sino
templos y casas para los señores y gran sacerdote, que se hiziessen
fuera de la cerca casas donde cada uno de ellos tuviesse alguna gente
de servicio y donde los de sus pueblos acudiessen quando viniessen a la
cibdad con negocios, y que en estas casas puso cada uno su mayordomo, el
qual traya por señal una vara gorda y corta y que le llamavan _Caluac_;
y que este tenia cuenta con los pueblos, y con los que los regian, y que
a ellos se embiava aviso de lo que era menester en casa del señor como
aves, maiz, miel, sal, pesca, caça, ropa y otras cosas, y que el _Caluac_
acudia siempre a la casa del señor y veia lo que era menester en ella, y
lo proveya luego porque su casa era como oficina de su señor.

Que acostumbravan buscar en los pueblos los mancos y ciegos y que les
davan lo necessario.

Que los señores proveian de governadores y si les eran acceptos
confirmavan en sus hijos los oficios y que les encomendavan el buen
tratamiento de la gente menuda, y la paz del pueblo, y el ocuparse en
trabajar paraque se sustentassen ellos y los señores.

Que todos los señores tenian cuenta con visitar, respetar, alegrar a
Cocom, acompañandole y festejandole y acudiendo a el con los negocios
arduos y que entre si bivian muy en paz y en mucho passatiempo como ellos
lo usan tomar en vailes y combites y caças.

Que los de Yucatan fueron tan curiosos en las cosas de la religion
como en las del govierno, y que tenian un gran sacerdote que llamavan
_Ahkin-Mai_, y por otro nombre _Ahau-Can-Mai_, que quiere dezir _el
Sacerdote Mai_ o _el Gran Sacerdote Mai_, y que este era muy reverenciado
de los señores el qual no tenia repartimiento de indios, pero que sin
las offendas, le hazian presentes los señores y que todos los sacerdotes
de los pueblos le contribuian: y que a este le succedian en la dignidad
sus hijos y parientes mas cercanos, y que en este estava la llave de sus
sciencias, y que en estas tratavan lo mas, y que davan consejo a los
señores y respuestas a sus preguntas; y que cosas de los sacrificios
pocas vezes las tratava sino en fiestas muy principales, o en negocios
muy importantes; y que este proveia de sacerdotes a los pueblos quando
faltavan, examinandoles en sus sciencias y cerimonias, y que les
encargava las cosas de sus officios y el buen exemplo del pueblo y
proveya de sus libros y los embiava, y que estos attendian al servicio de
los templos, y a enseñar sus sciencias y escrivir libros de ellas.

Que enseñavan los hijos de los otros sacerdotes, y a los hijos segundos
de los señores que los llevavan para esto desde niños, si veian que se
inclinavan a este officio.

Que las sciencias que enseñavan eran la cuenta de los años, meses y
dias, las fiestas y cerimionias, la administracion de sus sacramentos,
los dias y tiempos fatales, sus maneras de adivinar y sus prophecias,
los acaecimientos, y remedios para los males, y las antiguedades, y leer
y escrivir con sus libres y carateres con los quales escrivian y con
figuras que significavan las escrituras.

Que escrivian sus libros en una hoja larga doblada con pliegues, que
se venia a cerrar toda entre dos tablas que hazian muy galanas y que
escrivian de una parte y de otra a colunas, segun eran los pliegues, y
que este papel hazian de raizes de un arbol, y que le davan un lustre
blanco en que se podia bien escrivir, y que sabian de estas sciencias
algunos principales señores, por curiosidad, y que por esto eran mas
estimados, aunque no lo usavan en publico.


§ VII.—_Gouvernement politique. Sacerdoce, sciences et livres du Yucatan._

Cuculcan étant parti, les seigneurs s’accordèrent pour le bon ordre et
la durée de la république à donner le commandement principal à la maison
des _Cocomes_[43], soit parce qu’elle était la plus ancienne ou la plus
riche, soit que celui qui était à sa tête, en ce temps-là, fût l’homme le
plus considérable. Cela fait, voyant qu’il n’y avait dans l’intérieur de
l’enceinte que des temples et des maisons pour les seigneurs et le grand
prêtre, ils ordonnèrent que l’on construisît au dehors d’autres maisons
où chacun d’eux pût avoir, au besoin, des gens de service, et où ceux de
leur province pussent trouver place, quand ils viendraient à la capitale
pour leurs affaires: chacun alors établit dans sa maison un intendant,
lequel portait pour insigne un bâton court et gros, qu’ils appelaient
_Caluac_; celui-ci avait à sa charge les diverses localités de la
province et ceux qui les gouvernaient; ceux-ci, à leur tour, recevaient
l’avis de ce qui était nécessaire dans la maison du seigneur, comme les
oiseaux, le maïs, le miel, le sel, le poisson, le gibier, les étoffes et
autres choses. Quant au _Caluac_, il assistait toujours dans la maison de
son seigneur, afin de voir ce qui y manquait et de la pourvoir de tout
aussitôt, sa maison étant comme l’office du palais.

On avait coutume de rechercher dans les villes et villages les estropiés
et les aveugles, afin de leur donner le nécessaire.

Les seigneurs pourvoyaient au gouvernement de ces localités et
confirmaient les fils dans les emplois de leurs pères, s’ils le tenaient
pour agréable; ils leur recommandaient de traiter avec bienveillance le
pauvre peuple, de maintenir la paix et de faire en sorte que les gens
s’occupassent de leurs travaux, pour se sustenter eux-mêmes ainsi que
leurs seigneurs.

Tous les seigneurs avaient l’obligation de visiter, de respecter et de
réjouir Cocom, l’accompagnant, lui faisant fête et se réunissant autour
de lui pour toutes les négociations importantes. Ils vivaient en paix les
uns avec les autres, ayant beaucoup de divertissements, durant lesquels
ils s’entretenaient en danses, en festins et en chasses, suivant leur
usage.

Les indigènes du Yucatan n’étaient pas moins attentifs aux choses de
la religion qu’à celles du gouvernement. Ils avaient un grand prêtre
qu’ils nommaient _Ahkin-Mai_ et autrement _Ahau-Can-Mai_, ce qui veut
dire le Prêtre-Mai ou le Grand Prêtre-Mai[44]: c’était un personnage
très-respecté des seigneurs, qui n’avait eu aucune part à la distribution
des domaines; mais, en outre des offrandes, les seigneurs lui faisaient
des présents, et les prêtres de toutes les communes lui apportaient une
contribution. Les fils ou les parents les plus proches succédaient au
grand prêtre dans sa dignité: en lui était la clef de leurs sciences, et
c’était à quoi ils s’appliquaient le plus; car c’étaient les prêtres qui
donnaient des conseils aux seigneurs et des réponses à leurs questions.
Quant aux choses qui avaient rapport aux sacrifices, ils en traitaient
rarement en dehors des fêtes principales ou des assemblées réunies
pour des affaires importantes. C’était le grand prêtre qui nommait les
prêtres, quand ils venaient à manquer dans les communes, les examinant
auparavant dans les sciences et les cérémonies: il leur recommandait
les choses de leur office et le bon exemple envers le peuple, les
pourvoyaient des livres à leur usage, après quoi il les envoyait; ceux-ci
à leur tour s’employaient au service des temples, à enseigner leurs
diverses sciences comme à écrire les livres qui les contenaient.

Ils instruisaient les fils des autres prêtres et les fils cadets des
princes qu’on leur amenait à cet effet dans leur enfance, si l’on
remarquait qu’ils fussent enclins à cet office.

Les sciences qu’ils enseignaient étaient la computation des années,
mois et jours, les fêtes et les cérémonies, l’administration de leurs
sacrements, les jours et époques fatales, l’art de la divination et les
prophéties, les événements à venir, les remèdes pour les maladies, ainsi
que leurs antiquités, avec l’art de lire et d’écrire selon les lettres et
caractères à l’aide desquels ils écrivaient, comme aussi avec les figures
qui signifiaient des écritures.

Leurs livres étaient écrits sur une grande feuille, doublée en plis,
qu’on renfermait ensuite entre deux planches qui étaient ornées avec
soin; ils écrivaient de l’un et de l’autre côté en colonnes, suivant
l’arrangement des plis; quant au papier, ils le faisaient des racines
d’un arbre et lui donnaient un vernis blanc sur lequel on écrivait
très-bien[45]. Il y avait de ces sciences que cultivaient par goût des
seigneurs de haut rang, ce qui ajoutait à leur considération, quoiqu’ils
ne s’en servissent pas publiquement.


§ VIII.—_Llegada de los Tutuxivis y alianza que hicieron con les señores
de Mayapan. Tirania de Cocom, ruina de su poder y de la ciudad de
Mayapan._

Que cuentan los indios que de parte de medio dia vinieron a Yucatan
muchas gentes con sus señores y parece aver venido de Chiapa aunque
los indios no lo saben; mas que este autor lo conjetura porque muchos
vocablos y composiciones de verbos es lo mismo en Chiapa y en Yucatan
y que ay grandes señales en la parte de Chiapa de lugares que an sido
despoblados. Y dizen que estas gentes anduvieron XL años por los
despoblados de Yucatan, sin aver en ellos agua sino la que llueve, y que
en fin de este tiempo aportaron a las sierras que caen algo en frente de
la cibdad, de Mayapan X leguas de alla, y que alli començaron a poblar
y hazer muy buenos edificios en muchas partes y que los de Mayapan
tomaron mucha amistad con ellos, y holgaron que labrassen la tierra como
naturales, y que assi estos de _Tutuxiu_ se sujetaron a las leyes de
Mayapan, y assi emparentaron unos con otros y que como el señor _Xiui_ de
los _Tutuxios_ era tal vino a ser muy estimado de todos.

Que estas gentes vivieron tan quietamente que no avia pleito ninguno,
ni usavan armas, ni arcos, aun para la caça, siendo agora excellentes
flecheros, y que solamente usavan lazos y trampas con que tomavan mucha
caça y que tenian cierto arte de tirar varas con un palo gruesso como
tres dedos, agujerado hazia la tercia parte, y largo seis palmos, y que
con el y unos cordeles tiravan fuerte y certezamente.

Que tenian leyes contra los delinquentes y las esecutavan mucho, como
contra el adultero que le entregavan al ofendido para que el le matasse,
soltando una piedra grande desde lo alto sobre la cabeza, o le perdonasse
si quisiesse, y que a las adulteras no davan otra pena mas de la infamia,
que entre ellos era cosa muy grave. Y que al que forçasse donzella le
matavan a pedradas, y cuentan un caso que el señor de los Tutuxios tenia
un hermano que fue acusado deste crimen, y le hizo apedrear, y despues le
hizo cubrir de un gran monton de piedras, y que dizen que tenian otra ley
antes de la poblacion desta cibdad, que mandava sacar las tripas por el
umbligo a los adulteros.

Que el governador Cocom entro en cudicia de riquezas, y que para esto
trato con la gente de guarnicion que los reyes de Mexico tenian en
Tabasco y Gicalango, que les entregaria la cibdad, y que assi truxo
gente mexicana a Mayapan, y oprimio los pobres y hizo muchos esclavos, y
que le mataran los señores, si no tuvieran miedo a los mexicanos; y que
el señor de los Tutuxios nunca consintió en esto, y que viendose assi
los de Yucatan, aprendieron de los mexicanos el arte de las armas, y
que assi salieron maestros del arco y flecha y de la lança y hachuela y
sus rodelas y iacos fuertes de sal y algodon, y de otros pertrechos de
guerra, y que ya no se admiravan de los mexicanos ni los temian, antes
hazian poca cuenta de ellos y que en esto passaron algunos años.

Que aquel Cocom fue primero el que hizo esclavos pero que deste mal se
siguio usar las armas con que se defendieron para que no fuessen todos
esclavos.

Que entre los successores de la casa Cocomina uvo uno muy orgulloso, y
imitador de Cocom, y que este hizo otra liga con los de Tavasco, y que
metio mas Mexicanos dentro de la cibdad, y que començo a tyranizar y
hazer esclavos a la gente menuda; y que por esto se juntaron los señores
a la parte de Tutuxiu, el qual era gran republicano como sus passados,
y que concertaron de matar a Cocom, y que assi le hizieron, matando
tambien a todos sus hijos, sin dexar mas de uno que estava ausente, y que
le sequearon la casa y le tomaron las heredades que tenia de cacau y de
otras frutas, diziendo que se pagavan de lo que les avia robado, y que
duraron tanto los vandos entre los Cocomes que dezian ser injustamente
echados, y los Xiuis, que despues de aver estado en aquella cibdad mas de
D años, la desampararon y despoblaron, yendose cada uno a su tierra.


§ VIII.—_Arrivée des Tutul-Xius et leur alliance avec les rois de
Mayapan. Tyrannie des Cocomes, ruine de leur puissance et abandon de
Mayapan._

Les Indiens racontent que, du côté du midi, entrèrent au Yucatan des
tribus nombreuses avec leurs chefs, et il paraît qu’elles seraient
venues de Chiapa, quoique les Indiens ne sachent pas le dire[46]; mais
l’auteur de ce livre le conjecture à cause d’un grand nombre de mots
et de constructions de verbes identiques au Chiapa et au Yucatan[47],
et qu’il y a au Chiapa des vestiges considérables de localités qui ont
été abandonnées[48]. Ils ajoutent que ces tribus furent errantes durant
quarante ans dans les solitudes du Yucatan, sans y avoir de l’eau,
sinon ce que la pluie leur donnait, et qu’au bout de ce temps-là, elles
arrivèrent aux montagnes qui tombent presque en face de Mayapan, à dix
lieues de cette ville: là, ajoutent-ils, elles commencèrent à occuper la
terre et à construire de bons édifices en beaucoup d’endroits, et que
ceux de Mayapan se lièrent d’une grande amitié avec elles, se réjouissant
de voir qu’elles cultivaient la terre comme les naturels du pays. De
cette manière, les gens de la race _Tutuxiu_, s’étant soumis aux lois de
Mayapan, ils s’allièrent les uns avec les autres, et ainsi le seigneur
_Xiui_ des Tutuxius en vint au point d’être fort estimé de tout le
monde[49].

Ces tribus vécurent d’une manière si paisible qu’il n’y avait aucune
sorte de querelles. Ces gens-là ne se servaient point d’armes, pas même
d’arcs pour la chasse, quoiqu’il y ait aujourd’hui d’excellents archers
parmi eux[50]. Ils se contentaient alors de se servir de lacs et de
piéges, à l’aide desquels ils prenaient beaucoup de gibier; ils avaient
aussi un art particulier pour tirer des baguettes à l’aide d’un morceau
de bois de trois doigts, troué au tiers de sa longueur, et avec cela ils
tiraient fort et juste.

Les Mayas avaient des lois contre les délinquants et les exécutaient
rigoureusement: ainsi en était-il de l’adultère qu’ils remettaient aux
mains du mari outragé, afin qu’il le tuât, en lui jetant de haut une
grosse pierre sur la tête, ou lui pardonnât s’il le jugeait à propos;
quant aux femmes coupables, elles ne subissaient d’autre peine que celle
de l’infamie, qui parmi elles était une chose fort grave. Mais à celui
qui forçait une jeune fille on donnait la mort par lapidation. On raconte
à ce sujet qu’un prince des Tutuxius, ayant un frère qu’on accusa de
ce crime, il le fit lapider et ensuite couvrir son cadavre d’un grand
monceau de pierres. On ajoute qu’il y avait une autre loi, antérieure à
la fondation de cette ville[51], par laquelle il était ordonné d’arracher
par l’ombilic les entrailles aux adultères.

Le roi Cocom ayant commencé à convoiter des richesses, traita à cet effet
avec les troupes de garnison que les rois du Mexique entretenaient à
Tabasco et à Xicalango[52], afin de leur confier la garde de la capitale.
C’est ainsi qu’il amena des gens de race mexicaine à Mayapan, opprimant
les pauvres et faisant beaucoup d’esclaves, au point que les princes
l’auraient fait mourir, sans la crainte qu’ils avaient des Mexicains.
Mais le chef des Tutuxius ne consentit jamais à cette tyrannie: les
Yucatèques se trouvant dans cette situation, apprirent des Mexicains
l’usage des armes; ils devinrent si habiles à manier l’arc et la flèche,
la lance et la hache, les rondaches et les sayes, faites de sel et de
coton[53], ainsi que les autres engins de guerre, qu’ils cessèrent
d’admirer les Mexicains et de les craindre, faisant, au contraire, peu
d’estime d’eux, et dans cette situation ils passèrent quelques années.

Ce Cocom fut le premier qui eût fait des esclaves; de cette manière
d’agir si pernicieuse data l’usage des armes avec lesquelles les
habitants se défendirent pour ne pas être tous réduits en esclavage.

Entre les successeurs de la maison de Cocom, il y en eut un fort
orgueilleux, imitateur de l’autre Cocom, qui s’étant ligué avec ceux de
Tabasco, augmenta le nombre des Mexicains qui étaient dans la capitale.
Il commença à son tour à tyranniser et à faire des esclaves parmi le
bas peuple: alors les seigneurs se réunirent au chef des Tutuxius,
grand ami du bien public, comme ses ancêtres, et conjurèrent la mort de
Cocom. C’est ce qu’ils exécutèrent, tuant en même temps tous ses fils,
à l’exception d’un seul qui était absent: ils saccagèrent son palais,
lui enlevèrent ses domaines, tant en cacao qu’en autres produits, disant
qu’ils se payaient de ce qui leur avait été pris. Les querelles entre
les Cocomes qui disaient avoir été injustement dépouillés et les Xiuis,
durèrent ensuite si longtemps, que plus de cinq cents ans après avoir été
dans cette capitale, ils l’abandonnèrent et la laissèrent en solitude,
chacun s’en retournant à son pays[54].


§ IX.—_Monumento cronologico de Mayapan. Establecimiento del reino de
Zututa. Orígen de los Cheles. Los tres reinos principales de Yucatan._

Que conforme a la cuenta de los indios avra C y XX años que se despoblo
Mayapan, y que se hallan en la plaça de aquella cibdad VII o VIII piedras
de a X pies en largo cada una, redondas por la una parte, bien labradas,
y que tienen algunos renglones de los caracteres que ellos usan, y que
por estar gastadas de la agua no se pueden leer, mas piensan que es
memoria de la fundacion y destruicion de aquella cibdad, y que otras
semejantes estan en _Zilan_, pueblo de la costa aunque mas altas, y que
los naturales preguntados que cosa era respondieron que acostumbravan
erigir de XX en XX años que es el numero que tienen de contar sus edades,
una piedra de aquellas. Mas parece que no lleva camino, porque segun
esto, avia de aver muchas mas, principalmente que no les ay en otros
pueblos sino en Mayapan y Zilan.

Que lo principal que llevaron a sus tierras estos señores que
desampararon a Mayapan fueron los libros de sus sciencias, por que
siempre fueron muy sujetos a los consejos de sus sacerdotes y que por
eso ay tantos templos en aquellas provincias.

Que el hijo de Cocom el que escapo de la muerte por estar absente en
sus contrataciones en tierra de _Ulua_, que es adelante de la villa de
Salamanca, como supo la muerte de su padre y el desbarato de la cibdad,
vino muy presto, y que se junto con sus parientes y vassallos y poblo
un lugar que llamo _Tibulon_, que quiere dezir _Jugados fuimos_, y que
edificaron otros muchos pueblos en aquellos montes y procedieron muchas
familias de estos Cocomes y que la provincia donde manda este señor se
llama Zututa.

Que estos señores de Mayapan no tomaron vengança de los Mexicanos que
ayudaron a Cocom, viendo que fueron persuadidos por el governador de
la tierra y por que eran estrangeros, y que assi los dexaron, dandoles
facultad para que poblassen en pueblo apartado para si solos, o se
fuessen de la tierra, y que no pudiessen casar con los naturales de
ella, sino entre ellos, y que estos escogieron quedarse en Yucatan y no
bolver a las lagunas y mosquitos de Tavasco, y poblaron en la provincia
de _Canul_, que les fue señalada y que alli duraron hasta las guerras
segundas de los españoles.

Dizen que entre los XII sacerdotes de Mayapan uvo uno muy sabio que tuvo
una sola hija a la qual caso con un mancebo noble, llamado _Achchel_, el
qual uvo hijos que se llamaron como el padre, conforme a la usança de la
tierra, y dizen que este sacerdote aviso a su yerno de la destruicion de
aquella cibdad, y que este supo mucho en las sciencias de su suegro, el
qual dizen que le escrivio ciertas letras en la tabla del braço izquierdo
de gran importancia para ser estimado, y que con esta gracia poblo en
la costa hasta que vino a hazer assiento en _Tikoch_, siguiendole gran
numero de gentes. Y que assi fue muy insigne poblacion aquella de los
_Cheles_ y poblaron la mas insigne provincia de Yucatan que llamaron
de su nombre la provincia de _Ahkinchel_, y es la de Yzamal donde
residieron estos Cheles y se multiplicaron en Yucatan hasta la entrada
del Adelantado Montejo.

Que entre estas tres casas de señores principales que eran _Cocomes_,
_Xiuies_ y _Cheles_, uvo grandes vandos y enemistades, y oy en dia
con ser christianos los ay. Los Cocomes dezian a los Xiuies que eran
estrangeros y traidores, matando a su señor natural y robandole su
hazienda. Los Xiuies dezian ser tan buenos como ellos y tan antiguos y
tan señores, y que no fueron traidores, sino libertadores de la patria,
matando al tyrano. El Chel dezia que era tan bueno como ellos en linaje,
por ser nieto de un sacerdote el mas estimado de Mayapan y que por su
persona era mayor que ellos, pues avia sabido hazerse tan señor como
ellos y que en esto se hazian desabrimiento en los mantenimientos, porque
el Chel que estava a la costa no queria dar pescado ni sal al Cocom,
haziendole ir muy lexos por ello y el Cocom no dexava sacar caça ni
frutas al Chel.


§ IX.—_Monument chronologique de Mayapan. Fondation du royaume de Zotuta.
Origine des Chèles. Les trois Etats principaux du Yucatan._

Suivant la computation des Indiens, il y aura cent vingt ans de l’abandon
de Mayapan[55]. On trouve dans la place de cette ville sept ou huit
pierres, de dix pieds de longueur chacune et rondes par le bout, bien
travaillées, et offrant plusieurs inscriptions en caractères de ceux dont
ils usent, mais qui, pour avoir été trop effacés par les eaux, ne peuvent
plus se lire[56]: on pense, toutefois, qu’elles portent la mémoire de la
fondation et de la destruction de cette capitale; car il y en a d’autres
semblables à _Zilan_, qui est une localité de la côte[57], quoiqu’elles
soient plus hautes. Or, les naturels du pays, interrogés à ce sujet,
répondent qu’ils avaient accoutumé ériger de vingt en vingt ans, ce qui
est le chiffre de la computation de leurs cycles, une de ces pierres;
mais il paraît qu’on ne s’y reconnaît pas, car d’après cela il devrait y
en avoir bien d’autres, d’autant plus qu’on n’en retrouve qu’à Mayapan et
à Zilan[58].

Ce que les seigneurs qui abandonnèrent Mayapan, emportèrent de plus
important, en se retirant dans leurs domaines, ce furent les livres de
leurs sciences; car ils furent toujours soumis aux conseils de leurs
prêtres, et c’est pour cela qu’il y a tant de temples dans ces provinces.

Quant au fils de Cocom qui avait échappé à la mort, par son absence,
il se trouvait dans la terre d’_Ulua_, qui est située au delà de la
ville de Salamanca[59], occupé d’affaires commerciales: apprenant la
mort de son père et la destruction de la capitale, il revint au plus
tôt, et réunissant ses parents et ses vassaux, il alla s’établir dans
une localité qu’il appela _Tibulon_, ce qui veut dire: Nous avons été
joués[60]. Ils bâtirent dans ces lieux boisés un grand nombre de villes
et de bourgades: de la famille de ces Cocom procédèrent des familles
nombreuses, et la province où ce prince régna s’appelle _Zututa_[61].

Considérant que les Mexicains qui avaient prêté leur aide à Cocom, ne
l’avaient fait que sur l’invitation du souverain du pays, et qu’ils
étaient étrangers, les seigneurs qui avaient désemparé Mayapan, ne
songèrent point à tirer d’eux aucune vengeance: ils les laissèrent
tranquilles, leur donnant la faculté, soit de s’établir dans une partie
de la contrée, séparés de la nation, soit de s’en aller, ne permettant
pas toutefois à ceux qui resteraient, de se marier avec des femmes du
pays, mais avec leurs propres filles. Ils préférèrent néanmoins demeurer
dans le Yucatan, plutôt que de retourner aux lagunes et moustiques de
Tabasco; ils prirent alors possession de la province de _Canul_, qu’on
leur signala[62] et où ils restèrent jusqu’à la seconde guerre des
Espagnols[63].

Entre les douze prêtres de Mayapan[64], il y en eut un, à ce qu’on dit,
qui était renommé pour sa sagesse; n’ayant qu’une fille unique, il la
maria à un jeune homme noble, appelé _Achchel_[65], lequel eut plusieurs
fils qui portèrent le nom de leur père, suivant l’usage du pays. On
raconte que ce prêtre avait prédit à son gendre la destruction de cette
capitale: celui-ci, de son côté, s’instruisit considérablement dans les
sciences de son beau-père qui, à ce qu’on ajoute, écrivit sur la partie
charnue de son bras gauche certaines lettres d’une grande importance
dans l’opinion publique[66]. Ayant reçu cette faveur, il alla s’établir
vers la côte, fondant le siége de son autorité à _Tikoch_, où le suivit
une population nombreuse: telle fut l’origine de l’illustre famille
des _Chèles_, dont les adhérents occupèrent la plus considérable des
provinces du Yucatan, qu’ils appelèrent de leur nom _Ahkin-Chel_, qui est
la même qu’_Yzamal_ où ces Chèles résidèrent[67], se multipliant dans
toute la péninsule jusqu’à l’arrivée de l’adelantado Montejo.

Entre ces trois grandes maisons princières des Cocomes, des Xiuis et
des Chèles, il y eut constamment des luttes et des haines cruelles, et
elles durent même encore aujourd’hui, qu’ils sont devenus chrétiens. Les
Cocomes disaient aux Xiuis qu’ils étaient des étrangers et des traîtres
qui avaient assassiné leur souverain et volé ses domaines. Les Xiuis
répondaient, disant qu’ils n’étaient ni moins bons ni moins anciens ni
moins princes qu’eux, et que loin d’être des traîtres, ils avaient été
les libérateurs de la patrie, en mettant à mort le tyran. Le Chel, à
son tour, prétendait être d’aussi noble famille que les deux autres,
puisqu’il était le descendant du prêtre le plus estimé de Mayapan; que
quant à lui personnellement, il valait mieux que ses émules, puisqu’il
avait su se créer une royauté comme eux. D’un autre côté, ils se
reprochaient mutuellement l’insipidité de ce qu’ils mangeaient, puisque
le Chel, habitant la côte, ne voulait donner ni poisson ni sel au Cocom,
l’obligeant ainsi à envoyer fort loin pour ces deux choses, et que le
Cocom ne permettait au Chel de tirer ni gibier ni fruits de ses États.


§ X.—_Varias calamidades esperimentadas en Yucatan en el siglo anterior á
la conquista, huracan, pestilencias, guerras, etc._

Que estas gentes tuvieron mas de XX años de abundancia y de salud y se
multiplicaron tanto que toda la tierra parescia un pueblo, y que entonces
se labraron los templos en tanta muchedumbre, como se vee oy en dia por
todas partes y que atravesando por montes se veen entre las arboledas
assientos de casas y edificios labrados a maravilla.

Que despues desta felicidad, una noche por ivierno vino un ayr como
a las seis de la tarde y fue cresciendo haziendose huracan de quatro
vientos y que este ayr derribo todos los arboles crecidos lo qual
hizo gran matança en todo genero de caça y que derribo todas las casas
altas las quales como son pajizas y tenian dentro lumbre por el frio,
se encendieron y abrasaron gran parte de la gente, y que si algunos
escapavan quedavan hechos pedaços de los golpes de la madera.

Y que duro este huracan hasta otro dia a las doze y que hallaron que
avian escapado los que moravan en casas pequeñas, y los moços recien
casados que alla usan hazer unas casillas en frente de sus padres o
suegros donde moran los primeros años, y que assi perdio entonces el
nombre la tierra que solia llamarse de los venados y pavos, y tan sin
arboles que los que agora ay parecen que se plantaron juntos, segun estan
nacidos a la ygual; y que mirando esta tierra de algunas partes altas,
parece que toda esta cortada con una tijera.

Que los que escaparon se animaron a edificar y cultivar la tierra, y se
multiplicaron mucho viniendoles XV años de salud y buenos temporales
y que el ultimo fue el mas fertil de todos y que quiriendo començar
a coger los frutos, sobrevinieron por toda la tierra unas calenturas
pestilenciales que duraron XXIIII horas, y despues que cessavan, se
hinchavan y rebentavan llenos de guzanos, y que con esta pestilencia
murio mucha gente y se quedo gran parte de los frutos por coger.

Que despues de cessado la pestilencia uvieron otros dies y seis años
buenos, en los quales se renovaron las passiones y vandos de manera
que murieron en batallas C y L mil hombres, y que con esta matança se
sosegaron y hizieron paz y descansaron por XX años, despues de los quales
les dio pestilencia de unos granos grandes que les podria el cuerpo con
gran hedor, de manera que se les caian los miembros a pedaços dentro de
quatro o cinco dias. Que avra que passo esta ultima plaga mas de L años,
y que la mortandad de las guerras fue XX años antes, y que la pestilencia
de la hinchazon y guzanos seria XVI años antes de las guerras, y el
huracan otros dies y seis antes que esta y XXII o XXIII despues de la
destruicion de la cibdad de Mayapan, que, segun esta cuenta, ha CXXV años
que se desbarrato dentro de los quales los de esta tierra an passado las
dichas miserias, sin otras muchas despues que començaron a entrar en ella
los españoles, assi por guerras como por otros castigos que Dios embio de
manera que es maravilla aver la gente que ay aunque no es mucha.


§ X.—_Calamités diverses qu’éprouve le Yucatan au siècle précédant la
conquête, ouragan, pestes, guerres, etc._

Ces diverses populations vécurent durant plus de vingt ans dans
l’abondance et la santé[68]. Elles se multiplièrent tellement, que
la terre entière ne paraissait faire qu’une seule ville: c’est alors
qu’ils construisirent des temples en si grand nombre, tels qu’on les
voit aujourd’hui de tous les côtés, et qu’en traversant les forêts, on
retrouve au milieu des bois des fondations de maisons et des édifices si
merveilleusement travaillés.

Mais à la suite de cette prospérité, pendant une nuit d’hiver, il
survint, vers les six heures du soir, un vent qui alla croissant, pour se
changer bientôt en un ouragan des quatre points cardinaux[69]: ce vent
renversa tous les arbres déjà grands, ce qui occasionna une destruction
considérable de bêtes fauves; il enleva pareillement toutes les maisons
élevées, lesquelles étant couvertes de paille et contenant du feu à
cause du froid, s’enflammèrent et firent périr beaucoup de monde dans
l’incendie; si quelques-uns s’échappèrent, ils restèrent estropiés des
coups qu’ils avaient reçus sous les madriers de leurs maisons.

Cet ouragan dura jusqu’au lendemain midi. On trouva que ceux qui en
étaient sortis sains et saufs, étaient ceux qui demeuraient dans les
maisons les plus petites, ainsi que les époux nouvellement mariés; car il
était d’usage pour ceux-ci d’habiter dans des cabanes érigées en face de
la maison de leur père ou de leur beau-père, pendant les premières années
qui suivent le mariage. Alors se perdit le nom que la péninsule avait
accoutumé de porter anciennement, de terre du gibier et des oiseaux; elle
resta tellement privée d’arbres, qu’il semble actuellement que ceux qu’il
y a furent replantés tous ensemble, tant ils sont nés d’égale hauteur, et
qu’en jetant les yeux sur le pays de quelque point élevé, on dirait que
les bois ont été partout taillés avec des ciseaux.

Quant à ceux qui se sauvèrent, ils s’animèrent à réédifier et à cultiver
la terre, et ils se multiplièrent considérablement avec quinze années
de santé et d’abondance qui se succédèrent, la dernière étant la plus
fertile de toutes. Mais, au moment où ils pensaient à commencer la
cueillée des fruits, il survint partout le pays certaines fièvres
pestilentielles qui duraient vingt-quatre heures: après qu’elles avaient
cessé, le corps des malades enflait, puis crevait rempli de vers, avec
quoi il mourut beaucoup de monde, les fruits de la terre restant en
majeure partie abandonnés sans être recueillis.

Après que cette épidémie eut disparu, il y eut de nouveau seize années
abondantes, durant lesquelles se renouvelèrent les passions et les
luttes, au point qu’en diverses batailles il périt cent cinquante mille
hommes. Ce ne fut qu’à la suite de ces massacres qu’on se calma; on fit
la paix et l’on eut vingt ans de repos: après cela survint une maladie,
consistant en quelques grosses pustules, de quoi le corps se putréfiait,
au point que les membres se détachaient l’un de l’autre au bout de
quatre ou cinq jours avec une grande puanteur[70]. Depuis l’époque de
cette mortalité, il s’est passé actuellement plus de cinquante ans: les
massacres causés par la guerre eurent lieu vingt ans avant; la peste
de l’enflure et des vers survint seize années avant les guerres; entre
celles-ci et l’ouragan, il s’en était passé seize autres, et jusqu’à cet
événement vingt-deux ou vingt-trois depuis la destruction de la cité
de Mayapan. Ainsi, suivant cette computation, il y a de l’abandon de
cette ville cent vingt-cinq ans, durant lesquels survinrent les diverses
calamités, rapportées plus haut, sans compter beaucoup d’autres, à la
suite desquelles les Espagnols commencèrent à entrer, et causées par la
guerre, ou par d’autres châtiments que Dieu a envoyés à ce pays, que
c’est un miracle d’y voir encore du monde, quoiqu’il n’y en ait pas
beaucoup.


§ XI.—_Profecias de la llegada de las españoles. Historia de Francisco de
Montejo, primer Adelantado de Yucatan._

Que como la gente mexicana tuvieron señales y prophecias de la venida
de los españoles y de la cessacion de su mando y religion, tambien los
tuvieron los de Yucatan algunos años antes que el Adelantado Montejo los
conquistasse y que en las tierras de _Mani_ que es en la provincia de
Tutuxiu, un indio llamado _Ahcambal_ y por officio _Chilan_, que es el
que tiene cargo de dar las respuestas del demonio, les dixo publicamente
que presto serian señoreados de gente estrangera, y les predicarian un
Dios, y la virtud de un palo que en su lengua llamo _vahom che_, que
quiere dezir palo enhiesto de gran virtud contra los demonios.

Que el successor de los Cocomes, llamado don Juan Cocom despues de
christiano, fue hombre de gran reputacion y muy sabio en sus cosas y en
las naturales bien sagaz y entendido, y que fue muy familiar del autor
deste libro fray Diego de Landa, y que le conto muchas antiguedades y
que le mostro un libro que fue de su aguelo, hijo del Cocom que mataron
en Mayapan y que en el estava pintado un venado y que aquel su aguelo le
avia dicho que quando en aquella tierra entrassen venados grandes, que
assi llaman a las vacas, cessaria el culto de los Dioses, y que se avia
cumplido, porque los españoles truxeron vacas grandes.

Que el Adelantado Francisco de Montejo fue natural de Salamanca y que
passo a las Indias despues de poblada la cibdad de Santo-Domingo en la
isla Española, aviendo estado primero algun tiempo en Sevilla, donde dexo
un hijo niño que alli uvo, y que vino a la cibdad de Cuba donde gano
de comer y tuvo muchos amigos por su buena condicion y que entre ellos
fueron Diego Velasquez, governador de aquella isla y Hernando Cortes
y que como el governador se determino embiar a Francisco de Grijalva,
su sobrino, a rescatar a tierra de Yucatan y a descubrir mas tierra,
despues de la nueva que Francisco Hernandez de Cordova truxo, quando la
descubrio, que era rica tierra, determino que Montejo fuesse con Grijalva
y puso uno de los navios y mucho bastimento, como era rico y que assi
fue de los segundos españoles que descubrieron a Yucatan y que vista la
costa de Yucatan, truxo desseo de enriquecer alli antes que en Cuba. Y
vista la determinacion de Hernando Cortes le siguio con su hazienda y
persona y que Cortes le dio un navio a cargo, haziendole capitan del
y que en Yucatan uvieron a Geronimo de Aguilar de quien Montejo tomo
lengua de aquella tierra y de sus cosas, y que llegado Cortes a la Nueva
España començo luego a poblar y que el primer pueblo llamo la Vera
Cruz, conforme al blason de su vandera y que en este pueblo fue Montejo
nombrado por unos de los alcaldes del rey, en que se uvo discretamente
y que assi le publico por tal Cortes quando tomo por alli, despues del
camino que hizo navegando la tierra a la redonda, y que por esto le embio
a España por uno de los procuradores de aquella republica de la Nueva
España y para que llevasse el quinto al rey con relacion de la tierra
descubierta y de las cosas que se començavan a hazer en ella.

Que quando llego Francisco de Montejo a la corte de Castilla, era
presidente del consejo de las Indias Juan Rodriguez de Fonseca, obispo
de Burgos, el qual estava malamente informado contra Cortes por parte
de Diego Velasquez, governador de Cuba, que pretendia tambien lo de la
Nueva España y que estavan los mas del consejo con los negocios de Cortes
que parecia que no embiara dineros al rey, sino que se los pedia y que
entendiendo que por estar el emperador en Flandes se negociava mal,
persevero siete años, desde que salio de las Indias que fue año de MDXIX
hasta que se embarco que fue el de XXVI y con esta perseverancia recuso
al presidente y al papa Adriano que era governador; hablo y al emperador,
lo qual aprovecho mucho y que se despacho lo de Cortes como era razon.


§ XI.—_Prédictions de l’arrivée des Espagnols. Histoire de Francisco de
Montejo, premier adelantado du Yucatan._

De même que la nation mexicaine eut des signes et des prophéties de la
venue des Espagnols, de la cessation de sa puissance et de sa religion,
les populations du Yucatan en eurent également, quelques années avant que
l’adelantado Montejo ne les conquît: dans les montagnes de _Mani_, qui
sont de la province de Tutuxiu, un Indien, nommé _Aheambal_, et par sa
charge _Chilan_, qui est celui qui a pour office de donner les réponses
du démon[71], leur annonça publiquement qu’ils ne tarderaient pas
d’être assujettis à une race étrangère, que cette race leur prêcherait
un Dieu unique et la vertu d’un arbre qui, dans leur langue, s’appelle
_vahom-che_, ce qui veut dire arbre érigé avec une grande vertu contre
les démons.

Le successeur des Cocomes, nommé don Juan Cocom, depuis devenu chrétien,
fut un homme d’une grande réputation, savant dans les sciences de son
pays, d’une sagacité et d’une intelligence remarquables dans les choses
naturelles; il pratiqua beaucoup l’auteur de ce livre, frère Diego
de Landa, et lui raconta bien des faits concernant les antiquités de
son histoire. Il lui montra, entre autres choses, un livre qui avait
appartenu à son aïeul, descendant du Cocom[72] qu’ils avaient tué à
Mayapan: on y voyait la peinture d’une bête fauve, et son aïeul lui avait
dit que lorsqu’il viendrait dans cette contrée des bêtes fauves de cette
espèce grande, car c’est ainsi qu’ils appelaient les vaches, le culte des
dieux cesserait, ce qui s’était vérifié avec l’arrivée des grandes vaches
que les Espagnols apportèrent dans la péninsule.

L’adelantado Francisco de Montejo était naturel de Salamanca et il passa
aux Indes, après la fondation de la ville de Santo-Domingo, dans l’Ile
Espagnole, ayant été auparavant quelque temps à Séville, où il laissa un
fils encore enfant qui lui était né là. Etant venu à la ville de Cuba, où
il gagnait sa vie, il s’y fit beaucoup d’amis parce qu’il était de bonne
condition, et de ce nombre furent Diego Velasquez, gouverneur de cette
île, et Hernando Cortès. A la suite de la nouvelle apportée par Francisco
Hernandez de Cordoba, des riches contrées qu’il avait explorées, le
gouverneur avait envoyé Francisco de Grijalva, son neveu, faire des
échanges au Yucatan et découvrir de nouvelles terres, déterminant en même
temps que Montejo accompagnerait Grijalva dans son expédition. Montejo
mit à la mer un des navires avec des vivres en abondance; et comme il
était riche, ainsi que les autres Espagnols qui, les seconds, explorèrent
le Yucatan, il éprouva, en reconnaissant la côte de la péninsule,
le désir de s’y enrichir de préférence à Cuba. Plus tard, voyant la
détermination de Hernando Cortès, il le suivit de sa personne et de sa
fortune, et Cortès lui confia le soin d’un navire, dont il le nomma
capitaine. Arrivés dans le Yucatan, ils y prirent Geronimo de Aguilar, de
la bouche duquel Montejo s’instruisit des choses de cette terre. Après
son débarquement dans la Nouvelle Espagne, Cortès commença immédiatement
à édifier la première localité espagnole, à laquelle il donna le nom
de la Vera-Cruz, d’après l’insigne de sa bannière: Montejo, ayant été
choisi pour un des alcaldes du roi dans cette ville, se conduisit avec
beaucoup de prudence dans sa charge, ce que Cortès publia au retour de
son voyage le long de la côte. C’est pourquoi il le dépêcha ensuite en
Espagne, comme un des procureurs de cette colonie de la Nouvelle Espagne,
afin de porter avec le quint royal au souverain, la relation de la terre
nouvellement découverte et des choses qui commençaient à s’y faire.

A son arrivée à la cour de Castille, Montejo trouva pour président du
conseil des Indes Juan Rodriguez de Fonseca, évêque de Burgos: celui-ci
avait été indisposé méchamment contre Cortès par Diego Velasquez,
gouverneur de Cuba, qui prétendait également au gouvernement de la
Nouvelle Espagne, et la plupart des membres du conseil étaient également
prévenus contre Cortès qui, à leur avis, loin d’envoyer de l’argent au
roi, paraissait au contraire en demander. Comprenant qu’en l’absence de
l’empereur, qui était en Flandre, les affaires de son chef prenaient une
mauvaise tournure, il resta sept ans à travailler pour lui, de l’an 1519
jusqu’à l’an 1526, qu’il se rembarqua, et par sa persévérance il réussit
à récuser le président et le pape Adrien qui était régent[73]; il parla à
l’empereur avec tant de succès que l’on finit par dépêcher les affaires
de Cortès, suivant la justice et la raison.


§ XII.—_Montejo navega á Yucatan y toma posesion de la tierra. Los Cheles
le conceden el asiento de Chicheniza. Los indios le obligan á que lo
deje._

Que en este tiempo que Montejo estuvo en la corte negocio para si la
conquista de Yucatan, aunque pudiera negociar otras cosas; y dieronle
titulo de Adelantado y que assi se vino a Sevilla y llevo un sobrino suyo
de treze años de su mismo nombre y que hallo en Sevilla a su hijo de edad
de XXVIII años a quien llevo consigo y que trato palabras de casamiento
con una señora de Sevilla viuda que era rica y assi pudo juntar D
hombres, y los embarco en tres navios, y siguio su viage y aporto a
Cuzmil, isla de Yucatan donde los indios no se alteraron, porque estavan
domesticados con los españoles de Cortes; y que alli procuro saber muchos
vocablos de los indios para entenderse con ellos, y que de alli navego a
Yucatan, y tomo la possession, diziendo un Alferez suyo con la vandera en
la mano: en nombre de Dios tomo la possession desta tierra por Dios y por
el rey de Castilla.

Que desta manera se fue la costa abaxo, que estava bien poblada entonces,
hasta llegar a _Conil_, pueblo de aquella costa y que los indios se
espantaron de ver tantos cavallos y gente y que dieron aviso a toda la
tierra de lo que passava y esperavan el fin que tenian los españoles.

Que los indios señores de la provincia de _Chicaca_ vinieron al
Adelantado a visitarle de paz y que fueron bien recibidos, entre los
quales venia un hombre de grandes fuerças y que este quito un alfange
a un negrillo que le llevava detras de su amo y quiso matar con el al
Adelantado, el qual se defendio y se llegaron españoles y se apaziguo el
ruydo y entendieron que era menester andar sobre aviso.

Que el Adelantado procuro entender qual era la mayor poblacion, y
entendio que era la de _Tecoh_ donde eran señores los Cheles, la qual
estava en la costa la tierra abaxo por el camino que los españoles
llevavan, y que los indios pensando que caminavan para salirse de la
tierra, no se alteravan, ni les estorvavan el camino y que desta manera
llegaron a _Tecoch_ y que hallaron ser pueblo mayor y mejor que avian
pensado, y que fue dichoso no ser señores de aquella tierra los _Covohes_
de Champoton que siempre fueron de mas corage que los Cheles, los quales
con el sacerdotio que les dura hasta oy, no son tan orgullosos como
otros, y que por esto concedieron al Adelantado que pudiesse hazer un
pueblo para su gente y les dieron para ello el assiento de Chicheniza,
VII leguas de alli, que es muy excellente, y que desde alli fue
conquistando la tierra, lo qual hizo facilmente porque los de Ahkinchel
no le resistieron, y los de Tutuxiu le ayudaron y con esto los demas
hizieron poca resistencia.

Que desta manera pidio el Adelantado gente para edificar en Chicheniza,
y que en breve edifico un pueblo, haziendo las casas de madera y la
cobertura de ciertas palmas y paja larga al uso de los indios. Y assi
viendo que los indios servian sin pesadumbre, conto la gente de la tierra
que era mucha y repartio los pueblos entre los españoles, y segun dizen a
quien menos cabia alcanzava dos o tres mil indios de repartimiento y que
assi començo a dar orden a los naturales, como avian de servir a aquella
su cibdad y que no pluxo mucho a los indios, aunque dissimularon por
entonces.


§ XII.—_Montejo s’embarque pour le Yucatan et en prend possession. Les
Chèles lui cèdent pour s’établir le cité de Chichen Itza. Les Indiens
l’obligent à le quitter._

Dans le temps que Montejo resta à la cour, il négocia pour lui-même
la conquête du Yucatan, quoiqu’il eût pu négocier des choses plus
avantageuses. On lui donna le titre d’adelantado, après quoi il vint
à Séville, où il prit avec lui un de ses neveux, âgé de treize ans et
portant son nom: il trouva aussi à Séville son fils, qui avait alors
vingt-huit ans et qu’il emmena également avec lui. En même temps, il
travailla à arranger son mariage avec une dame de cette ville, veuve
et riche, ce qui lui donna le moyen de réunir cinq cents hommes, qu’il
embarqua dans trois navires. Il continua ensuite son voyage avec eux et
aborda à Cuzmil, qui est une île du Yucatan: les Indiens ne s’émurent pas
à son arrivée, accoutumés qu’ils étaient aux Espagnols de Cortès. Durant
son séjour en cet endroit, il s’occupa d’apprendre un grand nombre de
mots de leur langue, afin de s’entendre avec eux; ensuite, il mit à la
voile pour le Yucatan, et son porte-drapeau prit possession du pays, le
drapeau à la main, disant: «Au nom de Dieu, je prends possession de la
terre pour Dieu et pour le roi de Castille!»

De cette manière, il descendit la côte, qui était alors fort peuplée,
jusqu’à _Conil_, ville située dans cette direction[74]; mais les Indiens,
alarmés à la vue de tant de gens et de chevaux, donnèrent avis à toute
la terre de ce qui se passait, attendant la fin de l’entreprise des
Espagnols.

Les seigneurs indigènes de la province de _Chicaca_[75] se présentèrent
à l’adelantado avec des intentions pacifiques, et ils reçurent de lui un
accueil bienveillant. A leur suite venait un homme qui se distinguait
par sa force: il arracha un sabre à un nègre qui le portait en arrière
de son maître, et voulut tuer l’adelantado qui se défendit; entre temps,
les Espagnols arrivèrent, le bruit s’apaisa; mais ils comprirent qu’il
fallait marcher en se tenant sur leurs gardes.

Ayant cherché à savoir quelle était la ville la plus considérable, on
lui désigna celle de _Tecoh_, soumise à la seigneurie des Chèles[76],
située sur la côte en bas, par le chemin que les Espagnols avaient
pris. Les Indiens, s’imaginant qu’ils étaient en route pour sortir de
la contrée, n’en prirent aucune alarme, et ne mirent point d’obstacle à
leur marche; de cette manière, ils arrivèrent à Tecoh, qu’ils trouvèrent
être une ville plus grande et plus belle qu’ils ne l’eussent pensé. Il
était fort heureux que les chefs du pays ne fussent pas les _Covohes_
de Champoton[77], qui s’étaient montrés constamment plus courageux que
les Chèles; car ceux-ci, avec le sacerdoce qu’ils ont continué à garder
jusqu’aujourd’hui[78], ne sont pas aussi orgueilleux que les autres.
C’est ce qui fait qu’ils concédèrent à l’adelantado l’autorisation
d’édifier une ville pour les gens de sa suite; ils lui donnèrent à cet
effet le site de Chichen-Itza, à sept lieues de là, et qui est des
meilleurs[79]. Il en partit ensuite pour soumettre le pays, ce qu’il
fit avec facilité; les Ahkin-Chel ne lui offrant aucune résistance et
les Tutuxius lui prêtant leur aide, les autres ne purent mettre que peu
d’entraves à sa marche.

L’adelantado demanda alors du monde pour bâtir à Chichen-Itza, et en
fort peu de temps il construisît une bourgade, faisant les maisons
de bois et le toit d’une sorte de palmes fort grandes et de paille,
dont se servaient les Indiens. Voyant donc que les Indiens obéissaient
sans murmure, il se mit à dénombrer la population du pays, qui était
considérable, et partagea les communes entre les Espagnols; on dit que
le moins qu’ils eussent chacun en partage était deux ou trois mille
Indiens; c’est ainsi qu’il commença à mettre ordre parmi les indigènes
sur la manière dont ils avaient à faire leur service dans la nouvelle
ville, ce qui ne plut que médiocrement aux Indiens, bien qu’ils ne le
manifestassent pas pour le moment.


§ XIII.—_Montejo deja á Yucatan con toda su gente y vuelve a Mexico. Su
hijo Francisco de Montejo pacifica despues a Yucatan._

Que el Adelantado Montejo no poblo a proposito.... de quien tiene
enemigos, porque estava muy lexos de la mar, para tener entrada y salida
a Mexico y para las cosas de España; y que los indios pareciendoles una
cosa dura servir a estrangeros donde ellos eran señores, començaron a
offenderle por todas partes, aunque el se defendia con sus cavallos y
gente, y les matava muchos; pero los indios se reforçavan cada dia y de
manera que los vino a faltar la comida, y que al fin dexaron la cibdad
una noche, poniendo un perro atado al badajo de la campana y un poco de
pan apartado que no lo pudiesse alcançar, y que cançaron el dia antes a
los indios con escaramuças para que no los siguiessen, y que el perro
repicava la campana por alcançar el pan, lo qual hizo mucha maravilla en
los indios, pensando que querian salir a ellos, y que despues de sabido,
estavan muy corridos de la burla y acordaron seguir a los españoles por
muchas partes por no saber el camino que llevavan; y que la gente que
fue por aquel camino alcançaron a los españoles, dandoles mucha grita
como a gente que huye y que seis de cavallo les esperaron en un raso y
alcançaron muchos dellos y que uno de los indios asio de la pierna de
un cavallo y le detuvo como si fuera un carnero, y que los españoles
llegaron a Zilan que era muy hermoso pueblo cuyo señor era un mancebo de
los Cheles ya christiano y amigo de españoles, el qual les trato bien y
que estava cerca _Ticokh_, lo qual y todos los otros pueblos de aquella
costa estavan en obediencia de los Cheles, y que assi los dexavan estar
seguros algunos meses.

Que el Adelantado viendo que desde alli no se podia socorrer de las cosas
de España, y que si los indios tomavan sobre ellos que serian perdidos,
acordo de irse a Campeche y a Mexico, dexando a Yucatan sin gente y
que avia desde Zilan a Campeche quarenta y ocho leguas muy pobladas de
gente, y que dieron parte a _Vamuxchel_, señor de Zilan, y el se ofreció
de asegurarles el camino y acompanarlos, y que el Adelantado trato con
el tio deste señor que era señor de _Yobain_ que le diesse dos hijos
que tenia bien dispuestos para que le acompañasen, de manera que con
estos mancebos primos hermanos los dos en colleras, y el de Zilan a
cavallo llegaron seguros a Campeche donde fueron recebidos en paz y se
despidieron los Cheles, y volviendose a sus pueblos, se cayo muerto el de
Zilan, y que desde alli partieron para Mexico donde Cortes avia señalado
repartimientos de indios al Adelantado aunque estava ausente.

Que llegado el Adelantado a Mexico con su hijo y sobrino llego luego
a buscar suya doña Beatrix de Herrera su muger y una hija que en
ella tenia, llamada doña Beatrix de Montejo con quien avia casado
clandestinamente en Sevilla... y dizen algunos que la negava; pero don
Antonio de Mendoça virey de la Nueva España se paso de por medio, y que
assi la recibio y le embio el virey por governador de Honduras donde caso
su hija con el licenciado Alonso Maldonado, presidente de la audiencia
de los confines y que despues de algunos años le passaron a Chiapa desde
donde embio a su hijo con poderes a Yucatan y la conquisto y pacifico.

Que este don Francisco hijo del adelantado se crio en la corte del
rey catholico y que le truxo su padre quando bolvio a las Indias a la
conquista de Yucatan y de alli fue con el a Mexico y que el virey don
Antonio y el marques don Hernando Cortes le quisieron bien, y fue con el
marques a la jornada de Caliphornia y que tornado le proveyo el virey
para regir a Tabasco y se desposo con una señora llamada doña Andrea del
Castillo que avia passado donzella a Mexico con parientes suyos.


§ XIII.—_Montejo abandonne le Yucatan et retourne à Mexico avec son
monde. Francisco de Montejo, son fils, pacifie plus tard le Yucatan._

C’est à dessein que l’adelantado n’occupa pas..........[80]; car il
était trop loin de la mer pour entretenir des relations avec Mexico
et recevoir des choses d’Espagne. Les Indiens, de leur côté, trouvant
qu’il était dur de servir des étrangers là où ils étaient les maîtres,
commençaient à l’offenser en toutes les occasions, quoiqu’il se défendît
avec ses gens et ses chevaux et tuât un assez grand nombre d’ennemis.
Mais les Indiens reprenaient courage chaque jour: les vivres venant à
manquer aux Espagnols, ils se décidèrent à abandonner la ville pendant
la nuit: ils attachèrent un chien au battant de la cloche, avec un peu de
pain à distance, de manière à ce que l’animal n’y pût atteindre, ayant
le jour d’avant fatigué les Indiens par des escarmouches, afin qu’ils
ne se missent pas à les suivre. Le chien sonnait la cloche pour tâcher
de happer le pain, ce qui étonnait grandement les Indiens s’imaginant
que les Espagnols s’apprêtaient à faire une sortie contre eux. Mais en
apprenant ensuite ce qui avait eu lieu, furieux du tour qu’on leur avait
joué, ils se résolurent à courir de tous les côtés à la fois après les
Espagnols, ne sachant par quel chemin ils s’étaient dirigés. Ceux qui
parvinrent à les rejoindre, leur tombèrent dessus avec de grands cris
comme sur des fuyards; mais six cavaliers les attendirent dans une plaine
et en tuèrent un grand nombre à coups de lance. Un Indien, entre autres,
saisit un cheval par une jambe et le retint quelque temps, comme si c’eût
été un mouton. Les Espagnols arrivèrent enfin à Zilan, qui est une fort
belle ville, dont le seigneur était un jeune homme de la famille des
Chèles, déjà chrétien et ami des Espagnols. Celui-ci les traita avec
beaucoup de bienveillance; comme _Ticokh_ était près de là, et que cette
ville, ainsi que toutes les autres localités de cette côte, relevait de
la seigneurie des Chèles, ils les laissèrent tranquilles durant plusieurs
mois.

Considérant qu’il lui était impossible, en ce lieu, de recevoir aucun
secours d’Espagne, qu’en cas d’un soulèvement des Indiens, ils seraient
inévitablement perdus, l’adelantado prit la résolution de partir pour
Campêche et Mexico, abandonnant entièrement le Yucatan avec son monde.
De Zilan à Campêche, il y a quarante-huit lieues. Ayant fait part de
son dessein à _Vamux-Chel_, seigneur de Zilan[81], celui-ci s’offrit
à assurer le chemin et à accompagner les Espagnols: l’adelantado
traita l’affaire avec un oncle de ce seigneur qui était seigneur de
_Yobaïn_[82], et obtint qu’il lui donnât pour l’accompagner deux fils
qu’il avait, jeunes gens de fort bonne mine. De cette façon, ayant placé
ces deux jeunes princes en croupe et celui de Zilan à cheval, il arriva
en sécurité avec eux à Campêche, où il fut reçu pacifiquement ainsi que
son monde. Là, les Espagnols prirent congé des Chèles; mais le prince de
Zilan tomba mort en s’en retournant dans ses États. L’adelantado partit
pour Mexico où Cortès lui avait signalé des Indiens en partage, quoiqu’il
fût absent.

L’adelantado étant arrivé à Mexico, avec son fils et son neveu, se mit
aussitôt à la recherche de doña Beatrix de Herrera, sa femme, avec qui il
s’était marié clandestinement à Séville, ainsi qu’une fille qu’il avait
d’elle, nommée doña Beatrix de Montejo. D’autres disent qu’il refusait de
la reconnaître pour son épouse, mais que don Antonio de Mendoza, vice-roi
de la Nouvelle Espagne, s’entremit pour les mettre d’accord et la fit
recevoir. Le vice-roi l’envoya ensuite comme gouverneur en Honduras,
et là sa fille épousa le licencié Alonso de Maldonado, président de
l’Audience des Confins[83]. Quelques années après, il fut transféré au
gouvernement de Chiapa, d’où Montejo envoya son fils avec ses pouvoirs au
Yucatan, et celui-ci en fit la conquête et pacifia le pays.

Ce même don Francisco, fils de l’adelantado, avait été élevé à la cour
du roi catholique: son père l’emmena avec lui, lorsqu’il retourna aux
Indes, pour la conquête du Yucatan, d’où ils allèrent ensuite ensemble
à Mexico. Le vice-roi don Antonio et le marquis Hernando Cortès avaient
pour lui beaucoup d’affection, c’est ce qui fit que le marquis l’emmena
à son tour dans son expédition de la Californie. A son retour à Mexico,
il fut pourvu par le vice-roi du poste de gouverneur de Tabasco, et il
y épousa une dame nommée doña Andrea del Castillo, laquelle était venue
fille à Mexico, avec ses parents.


§ XIV.—_Estado de Yucatan despues de la salida de los españoles. Don
Francisco hijo del Adelantado Montejo restablece el govierno español en
Yucatan._

Que salidos los españoles de Yucatan, falto el agua en la tierra, y que
por aver gastado sin orden su maiz en las guerras de españoles, les
sobrevino gran hambre, tanto que vinieron a comer cortezas de arboles, en
especial de uno que llaman _cumché_, que es fofo por de dentro y blando,
y que por esta hambre los Xiuis, que son los señores de Mani acordaron
hazer un sacrificio solemne a los idolos, llevando ciertos esclavos y
esclavas a echar en el pozo de Chicheniza y que avian de pasar por el
pueblo de los señores Cocomes sus capitales enemigos, y que pensando que
en tal tiempo no renovarian las passiones viejas, les embiaron a rogar
que les dexassen passar por su tierra y que los Cocomes les engañaron con
buena respuesta: y que dandoles posada a todo juntos en una gran casa les
pegaron fuego y mataron a los que escapavan y que por esto uvo grandes
guerras; y que se les recrecio langosta por espacio de cinco años que
no les dexava cosa verde, y que vinieron a tanta hambre que se cayan
muertos por los caminos, de manera que quando los españoles volvieron,
no conocian la tierra, aunque en otros quatro años buenos despues de la
langosta se avian algo mejorado.

Que este don Francisco se partio para Yucatan por los rios de Tabasco
y entro por las lagunas de dos bocas y que el pueblo primero que topo
fué Champoton con cuyo señor llamado _Mochkovoh_ le fue mal a Francisco
Hernandez y a Grijalva; y por ser ya muerto, no uvo alli resistencia,
antes los deste pueblo sustentaron a don Francisco y a su gente dos años
en el qual tiempo no pudo passar adelante por la mucha resistencia que
hallava, y que despues passo a Campeche y vino a tener mucha amistad con
los de aquel pueblo. De manera que con su ayuda y de los de Champoton
acabo la conquista prometiendoles que serian remunerados del rey por su
mucha fidelidad, aunque hasta agora el rey no lo ha cumplido.

Que la resistencia no fue bastante para que don Francisco dexasse de
llegar con su exercito a _Tiho_, donde se poblo la cibdad de Merida,
y que dexando el bagage en Merida començaron a proseguir su conquista
embiando capitanes a diversas partes, y que don Francisco embio a su
primo Francisco de Montejo a la villa de Valladolid, para pacificar los
pueblos que estavan algo rebeldes, y para poblar aquella villa como aora
esta poblada. Y que poblo en Chectemal la villa de Salamanca, y que tenia
ya poblado a Campeche, y dio orden en el servicio de los indios y en
el govierno de los españoles, hasta que el Adelantado su padre vino a
governar desde Chiapa con su muger y casa y fue bien recebido en Campeche
y llamo a la villa Sant Francisco por su nombre, y despues passo a la
cibdad de Merida.


§ XIV.—_Etat du Yucatan après le départ des Espagnols. Don Francisco fils
de l’Adelantado Montejo rétablit le gouvernement espagnol dans ce pays._

Après le départ des Espagnols du Yucatan, l’eau manqua à la terre: comme
les habitants avaient gaspillé le maïs dans les guerres avec l’étranger,
il y eut une si grande famine, qu’ils en vinrent à manger des écorces
d’arbre, en particulier de celui qu’ils appellent _cum-ché_, dont
l’intérieur est mou et tendre. Par suite de cette famine, les Xiuis, qui
sont les princes de Mani, résolurent d’offrir un sacrifice solennel aux
idoles, emmenant avec eux des esclaves des deux sexes, pour les jeter
dans le puits de Chichen-Itza. Comme ils devaient, à cet effet, traverser
une localité appartenant aux princes Cocom, leurs ennemis déclarés,
s’imaginant qu’en de telles circonstances ceux-ci ne renouvelleraient pas
les haines antiques, ils leur envoyèrent demander de les laisser passer
par leurs terres, à quoi les Cocomes répondirent, avec une apparente
cordialité, afin de les attirer dans le piége. Ils les reçurent tous
ensemble dans une grande maison, à laquelle ils mirent ensuite le feu,
massacrant ceux qui parvenaient à se sauver des flammes[84]. Cette
trahison donna lieu à une recrudescence d’hostilités; il y eut en même
temps une invasion de sauterelles cinq années successivement, durant
lesquelles il ne resta rien de vert; ce qui causa une telle famine, que
les gens tombaient morts dans les chemins, en sorte que lorsque les
Espagnols retournèrent, ils ne reconnaissaient plus le pays, bien que
quatre années d’abondance eussent remédié, tant soit peu, à la ruine
occasionnée par les sauterelles.

Don Francisco, fils de l’adelantado, se mit en chemin pour le Yucatan,
par les rivières de Tabasco; étant entré dans les lagunes de Dos
Bocas[85], la première localité qu’il toucha fut Champoton, dont le
seigneur Mochcovoh avait si mal reçu auparavant Francisco Hernandez et
Grijalva. Mais celui-ci était mort. Don Francisco n’éprouva de leur part
aucune résistance; ils le nourrirent, au contraire, lui et ses gens,
pendant deux années qu’il y demeura, sans pouvoir marcher en avant, à
cause de la grande opposition qu’on lui faisait plus loin. Il passa
ensuite à Campêche, dont les habitants s’allièrent à lui solidement:
à l’aide de ceux de cette ville et de Champoton, il acheva ainsi la
conquête du pays, leur promettant, aux uns et aux autres, qu’ils seraient
récompensés par le roi, pour leur fidélité, bien que jusqu’aujourd’hui le
roi n’ait pas encore pensé à remplir cet engagement.

Cette résistance fut, par conséquent, insuffisante pour empêcher don
Francisco d’arriver avec son armée jusqu’à _Tiho_, où il établit la
cité de Mérida[86]. Laissant les bagages dans cette ville, il commença
à poursuivre sa conquête, dirigeant des capitaines en différentes
parties du pays, envoya son cousin Francisco de Montejo à la ville de
Valladolid, afin de pacifier les populations qui se montraient quelque
peu rebelles et pour coloniser cette ville de la manière qu’elle est
occupée actuellement: il établit pareillement à Chectemal la ville de
Salamanca, et comme il occupait déjà Campêche, il régularisa le service
des Indiens et le gouvernement des Espagnols, jusqu’à l’arrivée de son
père l’adelantado: celui-ci vint alors de Chiapa, avec sa femme et sa
maison, afin de prendre les rênes de l’autorité; il fut parfaitement reçu
à Campêche, qu’il appela de son nom la ville de San-Francisco, et se
transporta ensuite à la cité de Mérida.


§ XV.—_Crueldades de los españoles en los naturales. Como se disculparon._

Que los indios recibian pesadamente el iugo de la servidumbre; mas los
españoles tenian bien repartidos sus pueblos que abraçavan la tierra,
aunque no faltava entre los indios quien los alterasse, sobre lo qual se
hizieron castigos muy crueles, que fue causa que se apocasse la gente.
Quemaron vivos algunos principales de la provincia de Cupul, y ahorcaron
otros. Hizose informacion contra los de Yobain, pueblo de los Cheles,
y prendieron la gente principal y metieronlos en una casa en cepos y
pegaron fuego a la casa y se abrasaron vivos con la mayor inhumanidad
del mundo, y dize este Diego de Landa que el vio un gran arbol cerca del
pueblo en el qual un capitan ahorco muchas mugeres indias de las ramas,
y de los pies dellas los niños sus hijos y que en este mismo pueblo,
y en otro que dizen _Verey_, dos leguas del, ahorcaron dos indias la
una donzella, y la otra rezien casada, no por otra culpa, sino porque
eran muy hermosas, y temian que se rebolveria el real de los españoles
sobre ellas, y porque pensassen los indios que no se les dava nada a los
españoles de las mugeres, y que destas dos ay mucha memoria entre los
indios y españoles por su gran hermosura y por la crueldad con que las
mataron.

Que se alteraron los indios de la provincia de Cochua y Chectemal y que
los españoles los apaziguaron de tal manera que siendo dos provincias
las mas pobladas y llenas de gente, quedaron las mas desventuradas de
toda aquella tierra, haziendo en ellas crueldades inauditas, cortando
manos, braços, y piernas, y a las mugeres los pechos y echandolas en
lagunas hondas con calabaças atadas a los pies, y dando de estocadas a
niños porque no andavan tanto como las madres; y si los que llevavan
en colleras enfermavan, o no andavan tanto como los otros, cortavanles
entre los otros las cabeças por no pararse a soltarlos, y que trayan gran
numero de mugeres y nombres captivos para su servicio con semejantes
tratamientos. Y que sa afirma que don Francisco de Montejo no hizo
ninguna destas crueldades, ni se hallo a ellas, antes le parecieron muy
mal, pero que no pudo mas.

Que los españoles se desculpan con dezir que siendo ellos pocos, no
podian sujetar tanta gente sin ponerles miedo con castigos terribles y
traen exemplo de historias y de la passada de los Hebreos a la tierra de
promission con grandes crueldades, por mandado de Dios, y que por otra
parte tenian razon los indios de defender su libertad, y confiar en los
capitanes que tenian muy valientes para entre ellos y pensavan que assi
serian contra los españoles.

Que cuentan de un ballestero español y de un flechero indio que por ser
muy diestros el uno y el otro se procuravan matar y no podian tomarse
descuidados, y que el español fingio descuidarse puesta la una rodilla
en tierra, y que el indio le dio un flechazo por la mano que le subio
el braço arriba y le aparto las canillas una de otra, y que al mismo
tiempo solto el español la ballesta y dio al indio por los pechos; y que
sintiendose herido de muerte, porque no dixessen que español le avia
muerto, corto un bexuco que es como minbre y muy mas largo, y se ahorco a
vista de todos con el; y que destas valentias ay muchos exemplos.


§ XV.—_Barbaries des Espagnols envers les indigènes; comment ils se
disculpent._

Ce n’était pas sans douleur que les Indiens voyaient s’appesantir
sur eux le joug de la servitude: mais les Espagnols tenaient leurs
communes habilement réparties sur toute l’étendue du pays. Il n’en
manqua cependant pas d’entre les Indiens qui excitassent leurs frères
à la révolte, à quoi ceux-là répondirent par des châtiments cruels qui
causèrent une diminution sensible dans la population. Quelques-uns des
principaux seigneurs de la province de Cupul furent brûlés vifs et
d’autres pendus. On fit une information juridique contre ceux de Yobaïn,
ville des Chèles; on se saisit des plus distingués d’entre les chefs et
on les mit aux fers, dans une maison, qu’ensuite on livra aux flammes.
Ces infortunés furent brûlés vivants dans l’embrasement avec la plus
grande inhumanité du monde, et ce Diego de Landa dit qu’il vit, près de
cette ville, un grand arbre aux branches duquel un officier pendit un
grand nombre de femmes indiennes, en pendant, en outre, leurs petits
enfants à leurs pieds. Dans cette même ville et dans une autre du nom de
Verey, à deux lieues de celle-là, ils pendirent deux Indiennes, l’une
encore vierge, et l’autre mariée récemment, qui n’avaient d’autre crime
que leur beauté. Ce fut au point que l’on craignit que les Espagnols ne
se révoltassent eux-mêmes contre leurs chefs, à cause de ces femmes: les
capitaines qui commandèrent cette barbarie n’en agirent de cette sorte
que pour laisser croire aux Indiens que les Espagnols étaient insensibles
à leurs femmes: aussi le souvenir de la beauté de ces deux victimes et la
cruauté de ceux qui les condamnèrent, n’est-elle pas restée moins vivante
parmi les Espagnols, que parmi les Indiens eux-mêmes[87].

Les Indiens des provinces de Cochua et de Chectemal s’étant soulevés, les
Espagnols les pacifièrent si bien, que ces deux provinces, qui étaient
auparavant les plus peuplées et les plus remplies de monde, demeurèrent
les plus désolées de toute la contrée; ils commirent des cruautés
inouïes, tranchant les mains, bras et jambes, coupant les mamelles
aux femmes, les jetant dans des lagunes profondes avec des calebasses
attachées aux pieds, frappant à coups de crosse les petits enfants,
parce qu’ils ne marchaient pas aussi vite que leurs mères. Quant à ceux
qu’ils emmenaient à la chaîne, s’ils devenaient malades et n’allaient pas
comme les autres, ils leur coupaient la tête au milieu des autres pour
ne pas se donner la peine de s’arrêter et de les délier; c’est avec ces
traitements inhumains qu’ils traînaient à leur suite pour leur service un
grand nombre d’hommes et de femmes qu’ils avaient réduits en esclavage.
On affirme, cependant, que don Francisco de Montejo n’eut à se reprocher
aucune de ces barbaries, et qu’il ne s’en commit jamais en sa présence;
loin de là, il les condamna toujours, mais ne fut pas assez puissant pour
y mettre un frein.

Les Espagnols s’efforcent de se disculper à ce sujet, en disant qu’étant
en petit nombre, ils n’auraient pu soumettre tant de monde, s’ils ne leur
avaient imposé par la terreur de ces terribles châtiments: ils apportent
pour exemple l’histoire, comme aussi le passage des Hébreux à la terre
de promission, où il y eut de si grandes cruautés commises par ordre
de Dieu; mais, de leur côté, les Indiens avaient raison de chercher à
défendre leur liberté et de mettre leur confiance dans les vaillants
chefs qu’ils avaient parmi eux, dans l’espoir de se délivrer ainsi des
Espagnols.

On raconte d’un arbalétrier espagnol et d’un archer indien, l’un et
l’autre également adroits, que depuis quelque temps ils cherchaient à se
surprendre mutuellement, mais qu’ils n’avaient pu réussir jusque-là à se
trouver en défaut de vigilance. L’Espagnol feignant un jour de s’oublier
un moment, mit un genou en terre: l’Indien lui lança alors une flèche à
la main qui lui fit monter le bras et entr’ouvrir les jambes; mais au
même instant l’Espagnol lâcha son coup d’arbalète à travers la poitrine
de l’Indien; se sentant blessé à mort, celui-ci ne voulant pas qu’on
pût dire qu’un Espagnol l’avait tué, coupa une liane, semblable à de
l’osier, mais fort longue, et s’y pendit en vue de tous; et de ces actes
de courage il y a un grand nombre d’exemples.


§ XVI.—_Modo de los pueblos de Yucatan. Cedula real en favor de los
indios. Muere el Adelantado; sus descendientes por su hijo don Francisco
de Montejo._

Que antes que los españoles ganassen aquella tierra vivian los naturales
juntos en pueblos con mucha policia y que tenian la tierra muy limpia
y desmontada de malas plantas, y puestos muy buenos arboles. Y que la
habitacion era de esta manera: en medio del pueblo estavan los templos
con hermosas plaças y entorno de los templos estavan las casas de los
señores y de los sacerdotes, y luego la gente mas principal; y que assi
yvan los mas ricos y estimados mas cercanos a estos y a los fines del
pueblo estavan las casas de la gente mas baxa. Y que los pozos donde
avia pocos estavan cerca de las casas de los señores, y que tenian sus
heredades plantadas de los arboles de vino y sembrado con algodon,
pimienta y maiz, y que vivian en estas congregaciones por miedo de sus
enemigos que los captivavan, y que por las guerras de los españoles se
desparzieron por los montes.

Que los indios de Valladolid por sus malas costumbres, o por el mal
tratamiento de los españoles se conjuraron de matar a los españoles
quando se dividian a cobrar sus tributos y que en un dia mataron a 17
españoles, y 400 criados de los muertos y de los que quedaron vivos, y
que luego embiaron algunos braços y pies por toda la tierra en señal de
lo que avian hecho, para que se alçassen: mas no lo quisieron hazer y con
esto pudo el Adelantado socorrer a los españoles de Valladolid y castigar
a los indios.

Que el Adelantado tuvo desasosiego con los de Merida y muy mayores
con la cedula del emperador con la qual privo de indios a todos los
governadores, y que fue un receptor a Yucatan y quito al Adelantado
los indios y los puso en cabeça del rey, y que tras esto le tomaron
residencias a la Audiencia real de Mexico la qual le remitio al Consejo
real de Indias en España, donde murio, lleno de dias y trabajos, y dexo
a su muger doña Beatriz en Yucatan mas rica que el, y a don Francisco de
Montejo su hijo casado en Yucatan y a su hija doña Catalina casada con el
licenciado Alonso Maldonado presidente de las Audiencias de Honduras y
Santo Domingo de la Isla Española, y a don Juan de Montejo español, y a
don Diego mestizo que uvo en una india.

Que este don Francisco despues que dexo el govierno a su padre el
Adelantado, vivio en su casa como un particular vezino, quanto al
govierno, aunque muy respetado de todos por aver conquistado, repartido
y regido aquella tierra; fue a Guatimala con su residencia y torno a
casa. Tuvo por hijos a don Juan de Montejo que caso con doña Isabel,
natural de Salamanca, y a doña Beatriz de Montejo (que caso con) su tio
primo hermano de su padre, y a doña Francisca de Montejo que caso con don
Carlos de Avellano, natural de Guadalaxara. Murio de larga enfermedad
despues de averlos visto a todos casados.


§ XVI.—_Manière d’être des villes du Yucatan. Cédule royale en faveur des
indigènes. Mort de l’adelantado. Postérité de son fils Francisco Montejo._

Avant que les Espagnols eussent conquis ce pays, les indigènes vivaient
réunis en communauté avec beaucoup d’ordre[88]. La campagne était
extrêmement bien cultivée et nettoyée de mauvaises herbes, en même temps
qu’elle était plantée d’arbres productifs. Voici comment ils ordonnaient
leurs habitations: au milieu de la localité se trouvaient les temples
avec de belles places, et tout autour des temples étaient bâties les
maisons des seigneurs et des prêtres, puis des gens les plus distingués
par leur rang; de la même manière venaient après ceux-ci les plus riches
et les plus estimés, et aux extrémités de la ville étaient les maisons de
la basse classe. Les puits, qui étaient peu nombreux, se trouvaient près
des maisons des seigneurs; ils avaient leurs héritages plantés d’arbres
à vin et semés de coton, de piment et de maïs. Ils vivaient ainsi réunis
par crainte de leurs ennemis, qui les faisaient captifs, et ce n’est
qu’au temps des guerres avec les Espagnols qu’ils se dispersèrent dans
les bois.

Entraînés par leurs coutumes vicieuses ou par les mauvais traitements
qu’ils recevaient des Espagnols, les Indiens de Valladolid se
conjurèrent contre eux, au temps où ils se partagèrent pour aller
recouvrer les tributs: en un seul jour ils tuèrent dix-sept Espagnols et
des gens de leur service quatre cents furent mis à mort ou blessés[89].
Cela fait, ils envoyèrent par toute la contrée des bras et des jambes,
annonçant ce qu’ils avaient fait, afin d’exciter les autres indigènes
à se soulever; mais ceux-ci ne répondirent point à cet appel, et ainsi
l’adelantado put porter secours aux Espagnols de Valladolid et châtier
les Indiens.

Il eut à lutter également avec ceux de Mérida. Mais ce qui troubla
particulièrement son repos, ce fut la cédule de l’empereur qui enlevait
les Indiens à tous les gouverneurs. Il vint au Yucatan un commissaire qui
ôta à l’adelantado ses Indiens et les mit sous la tutèle royale, après
quoi on lui demanda compte de son administration à l’Audience royale de
Mexico, qui le renvoya au Conseil royal des Indes en Espagne, où il alla
mourir, plein de jours et de travaux, laissant dans le Yucatan sa femme
doña Beatrix, plus riche que lui, son fils don Francisco de Montejo,
marié dans le pays, et sa fille doña Catalina, mariée au licencié Alonso
Maldonado, président des Audiences de Honduras et de Santo-Domingo, dans
l’Ile Espagnole, ainsi que don Juan de Montejo, Espagnol, et don Diego,
métis qu’il avait eu d’une Indienne.

Quant à don Francico, après qu’il eut remis le gouvernement à
l’adelantado, son père, il vécut dans sa maison en simple particulier,
au moins quant aux choses de la politique, bien qu’il continuât à être
respecté de tous pour avoir conquis, partagé et gouverné cette contrée;
il alla toutefois à Guatemala pour rendre compte de son administration,
et revint ensuite chez lui. Ses enfants furent don Juan de Montejo, qui
épousa doña Isabel, native de Salamanca, doña Beatrix de Montejo, qui
se maria avec son oncle, frère cadet de son père, et doña Francisca
de Montejo, qui devint l’épouse de don Carlos de Avellano, natif de
Guadalaxara. Il mourut à la suite d’une longue maladie, après les avoir
vus tous mariés.


§ XVII.—_Los frayles Franciscanos vienen á Yucatan. Toman la defensa de
los naturales. Odio de los españoles contra ellos._

Que fray Jacobo de Testera franciscano passo a Yucatan y començo de
doctrinar a los hijos de los indios y que los soldados españoles se
quisieron servir de los moços tanto que no les quedava tiempo para
aprender la doctrina, y que por otra parte disgustaron a los frayles
quando los reprehendian de lo que hazian mal contra los indios, y que
por esto fray Jacobo se torno a Mexico donde murio, y que despues fray
Toribio Motolinia embio desde Guatimala frayles, y que de Mexico fray
Martin de Hoja Castro embio mas frayles y que todos tomaron assiento en
Campeche y Merida con favor del Adelantado y de su hijo don Francisco.
Los quales les edificaron un monesterio en Merida, como esta dicho, y
que procuraron saber la lengua, lo qual era muy dificultosa. El que mas
supo fue fray Luis de Villalpando que començo a saberla por señas y
pedrezuelas y la reduxo a alguna manera de arte y escrivio una doctrina
christiana de aquella lengua, aunque avia muchos estorbos de parte
de los españoles que eran absolutos señores y querian que se hiziesse
todo endereçado a su ganancia y tributos, y de parte de los indios que
procuravan estarse en sus idolatrias y borracheras, principalmente era
gran trabajo estar los indios tan derramados por los montes.

Que los españoles tomavan pesar de ver que los frayles hiziessen
monesterios, y ahuyentavan los hijos de los indios de sus repartimientos
para que no viniessen a la doctrina, y quemaron el monesterio de
Valladolid dos vezes con su yglesia que era de madera y paja, tanto que
fue necessario irse los frayles a vivir entre los indios, y que quando
se alçaron los indios de aquella provincia escrivieron al visorey don
Antonio que se avian alçado por amor de los frayles, y que el virey hizo
diligencia y averiguo que al tiempo que se alçaron, aun no eran llagados
los frayles a aquella provincia, y que velavan de noche a los frayles en
escandalo de los indios y hazian inquisicion de sus vidas y les quitavan
las limosnas.

Que los frayles viendo este peligro embiaron al muy singular juez
Cerrato, presidente de Guatymala, un religioso que le diesse cuenta de
lo que passava; el qual vista la desorden y mala christiandad de los
españoles, porque llevavan los tributos absolutamente quantos podian sin
orden del rey, y mas el servicio personal en todo genero de trabajo hasta
alquilarlos a llevar cargas, proveyo de cierta tassacion harta larga,
aunque passadera en que señalava que cosas eran del indio, despues de
pagado el tributo a su encomendero, y que no fuesse todo absolutamente
del español, y que suplicaron de esto, y que con temor de la tassa
sacavan a los indios mas que hasta alli, y que los frayles tornaron a
la audiencia, y embiaron a España, y hizieron tanto que la audiencia de
Guatimala embio un oidor el qual tasso la tierra, y quito el servicio
personal, y hizo casar a algunos, quitandoles las casas que tenian llenas
de mugeres. Este fue el licenciado Thomas Lopez natural de Tendilla, y
que esto causo que aboresciessen mucho mas a los frayles, haziendoles
libellos infamatorios, y cessando de oir sus missas.

Que este aborecimiento causo que los indios estuviessen muy bien con los
frayles, considerando los trabajos que tomavan sin interesse ninguno, y
que les causaron libertad, tanto que ninguna cosa hazian sin dar parte a
los frayles, y tomar su consejo, y esto dio causa para que los españoles
con embidia que los frayles avian hecho esto por governar las Indias y
gozar de lo que a ellos se avia quitado.


§ XVII.—_Les franciscains s’établissent dans le Yucatan. Ils prennent la
défense des indigènes. Haine des Espagnols pour les moines._

Frère Jacques de Testera, franciscain, étant venu au Yucatan, commença à
enseigner les fils des Indiens; mais les soldats espagnols soumettaient
ces jeunes garçons à un si long service, qu’il ne leur restait plus de
temps pour apprendre la doctrine. D’un autre côté, ils donnaient toutes
sortes de dégoûts aux religieux, lorsque ceux-ci venaient à les reprendre
du mal qu’ils faisaient aux indigènes; c’est pourquoi frère Jacques
retourna à Mexico où il mourut[90]. Après cela, frère Torribio Motolinia
envoya des moines de Guatémala, et de Mexico frère Martin de Hojacastro
dépêcha davantage de religieux qui tous s’établirent à Campêche et à
Mérida, sous la protection de l’adelantado et de son fils don Francisco.
Ceux-ci leur bâtirent un monastère à Mérida, ainsi qu’on l’a dit, et les
religieux travaillèrent à apprendre la langue du pays, qui était fort
difficile. Celui qui la sut le mieux fut frère Luis de Villalpando qui
commença à l’apprendre avec des signes et des petites pierres[91]; il
la coordonna en une sorte de grammaire et écrivit un catéchisme de la
doctrine chrétienne[92] dans cette langue, bien qu’il rencontrât beaucoup
d’obstacles de la part des Espagnols qui étaient les maîtres absolus de
la contrée, et qui ne voulaient autre chose que ce qui favorisait leurs
intérêts. Les Indiens, de leur côté, ne cherchaient qu’à demeurer dans
leur idolâtrie et leurs festins, et le travail était d’autant plus grand
à leur égard, qu’ils étaient plus disséminés dans les bois.

Les Espagnols voyaient, d’ailleurs, avec chagrin que les religieux
s’occupassent à construire des monastères: ils chassaient les fils
des Indiens de leurs domaines, afin de les empêcher de se rendre au
catéchisme, et ils brûlèrent deux fois le monastère de Valladolid avec
son église, qui était de bois, couverte en paille. Ce fut au point que
les religieux se virent obligés de vivre parmi les Indiens, et que
lorsque ceux de cette province se soulevèrent, les Espagnols écrivirent
au vice-roi don Antonio, qu’ils s’étaient révoltés par amour pour les
moines; mais le vice-roi s’étant enquis des faits, vérifia qu’à l’époque
où eut lieu ce soulèvement, les religieux n’étaient pas encore arrivés
dans ce département. On alla jusqu’à surveiller ces derniers durant la
nuit, au grand scandale des Indiens, et à s’enquérir de leur vie privée,
leur ôtant les aumônes qu’ils avaient reçues.

Les religieux considérant le danger, envoyèrent un des leurs à un juge
singulièrement intègre, Cerrato, président de Guatémala, afin de lui
rendre compte de ce qui se passait. Ce magistrat voyant le désordre et la
conduite si peu chrétienne des Espagnols, qui levaient tous les tributs
possibles contre la volonté du roi, aggravant le service personnel des
Indiens de toutes les manières, jusqu’à les louer même comme des bêtes
de somme, établit un tarif, élevé à la vérité, mais supportable; il
faisait connaître ce à quoi l’Indien avait droit, après qu’il avait
payé son tribut à son propriétaire, de manière à ce que l’Espagnol ne
pût pas s’attribuer tout. Mais on interjeta appel à ce sujet; car par
crainte de la taxe, les Espagnols obligèrent les Indiens à payer encore
davantage qu’auparavant. Les religieux revinrent alors à la charge auprès
de l’Audience et allèrent jusqu’en Espagne; ils firent si bien que
l’Audience de Guatémala envoya un auditeur. Celui-ci établit un tarif et
déchargea les Indiens du service personnel; il obligea quelques-uns des
Espagnols à se marier, leur ôtant leurs maisons qui étaient remplies de
femmes. Cet auditeur était le licencié Thomas Lopez, natif de Tendilla.
Mais toutes ces choses leur firent concevoir une aversion bien plus
grande encore pour les religieux, qu’ils outragèrent par des libelles
diffamatoires, cessant même d’entendre leurs messes.

Cette haine fut cause précisément que les Indiens s’attachèrent aux
religieux, en considérant les travaux qu’ils supportaient pour eux sans
intérêt aucun, et conséquemment la liberté qu’ils en dérivèrent: aussi
ne faisaient-ils rien sans prendre auparavant leur avis; ce qui fit dire
aux Espagnols avec envie que les moines n’avaient agi de cette sorte que
pour gouverner les Indes et jouir de ce dont ils avaient dépouillé leurs
compatriotes.


§ XVIII.—_Vicios de los indios. De como los frayles les enseñaron.
Enseñanza de la lengua y letras. Castigo de algunos apostatas._

Que los vicios de los indios eran idolatrias, y repudios y boracheras
publicas, y vender y comprar por esclavos, y que sobre apartarles
destas cosas vinieron a aborecer a los frayles; pero que a parte de los
españoles los que mas fatigaron a los religiosos, aunque encubiertamente
fueron los sacerdotes, como gente que avia perdido su officio y los
provechos del.

Que la manera que se tuvo para doctrinar los indios fue recoger los hijos
pequeños de los señores, y gente mas principal, y que los ponian en torno
de los monesterios en casas que cada pueblo hazia para los suyos donde
estavan todos juntos los de cada lugar, y que sus padres y parientes les
trayan de comer, y que con estos niños se recogian los que venian a la
doctrina, y que con esta frequentacion pidieron muchos el baptismo con
mucha devocion, y que estos niños despues de enseñados tenian cuydado de
avisar a los frayles de las idolatrias y boracheras, y que rompian los
idolos, aunque fuessen de sus padres, y exhortavan a las repudiadas y a
los huerphanos si los hazian esclavos que se quexassen a los frayles,
y aunque fueron amenazados de los suyos, no por esto cessavan, antes
respondian que les hazian onra, pues era por el bien de sus almas, y que
el Adelantado y los juezes del rey siempre andado fiscales a los frayles
para recoger los indios a la doctrina, y para castigar a los que se
tomavan a la vida passada, y que al principio davan los señores de mala
gana sus hijos, pensando que los querian hazer esclavos como avian hecho
los españoles, y que por esta causa davan machos esclavillos en lugar de
sus hijos, mas como entendieron el negocio, los davan de buena gana. Que
desta manera aprovecharon tanto los moços en las escuelas y la otra gente
en la doctrina, que era cosa admirable.

Que aprendieron leer y escrivir en la lengua de los indios, la qual se
reduxo tanto a arte que se estudiava como la latina y se hallo que no
usavan de seis letras nuestras que son D, F, G, Q, R, S, que para cosa
ninguna las han menester; pero tienen necesidad de doblar otras y añadir
otras para entender las muchas significaciones de algunos vocablos,
porque _pa_ quiere dezir abrir, y _ppa_, apretando mucho los labios
quiere dezir quebrar; y _tan_ es cal, o ceniza, y _tan_ dicho rezio entre
la lengua y los dientes altos, quiere dezir palabra o hablar, y assi en
otras diciones. Y puesto que ellos para estas cosas tenian diferentes
caratheres, no fue menester inventar nuevas figuras de letras sino
aprovecharse de las latinas porque fuesse comun a todos.

Dioseles tambien orden para que dexassen los assientos que tenian en
los montes, y se juntassen como antes en buenas poblaciones, para que
mas facilmente fuessen enseñados, y no tuviessen tanto trabajo los
religiosos, para cuya sustentacion les hazian limosnas las pascuas y
otras fiestas, y hazian limosnas a las yglesias por medio de dos indios
ancianos, nombrados para esto, con lo qual davan lo necessario a los
frayles quando andavan visitando entre ellos, y tambien adereçavan las
iglesias de ornamentos.

Que estando esta gente instruidos en la religion y los moços aprovechados
como diximos, fueron pervertidos por los sacerdotes que en su idolatria
tenian, y por los señores, y tornaron a idolatrar y hazer sacrificios
no solo de saumerios sino de sangre humana, sobre lo qual los frayles
hizieron inquisicion y pidieron ayuda al alcalde mayor y prendieron
muchos y les hizieron processos y se celebro un auto en que pusieron
muchos en cadahalço, encoroçados, y açotados y trasquilados, y algunos
ensanbenitados por algun tiempo, y que algunos de tristeza, engañados del
demonio se ahorcaron, y que en comun mostraron todos mucho repentimiento
y voluntad de ser buenos christianos.


§ XVIII.—_Défauts des Indiens. Manière dont les instruisirent les
religieux. Enseignement de la langue et des lettres. Châtiments infligés
à quelques apostats._

Les principaux vices des Indiens étaient l’idolâtrie, la répudiation,
les orgies où ils s’enivraient publiquement, l’usage où ils étaient de
vendre et d’acheter des esclaves; de là vint qu’ils commencèrent à haïr
les religieux, lorsque ceux-ci travaillèrent à les en détourner. Mais
en dehors des Espagnols, ceux qui donnèrent le plus de désagrément aux
religieux, quoique en cachette, ce furent les prêtres, ce qui était assez
naturel, puisqu’ils avaient perdu leur office et les profits qui leur en
revenaient.

La manière que l’on adopta pour enseigner la doctrine aux Indiens fut
de réunir les petits enfants des chefs avec ceux des principaux de
l’endroit, en les faisant placer autour du monastère ou de la maison
qu’en chaque localité on préparait à cet effet: ils étaient là tous
ensemble, et leurs parents leur apportaient à manger. A ces enfants se
joignaient ceux qui venaient au catéchisme, et il arriva fréquemment
à un grand nombre d’entre eux de demander le baptême avec une grande
dévotion: ces enfants une fois instruits avaient soin d’avertir les
religieux des actes d’idolâtrie et des orgies qui se commettaient; ils
brisaient les idoles, encore même qu’elles appartinssent à leurs pères.
Ils engageaient les femmes qui avaient été répudiées, ainsi que les
orphelins qu’on réduisait en esclavage, à porter leurs plaintes aux
moines, et sans craindre les menaces que leur adressaient leurs parents,
ils leur répondaient sans s’arrêter qu’ils leur faisaient honneur, en
s’occupant du bien de leurs âmes. L’adelantado et les juges du roi
prêtaient constamment main forte aux religieux pour réunir les Indiens au
catéchisme, comme pour châtier ceux qui retournaient à leur vie passée.
Les chefs, dans les commencements, donnaient leurs enfants de mauvaise
volonté, s’imaginant que c’était pour en faire des esclaves, ainsi que
les Espagnols l’avaient fait: aussi envoyaient-ils fréquemment leurs
jeunes serviteurs au lieu de leurs fils; mais lorsqu’ils eurent compris
de quoi il était question, ils les laissèrent aller de bon cœur. C’est
ainsi que les jeunes gens profitèrent si bien dans les écoles et le reste
du peuple au catéchisme; aussi était-ce une chose admirable.

On apprit à lire et à écrire la langue des Indiens, de telle façon qu’on
la réduisit en forme de grammaire qu’on étudiait comme la latine[93].
Il se trouva ainsi qu’ils n’usaient pas de six de nos lettres qui sont:
D, F, G, Q, R, S, dont ils n’ont aucun besoin; mais ils sont obligés
d’en doubler d’autres, comme aussi d’en ajouter, afin d’entendre les
significations variées de certains mots; parce que _pa_ veut dire ouvrir,
et _ppa_, en serrant beaucoup les lèvres, signifie briser; _tan_ est la
chaux et la cendre, et _tan_, prononcé avec force entre la langue et
les dents de la mâchoire supérieure[94], veut dire parole ou parler, et
ainsi des autres. Ayant admis, d’ailleurs, qu’ils avaient pour ces choses
des caractères différents, il n’y eut aucune nécessité d’inventer de
nouvelles figures de lettres, mais bien de profiter des lettres latines,
afin que l’usage en fût commun à tous[95].

On travailla en même temps à ce que les Indiens laissassent les
habitations qu’ils avaient dans les bois et qu’ils se réunissent comme
auparavant dans de bonnes bourgades: c’était le moyen de les instruire
avec plus de commodité, et de donner moins de peine aux religieux.
Pour sustenter ces derniers, ils faisaient des aumônes aux trois fêtes
principales[96] et aux autres fêtes: les aumônes pour les églises étaient
recueillies par deux Indiens d’un âge respectable, nommés à cet effet,
et de cette façon ils fournissaient de quoi vivre aux religieux, lorsque
ceux-ci allaient les visiter, comme aussi de quoi pourvoir aux ornements
des églises.

Mais les Indiens, après avoir été instruits dans la religion, et les
jeunes garçons, après avoir reçu l’enseignement dont nous avons parlé
plus haut, furent pervertis par les prêtres qu’ils avaient au temps
de leur idolâtrie, ainsi que par les chefs; ils recommencèrent alors
à adorer les idoles et à leur offrir des sacrifices, non-seulement
d’encens, mais encore de sang humain. En conséquence, les religieux
firent une enquête, demandant l’aide de l’alcalde mayor: ils en
emprisonnèrent un grand nombre auxquels ils firent le procès, après quoi
eut lieu l’exposition publique, où plusieurs parurent sur l’échafaud,
coiffés avec le bonnet de l’inquisition, battus de verges et tondus,
et d’autres revêtus du san-benito pour un certain temps. Mais il y en
eut qui, entraînés par le démon, se pendirent de douleur; en général,
néanmoins, ils montrèrent beaucoup de repentir et de volonté de devenir
de bons chrétiens[97].


§ XIX.—_Llegada del obispo Toral: suelta a los indios presos. El
provincial de San Francisco va a España para justificarse._

Que en esta sazon llego a Campeche fray Francisco Toral, frayle
franciscano, natural de Ubeda, que avia estado XX años en lo de Mexico,
y venia por obispo de Yucatan, el qual por las informaciones de los
españoles, y por las quexas de los indios, deshizo lo que los frayles
tenian hecho, y mando soltar los presos y que sobre esto se agravio el
provincial y determino ir a España, quexandose primero en Mexico, y que
assi vino a Madrid, donde los del consejo de Indias le afearon mucho que
uviesse usurpado el oficio de obispo, y inquisidor, para descargo de
lo qual alegava la facultad que su orden tenia para en aquellas partes
concedida por el papa Adriano, a instancia del emperador, y el auxilio
que la Audiencia real de las Indias le mando dar conforme a como se dava
a los obispos; y que los del consejo se enojaron mas por estas desculpas,
y acordaron de remitirle a el y a sus papeles y a los que el obispo avia
embiado contra las frayles a fray Pedro de Bovadilla, provincial de
Castilla, a quien el rey escrivio, mandandole que los viesse y hiziesse
justicia y que este fray Pedro, por estar enfermo, cometio el examen
destos processos a fray Pedro de Guzman de su orden, hombre docto y
esperimentado en cosas de inquisicion, y se presentaron los pareceres de
siete personas doctas del reyno de Toledo que fueron el D. fray Francisco
de Medina y fray Francisco Dorantes de la orden de St Francisco, y el
maestro fray Alonzo de la Cruz, frayle de St Augustin, quien avia estado
XXX años en las Indias, y el licenciado Thomas Lopez, que fue oidor
en Guatimala en el Nuevo Reyno, y fue Juez en Yucatan, y el D. Hurtado
cathedratico de canones, y el D. Mendez, cathedratico de santa Escritura,
y el D. Martinez, cathedratico de Scoto en Alcala, los quales dixeron que
el provincial hizo justamente el auto y las otras cosas en castigo de los
indios. Lo qual visto por fray Francisco de Guzman, escrivio largamente
sobre ello al provincial fray Pedro de Bovadilla.

Que los indios de Yucatan merecen que el rey les favoresca por muchas
cosas y por la voluntad que mostraron a su servicio. Estando necessitado
en Flandes embio la princesa doña Juana su hermana, que entonces era
governadora del reyno, una cedula pidiendo ayuda a los de las Indias, la
qual llevo a Yucatan un oidor de Guatimala y para esto junto los señores
y ordeno que un frayle les predicasse lo que devian a su magestad, y lo
que entonces les pedia, y que concluyda la platica, se levantaron dos
indios en pie y respondieron que bien sabian lo que eran obligados a Dios
por aver les dado tan noble y christianissimo rey, y que les pesava no
vivir en parte donde le pudieron servir con sus personas, por tanto que
viesse lo que de su pobreza queria que le servirian con ello y que si no
bastasse, que venderian sus hijos y mugeres.


§ XIX.—_Arrivée de l’évêque Torral; il délivre les Indiens emprisonnés.
Le provincial des franciscains se rend en Espagne pour se justifier._

En ce temps-là arriva à Campêche frère Francisco Toral, religieux
franciscain, natif d’Ubeda, qui avait été durant vingt ans employé au
Mexique, et qui venait actuellement comme évêque du Yucatan. Ce prélat,
sur les informations des Espagnols et les plaintes des Indiens, détruisit
ce que les moines avaient fait, commandant de mettre en liberté les
prisonniers. Le provincial, qui se crut offensé, résolut d’aller en
Espagne, après avoir d’abord porté ses plaintes à Mexico. Il arriva à
Madrid où les membres du conseil des Indes l’accueillirent fort mal,
pour avoir usurpé l’office d’évêque et d’inquisiteur. Il allégua pour
sa décharge les facultés que son ordre avait reçues, pour ces contrées,
du pape Adrien, sur les instances de l’empereur, et le secours que le
conseil royal des Indes lui avait fait donner d’après ce qui se faisait
avec les évêques; mais les membres du conseil éprouvèrent encore plus
d’irritation de ces excuses: ils résolurent de le remettre lui, avec ses
papiers et ceux que l’évêque avait envoyés contre les religieux, à frère
Simon de Bovadilla, provincial de Castille, à qui le roi écrivit, lui
donnant ordre d’examiner l’affaire et de faire justice. Mais frère Pedro
étant malade confia l’examen de cette procédure à frère Pedro de Guzman,
de son ordre, homme docte et expérimenté dans les choses d’inquisition.
A la suite de cela il y eut sept avis différents donnés par des hommes
de science du royaume de Tolède, qui furent frère Francisco de Medina
et frère Francisco Dorantes, de l’ordre de Saint-François; le maître
frère Alonzo de la Cruz, moine de Saint-Augustin, qui avait passé trente
ans dans les Indes; le licencié Thomas Lopez, qui avait été auditeur
à Guatémala et dans le Nouveau Royaume[98], et juge au Yucatan; le D.
Hurtado, professeur de droit canon; le D. Mendez, professeur d’Écriture
sainte, et le D. Martinez, professeur de philosophie scolastique[99]
à Alcala: or tous ensemble déclarèrent que le provincial avait agi
justement à l’occasion de l’_auto-da-fé_ et des autres choses en
châtiment de l’apostasie des Indiens. Ce qu’ayant vu frère Francisco de
Guzman, il en écrivit longuement au provincial frère Pedro de Bovadilla.

Les Indiens du Yucatan méritent que le roi leur fasse quelque faveur
pour bien des raisons et pour la bonne volonté qu’ils ont montrée pour
son service, durant les besoins qu’il éprouva en Flandre; car ce fut
alors que la princesse doña Juana, sa sœur, qui était régente du royaume,
expédia une cédule, demandant de l’aide aux habitants des Indes; un
auditeur de Guatémala la porta au Yucatan et réunit à cet effet les
chefs du pays, commandant à un religieux de les prêcher sur ce qu’ils
devaient à Sa Majesté et ce qu’il leur demandait pour le moment. A la fin
du sermon, deux Indiens se levèrent et répondirent qu’ils savaient fort
bien ce qu’ils devaient à Dieu pour leur avoir donné un roi si noble et
si chrétien, et qu’ils regrettaient de n’être point là où ils auraient pu
le servir de leurs personnes; que néanmoins il voulût bien voir en quoi
le peu qu’ils possédaient pouvait lui être utile, et que si cela ne lui
suffisait point, ils vendraient jusqu’à leurs fils et leurs femmes[100].


§ XX.—_Manera de las casas en Yucatan. Obediencia y respete de los indios
á sus señores. Modo de ornar sus cabezas y de llevar sus vestidos._

Que la manera de hazer las casas era cubrirlas de paja que tienen muy
buena y mucha, o con hojas de palma que es propia para esto y que tenian
muy grandes corrientes para que no se lluevan, y que despues echan una
pared por medio al largo que divide toda la casa, y que en esta pared
dexan algunas puertas para la mitad que llaman las espaldas de la casa,
donde tienen sus camas, y que la otra mitad blanquean de muy gentil
encalado, y que los señores las tienen pintadas de muchas galanterias y
que esta mitad es el recebimiento y aposento de los guespedes, y que esta
pieça no tiene puerta, sino toda abierta conforme al largo de la casa, y
baxa mucho la corriente delantera por temor de los soles y aguas, y dizen
que tambien para enseñorearse de los enemigos de la parte de dentro en
tiempo de necessitad. Y que el pueblo menudo hazia a su costa las casas
de los señores, y que con no tener mas puertas, tenian por grave delicto
de hazer mal a casas agenas. Tenian una portezilla atras para el servicio
necessario y que tienen unas camas de varillas, y en cima una serilla
donde duermen, cubiertas de sus mantas de algodon: en verano duermen
comunmente en los encalados con una de aquellas serillas, especialmente
los hombres. Allende de la casa hazian todo el pueblo a los señores sus
sementeras, y se las beneficiavan y cogian en cantidad que le bastava a
el y a su casa, y quando avia caças o pescas, o era tiempo de traer sal
siempre davan parte al señor, por que estas cosas siempre las hazian de
comunidad.

Si moria el señor, aunque le succediesse el hijo mayor, eran siempre los
demas hijos muy acatados, y ayudados y tenidos por señores. A las demas
principales inferiores del señor ayudavan en todas estas cosas, conforme
a quien eran, o al favor que el señor les dava. Los sacerdotes vivian de
sus officios y offrendas. Los señores regian el pueblo, concertando los
litigios, ordenando y concertando las cosas de sus republicas, lo qual
todo hazian por manos de los mas principales que eran muy obedecidos y
estimados, especial la gente rica, a quien visitavan y tenian palacio
en sus casas donde concertavan las cosas, y negocios principalmente de
noche, y si los señores se salian del pueblo, llevavan mucha compañia, y
lo mesmo quando salian de sus casas.

Que los indios de Yucatan son bien dispuestos y altos y rezios y de
muchas fuerças y comunmente todos estevados, porque en su niñez, quando
las madres los llevan de una parte a otra, van ahorcajados en los
quadriles. Tenian por gala ser vizcos lo qual hazian por arte las madres,
colgandoles del pelo un pegotillo que les llegava al medio de las sejas
desde niños, y alcançando los ojos, siempre como les andava alli jugando
venian a quedar vizcos; y que tenian las cabeças y frentes llanas, hecho
tambien de sus madres por industria desde niños y que trayan las orejas
horadadas para çarcillos y muy harpadas de los sacrificios. No criavan
barbas, y dezian que les quemavan los rostros sus madres con paños
calientes, siendo niños, por que no les naciessen, y que agora crian
barbas aunque muy asperas como cerdas de tocines.

Que criavan cabello como las mugeres; por lo alto quemavan como una buena
corona, y que assi crecia lo de abaxo mucho, y lo de la corona quedava
corto, y que lo entrençavan y hazian una guirnalda de ello entorno de la
cabeça, dexando la colilla atras como borlas.

Que todos los nombres usavan espejos y no las mugeres y que para llamarse
cornudos, dezian que su muger le avia puesto el espejo en el cabello
sobrando del colodrillo.

Que se vañavan mucho, no curando de cubrirse de las mugeres, sino quando
podia cubrir la mano. Que eran amigos de buenos olores y que por esto
usan de ramilletes de flores y yervas olorosas, muy curiosos y labrados;
que usavan pintarse de colorado el rostro y cuerpo y les parecia muy
mal, pero tenian lo por gran gala.

Que su vestido era un liston de una mano en ancho que les servia de
bragas y calças, y que se davan con el algunas vueltas por la cintura, de
manera que el un cabo colgava delante y el otro detras, y que estos cabos
los hazian sus mugeres con curiosidad y labores de pluma, y que traian
mantas largas y quadradas, y las atavan en los ombros, y que traian
sandalias de cañamo o cuero de venado por curtir seco, y no usavan otro
vestido.


§ XX.—_Habitations des Mayas. Leur soumission à leurs princes. Ornements
de tête et vêtements._

La manière de bâtir les maisons dans le Yucatan était de les couvrir
avec de la paille, et ils en avaient de fort bonne et abondamment, ou
avec des feuilles de palmier, tout à fait propres à cet usage; ils en
élevaient le toit, lui donnant une pente considérable, de manière à ce
que les eaux de la pluie n’y pussent pénétrer. Ils élevaient ensuite un
mur au milieu, partageant la maison dans sa longueur, laissant dans ce
mur quelques portes pour communiquer avec la partie qu’ils appelaient
les derrières de la maison, où ils avaient leurs lits; l’autre moitié
était blanchie à la chaux avec beaucoup de soin. Chez les seigneurs,
ces murs étaient recouverts de peintures agréables; c’était dans cette
partie qu’on recevait les hôtes et qu’on les logeait. Cette pièce n’avait
point de portes; mais elle était ouverte tout le long de la maison, le
toit descendant fort bas, afin que l’on y fût à l’abri du soleil et de
l’eau[101]. On dit aussi que c’était pour se rendre maître de l’ennemi
intérieur, en temps de nécessité[102]. Le menu peuple bâtissait à ses
frais les maisons des grands, et comme elles n’avaient point de portes,
on regardait comme un grave délit de faire le moindre tort aux maisons
d’autrui. Elles avaient toutefois, par derrière, une petite porte pour le
service des communs. Pour dormir, ils avaient des bois de lit faits en
treillis de cannes, tapissées de nattes, et ils s’y étendaient recouverts
de leurs étoffes de coton. Durant l’été, ils dorment d’ordinaire sur le
devant, étendus sur leurs nattes, les hommes principalement. Non loin de
la maison, la population réunie préparait les champs du seigneur: elle en
prenait soin et moissonnait ce qui lui était nécessaire pour lui et sa
famille; lorsqu’il y avait du gibier ou du poisson, ou bien au temps où
l’on apportait le sel, on faisait toujours la part du seigneur, toutes
ces choses étant du ressort de la communauté.

Si le seigneur venait à mourir, bien que ce fût l’aîné qui lui succédait,
les autres n’en étaient pas moins aimés, secourus ou regardés comme des
seigneurs eux-mêmes. Quant aux autres chefs d’un rang inférieur, on leur
fournissait également tout ce qui pouvait leur être nécessaire, chacun
selon sa qualité et la faveur dont ils jouissaient près du seigneur.
Les prêtres vivaient de leurs offices et des offrandes. Les seigneurs
gouvernaient la ville ou la bourgade, arrangeant les procès, ordonnant
et concertant les choses de leurs communautés par l’intermédiaire des
principaux chefs, à qui l’on témoignait beaucoup d’obéissance et de
respect, surtout s’ils étaient riches. On les visitait chez eux et on
leur faisait la cour dans leurs maisons; on s’y réunissait pour agiter
les questions importantes, ce qui ordinairement avait lieu la nuit. Si
les seigneurs sortaient de la résidence, ils emmenaient à leur suite
beaucoup de monde, et il en était de même lorsqu’ils sortaient de leurs
maisons.

Les Indiens du Yucatan sont une race bien faite et de haute stature, vifs
et très-forts, mais généralement cagneux; car, dans leur enfance, lorsque
leurs mères les portent d’un endroit à l’autre, elles les portent à
califourchon sur les hanches. Ils regardaient comme une marque de beauté
d’être louches; aussi leurs mères leur donnaient-elles artificiellement
ce défaut en leur suspendant dès leur enfance aux cheveux une petite
emplâtre de poix qui leur descendait au milieu des sourcils jusqu’à
toucher les yeux; et comme cette emplâtre s’y balançait constamment,
ils en arrivaient à rester louches. Ils portaient la tête et le front
aplatis, ce qui était également l’ouvrage de leurs mères: tout petits
on leur perçait les oreilles pour y placer des pendants, et elles
étaient généralement fort scarifiées à cause des sacrifices[103]. Ils
n’avaient point de barbe: ils disaient que leurs mères leur brûlaient le
visage avec des linges chauds dans leur enfance, afin d’en empêcher la
croissance; mais maintenant ils en ont, quoique les poils soient aussi
rudes que des soies de sanglier.

Ils portaient les cheveux longs comme les femmes; au sommet ils se
brûlaient comme une grande tonsure, laissant croître la chevelure tout
autour, tandis que les cheveux de la tonsure restaient courts; ils les
tressaient en guirlande autour de la tête, à l’exception d’une petite
queue qui tombait en arrière comme une houppe.

Tous les hommes se servaient de miroirs, tandis que les femmes n’en
avaient point; aussi, pour parler de ceux qui étaient cocus, disait-on
d’eux que leurs femmes leur avaient mis le miroir dans les cheveux
au-dessus de l’occiput.

Ils se baignaient fréquemment, sans se mettre en peine de couvrir leur
nudité devant les femmes, si ce n’est en y portant la main. Ils étaient
amateurs de parfums; aussi ont-ils l’usage des bouquets de fleurs ou
d’herbes odoriférantes, arrangés avec beaucoup d’art. La coutume
existait également chez eux de se peindre le corps et le visage en rouge,
bien qu’elle leur parût mauvaise, mais cela passait pour très-gracieux.

Leur vêtement était une ceinture de la largeur de la main qui leur
servait de braies et de haut-de-chausses; ils s’en enveloppaient
plusieurs fois les reins, de manière à ce qu’il en tombât un bout par
devant et un autre par derrière. Ces bouts étaient travaillés avec
beaucoup de soin par leurs femmes, qui les ornaient de broderies et
d’ouvrages de plumes; par là-dessus, ils portaient des manteaux amples
et carrés, qu’ils se nouaient sur les épaules; ils avaient des sandales
de chanvre ou de cuir de bêtes fauves tanné à sec, et n’usaient point
d’autres vêtements[104].


§ XXI.—_Mantenimientos y comidas de los indios de Yucatan._

Que el mantenimiento principal es maiz del qual hazen diversos manjares
y bevidas, y aun bevido como lo beven, les sirve de comida y bevida; y
que las indias echan el maiz a remojar una noche antes en cal y agua, y
que a la mañana esta blando y medio cozido, y desta manera se le quita
el hollejo y peçon, y que lo muelen en piedras, y que de lo medio molido
dan a los trabajadores y caminantes, y navegantes grandes pelotas y
cargas; y que dura con solo azedarse algunos meses, y que de aquello
toman una pella y deslianlo en un vaso de la caxcara de una fruta que
cria un arbol, con el qual les proveio Dios de vasos, y que se beven
aquella substancia y se comen lo demas, y que es sabroso y de gran
mantenimiento, y que de lo mas molido sacan leche y la coajan al fuego,
y hazen como poleadas para las mañanas, y que lo beven caliente y que
sobre lo que sobra de las mañanas echan agua para bever entre dia, porque
no acostumbran bever agua solo. Que tambien lo tuestan y muelan y deslian
en agua que es muy fresca bevida, echandole un poco de pimienta de Indias
o cacao.

Que hazen del maiz y cacao molido una manera de espuma muy sabrosa con
que celebran sus fiestas, y que sacan del cacao una grasa que parece
mantequillas y que desto y del maiz hazen otra bevida sabrosa y estimada,
y que hazen otra bevida de la substancia del maiz molido, assi crudo que
es muy fresca y sabrosa. Que hazen pan de muchas maneras, bueno y sano,
salvo que es malo de comer, quando esta frio, y assi passan las indias
trabajo en lo hazer dos vezes al dia. Que no se ha podido acertar a hazer
harina, que se amasse como la del trigo, y que si alguna vez se haze como
pan de trigo, no vale nada.

Que hazen guisados de legumbres y carne de venados y aves monteses y
domesticas que ay muchas, y de pescados que ay muchos, y que assi tienen
buenos mantenimientos, principalemente despues que crian puercos y aves
de Castilla.

Que por la mañana toman la bebida caliente con pimienta, como esta dicho
y entre dia las otras frias, y a la noche los guisados. Y que si no ay
carne hazen sus salsas de la pimienta y legumbres. Que no acostumbravan
comer los hombres con las mugeres, y que ellos comian por si en el suelo,
o quando mucho sobre una serilla por mesa: y que comen bien quando lo
tienen, y quando no, sufren muy bien la hambre y passan con muy poco. Y
que se lavan las manos y la boca despues de comer.


§ XXI.—_Nourriture et repas des Indiens mayas._

Leur principale subsistance est le maïs, dont ils font des mets et des
breuvages variés: en le buvant même à leur manière, cela leur sert à
la fois de boire et de manger. Les Indiennes mettent la veille le maïs
tremper durant une nuit dans de l’eau, mêlée de chaux; au matin, il se
trouve ramolli et à moitié cuit, et elles lui ôtent ainsi la peau et
le germe. Elles le moudent ensuite sur une pierre, et c’est lorsqu’il
est à demi moulu qu’elles le donnent aux ouvriers, aux voyageurs et
aux navigateurs sous forme de grandes pelotes: ceux-ci les emportent
et elles leur durent plusieurs mois, sans autre détérioration que de
s’aigrir. Lorsqu’ils veulent s’en servir, ils en prennent une poignée
qu’ils délayent avec de l’eau dans un vase formé de l’écorce du fruit
d’un arbre que Dieu leur a donné, les pourvoyant ainsi de vases naturels:
ils y boivent cette substance et mangent le reste, ce qui leur fait une
nourriture savoureuse et qui les soutient à merveille. De la portion
moulue entièrement, ils tirent du lait qu’ils épaississent au feu et dont
ils font une sorte de bouillie pour le matin: ils la boivent chaude, et
sur ce qui reste du matin ils jettent de l’eau pour le boire durant le
jour; car ils ne sont pas accoutumés à boire de l’eau seule. Ils font
griller aussi du maïs et le moudent ensuite, le délayant dans de l’eau,
ce qui fait une boisson fort fraîche, en y mêlant un peu de piment des
Indes ou de cacao[105].

Ils font encore du maïs et du cacao, réduits en poudre, une sorte de
boisson écumante fort savoureuse[106]: c’est avec cela qu’ils célèbrent
leurs fêtes. Ils retirent du cacao une graisse qui ressemble à du beurre,
et de cette graisse mêlée avec du maïs composent un autre breuvage
savoureux et fort estimé. Ils font également une boisson de la substance
du maïs moulu et cru, qui est fort rafraîchissante et agréable. Ils font
du pain de différentes manières bon et salubre, sauf qu’il est indigeste
lorsqu’on le mange froid; aussi les Indiennes passent-elles beaucoup
de temps au travail afin d’en faire plusieurs fois le jour. On n’a pu
réussir encore à en faire de la farine qu’on puisse pétrir comme celle du
froment, et ce qu’on a essayé d’en faire en guise de pain de froment ne
valait rien.

Ils préparent des ragoûts de légumes et de gibier, gros et menu,
d’oiseaux sauvages et domestiques, qu’ils ont en grand nombre; aussi
ont-ils de cette façon de fort bonnes provisions de bouche, surtout
depuis qu’ils ont commencé à élever la volaille et les porcs de Castille.

Au matin, ils prennent leur boisson chaude au piment, ainsi qu’on l’a
fait voir; de jour, ils boivent les autres froides et mangent les ragoûts
la nuit: à défaut de viande, ils composent des sauces de piments et de
légumes. Les hommes n’avaient pas la coutume de manger avec les femmes:
ils prenaient leurs repas seuls, sur le sol ou bien sur une natte qui
leur servait de table. Ils sont de fort bon appétit, quand ils ont de
quoi se satisfaire; sinon, ils souffrent très-patiemment la faim et font
avec peu. En finissant de manger, ils se lavent les mains et la bouche.


§ XXII.—_Como estos indios se labravan el cuerpo. Sus borracheras, vino,
banquetes. Farsantes, musica y bailes._

Labravanse los cuerpos y quanto mas, tanto mas valientes y bravosos
se tenian, porque el labrarse era gran tormento que era desta manera.
Los oficiales dello labravan la parte que querian con tinta, y despues
sejavanle delicadamente las pinturas, y assi con la sangre y tinta
quedavan en el cuerpo las señales, y que se labran poco a poco por
el tormento grande, y tambien se ponen despues malos, porque se les
enconavan los labores, y haziase materia, y que con todo esso se mofavan
de los que no se labravan. Y que se precian muchos de ser requebrados
y tener gracias y habilidades naturales, y que ya comen y beben como
nosotros.

Que los indios eran muy dissolutos en bever y emboracharse, de que les
seguian muchos males, como matarse unos a otros, violar las camas,
pensando las pobres mugeres recebir a sus maridos, tambien con padres y
madres como en casa de sus enemigos, y pegar fuego a sus casas, y que con
todo esso se perdian por emboracharse; y que quando la borrachera era
general, y de sacrificios contribuian todos para ello, porque quando era
particular, hazia el gasto el que la hazia con ayuda de sus parientes. Y
que hazen el vino de miel y agua, y cierta raiz de un arbol que para esto
criavan con lo qual se hazia el vino fuerte y muy hediondo. Y que con
vailes y regozijos comian sentados de dos en dos, o de quatro en quatro;
y que despues de comido, sacavan los escancianos los quales no se solian
emborachar, de unos grandes artezones de bever hasta que se hazian unos
cimitaras, y que las mugeres tenian mucha cuenta de bolver sus maridos
borachos a casa.

Que muchas vezes gastan en un banquete lo que en muchos dias mercadeando
y trompeando ganavan; y que tienen dos maneras de hazer estas fiestas,
la primera que es de los señores y gente principal, obliga a cada uno de
los combidados a que hagan otro tal combite, y que dava á cada uno de
los combidados una ave assada y pan y bevida de cacao de abundancia, y
que al fin del combite suelen dar a cada uno una manta para cubrirse y
un banquillo y vaso mas galano que pueden. Y si se muere uno dellos es
obligada a pagar el combite la casa o parientes del. La otra manera es
entre parentelas, quando casan sus hijos o hazen memorias de las cosas
de sus antepassados, y esta no obliga a restitucion, salvo que si ciento
an combidado a un indio a una fiesta, assi a todos quando el haze fiesta
o casa sus hijos combida. Y que sienten mucho la amistad y conservan la
memoria aunque lejos unos de otros con estos combites, y que en estas
fiestas les davan a bever mugeres hermosas las quales despues de dado el
vaso volvian las espaldas al que lo tomava hasta vaciado el vaso.

Que los indios tienen recreaciones muy donosas y principalmente farsantes
que represantan con mucho donayre tanto que estos alquilan los españoles
para no mas que vean los chistes de las españoles que passan con sus
moças, maridos o ellos proprios sobre el buen o mal servir, y despues lo
representan con tanto artificio como curiosos españoles. Tienen atabales
pequeños que tañen con la mano, y otro atabal de palo hueco de sonido
pesado y triste; tañenlo con un palo larguillo puesto al cabo cierta
leche de un arbol, y tienen trompetas largas y delgadas de palos huecos,
y al cabo unas largas y tuertas calabaças. Y tienen otro instrumento de
toda la tortuga entera con sus conchas, y sacada la carne, tañenlo con la
palma de la mano, y es su sonido lugubre y triste.

Tienen chiflatos de cañas, de huessos de venado, y caracoles grandes y
flautas de cañas, y con estos instrumentos hazen son a los vailantes,
y tienen especialmente dos vailes muy de hombre y de ver. El uno es un
juego de cañas y assi le llaman ellos _Colomche_ que lo quiere dezir;
para jugarlo se junta una gran rueda de vailadores con su musica que les
haze son y por su compas salen dos de la rueda, el uno con un manojo de
bohordos, y vaila con ellos en hiesto. El otro vaila en cuclillas, ambos
con compas de la rueda, y el de los bohordos con toda su fuerça los
tira al otro, el qual con gran destreza con un palo pequeño arebatelos.
Acabado de tirar buelven con su compas a la rueda y salen otros hazer lo
mismo.

Otro vaile ay en que vailan ocho cientos y mas y menos indios con
banderas pequeñas con son y passo largo de guerra, entre los quales no
ay uno que salga de compas. Y en sus vailes son pesados, porque todo el
dia entero no cessan de vailar, porque les llevan ay de comer y bever.
Los hombres no solian vailar con las mugeres.


§ XXII.—_Tatouage des Yucatèques. Orgies, vin et banquets. Comédie,
instruments de musique et ballets._

Les Indiens se tatouaient le corps, et plus ils en faisaient, plus
ils étaient considérés comme braves et vaillants, le tatouage étant
accompagné d’une grande souffrance. Voici comment ils le pratiquaient:
ceux qui étaient chargés de ce travail peignaient d’abord la partie
qu’ils voulaient avec de la couleur; puis ils incisaient délicatement la
peinture, et ainsi le sang et la couleur se mêlant, faisaient que les
traces restaient dans le corps. Ce travail se faisait petit à petit,
à cause de l’extrême douleur qu’il causait; mais ils en demeuraient
assez malades ensuite, car ces dessins s’enflaient et donnaient de la
matière. Avec tout cela ils raillaient ceux qui ne se tatouaient point.
Beaucoup d’entre eux aimaient à faire les aimables, à montrer leur grâce
et leur adresse naturelles, et aujourd’hui ils boivent et mangent comme
nous[107].

Ces Indiens étaient fort dissolus dans leurs orgies, aussi s’ensuivait-il
souvent qu’ils se tuaient les uns les autres, et qu’ils violaient
mutuellement le domicile conjugal, les pauvres femmes pensant recevoir
leurs maris, qui outrageaient quelquefois leurs pères et leurs mères
comme dans la maison d’un ennemi prise d’assaut, mettaient même le feu
aux habitations, et avec tout cela ils se tuaient pour boire. Lorsque
la débauche était générale et accompagnée de sacrifices, tout le monde
y contribuait; car lorsqu’elle était particulière, c’était l’amphitryon
qui en faisait les frais avec l’aide de ses parents. Leur vin se faisait
de miel et d’eau[108], à quoi ils ajoutaient la racine d’un arbre qu’ils
cultivaient à cet effet, ce qui rendait le vin fort et lui donnait une
très-mauvaise odeur. Des danses et des réjouissances accompagnaient leurs
festins, où ils mangeaient assis de deux en deux ou de quatre en quatre.
Après le repas, les échansons, à qui la coutume ne permettait pas de
s’enivrer, tiraient de quoi boire de quelques grandes cruches jusqu’à
ce qu’ils fussent devenus ivres _comme des souches_[109], et les femmes
avaient la plus grande peine du monde à ramener leurs maris ivres à la
maison.

Il leur arrivait souvent de dépenser dans un banquet ce qu’ils avaient
gagné péniblement en commerçant durant un grand nombre de jours. Ils
avaient deux manières de célébrer leurs festins: la première était celle
des seigneurs et des gens de condition; elle obligeait chacun des conviés
à rendre à son tour la fête à laquelle il avait été invité; à chacun
d’eux on donnait une volaille rôtie, du pain et des boissons de cacao
en abondance, et à la fin du repas un manteau pour se couvrir et un
petit piédestal avec la coupe qu’on y posait, aussi bien travaillée que
possible. Si l’un d’eux venait ensuite à mourir, l’obligation de rendre
le repas incombait à sa maison ou à ses parents. La seconde manière de
donner des festins avait lieu entre les familles, lorsqu’elles venaient à
marier leurs enfants ou à célébrer la mémoire des faits de quelqu’un de
leurs ancêtres, mais ceci n’obligeait pas à rendre le repas; seulement
si cent personnes avaient invité un Indien à une fête, il les invitait
tous à son tour, quand il venait à marier quelqu’un de ses enfants. Ils
sont fort sensibles à une preuve d’amitié et ils conservaient longtemps
le souvenir de ces invitations, quoique fort éloignés les uns des autres.
Dans ces repas, celles qui leur donnaient à boire étaient de belles
femmes qui, après leur avoir présenté le vase, tournaient le dos à celui
qui le prenait jusqu’à ce qu’il l’eût vidé.

Ces Indiens ont des divertissements fort agréables: ils ont surtout des
comédiens qui donnent des représentations avec beaucoup de grâce; c’est
au point que les Espagnols les louent, afin qu’ils puissent être témoins
des bons mots des Espagnols qui passent avec leurs servantes et leurs
maris, sur la manière de servir bien ou mal, ce qu’ils représentent
ensuite avec autant de vérité que les Espagnols eux-mêmes. Ils ont de
petits tambours dont ils jouent avec la main, et une autre sorte de
tambour de bois creux au son sourd et triste[110]; ils le battent avec
une baguette, au bout de laquelle ils mettent une boule de la gomme d’un
arbre; ils ont des trompettes de bois longues et minces dont l’extrémité
est formée de grandes calebasses tordues. Il y a une autre espèce
d’instrument, formé d’une tortue entière avec sa carapace, dont on a
enlevé la chair et qu’on fait sonner avec la paume de la main: le son en
est lugubre et triste.

Ils ont des sifflets, fabriqués de bambous et d’os de bêtes fauves,
de grandes conques marines et des flûtes de roseaux. Avec tous ces
instruments ils font de la musique pour animer les danseurs: ils ont
entre autres deux ballets tout à fait virils et dignes d’être vus. L’un
est un jeu de roseaux, c’est pourquoi ils l’appellent _Colomche_, qui en
est la signification. Pour l’exécuter, il se forme un grand cercle de
danseurs avec leur musique qui en joue l’air: deux d’entre eux sortent en
dedans du cercle suivant la mesure, l’un ayant un faisceau de baguettes
à la main et danse ainsi tout à fait droit et debout. L’autre danse
accroupi, suivant, ainsi que l’autre, la mesure du cercle, le premier
lançant avec force les baguettes au second, lequel à l’aide d’un petit
bâton les saisit avec beaucoup d’adresse. Le faisceau terminé, ils
reprennent en mesure leur place dans le cercle et il en sort deux autres
qui recommencent le même jeu.

Ils exécutent un autre ballet où ils se trouvent au nombre de huit cents
danseurs, dont une partie est armée de banderolles; ils dansent sur un
air particulier au grand pas de guerre, sans qu’il n’y en ait un seul qui
n’observe la mesure. Dans leurs ballets, ils sont généralement lourds,
car durant le jour entier ils ne cessent de danser, et on leur apporte à
boire et à manger. Il n’était pas d’usage que les hommes dansassent avec
leurs femmes[111].


§ XXIII.—_Comercio y moneda. Agricultura y semillas. Justicia y
hospitalidad._

Que los officios de los indios eran olleros y carpinteros, los quales
por hazer los idolos de barro y madera con muchos ayunos y observancias
ganavan mucho. Avia tambien cirujanos, o por mejor dezir hechizeros, los
quales curavan con yervas y muchas supersticiones, y assi de todos los
demas officios.

El officio en que mas inclinados estavan es mercaderia, llevando sal,
ropa y esclavos a tierra de Ulua y Tavasco, trocandolo todo por cacao y
cuentas de piedra que era su moneda, y con esta solian comprar esclavos
o otras cuentas con razon que eran finas y buenas, las quales por joyas
trayan sobre si en las fiestas los señores. Y tenian otras hechas de
ciertas conchas coloradas por moneda y joyas de sus personas. Y lo
traian en sus bolsas de red que tenian y en los mercados tratavan de
todas quantas cosas avia en essa tierra. Fiavan, prestavan, y pagavan
cortesmente y sin usuras.

Y sobre todo eran los labradores y los que ponen a coger maiz y las demas
semillas, lo qual guardan en muy lindos sitios y trojes para vender
a sus tiempos. Sus mulas y bueyes son la gente. Suelen de costumbre
sembrar para cada casado con su muger medida de CCCC pies, lo qual llaman
_hun-uinic_, medida con vara de XX pies, XX en ancho, y XX en largo.

Que los indios tienen costumbre buena de ayudarse unos a otros en todos
sus trabajos. En tiempo de sus sementeras, los que no tienen gente suya
para las hazer, juntanse de XX en XX, o mas o menos, y hazen todos juntos
por su medida y tasa la labor de todos, y no lo dexan hasta cumplir con
todos. Las tierras por aora es de comun, y assi el que primero las ocupa
las possee. Siembran en muchas partes, por si una faltare supla la otra.
En labrar la tierra, no hazen sino coger la vassura y quemarla para
despues sembrarla; y desde medio enero hasta abril labran, y entonces con
las lluvias siembran, lo qual hazen, trayendo un taleguillo a cuestas,
y con un palo puntiagudo hazen agujero en tierra y ponen alli cinco o
seis granos, lo qual con el mesmo palo cubren. En lluviendo, espanto es
como nace. Juntanse tambien para la caça de L en L, mas o menos, y la
carne del venado assan en parrillas, porque no se les gaste, y venidos
al pueblo, hazen sus presentes al señor, y distribuyen como amigos y el
mesmo hazen en la pesca.

Que los indios en sus visitas siempre llevan consigo don que dar, segun
su calidad, y el visitado con otro don satisfaze al otro, y los terceros
destas visitas hablan y escuchan curiosamente conforme a la persona
con quien hablan, no obstante que todos se llaman _tu_, porque en el
progresso de sus platicas, el menor por curiosidad suele repetir el
nombre del officio o dignidad del mayor. Y usan mucho yr ayudando al
que da los mensages un sonsonete hecho con la aspiracion en la garganta
que es como dezir vastaque o assique. Las mugeres son cortas en sus
razonamientos y no acostumbravan a negociar por si, especialmente si eran
pobres, y por esso los señores se mofaron de los frayles que davan oydo a
pobres y ricos sin respeto.

Que los agravios que hazian unos a otros mandava satisfazer el señor del
pueblo del dañador, y sino, era occasion y instrumento de mas passiones;
y si eran de un mesmo pueblo, con el juez lo comunicavan que era arbitro,
y examinado el daño, mandava la satisfacion, y si no era sufficiente para
la satisfacion, los parientes y muger le ayudavan. Las causas de que se
solian hazer estas satisfaciones eran si matavan a alguno casualmente,
o quando se ahorcava la muger o el marido con alguna culpa de haverle
dado o el la occasion, o quando eran causa de algun incendio de casas o
eredades, de colmenas o trojes de maiz. Los otros agravios hechos con
malicia satisfazian siempre con sangre y puñadas.

Que los yucataneses son muy partidos y hospitales, porque entra nadie
en su casa a quien no den la comida o bevida, que tienen de dia de sus
bevidas, de noche de sus comidas, y si no las tienen, buscanlo por la
vezindad; y por los caminos si les junta gente, a todos an de dar dellas,
aunque les quepe por esso mucho menos.


§ XXIII.—_Commerce et monnaie. Labour et semailles. Justice et
hospitalité._

La principale industrie de ces Indiens était celle de potier et de
charpentier; ils étaient chargés de fabriquer les idoles d’argile et de
bois, auxquelles, toutefois, ils ne mettaient la main qu’après un certain
nombre de jeûnes et d’observances religieuses; mais ils y faisaient un
bénéfice considérable. Il y avait aussi parmi les Mayas des chirurgiens,
ou pour mieux dire, des sorciers qui guérissaient les maladies à l’aide
des simples, mais avec beaucoup de rites superstitieux; et ainsi de
toutes les autres professions.

Celle à laquelle ils avaient le plus de propension était le commerce:
ils transportaient du sel, des étoffes et des esclaves à la terre d’Ulua
et à Tabasco, les échangeant contre du cacao et des bagatelles de pierre
qui étaient leur monnaie[112]: c’est avec cela qu’ils étaient accoutumés
d’acheter des esclaves ou d’autres bagatelles de pierre, mais plus fines
et plus belles, que leurs chefs portaient comme des joyaux dans les
fêtes. Ils avaient encore une autre sorte de monnaie, faite de certaines
coquilles rouges et qui servaient également à orner leurs personnes: ils
les portaient dans des bourses de filet qu’ils avaient; et dans leurs
foires ils traitaient de toutes les choses que produit cette contrée.
Ils donnaient à crédit, prêtaient et payaient honnêtement et sans aucune
usure.

Par-dessus tout ils étaient cultivateurs, recueillaient le maïs et
les autres graines qu’ils conservent dans des greniers et des lieux
parfaitement appropriés, pour les vendre en leur temps. Les hommes
remplaçaient les mules et les bœufs. Pour chaque ménage, ils ont
l’habitude de semer une mesure de quatre cents pieds en carré, qu’ils
appellent _hun-uinic_, ce qui est une mesure avec une verge de 20 pieds,
20 en hauteur et 20 en largeur.

Ces Indiens ont la bonne coutume de s’entr’aider mutuellement dans tous
leurs travaux. Au temps des semailles, ceux qui n’ont pas suffisamment
de monde à eux pour les faire, se réunissent de vingt en vingt, plus ou
moins, et s’occupent tous ensemble, suivant sa mesure et son étendue, du
champ de chacun d’eux et n’en laissent point jusqu’à ce que le tout soit
terminé. Les terres aujourd’hui sont communes, et le premier occupant
en devient le possesseur. Ils sèment en un grand nombre d’endroits,
afin que les semailles d’un champ venant à manquer, l’autre y supplée.
En labourant la terre, ils n’y font d’autre engrais que d’y réunir les
mauvaises herbes et de les brûler avant d’ensemencer: ils la travaillent
depuis la mi-janvier jusqu’en avril, et ils sèment alors à l’entrée des
pluies; ils le font, portant un petit sac sur les épaules et creusant
avec un bâton pointu un trou dans la terre où ils jettent cinq ou six
grains, les recouvrant ensuite avec le même bâton. Du moment qu’il
commence à pleuvoir, c’est une chose merveilleuse de voir comme tout
pousse. Pour la chasse, ils se réunissent également de cinquante en
cinquante, plus ou moins: ils font ensuite rôtir la chair du gibier sur
des grils, afin qu’elle ne se gâte point; arrivés à la ville ou à la
bourgade, ils font leurs présents au seigneur et se distribuent le reste
entre eux comme des amis. Ils en font de même avec la pêche.

Dans leurs visites, ces Indiens portent toujours quelque présent qu’ils
puissent offrir, chacun suivant sa qualité: la personne visitée répond
par un don analogue. Durant ces visites, les tiers parlent et écoutent
avec attention, selon le rang et le langage de la personne à qui ils
s’adressent: tous, néanmoins, se tutoient; mais, dans le cours de la
conversation, le plus infime répète par égard le titre de l’office ou
de la dignité des plus élevés. Un usage fort commun, c’est d’aider
celui qui délivre un message, en répondant par quelques petits sons
cadencés, produits par l’aspiration dans la gorge et qui est comme s’ils
disaient: Il suffit, c’est fort bien. Les femmes sont brèves dans leurs
raisonnements, n’étant pas accoutumées à traiter pour elles-mêmes,
surtout si elles étaient pauvres; aussi les seigneurs raillaient-ils les
moines de ce qu’ils prêtaient attention aux pauvres et aux riches sans
distinction.

Quant aux offenses qu’ils commettaient les uns contre les autres,
c’était le seigneur du lieu d’où était le coupable qui envoyait donner
satisfaction; autrement, c’était une occasion et un motif pour des
querelles. Si l’offenseur et l’offensé étaient du même endroit, ils
en faisaient part au juge, qui était l’arbitre, et qui, sur examen du
dommage, ordonnait la satisfaction; si l’offenseur n’avait pas de quoi
satisfaire seul, ses parents et sa femme l’y aidaient. Ce qui pouvait
donner lieu à des satisfactions de ce genre, c’était si l’un des deux en
tuait un autre par accident; si par hasard le mari ou la femme venait à
se pendre par quelque faute du conjoint; si quelqu’un était cause d’un
incendie soit d’une maison ou d’un héritage, de ruches à miel ou d’un
grenier de maïs. S’il s’agissait d’offenses ou de dommages causés par
malice, la satisfaction ne s’obtenait jamais sans qu’il y eût des coups
ou du sang versé.

Le Yucatèque est libéral et hospitalier: personne n’entre dans sa maison
qu’il ne lui offre aussitôt à boire et à manger; de jour, de la bouillie
ou du breuvage accoutumé; de nuit; de son dîner. S’il ne l’a point, il
va le chercher dans le voisinage; si, en route, du monde se joint à lui,
avec tous il partage, quelque peu qu’il puisse y avoir pour chacun d’eux.


§ XXIV.—_Modo de contar de los yucataneses. Nombres. Eredades y tutela de
los huerfanos. Sucesion de los señores._

Que su cuenta es de V en V, hasta XX, y de XX en XX hasta C, y de C en C
hasta 400, y de CCCC en CCCC hasta VIII mil. Y desta cuenta se servian
mucho para la contratacion de cacao. Tienen otras cuentas muy largas, y
que las protienden _in infinitum_, contandolas VIII mil XX vezes que son
C y LX mil, y tornando a XX duplican estas ciento y LX mil, y despues
yrlo assi XX duplicando hasta que hazen un incontable numero: cuentan en
el suelo o cosa llana.

Que tienen mucha cuenta con saber el origen de sus linajes, especial
si vienen de alguna casa de Mayapan, y esso procuran de saberlo de los
sacerdotes, que es una de sus sciencias, y jatanse mucho de los varones
que en sus linajes ha avida señalados. Los nombres de los padres duran
siempre en los hijos, en las hijas no. A sus hijos y hijas siempre
llamavan del nombre del padre y de la madre, el del padre como propio y
de la madre apellativo. Desta manera el hijo de _Chel_ y _Chan_ llamavan
_Na-Chan-Chel_, que quiere dezir hijo de fullanos, y esta es la causa que
dizen los indios son los de un nombre deudos y se tratan por tales, y por
esso quando viene alguno en parte no conocido y necessitado, luego acude
el nombre, y si ay quien, luego con toda charidad se reciben y tratan y
assi ninguna muger o hombre se casava con otro del mesmo nombre, porque
era a ellos gran infamia. Llamanse aora los nombres de Pilar los propios.

Que los indios no admittian las hijas a heredar con los hermanos sino
era por via de piedad o voluntad y entonces davanles del monton algo; lo
demas partian los hermanos igualmente, salvo que al que mas notablemente
avia ayudado a allegar la hazienda davan la equivalencia y si eran todas
hijas, heredavan los hermanos o mas propinquos. Y si eran de edad que
no se suffria entregar la hazienda, entregavanla a un tutor debdo mas
cercano, el qual dava a la madre para criarlos, porque no usavan de
dexar nada en poder de madres, o quitavanles los niños principalmente
siendo los tutores hermanos del difunto. Estos tutores davan lo que
assi se les entregava a los erederos quando eran de edad, y no hazerlo
era gran fealdad entre ellos y causa de muchas contiendas. Quando assi
le entregavan era delante de los señores y principales, quitando lo que
havian dado para los criar y no davan de las cosechas de las eredades
nada mas como era de colmenares y algunos arboles de cacao, porque dezian
era harto tenerlo en pie. Si quando el señor moria no eran los hijos
para regir y tenia hermanos, regia de los hermanos el mayor o el mas
desenbuelto y al heredero mostravan sus costumbres y fiestas para quando
fuesse nombre y estos hermanos, aunque el eredero fuesse para regir,
mandavan toda su vida, y sino avia hermanos, elegian los sacerdotes y
gente principal un hombre sufficiente para ello.


§ XXIV.—_Manière de compter des Yucatèques. Noms de famille. Héritages et
tutelle des orphelins. Succession princière._

Les Yucatèques comptent de 5 en 5 jusqu’à 20 et de 20 en 20 jusqu’à 100;
de 100 en 100 jusqu’à 400 et de 400 en 400 jusqu’à 8000. Cette manière de
compter était fort en usage dans les marchés qui concernaient le cacao.
Ils ont d’autres numérations fort longues qu’ils étendent _ad infinitum_,
comptant le nombre 800 vingt fois, ce qui fait 160,000; puis retournant à
20, ils doublent 160,000 et ainsi multipliant par 20, jusqu’à ce qu’ils
arrivent à un chiffre innombrable. Leurs comptes se font sur le sol ou
une chose plane.

Ils tiennent beaucoup à connaître l’origine de leurs familles, surtout
s’ils descendent de quelque maison de Mayapan; aussi cherchent-ils à s’en
instruire auprès des prêtres, les connaissances généalogiques étant
une des branches de leurs sciences: ils sont très-fiers si dans leurs
familles il y a eu des hommes distingués. Les noms des pères durent
toujours dans les fils, mais non dans les filles. Ils donnaient toujours
à leurs fils et filles les noms du père et de la mère, celui du père
comme le nom propre et celui de la mère comme l’appellatif: ainsi le
fils de _Chel_ et de _Chan_ se nommait _Na-Chan-Chel_, ce qui veut dire
fils de tels. C’est à cause de cela que l’on dit que ces Indiens sont
tous ensemble parents et d’un même nom, et qu’ils se traitent pour tels;
aussi, s’il arrive que l’un d’eux se trouve en quelque endroit inconnu
et dans l’embarras, il dit son nom; sur-le-champ, s’il y en a là de la
même descendance, ils accourent, le reçoivent et le traitent avec la
plus grande tendresse. C’est pour cela que ni homme ni femme n’épousait
quelqu’un du même nom, car il y avait là pour tous une grande note
d’infamie. Leurs noms propres aujourd’hui sont comme Pilar, etc.[113].

Ces Indiens ne permettaient pas aux filles d’hériter avec leurs frères,
si ce n’est par condescendance ou bonne volonté; dans ce cas, on leur
donnait quelque chose de la succession. Les frères partageaient le reste
d’une manière égale, sauf que celui qui avait le plus aidé auparavant
à accroître le bien, en recevait l’équivalent d’avant part; s’il n’y
avait que des filles, les cousins ou parents les plus proches prenaient
l’héritage. Si les enfants étaient trop jeunes, pour qu’on pût le leur
confier, on le remettait au plus proche parent, qui était ainsi le
tuteur. Celui-ci donnait à la mère de quoi les élever; car, d’après
leurs usages, ils ne laissaient rien en la puissance de la mère, ou
même lui ôtaient les enfants, principalement si les tuteurs étaient les
frères du défunt. Quand les héritiers avaient atteint leur majorité, ces
tuteurs leur rendaient leur bien; le contraire était considéré comme une
grande vilainie et devenait la cause de grandes querelles. La remise
de l’héritage se faisait en présence du seigneur et des principaux de
l’endroit, qui en distrayaient ce que le tuteur avait donné pour élever
les enfants; mais les héritiers ne recevaient absolument rien de ce qui
avait été moissonné sur l’héritage, non plus que du miel et du cacao, à
cause du travail qu’occasionnaient les cacaotiers et les ruches. Lorsque
le seigneur venait à mourir, ce n’étaient pas ses fils qui succédaient
au gouvernement, mais bien l’aîné de ses frères, s’il en avait, ou le
plus capable; l’héritier présomptif entre-temps était instruit de ce qui
concernait les coutumes et les fêtes, afin qu’il devînt un homme capable
lui-même. Mais encore qu’il fût en état de gouverner, c’étaient les
frères de son père qui commandaient jusqu’à la fin de leur vie; mais s’il
n’y avait pas de frères, les prêtres et les principaux chefs faisaient
choix d’un homme capable de gouverner jusqu’à la majorité de l’héritier.


§ XXV.—_Repudiacion frecuente entre los yucataneses. Sus casamientos._

Que antiguamente se casavan a XX años, aora de XII o XIII, y por esso
aora se repudian mas facilmente como se casan sin amor i ignaros de
la vida matrimonial y officio de casados, y si los padres no podian
persuadir que volviessen con ellas, buscavanles otra y otras y otras. Con
la mesma facilidad dexavan los hombres con hijos a sus mugeres sin temor
de que otro las tomasse por mugeres o despues volver a ellas; pero con
todo esso son muy zelosos y no llevan a paciencia que sus mugeres no les
esten honestas, y aora que han visto que los españoles sobre esso matan a
las suyas, empieçan a maltratarlas y aun a matarlas. Si quando repudiavan
los hijos eran niños, dexavanlos a las madres, si grandes los varones con
los padres y hembras con las madres.

Que aunque era tan comun y familiar cosa repudiar, los ancianos y de
mejores costumbres lo tenian por malo y muchos avia que nunca avian
tenido sino una, la qual ninguno tomava de su nombre, de parte de su
padre; ca era cosa muy fea entre ellos y si algunos se casavan con las
cuñadas mugeres de sus hermanos, era tenido por malo. No se casavan con
sus madrastas, ni cuñadas hermanas de sus mugeres, ni tias hermanas de
sus madres, y si alguno lo hazia era tenido malo; con todas las demas
parientas de parte de su madre contrayan aunque fuesse prima hermana.

Los padres tienen mucho cuidado de buscarles con tiempo mugeres de su
estado y condicion y si podian en el mesmo lugar; y poquedad era entre
ellos buscar las mugeres para si, y los padres para sus hijas casamiento;
y para tratarlo, buscavan casamenteros que lo rodeassen: concertado y
tratado, concertavan las aras y dote, lo qual era muy poco, y davalo el
padre del moço al consuegro, y hazia la suegra allende del dote vestidos
a la nuera y hijo; y venido el dia, se juntavan en casa del padre de la
novia, y alli aparejada la comida, venian los combidados y el sacerdote,
y juntado los casados y consuegros, tratava el sacerdote quadrarles,
pues lo avian bien mirado los suegros y estarles bien y assi le davan su
muger al moço essa noche si era para ello y luego se hazia la comida y
combite; y de ay adelante quedava en casa del suegro el yerno, trabajando
cinco o seis años por el suegro, y sino lo hazia, hechavanle de casa y
travajavan las madres diesse siempre la muger de comer y bever al marido
en señal de casamiento. Los viudos y viudas sin fiesta ni solemnidades se
concertavan, con solo ir ellos a casa dellas y admittirlos y darles de
comer se hazia el casamiento; de lo qual nacia que se dexavan con tanta
facilidad como se tomavan. Nunca los yucataneses tomaron mas de una como
se ha hallado de otras partes tener muchas juntas, y los padres algunas
vezes contrahen matrimonio por sus hijos niños hasta que sean venidos en
edad y se tratan como suegros.


§ XXV.—_Répudiation fréquente des Yucatèques. Leurs mariages._

Anciennement ils se mariaient à l’âge de vingt ans: aujourd’hui ils le
font de douze à treize; aussi se répudient-ils bien plus facilement,
se mariant comme ils le font, sans amour, sans connaissance de la vie
matrimoniale et des devoirs qu’elle impose: quand les parents du fils
ne réussissaient pas à lui persuader de retourner avec sa femme, ils
en cherchaient une autre et les parents de la femme un autre mari. Les
hommes ayant des enfants laissaient avec la même facilité leurs femmes,
sans appréhension que d’autres les prissent ou qu’ils pussent eux-mêmes
retourner à elles. Avec tout cela, ils sont fort jaloux et supportent
difficilement que leurs femmes soient infidèles; et maintenant qu’ils ont
vu dans des cas semblables les Espagnols tuer les leurs, ils commencent
à les maltraiter et à les tuer à leur tour. Si, en les répudiant, leurs
enfants étaient encore en bas âge, ils les laissaient à leurs mères;
s’ils étaient grands, les garçons allaient avec le père et les filles
avec la mère.

Quoique la répudiation fût une chose si commune et si familière à
ces Indiens, les anciens et ceux qui tenaient aux bonnes mœurs la
condamnaient; il y en avait donc beaucoup qui n’en avaient jamais eu
qu’une. Ils n’en prenaient jamais qui portassent leur propre nom du côté
paternel, car ils regardaient un mariage de ce genre comme une mauvaise
action, de même qu’un mariage contracté avec sa belle-sœur, veuve d’un
frère. Ils n’épousaient ni leurs belles-mères ni leurs belles-sœurs,
du côté de leurs femmes, ni leurs tantes maternelles; et si l’un d’eux
le faisait, on considérait son union de mauvais œil. Du reste ils se
mariaient sans scrupule avec toutes leurs autres parentes du côté
maternel, fût-ce même avec leurs cousines germaines.

Les pères avaient grand soin de chercher de bonne heure à leurs fils
des femmes de leur condition et, si faire se pouvait, du même endroit
qu’eux: il y avait une sorte de bassesse pour les hommes à chercher
eux-mêmes leurs femmes, ou pour les pères à chercher eux-mêmes des maris
pour leurs filles; à cet effet ils s’adressaient à des personnes qui
se chargeaient de ce soin. Les choses une fois arrangées, on concertait
le douaire et la dot, ce qui était fort peu de chose: le père du futur
en remettait le montant au beau-père et, en outre de la dot, la mère
faisait des habits pour sa belle-fille et pour son fils. Le jour des
noces, tous s’assemblaient dans la maison du père de la future: un repas
y était préparé. Les convives se trouvant réunis avec les fiancés et
leurs parents, le prêtre, ayant suffisamment reconnu que ceux-ci avaient
mûrement considéré l’affaire, donnait au jeune homme sa femme, s’il était
destiné à la recevoir cette même nuit, après quoi avait lieu le festin.
A dater de ce moment le gendre restait dans la maison de son beau-père
et travaillait pour son compte pendant cinq ou six ans: s’il négligeait
de le faire, on le chassait de la maison; mais les mères s’arrangeaient
pour que la femme donnât toujours de quoi manger à son mari, en signe de
mariage. Les veufs et veuves s’unissaient sans fêtes ni solemnités: il
suffisait aux premiers de se rendre à la maison d’une veuve, d’y être
reçus et d’y trouver à manger de sa main, pour que le mariage eût lieu;
aussi ne se séparaient-ils pas avec moins de facilité qu’ils se prenaient
pour époux. Les Yucatèques n’ont jamais eu l’usage d’épouser plus d’une
femme, comme cela s’est vu dans les pays voisins, où l’on en a plusieurs
à la fois. Il arrivait quelquefois que les pères contractaient mariage
pour leurs enfants en bas âge, qu’ils unissaient ensuite en leur temps,
et jusque-là ils ne se traitaient pas moins comme alliés.


§ XXVI.—_Modo de bautismo en Yucatan. Como lo celebravan._

No se halla el baptismo en ninguna parte de las Indias, sino en esta de
Yucatan, y aun con vocablo que quiere dezir nacer de nuevo o otra vez,
que es lo mesmo que en la lengua latina _renascor_, porque en la lengua
de Yucatan _zihil_ quiere dezir nacer de nuevo o otra vez, y no se usa
sino en composicion de verbos, y assi _caput zihil_ quiere dezir nacer de
nuevo. No hemos podido saber su origen, mas de que es cosa que an siempre
usado y a que tenian tanta devocion, que nadie lo dexava de recebir, y
tanta reverencia que los que tenian peccados, si eran para saber los
cometer los avian de manifestar, especialmente a los sacerdotes para
recebirlo, y tanta fee en el que no lo iteravan en ninguna manera. Lo que
pensavan recebian en el era una previa disposicion para ser buenos en sus
costumbres, y no ser dañados en las cosas temporales de los demonios,
y venir mediante el y su buena vida a conseguir la gloria que ellos
esperavan, en la qual, segun en la de Mahoma, avian de usar de manjares y
beveres.

Tenian pues esta costumbre para venir a hazer los baptismos, que criavan
las indias los niños hasta edad de tres años, y a los varoncillos
usavanles siempre poner pegada a la cabeça en los cabellos de la
coronilla una contezuela blanca, y a las muchachas traian ceñidas por
las senes muy abaxo con un cordel delgado y en el una conchuela asida
que les venia a dar encima de la parte honesta, y destas dos cosas era
entre ellos peccado y cosa muy fea quitarla de las mochachas antes del
baptismo, el qual les davan siempre desde edad de tres años hasta doze y
nunca se casavan antes del baptismo.

Quando alguno avia que quisiesse baptizar su hijo, iva al sacerdote y
davale parte de su intento, el qual publicava por el pueblo el baptismo y
el dia en que lo hazia, el qual ellos miravan siempre no fuesse aciago.
Esto hecho el que hazia la fiesta que era el que movia la platica, elegia
un principal del pueblo a su gusto para que le ayudasse a su negocio y
las cosas del. Despues tenian de costumbre elegir a otros quatro hombres
ancianos y honrados que ayudassen al sacerdote el dia de la fiesta a las
cerimonias, y estos elegian juntamente a su gusto con el sacerdote. Y en
estas elecciones entendian siempre los padres de todos los niños que avia
que baptizar, ca de todos era tambien la fiesta y llamavanlos a estos que
escogian _chaces_. Tres dias antes de la fiesta ayunavan los padres de
los mochachos y los officiales, abstiniendose de las mugeres.

El dia juntavanse todos en casa del que hazia la fiesta y llevavan los
niños todos que avian de baptizar, a los quales ponian en el patio o
plaça de la casa, que limpio y sembrado de hojas frescas le tenian por
orden en rengla los varones por si y las niñas por si, ponian les como
padrinos una muger anciana a las niñas, y a los niños un hombre que los
tuviessen a cargo.

Esto hecho tratava el sacerdote de la purificacion de la posada, hechando
al demonio della. Para echarlo ponian quatro vanquillos en las quatro
esquinas del patio en los quales se sentavan los quatro chaces con un
cordel largo asido de uno a otro, de manera que quedavan los niños
acorralados en medio a dentro del cordel, despues pasando sobre el
cordel avian de entrar todos los padres de los niños que avian ayunado
dentro del circuito. Despues o antes ponian en medio otro vanquillo
donde el sacerdote se sentava con un brasero, y un poco de maiz molido
y de su encienso. Alli venian los niños y niñas por orden y echavales
el sacerdote un poco de maiz molido y del encienso en la mano, y ellos
en el brasero; y ansi hazian todos, y estos saumerios acabados, tomavan
el brasero en que los hazian, y el cordel con que los chaces los tenian
cercados y echavan en un vaso un poco de vino y davan lo todo a un indio
que lo llevasse fuera del pueblo, avisandole no beviesse ni mirasse atras
a la buelta y con esto dezian quedava el demonio echado.

El qual assi ido verrian el patio y limpiavanlo de las hojas del arbol
que tenia que se dize _cihom_ y echavan otras de otro que llaman _copo_,
y ponian unas seras en tanto que el sacerdote se vestia. Vestido salia
con un jaco de pluma colorado y labrado de otras plumas de colores, y
que le cuelgan de los estremos otras plumas largas y una como coroza
en la cabeça de las mesmas plumas, y debaxo del jaco muchos listones
de algodon hasta el suelo como colas, y con un isopo en la mano de un
palo corto muy labrado, y por barbas o pelos del isopo ciertas colas de
unas culebras que son como caxcaveles, y con no mas ni menos gravedad
que ternia un papa para coronar un emperador, que cosa era notable la
serenidad que les causavan los aparejos. Los chaces ivan luego a los
niños y ponian a todos sendos paños blancos en las cabeças que sus madres
para aquello traian. Preguntavan a los que eran grandecillos si avian
hecho algun peccado y tocamiento feo, y si lo avian hecho, confessavanlo,
y separavanlos de los otros.

Esto hecho mandava el sacerdote callar y sentar la gente, y començava
el a bendezir con muchas oraciones a los mochachos, y a santiguarlos
con su isopo, y con mucha serenidad. Acabada su bendicion se sentava y
se levantava el principal que avian los padres de los mochachos elegido
para esta fiesta, y con un guesso que el sacerdote le dava iva a los
mochachos y amagava a cada uno por si nueve vezes con el guesso en la
frente; despues mojavale en un vaso de una agua que llevava en la mano,
y untavales la frente, y las faciones del rostro y entre los dedos de
los piez y los de las manos a todos sin hablar palabra. Esta agua hazian
de ciertas flores y de cacao mojado y desleido con agua virgen que ellos
dezian traida de los concavos de los arboles o de los montes.

Acabada esta unctura se levantava el sacerdote y les quitava los paños
blancos de la cabeça y otros que tenian colgados a las espaldas en que
cada uno traia atadas unas pocas de plumas de un paxaro muy hermoso
y algunos cacaos, lo qual todo recogia uno de los chaces, y luego el
sacerdote les cortava a los niños con una navaja de piedra la cuenta que
avian traido pegada en la cabeça; tras esto ivan los demas ayudantes del
sacerdote con un manojo de flores y un humaço que los indios usan chupar;
y amagavan con cada uno dellos nueve vezes a cada mochacho, y despues
davanle a oler las flores y a chupar el humaço. Despues recogian los
presentes que las madres traian y davan dellos a cada mochacho un poco
para comer alli, ca de comida eran los presentes, y tomavan un buen vaso
de vino y presto en medio ofrecianlo a los dioses y con devotas plegarias
les rogavan recibiessen aquel don pequeño de aquellos mochachos, y
llamando otro oficial que les ayudava que llamavan _Cayom_ davanse lo que
lo beviesse, lo qual hazia sin descançar que diz que era peccado.

Esto hecho se despedian las mochachas primero, a las quales ivan sus
madres primero a quitarles el hilo con que avian andado hasta entonces
atadas por las renes, y la conchuela que traian en la puridad, lo
qual era como una licencia de poderse ya quando quiera que los padres
quisiessen casar. Despues despedian por si a los mochachos, y idos venian
los padres al monton de las mantillas que avian traido, y repartianlo de
su mano por los circumstantes y officiales. Despues acabavan la fiesta
con comer y bever largo; llamavan a esta fiesta _Emku_, que quiere
dezir baxada de Dios. El que la avia hecho principalmente moviendola y
haziendo el gasto, allende de los tres dias que se avia, como por ayuno,
abstenido, se avia de abstener nueve mas y lo hazian inviolablemente.


§ XXVI.—_Sorte de baptême au Yucatan. Comment on le solennisait._

On ne trouve de baptême en aucune partie des Indes, excepté dans le
Yucatan[114], où il existe désigné sous un nom qui signifie naître de
nouveau ou une autre fois: le mot est identique avec le latin _renasci_;
car dans la langue du Yucatan _zihil_ veut dire renaître. Mais il n’est
usité qu’en composition verbale; ainsi _caput-zihil_ signifie naître de
nouveau. Nous n’avons pu retrouver son origine; on sait seulement que
c’est une coutume qui a toujours existé et à laquelle ils avaient tant
de dévotion qu’ils ne laissaient jamais de s’y conformer. Ils y avaient
un tel respect que ceux qui avaient des péchés sur la conscience ou
qui se sentaient inclinés à en commettre quelqu’un, s’en confessaient
particulièrement au prêtre, afin d’être en état de recevoir le baptême,
et ils y mettaient une si grande foi qu’ils ne l’auraient réitéré pour
quoi que ce fût. Ils croyaient y recevoir une disposition préalable à
se conduire honnêtement, et se trouver garantis de toute atteinte des
démons dans les choses temporelles; par ce moyen et une vie réglée, ils
espéraient obtenir la béatitude qu’ils attendaient, dans laquelle, comme
en celle de Mahomet, ils auraient trouvé le plaisir avec les femmes,
ainsi qu’à boire et à manger.

Voici la coutume qu’ils avaient pour se préparer au baptême: les femmes
étant chargées d’élever les enfants jusqu’à l’âge de trois ans, mettaient
sur la tête des petits garçons quelque chose de blanc attaché entre
les cheveux à l’occiput; quant aux petites filles, elles portaient de
la ceinture en bas une corde fort menue, à laquelle était attachée une
petite coquille qui venait à se trouver placée justement au-dessus des
parties sexuelles; on regardait comme un grand péché et une chose fort
malhonnête d’ôter ces choses aux petites filles avant leur baptême, qui
leur était toujours administré entre trois et douze ans, et jamais on ne
les mariait auparavant.

Lorsque quelqu’un désirait faire baptiser son enfant, il allait au prêtre
et lui faisait part de son intention: celui-ci publiait le baptême dans
toute la commune, ayant soin toujours que la cérémonie ne tombât pas en
un jour malheureux. Cela fait, celui qui en avait fait la proposition,
et qui, par conséquent, se chargeait de la fête, choisissait à son goût
un des principaux de la localité, afin de l’aider dans tout ce qui y
avait rapport. Après cela, on avait coutume d’en choisir encore quatre
autres d’entre les anciens et des plus honorables, qui prêtaient secours
au prêtre dans ses fonctions le jour de la fête: ce choix se faisait
toujours d’accord avec le prêtre lui-même. Les pères de tous les enfants
à baptiser avaient également part à cette élection, car la fête était
du ressort de tous: à ceux qui avaient été désignés pour accompagner
le prêtre on donnait le titre de _chac_[115]. Durant les trois jours
précédant la fête, les pères des enfants jeûnaient ainsi que ces
officiers, s’abstenant d’user de leurs femmes.

Au jour convenu, tous ensemble se réunissaient dans la maison de celui
qui faisait la fête, amenant avec eux les enfants à baptiser: on les
rangeait dans la cour ou la place de la maison qui avait été balayée et
parsemée de verdure; les garçons se plaçant d’un côté, sous la garde d’un
homme qui faisait comme l’office de parrain à leur égard; et de l’autre,
les filles à qui l’on donnait une matrone pour prendre soin d’elles.

Cela fait, le prêtre s’occupait à purifier la maison, chassant le démon
du lieu. A cet effet, on plaçait un petit banc aux quatre angles de la
cour: les quatre chacs s’asseyaient tenant une corde de l’un à l’autre,
de façon à ce que les enfants demeurassent en quelque sorte renfermés au
milieu, après quoi les pères tous ensemble qui avaient observé le jeûne
jusque-là, passaient par-dessus la corde pour entrer dans l’enceinte. Au
milieu était une autre banquette où le prêtre s’asseyait, ayant à côté de
lui un brasier avec du maïs moulu et de l’encens[116]. Les petits garçons
et les petites filles s’approchaient en ordre, et le prêtre leur mettait
dans la main un peu du maïs et de l’encens qu’ils jetaient tour à tour
dans le brasier. Cela passé et les encensements terminés, on enlevait
le brasier et la corde dont les chacs faisaient l’enceinte; ceux-ci
versaient un peu de vin dans un vase qu’ils donnaient avec ces choses à
un homme pour les porter hors de la commune, en lui recommandant surtout
de ne pas boire le vin et de ne pas regarder par derrière à son retour.
De cette manière, on disait que le démon était chassé.

On balayait ensuite la cour et on la nettoyait de la verdure qui s’y
trouvait et qui était des feuilles d’un arbre appelé _cihom_; on les
remplaçait par d’autres d’un arbre nommé _copo_, et on étendait quelques
nattes, pendant que le prêtre revêtait ses habits. Il se présentait
bientôt après revêtu d’une tunique de plume rouge, travaillée d’autres
plumes de diverses couleurs et d’où pendaient d’autres plumes plus
grandes, et par-dessus comme une grande quantité de rubans de coton
qui pendaient jusqu’à terre: sur la tête il portait une sorte de mitre
travaillée en plume de la même manière, et à la main comme un petit
goupillon de bois, sculpté avec art, dont les poils étaient des queues de
serpent analogues aux serpents à sonnette. Il sortait ainsi n’ayant ni
plus ni moins de gravité qu’un pape en aurait pour couronner un empereur;
et c’est une chose notable de voir la sérénité que lui donnait tout
cet appareil. Les chacs aussitôt s’avançaient vers les enfants et leur
mettaient sur la tête des linges blancs que leurs mères avaient apportés
à cet effet. Ils demandaient aux plus grands s’ils n’avaient pas commis
quelque péché ou attouchement obscène, et s’ils l’avaient fait, ils le
confessaient et on les séparait des autres.

Cela terminé, le prêtre commandait à tout le monde de s’asseoir et de se
taire; il se mettait ensuite à bénir les enfants avec certaines prières,
et à les sanctifier avec son goupillon avec beaucoup de majesté. La
bénédiction finie, il s’asseyait: celui que le père des enfants avait
choisi pour aider principalement à cette fête, se levait alors, et armé
d’un os que le prêtre lui donnait, il allait à chaque enfant et le lui
passait neuf fois au front; il le trempait ensuite dans un vase d’eau
qu’il portait à la main, en oignait à tous le front et le visage, ainsi
que les interstices des doigts des pieds et des mains, sans dire un seul
mot. Cette eau se composait de certaines fleurs et de cacao mouillé et
délayé dans de l’eau vierge qu’ils disaient provenir des concavités des
bois ou des montagnes.

A la suite de cette onction, le prêtre se levait; il leur ôtait de la
tête les linges blancs qu’on leur avait mis, ainsi que d’autres qu’ils
avaient aux épaules, où chacun d’eux portait quelques plumes d’un fort
bel oiseau et des grains de cacao. L’un des chacs recueillait toutes
ces choses, après quoi le prêtre coupait avec un couteau de pierre aux
petits garçons ce qu’ils portaient attaché à la tête; derrière le prêtre
marchaient ses autres aides, un bouquet de fleurs à la main avec une
pipe à parfums que les Indiens ont coutume de fumer; ils en faisaient
neuf passes à chaque enfant et ensuite lui donnaient tour à tour à
sentir le bouquet et à aspirer la pipe. Ils recueillaient après cela les
présents que les mères avaient apportés et en donnaient un peu à manger
là même à chacun des enfants; car ces présents étaient de victuailles.
Ils prenaient un grand vase rempli de vin, ils l’offraient rapidement
aux dieux, en les priant avec des paroles de dévotion d’agréer ce faible
hommage de la part des enfants, puis appelant à eux un autre officier,
dont le titre était _Cayom_, ils lui donnaient le vase qu’il devait vider
d’un trait; car s’arrêter pour prendre haleine eût été un péché.

La cérémonie achevée, les jeunes filles prenaient congé du prêtre; mais
auparavant leurs mères leur enlevaient le cordon qu’elles avaient porté
jusque-là autour des reins avec la coquille, insigne de leur pureté, ce
qui était comme une permission de pouvoir se marier, quand il plairait
aux parents de leur choisir un époux. Après les filles venaient les
garçons, qui comme elles prenaient congé du prêtre; puis arrivaient les
pères qui, s’approchant du monceau de linges qu’ils avaient apportés,
les distribuaient de leurs mains aux officiers et assistants. La journée
se terminait avec un grand festin où ils mangeaient et buvaient en
abondance. La fête avait pour nom _Em-Ku_, c’est-à-dire descente de
Dieu. Celui qui l’avait célébrée, surtout en la mettant en train et en en
faisant les frais, devait, en outre des trois jours d’abstinence qu’il
avait eus en forme de jeûne, s’abstenir encore durant neuf jours, et il
le faisait inviolablement.


§ XXVII.—_Confesion entre los yucataneses. Abstinecias y supersticioncs.
Variedad de idolos. Officios de los sacerdotes._

Que los yucataneses naturalmente conocian que hazian mal, y por que
creian que por el mal y pecado les venian muertes, enfermedades y
tormentos, tenian por costumbre confessarse, quando ya estava en ellos,
en esta manera: que quando por enfermedad o otra cosa, eran en peligro
de muerte, confessavan su peccado, y si se descuydavan, traianselo los
parientes mas cercanos o amigos a la memoria, y ansi dezian publicamente
sus peccados, si estava alli el sacerdote, a el, sino a los padres y
madres, y las mugeres a los maridos, y maridos a las mugeres.

Los peccados de que comunmente se acusavan, eran del hurto, homicidio,
de la carne, y falso testimonio, y con esto se creian salvos, y muchas
vezes si escapavan avia rebueltas entre el marido y la muger, por las
desgracias que les avian succedido, y con las que las avian causado.

Ellos confessavan sus flaquezas, salvo las que con sus esclavas los
que las tenian cometian, porque dezian era licito usar de sus cosas
como querian. Los peccados de intencion no confessavan, tenian empero
por malos, y en sus consejos y predicaciones consejavan evitarlos. Que
las abstinencias que comunmente hazian eran de sal en los guisados y
pimienta, lo qual les era grave, y abstenianse de sus mugeres para la
celebracion de todas sus fiestas.

No se casavan despues de viudos un año, por no conocer hombre a muger en
aquel tiempo, y a los que esto no guardavan, tenian por poco templados y
que les vendria por esso algun mal.

Y en algunos ayunos de sus fiestas no comian carne ni conocian sus
mugeres; recibian los officios de las fiestas siempre con ayunos, y lo
mesmo los officios de republica y algunos tan largos que eran de tres
años, y todos estos quebrantarlos eran grandes peccados.

Que eran tan dados a sus idolatricas oraciones, que en tiempo de
necessidad hasta las mugeres, mochachos, y moças, todos entendian en
esto que era quemar encienso y suplicar a Dios les librasse del mal y
reprimiesse al demonio, que esto les causava.

Y que aun los caminantes en sus caminos llevavan encienso y un platillo
en que lo quemar, y assi a la noche do quiera que llegavan, erigian tres
piedras pequeñas y ponian en ellas sendos pocos del encienso, y ponian
les delante otras tres piedras llanas, en las quales echavan encienso,
y rogando al Dios que llamavan _Ekchuah_ los volviesse con bien a sus
casas, y esso hasta ser bueltos a sus casas cada noche lo hazian donde
no faltava quien por ellos hiziesse otro tanto y aun mas.

Que tenian gran muchedumbre de idolos y templos sumptuosos en su manera,
y aun sin los comunes templos tenian los señores sacerdotes y gente
principal oratorios y idolos en casa para sus oraciones y ofrendas
particulares. Y que tenian a Cuzmil y poço de Chicheniza en tanta
veneracion como nosotros a las romerias de Hierusalem y Roma y assi
les ivan a visitar y offrecer dones, principalmente a la de Cuzmil,
como nosotros a lugares santos, y ya que no ivan, siempre embiavan sus
offrendas. Y los que ivan tenian de costumbre de entrar tambien en
templos derelictos, quando passavan por ellos a orar y quemar copal.

Tantos idolos tenian que aun no les bastava los de sus dioses; pero no
avia animal ni savandija que no le hiziessen estatua y todos los hazian
a la semejanza de sus dioses y diosas. Tenian algunos idolos de piedra,
mas pocos, y otros de madera, y de bulto pequeños, pero no tantos como
de barro. Los idolos de madera eran tenidos en tanto que se eredavan,
y tenidos por lo principal de la herencia. Idolos de metal no tenian,
por que no ay metal aï. Bien sabian ellos que los idolos eran obras
suyas y muertas y sin deidad, mas que los tenian en reverencia por lo
que representavan, y por que les avian hecho con tantas cerimonias, en
especial los de palo.

Los mas idolatras eran los sacerdotes, _chilanes_, hechizeros y medicos,
_chaces_ y _nacones_. El officio de los sacerdotes era tratar y enseñar
sus sciencias y declarar las necessidades y sus remedios, predicar y
echar las fiestas, hazer sacrificios y administrar sus sacramentos. El
officio de los _chilanes_ era dar respuestas de los demonios al pueblo y
eran tenidos en tanto que acontecia llevarlos en ombros. Los hechizeros y
medicos curavan con sangrias hechas en la parte donde dolia al enfermo, y
echavan suertes para adivina en sus officios y otras cosas. Los _chaces_
eran quatro hombres ancianos elegidos siempre de nuevo para ayudar al
sacerdote a bien y complidamente hazer las fiestas. _Nacones_ eran dos
officios, el uno perpetuo y poco onroso, por que era el que abria los
pechos a las personas que sacrificavan. El otro era una elecion hecha de
un capitan para la guerra y otras fiestas que duravan tres años, este era
de mucha onra.


§ XXVII.—_Confession chez les Yucatèques. Abstinences et superstitions.
Idoles de tout genre. Charges diverses du sacerdoce._

Les Yucatèques connaissaient naturellement le mal quand ils le
commettaient, et ils croyaient que c’était en châtiment du mal et du
péché que leur venaient la mort, les maladies et les tourments; ils
avaient coutume de se confesser, et quand ils en avaient l’idée, c’était
de la manière suivante. Lorsque, par suite d’une maladie ou d’autre
chose, ils étaient en danger de mourir, ils confessaient leurs péchés;
mais s’ils oubliaient d’y penser, leurs parents les plus proches ou leurs
amis le leur rappelaient. Ainsi ils disaient publiquement leurs péchés au
prêtre, s’il était présent, sinon à leurs pères et mères, les femmes à
leurs maris et les maris à leurs femmes.

Les fautes dont ils s’accusaient le plus communément étaient le vol,
l’homicide, les faiblesses de la chair et les faux témoignages; après
quoi, ils se croyaient sauvés. Mais il arrivait souvent, quand ils
venaient à échapper, qu’il surgissait des querelles entre mari et femme,
pour les infidélités dont ils avaient pu se rendre coupables, et avec
ceux qui en étaient la cause.

Les hommes confessaient leurs faiblesses, sauf celles qu’ils commettaient
avec leurs esclaves; car ils disaient qu’il était licite d’user de ce
qui leur appartenait suivant leur caprice. Ils ne confessaient pas les
péchés d’intention, quoiqu’ils les regardassent comme un mal; aussi dans
leurs conseils et prédications conseillaient-ils de les éviter. Les
abstinences qu’ils faisaient le plus communément étaient de se passer
de sel et de piment dans les mets, ce qui pour eux était fort dur; ils
s’abstenaient de l’usage de leurs femmes pour la célébration de toutes
les fêtes.

Les veufs ne se remariaient qu’un an après leur veuvage, la coutume
étant de ne connaître ni homme ni femme durant cet intervalle: ceux qui
négligeaient de s’y conformer étaient regardés comme peu continents, et
on s’imaginait qu’il leur en surviendrait quelque calamité.

Ils avaient des fêtes où non-seulement ils s’abstenaient de leurs femmes,
mais aussi de manger de la chair: ils jeûnaient en entrant en office pour
quelque fête, comme en entrant dans les charges de la république; il y
avait de ces jeûnes qui duraient jusqu’à trois années entières, et ils
considéraient comme un fort grand péché de les rompre.

Ils étaient, du reste, tellement observateurs de leurs pratiques
idolâtres, que, dans les temps de calamité publique, jusqu’aux femmes et
aux enfants des deux sexes s’occupaient à brûler de l’encens, à adresser
leurs supplications à Dieu pour qu’il les délivrât du mal et réprimât le
démon qui en était la cause.

Les voyageurs même emportaient en chemin de l’encens et une petite
cassolette pour le brûler; c’est ainsi que de nuit, en quelque lieu
qu’ils arrivassent, ils érigeaient trois petites pierres, déposant sur
chacune quelques grains de cet encens; devant ils étendaient trois
autres pierres plates, sur lesquelles ils mettaient encore de l’encens,
en priant le dieu qu’ils nommaient _Ekchuah_[117], qu’il daignât les
ramener heureusement chez eux. Cette pratique ils la recommençaient
toutes les nuits jusqu’à leur retour dans les foyers, où toujours il y
avait quelqu’un pour en faire autant et même davantage.

Ils avaient un très-grand nombre d’idoles et de temples somptueux à leur
manière. A part même des temples ordinaires, les princes, les prêtres
et les gens les plus considérables avaient encore des oratoires, avec
des idoles domestiques, où ils faisaient en particulier leurs prières et
leurs offrandes. Ils avaient autant de dévotion pour Cuzmil et le puits
de Chichen Itza que nous pour les pèlerinages de Jérusalem et de Rome.
Ainsi ils allaient les visiter et offrir des présents, principalement à
Cuzmil, comme nous le faisons aux saints lieux, et s’ils ne pouvaient y
aller eux-mêmes, ils y envoyaient toujours leurs offrandes. Ceux qui y
allaient étaient accoutumés également de s’arrêter devant les temples
abandonnés, s’ils avaient à passer à côté, d’y prier et d’y brûler du
copal.

Ils avaient une si grande quantité d’idoles que celles même de leurs
dieux ne leur suffisaient point; car il n’y avait pas d’animal ni de
reptile dont ils ne fissent la statue, et ils les faisaient à l’image de
leurs dieux et de leurs déesses. Ils avaient quelques idoles de pierre,
mais en petit nombre, et d’autres de bois, de petite stature quoique pas
en si grande quantité qu’en terre cuite. Les idoles de bois étaient si
estimées, qu’elles comptaient dans les héritages, et ils y avaient la
plus grande confiance[118]. Ils n’ignoraient nullement que les idoles
étaient des ouvrages de leurs mains, œuvres mortes et sans divinité; mais
ils les vénéraient à cause de ce qu’elles représentaient et des rites
avec lesquels ils les avaient consacrées, surtout celles de bois.

Les plus idolâtres étaient les prêtres, _Chilan_, sorciers et médecins,
_Chacs_ et _Nacon_[119]. Ils avaient pour office de discourir sur leurs
sciences et de les enseigner, de faire connaître les besoins et les
moyens d’y satisfaire, de prêcher et de notifier les jours de fête,
d’offrir des sacrifices et d’administrer leurs sacrements. L’office du
_Chilan_ consistait à donner les réponses des démons au peuple; on avait
pour eux un tel respect, qu’ils ne sortaient d’ordinaire que portés en
litière. Les sorciers et médecins guérissaient au moyen de saignées,
pratiquées dans la partie malade; ils jetaient des sorts pour savoir
l’avenir dans leurs offices et autres choses. Les _chacs_ étaient quatre
vieillards, élus chaque fois, suivant la circonstance, pour aider le
prêtre à remplir entièrement ses fonctions durant les fêtes. La charge
de _Nacon_ était double: l’un était perpétuel et peu honorable, parce
que c’était lui qui ouvrait la poitrine aux victimes humaines qu’on
sacrifiait; le second, qui arrivait à son poste par élection, était un
général d’armée, chargé également de présider à certaines fêtes: ses
fonctions duraient trois ans et étaient réputées fort honorables.


§ XXVIII.—_Sacrificios crueles y sucios de los yucataneses. Victimas
humanas matadas á flechazas y otros._

Que hazian sacrificios con su propia sangre unas vezes, cortandose
las (orejas) a la redonda por pedaços y alli los dexavan en señal.
Otras vezes se agujeravan las mexillas, otras los beços baxos, otras
se separavan partes de sus cuerpos, otras se agujeravan las lenguas al
soslayo por los lados, y passavan por los agujeros pajas con grandissimo
dolor; otras, se harpavan lo superfluo del miembro vergonçoso, dexandolo
como las orejas, de lo qual se engaño el historiador general de las
Indias, diziendo que se circumcidian.

Otras vezes hazian un suzio y penoso sacrificio añudandose los que lo
hazian en el templo, donde puestos en rengla, se hazian sendos agujeros
en los miembros viriles al soslayo por el lado, y hechos passavan
toda la mas cantidad de hilo que podian, quedando assi todos asidos,
y ensartados; tambien untavan con la sangre de todas estas partes al
demonio, y el que mas hazia, por mas valiente era tenido, y sus hijos
desde pequeños en ello començavan a ocupar y es cosa espantable quan
aficionados eran a ello.

Las mugeres no usavan destos derramamientos, aunque eran harto santeras;
mas de todas las cosas que aver podian que son aves del cielo, animales
de la tierra, o pescados de la agua, siempre les embadurnavan los rostros
al demonio con la sangre dellos. Y otras cosas que tenian ofrecian; a
algunos animales les sacavan el corazon y lo ofrecian, a otros enteros,
unos vivos, otros muertos, unos crudos, otros guisados, y hazian tambien
grandes ofrendas de pan y vino, y de todas las maneras de comidas, y
bevidas que usavan.

Para hazer estos sacrificios en los patios de los templos (avia) unos
altos maderos y labrados y enhiesto, y cerca de las escaleras del templo
tenian una peaña redonda ancha, y en medio una piedra de quatro palmos o
cinco de alto enhiesta, algo delgada; arriba de las escaleras del templo
avia otra tal peaña.

Que sin las fiestas en las quales, para la solemnidad de ellas, se
sacrificavan animales, tambien por alguna tribulacion o necessidad,
les mandava el sacerdote o chilanes sacrificar personas, y para esto
contribuian todos, para que se comprasse esclavos, o algunos de devocion
davan sus hijitos los quales eran muy regalados hasta el dia y fiesta de
sus personas, y muy guardados que no se huyessen o ensuziassen de algun
carnal peccado, y mientras a ellos llevavan de pueblo en pueblo con
vailes, ayunavan los sacerdotes y chilanes y otros officiales.

Y llegado el dia, juntavanse en el patio del templo, y si avia de ser
sacrificado a saetadas, desnudavanle en cueros y untavanle el cuerpo
de azul con una coroça en la cabeça; y despues de alcançado el demonio,
hazia la gente un solemne vaile con el, todos con arcos y flechas al
rededor del palo, y bailando subianle en el, y atavanle y siempre
vailando y mirandole todos. Subia el suzio del sacerdote vestido, y con
una flecha en la parte verenda, fuesse muger o hombre le heria, y sacava
sangre y baxavase y untava con ella los rostros al demonio; y haziendo
cierta señal a los vailantes, le començavan a flechar por orden, como
vailando passavan a priessa, al coraçon el qual tenia señalado con una
señal blanca, y desta manera ponianle todos los pechos en un punto, como
erizo de flechas.

Se le avian de sacar el corazon le traian al patio con gran aparato
y compañia de gente, y enbadurnado de azul y su coroza puesta le
llevavan a la grada redonda que era el sacrificadero, y despues que
el sacerdote y sus officiales untavan aquella piedra con color azul y
echavan purificando el templo al demonio; tomavan los chaces al pobre
que sacrificavan, y con gran presteza le ponian de espaldas en aquella
piedra y asianle de las piernas y braços todos quatro que le partian por
medio. En esto llegava el saion nacon con un navajon de piedra, y davale
con mucha destreza y crueldad una cuchillada entre las costillas del
lado izquierdo debaxo de la tetilla, y acudiale alli luego con la mano
y echava la mano del coraçon, como rabioso tigre y arancavaselo vivo,
y puesto en un plato lo dava al sacerdote, el qual iva muy a prissa y
untava a los idolos los rostros con aquella sangre fresca.

Algunas vezes hazian este sacrificio en la piedra y grada alta del
templo, y entonces echavan el cuerpo ya muerto las gradas abaxo a rodar
y tomavanle abaxo los officiales, y dessollavanle todo el cuero entero,
salvo los pies y las manos, y desnudo el sacerdote en cueros vivos se
aforrava de aquella piel y vailavan con el los demas, y era cosa de
mucha solemnidad para ellos esto. A estos sacrificados comunmente solian
enterrar en el patio del templo, o sino, comianseles repartiendo por
los que alcançavan y los señores, y las manos y pies y cabeça eran del
sacerdote y officiales, y a estos sacrificados tenian por santos. Si
eran esclavos captivados en guerra el señor dellos tomava los huessos
para sacar por divisa en los vailes en señal de victoria. Algunas vezes
echavan personas vivas en el pozo de Chicheniza creiendo que salian al
tercero dia, aunque nunca mas parecian.


§ XXVIII.—_Sacrifices cruels et obscènes des Yucatèques. Victimes
humaines tuées à coups de flèches et autres._

Ils faisaient des sacrifices de leur propre sang, quelquefois se taillant
les oreilles tout à l’entour par lambeaux qu’ils laissaient attachés
en signe de pénitence; d’autres fois, ils se trouaient les joues, ou
la lèvre inférieure. Les uns se tranchaient des morceaux de chair de
certaines parties du corps, ou se perçaient la langue de biais, se
passant à travers des fétus de paille avec de cruelles souffrances;
d’autres se taillaient le superflu du membre viril, de manière à y
laisser comme deux oreilles pendantes: c’est là ce qui causa l’erreur de
l’historien général des Indes qui disait qu’ils se circoncisaient[120].

Dans d’autres circonstances, ils accomplissaient un obscène et douloureux
sacrifice et voici comment: ceux qui voulaient en avoir le mérite se
réunissaient dans le temple, rangés par ordre et attachés les uns aux
autres: ils se perçaient alors chacun le membre viril de biais par le
côté, puis dans les trous qu’ils avaient faits, ils passaient un cordon
aussi long que possible, et ils demeuraient ainsi tous ensemble attachés
et enfilés les uns avec les autres. Avec le sang qui coulait de ces
plaies, ils oignaient toutes les parties des statues du démon; celui
qui en faisait davantage était considéré comme le plus vaillant, et ses
fils, dès le plus bas âge, apprenaient à s’y accoutumer, tant ils étaient
enclins à cette épouvantable cérémonie.

Entre les femmes il n’y avait rien de semblable à cette effusion de sang,
quoiqu’elles fussent excessivement dévotes. De tous les animaux que les
Yucatèques pouvaient obtenir, soit des oiseaux du ciel, soit du gibier ou
des bêtes fauves, ou même encore des poissons, ils en tiraient le sang
pour en embarbouiller le visage de leurs idoles. Ils leur offraient de
tout ce qu’ils possédaient: à quelques animaux, ils arrachaient le cœur
pour l’offrir; ils en présentaient d’autres entiers, les uns vivants,
les autres morts, crus ou cuits, sans compter le pain et le vin dont ils
faisaient de grandes offrandes, ainsi que de toutes les variétés de mets
et de boissons à leur usage.

Pour faciliter ces différents sacrifices, il y avait dans les cours des
temples quelques grands arbres debout, ornés de sculptures, et au pied
de l’escalier de chaque temple se trouvait comme un piédestal rond et
large, au centre duquel s’élevait une pierre de quatre ou cinq palmes de
hauteur et assez fine. En haut de l’escalier il y avait une autre pierre
semblable[121].

Outre les fêtes, pour la solennité desquelles on sacrifiait des animaux,
le prêtre ou le chilan commandait quelquefois, à l’occasion d’un malheur
ou d’une nécessité publique, de sacrifier des victimes humaines. Tout le
monde y contribuait, les uns en donnant de quoi acheter des esclaves,
les autres en livrant, par dévotion, leurs petits enfants[122]. On les
caressait et on avait un grand soin de ces victimes jusqu’au jour de
la fête; mais on les gardait aussi avec beaucoup de vigilance, de peur
qu’elles ne prissent la fuite ou ne se souillassent de quelque faute
charnelle. Dans l’intervalle on les conduisait de ville en ville avec
des danses, tandis que les prêtres, les chilans et les autres officiers
observaient les jeûnes accoutumés.

Le jour convenu, tous se réunissaient dans le temple: si la victime
devait être sacrifiée à coups de flèches, on la mettait toute nue, en
lui barbouillant tout le corps de couleur bleue, et on lui posait une
mitre sur la tête. Dès qu’on était arrivé à la statue du dieu, tous
armés d’arcs et de flèches dansaient avec la victime un ballet solennel
autour des arbres dont il a été question plus haut; tandis que les uns la
montaient et l’attachaient, les autres continuaient à danser à l’entour,
les yeux fixés sur elle[123]. Le sacrificateur impur, revêtu, montait
à son tour une flèche à la main; et que la victime fût un homme ou une
femme, il la frappait de son arme aux parties naturelles, en tirait du
sang, descendait et en oignait le visage de l’idole. Sur un signal qu’il
donnait ensuite aux danseurs, ceux-ci commençaient à lancer, en dansant,
des flèches au cœur de la victime, à mesure qu’ils passaient avec
rapidité devant elle, le but marqué de blanc ayant été signalé d’avance.
C’est ainsi que toutes les poitrines tournées vers un seul point, en
faisaient comme un hérisson armé de flèches.

S’il s’agissait d’enlever le cœur à la victime, on la conduisait avec
un grand appareil, dans la cour du temple, toute barbouillée de bleu et
la mitre en tête, entourée de beaucoup de monde, jusqu’au pied du socle
de forme ronde qui était le lieu du sacrifice. Le prêtre, assisté de
ses officiers, oignaient de bleu la pierre et purifiaient le temple en
chassant les mauvais esprits. Les chacs saisissaient ensuite la pauvre
victime, la renversaient avec rapidité sur la pierre et la tenaient tous
quatre des bras et des jambes qu’ils séparaient par le milieu. Dans le
même instant, arrivait le bourreau nacon, un couteau de pierre à la
main: il l’en frappait avec une barbare habileté entre les côtes sous le
sein gauche; puis aussitôt il plongeait la main dans la poitrine, d’où il
enlevait avec la joie féroce d’un tigre le cœur palpitant. Il le déposait
ensuite sur un plat qu’il présentait au prêtre; celui-ci s’empressait de
le saisir, et du sang frais qui en dégouttait oignait le visage de ses
idoles.

Quelquefois ce sacrifice avait lieu sur la pierre érigée en haut de
l’escalier du temple, après quoi ils lançaient le cadavre par les
degrés en bas: les officiers s’en emparaient, l’écorchaient en entier,
à l’exception des pieds et des mains, et le prêtre s’étant dépouillé de
ses habits, tout nu se recouvrait de la peau. Ceci était suivi d’une
danse générale où il prenait part, et le sacrifice de cette manière était
considéré comme une grande solennité[124]. L’usage était d’enterrer dans
la cour du temple ceux qu’on sacrifiait de cette façon: au cas contraire,
on le mangeait, le partageant aux chefs et à ceux qui pouvaient en
obtenir un morceau; les pieds, les mains et la tête étant réservés pour
le prêtre et ses officiers, les victimes immolées de cette manière étant
considérées comme saintes[125]. Si c’étaient des esclaves prisonniers
de guerre, leur maître gardait leurs ossements, qu’il étalait dans les
ballets comme des insignes de victoire[126]. Quelquefois on jetait des
victimes vivantes dans les puits de Chichen-Itza, dans l’idée qu’elles en
sortaient le troisième jour, quoiqu’on ne les vît jamais reparaître.


§ XXIX.—_Armas de los yucataneses. Dos capitanes, uno hereditario, otro
electivo. Abstinencia de este. Milicia y soldada, guerra, etc._

Que tienen armas offensivas y defensivas. Ofensivas eran arcos y flechas
que llevavan en su cargaje con pedernales por caxcillos y dientes de
pescados muy agudas, las quales tiran con gran destreza y fuerza. Son
los arcos de un hermoso palo leonado y a maravilla fuerte mas derechos
que corvos, las cuerdas de su cañamo. La largura del arco es siempre
algo menos que el que lo trae: las flechas son de cañas muy delgadas
que se crian en lagunas y largas de mas de a cinco palmos, y enxierenle
a la caña un pedaço de palo delgado muy fuerte y en aquel va enxerido
el pedernal. No usavan ni la saben poner ponsoña, aunque tienen harto
de que. Tenian hachuelas de cierto metal y desta hechura, las quales
encaxavan en un hastil de palo, y les servia de armas, y buelta de labrar
la madera. Davanle filo con una piedra a porrazos que es el metal blando.
Tenian lançuelas cortas de un estado con los hierros de fuerte pedernal,
y no tenian mas armas que estas.

[Illustration]

Tenian para su defensa rodelas que hazian de cañas hendidas, y muy
texidas redondas y guarnecidas de cueros de venados. Hazian xacos
de algodon colchados y de sal por moler colchada de dos tandas o
colchaduras, y estos eran fortissimos. Tenian algunos señores y capitanes
como moriones de palo y estos eran pocos, y con estas armas ivan a la
guerra, y con plumajes y pellejos de tigres, y leones, puestos los que
los tenian. Tenian siempre dos capitanes, uno perpetuo y se eredava, otro
elegido con muchas cerimonias por tres años para hazer la fiesta que
hazian en su mes de _Pax_ y caé al doze de mayo, o por capitan de la otra
banda para la guerra.

A este llamavan _Nacon_; no avia en estos tres años conocer muger ni aun
la suya, ni comer carne, tenianle en mucha reverencia y davanle pescados
y yguanas que son como lagartos a comer; no se emborachava en este tiempo
y tenia en su casa las vasijas y cosas de su servicio a parte, y no le
servia muger y no tratava mucho con el pueblo.

Passados los tres años como antes, estos dos capitanes tratavan la guerra
y ponian sus cosas en orden, y para esto avia en (cada) pueblo gente
escogida como soldados, que quando era menester con sus armas acudian,
los quales llaman _holcanes_, y no bastando estos, recogian mas gente, y
concertavan y repartian entre si, y guiados con una bandera alta, salian
con mucho silencio del pueblo, y assi ivan a arrevatar a sus enemigos con
grandes gritos y crueldades, donde topavan descuidos.

En los caminos y passos, los enemigos les ponian defensas de flechaderos
de varaçon y madera y comunmente hechos de piedra. Despues de la victoria
quitavan a los muertos la quixada y limpia de la carne poniansela en el
braço. Para sus guerras hazian grandes ofrendas de los despojos, y si
captivavan algun hombre señalado luego le sacrificavan, porque no querian
dexar quien les dañasse despues. La demas gente era captiva en poder del
que la prendia.

Que a essos holcanes sino era en tiempo de guerra no davan soldada, y
que entonces les davan cierta moneda los capitanes, y poca, porque era
del suyo, y sino bastava, el pueblo ayudava a ello. Davanles tambien el
pueblo la comida, y essa adereçavan las mugeres para ellos; la llevavan
a cuestas por carecer de bestias y assi les duravan poco las guerras.
Acabada la guerra los soldados hazian muchas vexaciones en sus pueblos
durante el olor de la guerra, sobre el hazianse servir y regalar, y si
alguno avia matado algun capitan o señor era muy honrado y festejado.


§ XXIX.—_Armes des Yucatèques. Deux généraux, l’un héréditaire et l’autre
électif. Abstinence du dernier. Milice et mercenaires. Guerre, etc._

Les Yucatèques ont des armes offensives et défensives. Les offensives
sont des arcs et des flèches qu’ils portent dans leurs carquois, armées
de pointes d’obsidienne et de dents de poisson, fort aiguës, et qu’ils
tirent avec non moins d’adresse que de force. Les arcs sont d’un beau
bois fauve et extraordinairement solide, plutôt droits que courbes, et
les cordes de l’espèce de chanvre qu’ils fabriquent. La longueur de
l’arc est toujours un peu moindre que la hauteur de celui qui s’en sert;
les flèches sont de roseaux fort menus qui croissent dans les lagunes,
longues de cinq palmes: ils y ajustent un morceau de bois également
très-menu et fort, auquel s’adapte la pierre. Ils ne connaissaient pas
l’usage de les empoisonner, quoique les poisons ne leur manquent pas. Ils
avaient de petites haches d’un métal particulier et de cette forme[127]:
ils les ajustaient à un manche de bois; au combat, ils s’en servaient
comme d’une arme, et chez eux comme d’un instrument à travailler le
bois. Ce métal n’étant pas fort dur, ils leur donnaient le fil, en les
battant avec une pierre. Ils se servaient aussi de lances d’une toise de
longueur, dont le fer était d’un silex très-dur, et ils n’avaient pas
d’autres armes[128].

Pour la défense, ils avaient des rondaches qu’ils fabriquaient de roseaux
fendus et tissés avec soin; elles étaient rondes et garnies de cuir de
cerf. Ils tissaient aussi des sayes de coton piqué, doublées de gros sel,
de deux épaisseurs, et qui étaient d’une résistance extraordinaire[129].
Quelques seigneurs remplissant la charge de généraux, avaient des casques
en bois; mais ils étaient en petit nombre. C’est avec ces armes qu’ils
allaient en guerre, ornés de plumes et revêtus de peaux de tigres et de
lions. Les généraux étaient toujours au nombre de deux, l’un dont la
charge était perpétuelle et héréditaire, l’autre élective: celle-ci se
conférait avec beaucoup de cérémonies pour l’espace de trois ans, à celui
qui devait présider à la fête qui se célébrait au mois de _Pax_, tombant
au douze mai, et qui avait le commandement du second corps d’armée,
durant la guerre.

C’était ce dernier qui avait le titre de _Nacon_; il ne devait, pendant
ces trois années, communiquer avec aucune femme, pas même avec la
sienne, ni manger de la viande. On l’avait en grande vénération; pour sa
nourriture, on lui donnait du poisson et des iguanes, qui sont une sorte
de lézards[130]; en tout ce temps-là, il se gardait de s’enivrer; il
avait à part dans sa maison sa vaisselle et autres objets à son usage,
aucune femme n’étant admise à le servir, et il ne communiquait que fort
peu avec le monde.

Passés ces trois ans, les deux généraux traitaient de la guerre et en
ordonnaient les affaires; il y avait pour cela dans chaque localité des
gens choisis pour soldats, et qui, au besoin, se présentaient en armes à
l’appel des _holcans_[131]. Si cette milice était insuffisante, ceux-ci
réunissaient plus de monde, les instruisaient et les répartissaient
les uns parmi les autres; et conduits, un grand drapeau en tête, ils
sortaient fort silencieusement de la ville; c’est ainsi qu’ils marchaient
contre leurs ennemis, qu’ils attaquaient avec de grands cris et férocité,
s’ils arrivaient à les atteindre à l’improviste.

Dans les chemins et les défilés, les ennemis leur opposaient des défenses
pourvues d’archers, des retranchements en bois et en branchages, mais
le plus souvent en pierre. Après la victoire, ils enlevaient aux morts
la mâchoire, en nettoyaient la chair et se la mettaient au bras. A
l’occasion de ces guerres, ils faisaient de grandes offrandes des
dépouilles et, s’ils faisaient prisonnier quelque chef distingué, ils le
sacrifiaient aussitôt, ne voulant laisser vivre personne qui pût leur
nuire plus tard. Le reste des prisonniers demeuraient au pouvoir de ceux
qui les avaient captivés.

Quant aux holcans, ils n’amenaient point la milice hors du temps de
la guerre. Les généraux leur donnaient alors une solde particulière,
mais peu importante, car c’était de leurs propres fonds, et si cela ne
suffisait point, la commune leur venait en aide. La commune leur donnait
aussi la nourriture, les femmes étant chargées de la leur préparer; faute
de bêtes de somme, c’étaient des hommes qui la portaient à dos; aussi les
guerres étaient-elles de courte durée. La guerre terminée, les soldats
causaient encore beaucoup d’embarras et d’ennuis dans leurs localités,
tant que le feu n’en était pas tout à fait éteint, sans compter qu’ils se
faisaient servir et régaler; et si l’un d’eux avait tué quelque capitaine
ou seigneur, on le comblait d’honneurs et de festins.


§ XXX.—_Castigo de los adulteros, homicidas y ladrones. Educacion de los
mancebos. Uso de llanar la cabeça á los niños._

Que a esta gente les quedo de Mayapan costumbre de castigar los adulteros
desta manera: hecha la pesquiza, y convencido alguno del adulterio, se
juntavan los principales en casa del señor, y traido el adultero atavan
a un palo, le entregavan al marido de la muger delinquente, y si el le
perdonava, era libre, sino le matava con una piedra grande en la cabeça
de una parte alta, a la muger por satisfacion bastava la infamia que era
grande y comunmente por esto las dexavan.

La pena del homicida era morir por insidias de los parientes, aunque
fuesse casual, o sino pagar el muerto. El hurto pagavan y castigavan con
hazer esclavos, aunque fuesse muy pequeño el hurto, y por esto hazian
tantos esclavos, principalmente en tiempo de hambre, y por esso fue que
nosotros frayles tanto travajamos en el baptismo, para que les diessen
libertad.

Y si eran señores o gente principal juntavasse el pueblo; prendido le
labravan el rostro desde la barba hasta la frente por los lados en
castigo, lo qual tenian por grande infamia.

Que los moços reverenciavan mucho a los viejos y tomavan sus consejos y
ansi se jactavan de viejos, y esso dezian a los moços, que pues avian mas
visto que ellos, les avian de creer, lo qual si hazian, los demas les
davan mas credito. Eran tan estimados en esto que los moços no tratavan
con viejos, sino era en cosas inevitables, y los moços por casar; con los
casados, sino muy poco; por lo qual se usava tener en cada pueblo una
casa grande y encalada, abierta por todas partes, en la qual se juntavan
los moços para sus passatiempos. Jugavan a la pelota y a un juego con
unas habas como a los dados, y a otros muchos. Dormian aqui todos juntos
casi siempre, hasta que se casavan.

Y dado que e vido que en otras partes de las Indias usavan del nefando
peccado en estas tales casas, en esta tierra no e entendido que hiziessen
tal, ni creo lo hazian, porque los llagados desta pestilencial miseria
dizen que no son amigos de mugeres como eran estos, ca a estos lugares
llevavan las malas mugeres publicas, y en ellos usavan dellas, y las
pobres que entre esta gente acertava a tener este officio no obstante
que recibian dellos gualardon, eran tantos los moços que a ellas acudian
que las traian acossadas y muertas. Enbadurnavanse de color negro hasta
que se casavan, y no se solian labrar hasta casados, sino poco. En las
demas cosas acompañavan siempre a sus padres, y assi salian tan buenos
idolatras como ellos, y servianles mucho en los trabajos.

Que las indias criavan sus hijitos en toda aspereza y desnudez del mundo,
porque a cuatro o cinco dias nacida la criatura la ponian tendidita en un
lecho pequeño hecho de varillas, y alli boca abaxo le ponian entre dos
tablillas la cabeça, la una en el colodrillo, y la otra en la frente,
entre las quales se le appretavan reciamente y le tenian alli padeciendo
hasta que acabados algunos dias le quedava la cabeça llana y enmoldada
como lo usavan todos ellos. Era tanta molestia y peligro de los niños
pobres que peligravan algunos, y el autor deste vio agujerarsele a uno la
cabeça por detras de las orejas, y assi devian hazer muchos.

Criavanlos en cueros, salvo que de 4 a 5 años les davan una mantilla
para dormir y unos listoncillos para onestarse como sus padres y a las
mochachas las començavan a cubrir de la cinta abaxo. Mamavan mucho,
porque nunca dexavan de darles leche pudiendo, aunque fuessen de tres
o quatro años, de donde venia aver entre ellos tanta gente de buenas
fuerças. Criavanse los dos primeros años a maravilla lindos y gordos.
Despues con el continuo bañarlos las madres y los soles se hazian
morenos; pero eran todo el tiempo de la niñez bonicos y traviesos, que
nunca paravan andar con arcos y flechas, y jugando unos con otros, y
assi se criavan hasta que començavan a seguir el modo de vivir de los
mancebos y tenerse, en su manera en mas y dexar las cosas de niños.


§ XXX.—_Châtiment de l’adultère, du meurtre et du vol. Education des
jeunes gens. Coutume d’aplatir la tête aux enfants._

Ce peuple avait conservé de Mayapan la coutume de châtier les adultères
de la manière suivante: l’instruction achevée, et le coupable ayant été
convaincu, les principaux habitants se réunissaient dans la maison du
seigneur. L’adultère était amené et attaché à un poteau et on le livrait
au mari de sa complice. Celui-ci pouvait lui pardonner, et, dans ce cas,
on le rendait à la liberté; sinon il le tuait, en lui lançant d’un lieu
élevé une grande pierre sur la tête. Quant à la femme, son châtiment
consistait dans son infamie, qui était grande, et d’ordinaire le mari se
séparait d’elle.

La peine de l’homicide, quand bien même il ne le fût que par accident,
était d’être abandonné aux piéges que lui tendaient les parents du
défunt, qui le tuaient quand ils en avaient la chance, ou bien de payer
pour le mort. Le voleur rendait la valeur de ce qu’il avait pris, ou
bien on le réduisait à l’esclavage, quelque peu qu’il eût dérobé: c’est
pour cela qu’il y avait tant d’esclaves, surtout en temps de famine, et
que, nous autres, religieux, nous avons tant travaillé, au moment de les
baptiser, pour qu’ils leur rendissent la liberté.

Si le voleur était un seigneur ou un homme de condition, toute la commune
s’assemblait; dès qu’il était pris, on lui scarifiait le visage des deux
côtés, des lèvres au front, châtiment qui était regardé comme une grande
infamie.

Les jeunes gens avaient beaucoup de respect pour les vieillards: ils
demandaient leurs conseils et se faisaient passer pour vieux; les
vieillards, de leur côté, disaient aux jeunes gens que, puisqu’ils
avaient vu plus qu’eux, leur devoir était d’ajouter foi à leurs discours,
et lorsqu’ils le faisaient, ils n’en étaient que plus estimés des autres.
Ils avaient une si haute opinion de la vieillesse, que les jeunes gens ne
traitaient avec les anciens que quand ils ne pouvaient faire autrement,
comme au moment de se marier; avec les gens mariés ils se tenaient
aussi fort peu. C’est pourquoi il était d’usage dans chaque localité
d’avoir une grande maison, blanchie à la chaux, mais ouverte de tous les
côtés, où les jeunes gens s’assemblaient pour leurs divertissements.
Ils jouaient à la balle et à une sorte de jeu de fèves, comme aux dés,
ainsi qu’à beaucoup d’autres. Ils dormaient là presque toujours ensemble
jusqu’au moment de se marier.

Or, comme j’ai vu qu’en d’autres endroits des Indes ils étaient adonnés
à la pédérastie, dans des maisons de ce genre, je n’ai cependant jamais
ouï dire que cela eût lieu ici, et je ne crois pas qu’ils en usassent,
car on dit que ceux qui sont affligés de cette misère pestilentielle, ne
sont pas amateurs des femmes, tandis que ceux-ci le sont. Car ils avaient
la coutume d’amener dans ces endroits des femmes publiques, dont ils
usaient; or, les malheureuses qui, parmi ce peuple, faisaient ce métier,
encore qu’elles se fissent payer, étaient obsédées par un si grand nombre
de jeunes gens, qu’elles s’en trouvaient poursuivies jusqu’à en mourir.
Ceux-ci avaient la coutume de se peindre en noir jusqu’au moment de leur
mariage; il y en avait peu qui se tatouassent auparavant. Dans tout le
reste, ils suivaient constamment leurs parents; c’est ainsi qu’ils les
servaient si bien dans leurs travaux et qu’ils devenaient de si grands
adorateurs d’idoles.

Les femmes élevaient leurs petits enfants avec toute la rudesse et la
nudité possibles: la faible créature était à peine venue au monde de
quatre ou cinq jours, qu’elles l’étendaient sur un petit lit fabriqué
de baguettes d’osier et de roseaux; là, le visage contre terre, elles
lui mettaient la tête entre deux planchettes, l’une au front, l’autre à
l’occiput, serrées avec force, et le tenaient dans la souffrance jusqu’à
ce qu’au bout de quelques jours, la tête ainsi moulée restait à jamais
aplatie suivant leurs usages. Il y avait là-dedans tant d’incommodité
et de péril pour les petits enfants, que plusieurs en étaient près de
mourir; l’auteur de ce livre en a vu un dont la tête s’était trouée
derrière les oreilles, ce qui devait arriver à un grand nombre.

Ils étaient élevés tout nus; mais, à l’âge de quatre ou cinq ans, on leur
donnait un morceau de toile pour se couvrir, en dormant, et quelques
petites bandes pour cacher leur nudité, comme leurs pères; quant aux
petites filles, on commençait alors à les vêtir de la ceinture en bas.
Ils tétaient beaucoup; car les mères ne laissaient jamais de leur donner
du lait, si longtemps qu’elles en étaient capables, quoiqu’ils eussent
atteint l’âge de trois ou quatre ans; de là tant de gens forts et
robustes dans ce pays. Tout jeunes encore, on les élevait à merveille
beaux et forts; mais ensuite avec les bains fréquents que leur faisaient
prendre leurs mères, et l’ardeur du soleil, ils devenaient plus bronzés.
Durant toute leur enfance, ils étaient vifs et pétulants, toujours armés
d’arcs et de flèches, et jouant les uns avec les autres: c’est ainsi
qu’ils croissaient, jusqu’à ce qu’ils fussent en état d’adopter la
manière de vivre des jeunes gens, et de se donner plus d’importance, en
laissant les jeux de l’enfance.


§ XXXI.—_Modo de vestir y de adornarse entre las indias de Yucatan._

Que los indias de Yucatan son en general de mejor dispusicion que las
españolas, y mas grandes y bien hechas, ca no son de tantas renes como
las negras. Precianse de hermosas las que son, y a una mano no son feas;
no son blancas sino de color baço, causado mas del sol y del continuo
bañarse, que de su natural; no se adoban los rostros como nuestra nacion,
y esso tienen por liviandad. Tenian por costumbre acerrarse los dientes
dexandolos como diente de sierra y esto tenian por galanteria, y hazian
este officio viejas, limandolos con ciertas piedras y agua.

Horadavanse las narices por la ternilla que divide las ventanas por
medio para ponerse en el agujero una piedra de ambar y tenianlo por
gala. Horadavanse las orejas, para ponerse zarzillos al modo de sus
maridos; labravanse el cuerpo de la cinta arriba, salvo los pechos por
el criar, de labores mas delicadas y hermosas que los hombres. Bañavanse
muy a menudo con agua fria como los hombres, y no lo hazian con sobrada
honestidad, porque acaescia demudarse en cueros en el poço donde ivan por
agua para ello. Acostumbravan demas de esto bañarse en aqua caliente y
fuego y deste poco y por causa mas de salud que limpieza.

Acostumbravan untarse con cierta uncion de colorado como los maridos,
y las que tenian possibilidad, echavan la cierta confecion de una goma
olorosa y muy pegajosa, y que creo es liquidambar que en su lengua llaman
_iztah-te_, y con esta confecion untavan cierto ladrillo como deseaban
que tenian labrado galanas labores, y con aquel se untavan los pechos,
y braços, espaldas y quedavan galanas y olorosas, segun les parecia, y
duravales muchos dias sin se quitar segun era buena la uncion.

Traian cabelles muy largos, y hazian y hazen dellos muy galan tocado
partidos en dos partes, y entrençavanselos para otro modo de tocado.
A las moças por casar suelen las madres curiosas curarselos con tanto
cuydado que e visto muchas indias de tan curiosos cabellos como curiosas
españolas. A las mochachas hasta que son grandecitas, se los trençan en
quatro quernos y en dos que les parecen bien.

Las indias de la costa y de la provincia de Bacalar y Campeche son
mas honestas en su traje, porque allende de la cobertura que traian de
medio abaxo se cubrian los pechos atandoselos por debaxo los sobacos con
una manta doblada; las demas todas no traian mas de una vestidura como
saco largo y ancho, abierto por ambas partes y metidas en el hasta los
quadriles donde se les apretavan con el anchor mesmo y no tenian mas
vestidura, salvo que la manta con que siempre duermen, usavan, quando
ivan camino, llevar cubierta doblada o arollada, y assi andavan.


§ XXXI.—_Toilette des femmes yucatèques. Leurs vêtements divers._

Les Indiennes du Yucatan sont généralement plus agréables que les
Espagnoles, plus grandes et bien faites, et elles n’ont pas les hanches
si grandes que les négresses. Celles qui sont belles en tirent de la
vanité, et de fait elles ne sont pas laides: elles ne sont pas blanches,
mais brunes de couleur, ce qui leur vient plutôt de leur exposition au
soleil et de l’habitude de se baigner trop souvent, que de leur nature.
Elles ne se fardent pas le visage comme les dames de notre pays; car
elles regardent cet usage comme de l’immodestie. Elles avaient pour
coutume de se couper les dents en forme de dents de scie, ce qu’elles
considéraient comme une marque de beauté; c’étaient les vieilles femmes
qui leur rendaient ce service, en leur limant les dents avec une certaine
pierre et de l’eau.

Elles se perçaient le cartilage du nez entre les narines, afin d’y
placer une pierre d’ambre, ce qui était encore une gentillesse à leurs
yeux. Elles se perçaient aussi les oreilles pour y mettre des pendants,
à l’imitation de leurs maris; elles se tatouaient de dessins plus
délicats et plus élégants que les hommes, le corps de la ceinture en
haut, à l’exception des seins qu’elles gardaient pour allaiter leurs
enfants. Elles prenaient très-souvent des bains dans l’eau froide comme
les hommes, mais sans trop de réserve; car elles se mettaient pour cela
toutes nues dans les endroits où l’on allait chercher de l’eau. Elles
avaient également la coutume de se baigner dans l’eau chaude et au
feu[132], mais peu et plutôt pour raison de santé que de propreté.

Une autre coutume était de se oindre aussi d’une couleur rouge comme
leurs maris, et celles qui en avaient les moyens y ajoutaient d’une
gomme odoriférante et fort poisseuse, que je crois être le liquidambar,
appelé dans leur langue _iztah-té_: de cette gomme elles imprégnaient une
brique ornée de gracieux dessins qu’elles avaient toujours chez elles et
s’en frottaient les seins, les bras et les épaules; c’est ainsi qu’elles
s’embellissaient et se parfumaient à leur manière, l’odeur leur restant
en proportion de la qualité du parfum employé.

Comme elles avaient les cheveux très-longs, elles en faisaient et en font
encore une coiffure fort élégante, les partageant en deux tresses, dont
elles se servaient encore pour une autre sorte de coiffure. Quant aux
jeunes filles à marier, les mères soigneuses s’attachaient à les faire
briller d’une manière si particulière, que j’ai vu beaucoup d’Indiennes
portant les cheveux avec tout autant de grâce que les Espagnoles les plus
distinguées sous ce rapport. Aux petites filles, jusqu’à ce qu’elles
deviennent d’une certaine taille, elles les leur tressent en quatre ou
deux sortes de cornes qui leur font très-bien.

Les Indiennes de la côte et de la province de Bacalar et de Campêche
sont plus modestes dans leur habillement; car, outre le jupon dont elles
se couvrent de la ceinture en bas, elles se voilent la poitrine, en la
renfermant dans une pièce d’étoffe doublée sous les aisselles; les autres
n’avaient d’autre vêtement d’en haut qu’un sac long et large, ouvert sur
les côtés, descendant jusqu’aux hanches, qu’elles y serraient sur la
largeur. C’était là toute leur toilette, à l’exception de l’étoffe avec
laquelle elles dorment toujours et qu’elles portaient habituellement,
lorsqu’elles allaient en chemin, doublée ou roulée sur les épaules.


§ XXXII.—_Castitad de las mugeres y su educacion. Sus grandes calidades,
su economia, etc. Su devocion y sus partos._

Preciavanse de buenas y tenian razon, porque antes que conociessen
nuestra nacion, segun los viejos aora lloran, lo eran a maravilla y
desto traere dos exemplos. El capitan Alonso Lopez de Avila cuñado del
adelantado Montejo prendio una moça india y bien dispuesta y gentil
muger, andando en la guerra de Bacalar. Esta prometio a su marido
temiendo que en la guerra no le matassen de no conocer otro si el no, y
assi no basto persuasion con ella paraque no se quitasse la vida, por no
quedar en peligro de ser ensuziada de otro varon, por lo qual la hizieron
aperrear.

A mi se me quexo una india por baptizar de un indio baptizado, el qual
andando enamorado della, ca hermosa era, aguardose ausentasse su marido,
y se le fue una noche a su casa y despues de manifestarle con muchos
requiebres su intento, y no bastarle, provo a dar dadivas que para ello
llevava, y como no aprovechassen, intento forçarla, y con ser un giganton
y travajar por ello toda la noche no saco della mas de darle enojo tan
grande que se me vino a quexar a mi de la maldad del indio, y era assi lo
que dezia.

Acostumbravan a volver las espaldas a los hombres, quando los topavan en
alguna parte, y hazerles lugar paraque passassen, y lo mesmo quando les
davan a bever, hasta que acabavan de bever. Enseñan lo que saben a sus
hijas, y crianlas a su modo bien, ca las riñen y las doctrinan y hazen
trabajar, y si hazen culpas las castigan, dandoles pellizcos en las
orejas, y en los braços. Si las ven alçar los ojos, las riñen mucho y se
los untan con su pimienta que es grave dolor, y si no son honestas, las
aporrean y untan con la pimienta en otra parte por castigo y afrenta.
Dizen por mucho valdon y grave reprehension a las moças mal disciplinadas
que _parecen mugeres criadas sin madre_.

Son zelosas y algunas tanto que ponian los manos a las de quien tenian
zelos, y tan colericas, enojadas, aunque harto mansas, que solian dar
buelta de pelo algunas a los maridos con hazerlo ellos pocas vezes. Son
grandes travajadoras y vividoras, porque dellas cuelgan los mayores y
mas trabajos de la sustentacion de sus casas y educacion de sus hijos, y
paga de sus tributos y con todo esso si es menester llevan algunas vezes
mayor carga, labrando y sembrando sus mantenimientos. Son a maravilla
grangeras, velando de noche el rato que de servir sus casas les queda,
yendo a los mercados a comprar y vender sus cosillas.

Crian aves para vender de Castilla, y de las suyas y para comer. Crian
paxaros para su recreacion y para las plumas para hazer sus ropas
galanas, y crian otros animales domesticos de los quales dan el pecho
a los corços, con lo qual los crian tan mansos que no saben irseles al
monte jamas, aunque los llevan y traigan por los montes y crien en ellos.

Tienen costumbre de ayudarse unas a otras a las telas y al hilar, y
paganse estos trabajos como sus maridos los de sus eredades, y en ellos
tienen siempre sus chistes de mofar y contar nuevas, y a ratos un poco de
murmuracion. Tienen por gran fealdad mirar a los hombres y reirseles, y
por tanto que solo esto bastava para hazer qualquiera fealdad, y sin mas
entremeses hazianlas ruines. Vailavan por si sus vailes y algunos con
los hombres, en especial uno que llamavan _Naual_ no muy honesto. Son muy
fecundas y tempranas en parir, y grandes criaderas por dos razones, la
una porque la bevida de las mañanas que beven caliente cria mucha leche
y el continuo moler de su maiz y no traer los pechos apretados les haze
tenerlos muy grandes donde les viene tener mucha leche.

Emborachavanse tambien ellas con los combites, aunque por si, como comian
por si, y no se emborachavan tanto como los hombres. Son gente que dessea
mucho hijos la que carece dellos, y que los pedian a sus idolos con
dones y oraciones, y aora los piden a Dios. Son avisadas y corteses y
conversables, con que se entienden, y a maravilla bien partidas. Tienen
poco secreto y no son tan limpias en sus personas ni en sus cosas con
quanto se lavan como los ermiños.

Eran muy devotas y santeras, y assi tenian muchas devociones con sus
idolos, quemandoles de sus enciensos, ofreciendoles dones de ropa de
algodon, pero con todo esso no tenian en costumbre derramar su sangre
a los demonios, ni lo hazian jamas; ni tampoco las dexavan llegar a
los templos a los sacrificios, salvo en cierta fiesta que admitian
ciertas viejas para la celebracion della. Para sus partos acudian a las
hechizeras, las quales les hazian creer de sus mentiras y les ponian
debaxo de la cama un idolo de un demonio, llamado _Ixchel_, que dezian
era la diosa de hazer las criaturas.

Nacidos los niños, los bañan luego y quando ya los avian quitado del
tormento de allanarles las frentes y cabeças ivan con ellos al sacerdote
para que los viesse el hado y dixesse el officio que avia de tener y
pusiesse el nombre que avia de tener el tiempo de su niñez, porque
acostumbravan llamar a los niños nombres differentes hasta que se
baptizavan o eran grandecillos, y despues dexavan aquellos y començavan a
llamarlos el de los padres, hasta que los casavan, que se llamavan el del
padre y de la madre.


§ XXXII.—_Chasteté des femmes yucatèques. Leur éducation; leurs grandes
qualités. Economie du ménage, etc. Leur caractère dévot et leurs couches._

Elles se vantaient d’être bonnes et avec raison: car, avant qu’elles
connussent notre race, au dire des vieillards qui en gémissent
aujourd’hui[133], elles l’étaient merveilleusement, ce dont j’apporterai
ici deux exemples. Le capitaine Alonso Lopez de Avila, beau-père de
l’adelanto Montejo, avait fait prisonnière, durant la guerre de Bacalar,
une jeune Indienne aussi belle que gracieuse et élégante. Craignant
pour son mari le danger de la mort, elle lui avait fait la promesse de
ne jamais appartenir à un autre: aussi rien ne put-il la persuader de
consentir à se laisser flétrir, pas même la perte de la vie, et ainsi on
la livra aux chiens qui la dévorèrent[134].

Quant à moi, j’eus occasion d’entendre les plaintes d’une Indienne
catéchumène que poursuivait de ses sollicitations un Indien déjà
baptisé, amoureux d’elle; car elle était belle. L’Indien ayant attendu
l’absence de son mari, se présenta une nuit chez elle, et, après
lui avoir témoigné ses désirs de toutes les manières, voyant qu’il
n’arrivait à aucun résultat, la tenta par des présents; ne réussissant
pas davantage par ce moyen, il voulut lui faire violence. Mais, avec sa
grande taille et une lutte qui dura la nuit entière, il n’obtint autre
chose que d’exciter la colère de cette femme; elle vint se plaindre à
moi le lendemain des tentatives coupables de l’Indien, et je vérifiai
effectivement l’exactitude de son récit.

Entre autres usages, les femmes avaient celui de tourner le dos aux
hommes, chaque fois qu’elles venaient à rencontrer l’un ou l’autre
dans le chemin, et se mettaient de côté pour les laisser passer. La
même chose avait lieu, lorsqu’elles leur donnaient à boire, jusqu’à
ce qu’ils eussent vidé la coupe. Elles instruisent leurs filles de ce
qu’elles savent, les élèvent très-bien à leur manière, les enseignent
et les grondent et les font travailler: si elles commettent quelque
faute, elles les punissent, en les pinçant aux bras et aux oreilles.
Si elles leur voient lever les yeux, elles les reprennent fortement
et les leur frottent avec un peu de leur piment, ce qui leur cause
beaucoup de souffrance; si elles sont peu honnêtes, elles les battent
et leur frottent une autre partie du même piment, ce qui est à la fois
un châtiment et un affront. C’est une réprimande fort sévère et un
reproche très-dur que de dire aux jeunes filles désobéissantes «qu’elles
ressemblent à des femmes élevées sans mère.»

Les Indiennes sont très-jalouses, et quelques-unes le sont au point
qu’elles mettent les mains sur celles qu’elles soupçonnent; elles sont
si colères alors et si irritables, quoique généralement d’un caractère
fort doux, qu’il y en a qui arrachaient les cheveux à leurs maris, pour
peu qu’ils leur fussent infidèles. Elles sont grandes travailleuses et
excellentes pour l’administration intérieure: car c’est d’elles que
dépendent la plupart et les principaux travaux du ménage pour le support
de leurs maisons, l’éducation de leurs enfants et le payement des
tributs; avec tout cela, si le besoin s’en fait sentir, ce sont elles qui
souvent encore portent à dos les plus fortes charges, qui travaillent
la terre et y sèment les graines dont ils se nourrissent. Elles sont
merveilleusement économes, veillant de nuit, durant les instants qui leur
restent après le service de la maison, allant au marché de jour pour
acheter et vendre les choses qui sont à leur usage.

Elles élèvent la volaille, soit celle de Castille ou du pays, pour la
vendre ou pour s’en nourrir: elles élèvent également des oiseaux pour
leur amusement, comme aussi pour en retirer les plumes qui servent à
leurs ornements; elles élèvent également d’autres animaux domestiques,
allaitant même des chevreaux et les apprivoisant de telle sorte que, bien
qu’elles les emmènent dans les bois, où souvent elles les nourrissent,
ils n’y resteraient jamais sans elles.

A toutes ces coutumes elles ajoutaient celles de s’entr’aider
mutuellement, quand elles filaient ou tissaient: elles s’acquittaient
par ces mêmes travaux les unes envers les autres, comme leurs maris
de ceux de leurs champs. Elles avaient leurs saillies et leurs bons
mots pour railler et conter des aventures et par moment aussi pour
murmurer de leurs maris[135]. Elles regardent comme une fort vilaine
chose de fixer les yeux sur les hommes et de rire avec eux; cela seul
suffisait pour amener du désordre et sans plus de cérémonie les rendre
un objet de mépris. Elles dansaient entre elles des danses qui leur
sont propres; quelquefois elles en avaient en commun avec les hommes,
entre autres le ballet, nommé _Naual_ qui n’est guère décent[136]. Elles
sont très-fécondes et enfantent de bonne heure; elles sont excellentes
nourrices et pour deux raisons: la première, parce que la boisson
qu’elles prennent au matin toute chaude donne beaucoup de lait; la
seconde, que l’usage où elles sont de moudre continuellement le maïs et
de ne pas se tenir les mamelles serrées, les rend fort grandes et de lait
très-abondantes.

Il leur arrivait aussi de s’enivrer dans les festins, mais toutes seules;
car elles mangeaient à part et, d’ailleurs, elles s’enivraient rarement
autant que les hommes. Ces femmes yucatèques tiennent beaucoup à avoir
des enfants: celle qui n’en avait pas, les demandait avec de grandes
supplications et des présents aux idoles; aujourd’hui elles les demandent
à Dieu. Elles sont prudentes, polies, de très-bonne conversation,
quand on les comprend, et extrêmement généreuses[137]. Elles gardent
difficilement un secret et ne sont pas sur leurs personnes et dans leurs
maisons aussi propres qu’elles devraient l’être, en se baignant comme des
hermines.

Elles étaient fort dévotes et affectionnées à leurs idoles: aussi
avaient-elles à leur égard une foule de pratiques, leur brûlant de
l’encens, leur offrant des présents d’étoffes de coton; elles n’avaient,
néanmoins, pas la coutume de se tirer du sang en leur honneur, et jamais
elles ne le faisaient. Du reste, on ne leur permettait point d’assister
aux sacrifices dans les temples, à l’exception d’une fête spéciale où
l’on admettait certaines vieilles que demandait la circonstance. Au
temps de leurs couches, elles avaient recours à des sorcières qui leur
faisaient accroire toute sorte de mensonges et leur mettaient sous le lit
une idole appelée _Ixchel_, qu’on disait être la déesse fécondatrice des
enfants[138].

Dès que ceux-ci étaient venus au monde, on s’empressait de les laver:
quand elles avaient fini de les tourmenter avec les planchettes où on
leur déprimait le front et la tête, elles allaient trouver le prêtre,
afin qu’il consultât leur horoscope et leur désignât leur future
profession. Il devait en même temps leur imposer le nom qu’ils devaient
porter durant leur enfance; car ils donnaient aux enfants des noms
différents, sous lesquels on les désignait jusqu’à ce qu’ils eussent été
baptisés ou qu’ils devinssent plus grands; à cette époque seulement, ils
les laissaient pour prendre celui de leur père qu’ils gardaient jusqu’à
leur mariage, et alors ils prenaient conjointement ceux de leur père et
de leur mère.


§ XXXIII.—_Duelo para los muertos en Yucatan. Entierro de los sacerdotes.
Estatuas con las cenizas de los señores. Reverencia para ellas. Su gloria
e infierno._

Que esta gente tenia mucho temor y excessivo a la muerte, y esto
muestravan en que todos los servicios que a sus dioses hazian no eran
por otro fin ni para otra cosa sino para que les diessen salud y vida y
mantenimientos. Pero ya que venian a morir, era cosa de ver las lastimas
y llantos que por sus difuntos hazian, y la tristeza general que les
causavan. Lloravanlos de dia en silencio, y de noche a altos y muy
dolorosos gritos que lastima era oirlos. Andavan a maravilla tristes
muchos dias: hazian abstinencias y ayunos por el difunto, especial el
marido a la muger, y dezian se lo avia llevado el diablo porque del
pensavan les venian los males todos y especial la muerte.

Muertos los amortajavan hinchandoles la boca del maiz molido que es su
comida y bevida que llaman _koyem_, y con ello algunas piedras de las que
tienen por moneda, para que en la otra vida no les faltasse de comer.
Enterravanlos dentro en sus casas o a las espaldas dellas, echandoles
en la sepultura algunos de sus idolos, y si era sacerdote algunos de
sus libros, y si hechizero de sus piedras de hechizos y peltrechos.
Comunmente desamparavan la casa y la dexavan yerma despues de enterrados,
sino era quando avia en ella mucha gente con cuya compañia perdian algo
de miedo que les quedava de la muerte.

A los señores y gente de mucha valia quemavan los cuerpos y ponian las
cenizas en vasijas grandes y edificavan templos sobre ellos como muestran
aver antiguamente hecho los que en Yzamal se hallaron. Aora en este
tiempo se hallo que echavan las cenizas en estatuas hechas huecas de
barro, quando eran muy señores.

La demas gente principal hazian a sus padres estatuas de madera a las
quales dexavan hueco el colodrillo, y quemavan alguna parte de su cuerpo,
y echavan alli las cenizas y tapavanlo, y despues desollavan al defunto
el cuero del colodrillo y pegavanselo alli, y enterrando lo residuo
como tenian de costumbre guardavan estas estatuas con mucha reverencia
entre sus idolos. A los señores antiguos de Cocom avian cortado las
cabeças, quando murieron, y cozidas las limpiaron de la carne y despues
aserraron la mitad de la coronilla para tras dexando lo de adelante
con las quixadas y dientes, a estas medias calaveras suplieron lo que
de carne les faltava de cierto betun y les dieron la perfeccion muy al
propio de cuyos eran, y las tenian con las estatuas de las cenizas, lo
qual todo tenian en los oratorios de sus casas con sus idolos en muy gran
reverencia y acatamiento, y todos los dias de sus fiestas y regozijos les
hazian ofrendas de sus comidas para que no les faltassen en la otra vida
donde pensavan descanzavan sus almas y les aprovechavan sus dones.

Que esta gente an siempre creido la immortalidad del alma mas que otras
muchas naciones, aunque no ayan sido en tanta policia, porque creian que
avia despues de la muerte otra vida mas excellente de la qual gozava el
alma, en apartandose del cuerpo. Esta vida futura dezian que se dividia
en buena y mala vida, en penosa y llena de descansos. La mala y penosa
dezian era para los viziosos, y la buena y delectable para los que
uviessen vivido bien en su manera de vivir; los descansos que dezian
avian de alcanzar si eran buenos eran ir a un lugar muy delectable donde
ninguna cosa les diesse pena y donde uviesse abundancia de comidas de
mucha dulçura, y un arbol que alla llaman _Yaxché_ muy fresco, y de
gran sombra que es zeyva, debaxo de cuyas ramas y sombra descansassen y
holgassen todos siempre.

Las penas de la mala vida que dezian avian de tener los malos eran
ir a un lugar mas baxo que el otro que llaman _Mitnal_ que quiere
dezir infierno, y en el ser atormentados de los demonios y de grandes
necessidades de hambre y frio y cansancio y tristeza. Tenian avia en este
lugar un demonio principe de todos los demonios al qual obedecian todos
y llamanle en su lengua _Hunhau_, y dezian no tenian estas vidas mala
y buena fin, por no lo tener el alma. Dezian tambien, y tenian por muy
cierto ivan a esta su gloria los que se ahorcavan, y assi avia muchos
que con pequeñas occasiones de tristezas, travajos o enfermedades se
ahorcavan para salir dellas, y ir a descançar a su gloria, donde dezian
los venia a llevar la diosa de la horca que llamavan _Ixtab_. No tenian
memoria de la resureccion de los cuerpos, y de que ayan avido noticia
desta su gloria y infierno no dan razon.


§ XXXIII.—_Deuil chez les Yucatèques. Enterrement des morts, des prêtres,
etc. Statues renfermant les cendres des princes. Vénération qu’ils
avaient pour elles. Idées de leur paradis et de leur enfer._

Les Yucatèques avaient une crainte excessive de la mort: aussi
reconnaît-on que dans tous les services qu’ils célébraient en l’honneur
de leurs dieux, ils n’avaient d’autre fin que d’en obtenir la santé et
la vie, ainsi que le pain quotidien. Aussi, dès que l’un d’eux venait à
mourir, fallait-il voir la douleur et les gémissements dont les défunts
étaient l’occasion et la tristesse générale qui se montrait au moment
où ils cessaient de vivre. Le jour ils pleuraient en silence; mais la
nuit c’étaient des cris douloureux et perçants à briser le cœur de
ceux qui les entendaient. Ils portaient pendant longtemps les marques
d’une profonde tristesse, observant des abstinences et des jeûnes pour
le défunt, spécialement le mari pour la femme, ajoutant que c’était le
mauvais esprit qui avait enlevé le défunt; car ils s’imaginaient que
c’était de lui que venaient tous les maux, et en particulier la mort.

Une fois morts, ils les ensevelissaient, leur remplissant la bouche du
même maïs moulu qui leur sert à boire et à manger, et qu’ils appellent
_koyem_: avec cela ils leur mettaient quelques-unes des petites pierres
qui leur servaient de monnaie, afin qu’ils eussent de quoi manger dans
l’autre vie. Ils les enterraient en dedans de leurs maisons ou sur les
derrières, renfermant avec eux dans la tombe quelques-unes de leurs
idoles, et, si c’était un prêtre, quelques-uns de ses livres[139]; si
c’était un sorcier, quelques objets servant à la divination et des
babioles mêlées d’étaim. D’ordinaire alors ils abandonnaient la maison et
la laissaient déserte après l’enterrement, à moins qu’il ne s’y trouvât
beaucoup de monde, habitant ensemble, de manière à ce que ceux qui
restaient pussent se rassurer les uns par les autres contre la peur de la
mort.

Quant aux seigneurs et aux gens de condition supérieure, ils brûlaient
leurs cadavres et déposaient leurs cendres dans de grandes urnes: ils
édifiaient ensuite des temples au-dessus, comme on voit qu’on le faisait
anciennement d’après ceux qu’on trouva à Izamal[140]. On a découvert de
notre temps que, lorsque c’étaient des princes de haute catégorie, on
renfermait leurs cendres dans des statues creuses en terre cuite[141].

Le reste des gens de condition fabriquaient pour leurs parents des
statues en bois, dont l’occiput seul était creux: ils brûlaient une
partie du cadavre, en déposaient les cendres dans ce vide, et le
bouchaient, après quoi ils enlevaient au défunt la peau de l’occiput
qu’ils y appliquaient. Ils enterraient le reste comme de coutume et
conservaient les statues avec beaucoup de vénération entre leurs idoles.
Concernant les princes de l’ancienne maison de Cocom, on leur avait
coupé la tête après leur mort: on les avait fait cuire pour en enlever
la chair; et on en avait scié la partie de derrière, laissant celle de
devant avec les mâchoires et les dents. On avait ensuite remplacé sur
ces demi-têtes de mort la chair qui leur manquait, à l’aide d’un mastic
particulier, leur rendant en perfection l’apparence qu’elles avaient
de leur vivant: ils avaient ces images entre les statues aux cendres,
ainsi que leurs idoles, dans les oratoires de leurs maisons, où ils les
gardaient avec une tendresse mêlée de révérence. Aux jours de fête et
aux réjouissances de toute sorte, ils leur faisaient des offrandes de
mets, afin qu’il ne leur manquât rien dans l’autre vie, où ils croyaient
que reposaient leurs âmes, tout en profitant des dons qui leur étaient
offerts.

Ce peuple a cru toujours à l’immortalité de l’âme, bien plus que beaucoup
d’autres nations, quoiqu’il n’ait pas eu une aussi grande civilisation.
Car ils croyaient à l’existence d’une autre vie, meilleure après la
mort et dont l’âme jouissait en se séparant du corps: ils disaient que
cette vie future se partageait en bonne ou en mauvaise vie, la première
pénible et la seconde remplie de délices. La mauvaise et la pénible,
disaient-ils, était pour les gens vicieux; la bonne, la délectable, pour
ceux qui auraient bien vécu, suivant leurs idées. Les délices qu’ils
attendaient, au cas qu’ils eussent été bons, consistaient à vivre dans un
endroit délicieux, où ils n’auraient à souffrir de rien, où il y aurait
en abondance de quoi boire et manger les choses les plus savoureuses.
Là se trouvait un arbre qu’ils appelaient _Yaxché_, d’une admirable
fraîcheur, aux branches ombreuses comme le ceyba[142], sous lequel ils
jouiraient d’une volupté et d’un repos éternels.

Les peines de la vie mauvaise consistaient à aller dans un lieu plus bas
que l’autre et qu’ils nommaient _Mitnal_, ce qui veut dire enfer[143];
d’y être tourmentés par les démons, souffrant tous les tourments de la
faim, du froid, de la fatigue et de la tristesse. Ils ajoutaient qu’en ce
lieu commandait un démon, chef de tous les autres, qui lui obéissaient,
et que dans leur langue ils appellent _Han-hau_[144]. Cette vie, bonne
et mauvaise, disaient-ils, n’avait point de fin, l’âme n’en ayant point.
Ils prétendaient encore et tenaient pour une chose fort certaine que
ceux qui se pendaient allaient dans leur paradis: aussi y avait-il bien
des gens qui, pour une légère contrariété, un chagrin ou une maladie, se
donnaient la mort de cette manière, afin d’en finir et d’aller jouir des
joies du repos éternel, où la déesse des pendus, appelée _Ixtab_, venait
les recevoir. Ils n’avaient aucune idée de la résurrection des corps et
ne pouvaient donner raison de ceux qui leur avaient apporté les notions
relatives à leur paradis et à leur enfer.


§ XXXIV.—_Cuenta del año yucateco. Caracteres de los dias. Agueros de los
años. Los cuatro Bacabes y sus nombres. Dioses de los dias aciagos._

No se esconde ni aparte tanto el sol desta tierra de Yucatan que vengan
las noches jamas a ser mayores que los dias, y quando mayores vienen a
ser, suelen ser iguales desde St Andres a Sta Lucia, que comiençan los
dias a crecer. Regian de noche para conocer la hora que era por el luzero
y las cabrillas y los artilejos. De dia por el medio dia, y desde el al
oriente y poniente tenian puestos a pedaços nombres con los quales se
entendian y para sus travajos se regian.

Tienen su año perfecto como el nuestro de CCC y LXV dias y VI horas.
Dividenlo en dos maneras de meses, los unos de a XXX dias que se llaman
_U_, que quiere dezir luna, la qual contavan desde que salia nueva hasta
que no parecia.

Otra manera de meses tenian de a XX dias, a los quales llaman
_Uinal-Hun-Ekeh_: destos tenia el año entero XVIII, y mas los cinco dias
y seis horas. Destas seis horas se hazian cada quatro años un dia, y assi
tenian de quatro en quatro años el año de CCCLXVI dias. Para estos CCCLX
dias tienen XX letras o carateres con que los nombran, dexando de poner
nombre a los demas cinco, porque los tenian por aciagos y malos. Las
letras son las que siguen y llevara cada una su nombre en cima, porque se
entienda con los nuestros.

[Illustration: Kan. Chicchan. Cimi. Manik. Lamat.

Muluc. Oc. Chuen. Eb. Ben.

Ix. Men. Cib. Caban. Ezanab.

Cauac. Ahau. Ymix. Ik. Akbal.]

Ya e dicho que el modo de contar de los indios es de cinco en cinco, y
de quatro cincos hazen veinte; assi en estos sus carateres que son XX
sacan los primeros de los quatro cincos de los XX y estos sirven cada uno
dellos un año de lo que nos sirven a nosotros nuestras letras dominicales
para començar todos los primeros dias de los meses de a XX dias.

[Illustration: Kan. Muluc. Ix. Cauac.]

Entre la muchedumbre de dioses que esta gente adorava, adoravan quatro
llamados _Bacab_ cada uno dellos. Estos dezian eran quatro hermanos
a los quales puso Dios quando crio el mundo a las quatro partes del,
sustentando el cielo no se cayesse. Dezian tambien destos Bacabes que
escaparon quando el mundo fue del diluvio destruido. Ponen a cada uno
destos otros nombres y señalanle con ellos a la parte del mundo que Dios
le tenia puesto, tiniendo el cielo y apropianle una de las quatro letras
dominicales a el y a la parte que esta; y tienen señaladas las miserias
o felices successos que dezian avian de succeder en el año de cada uno
destos, y de las letras con ellos.

Y el demonio que en esto, como en las demas cosas los engañava, les
señalo los servicios y offrendas que para evadirse de las miserias le
avian de hazer. Y assi si no les venian dezian era por los servicios que
le hazian y si venian hazian entender y creer al pueblo los sacerdotes
era por alguna culpa o falta de los servicios o los que los hazian.

La primera pues de las letras dominicales es _Kan_. [Illustration: Kan]
El año que esta letra servia era el aguero del _Bacab_ que por otros
nombres llaman _Hobnil_, _Kanal Bacab_, _Kan-pauahtun_, _Kan-xibchac_.
A este señalavan a la parte de medio dia. La segunda letra es _Muluc_
[Illustration: Muluc] señalavanle al oriente, su año era aguero el
_Bacab_ que llaman _Canzienal_, _Chacal Bacab_, _Chac pauahtun_,
_Chac-xib-chac_. La tercera letra es _Yx_. [Illustration: Yx] Su año
era aguero el _Bacab_ que llaman _Zaczini-Zacal-Bacab_, _Zac-pauahtun
Zac-xibchac_, señalavanle a la parte del norte. La quarta letra es
_Cauac_: [Illustration: Cauac] su año era aguero el _Bacab_ que llaman
_Hozanek_, _Ekel-Bacab_, _Ek-pauahtun_, _Ekxibchac_; a este señalavan a
la parte del poniente.

En qualquiera fiesta o solemnidad que esta gente hazian a sus dioses,
començavan siempre del echar de si al demonio para mejor la hazer. Y
el echarle unas vezes eran con oraciones y bendiciones que para ello
tenian, otras con servicios y offrendas y sacrificios que le hazian por
esta razon. Para celebrar la solemnidad de su año nuevo esta gente con
mas regocijo y mas dignamente, segun su desventurada opinion, tomavan
los cinco dias aciagos que ellos tenian por tales antes del primero dia
de su año nuevo y en ellos hazian muy grandes servicios a los _Bacabes_
de arriba y al demonio que llamavan por otros quatro nombres como a
ellos, es a saber _Kan-u-Uayeyab_, _Chac-u-Uayeyab_, _Zac-u-Uayeyab_,
_Ek-u-Uayeyab_. Y estos servicios y fiestas acabadas y alançado de si,
como veremos, el demonio, començavan su año nuevo.


§ XXXIV.—_Computation de l’année yucatèque. Signes qui président aux
années et aux jours. Les quatre Bacab et leurs noms divers. Dieux des
jours néfastes._

Le soleil ne se cache et ne s’éloigne jamais assez de cette terre de
Yucatan, pour que les nuits viennent à être plus longues que les jours,
et lorsqu’elles s’allongent, c’est pour être égales de la Saint-André à
la Sainte-Lucie[145], où les jours commencent à croître. Pour connaître
les heures durant la nuit, les Yucatèques se guidaient sur l’étoile
du matin, sur les Pléiades et les Gémeaux. De jour, ils se réglaient
sur le midi, et, du levant au couchant, ils avaient donné des noms aux
différentes parties de la journée, au moyen desquels ils s’entendaient et
d’après lesquels ils conduisaient leurs travaux.

Ils ont leur année parfaite, comme la nôtre, de trois cent soixante-cinq
jours et six heures: ils la divisent en mois de deux manières, les uns
sont de trente jours qu’ils appellent _U_, ce qui veut dire lune, et
ils la comptaient depuis le moment où sortait la nouvelle lune, jusqu’à
l’instant où elle ne se montrait plus[146].

Les autres étaient de vingt jours qu’ils nommaient _Uinal-Hun-Ekeh_: de
ces mois, il en fallait dix-huit pour faire l’année entière, plus cinq
jours et six heures. De ces heures, ils faisaient tous les quatre ans
un jour, ce qui donnait, de quatre en quatre ans, une année de trois
cent soixante-six jours. Pour ces trois cent soixante-six jours, ils ont
vingt lettres ou caractères, sous les noms desquels ils les connaissent,
omettant toutefois de donner un nom aux cinq supplémentaires[147]; car
ils les regardaient comme sinistres et de mauvais augure. Ces lettres
sont les suivantes; chacune d’elles montrera son nom au-dessus, afin
qu’on comprenne leur corrélation avec les nôtres:

    _Kan, Chicchan, Cimi, Manik, Lamat, Muluc, Oc, Chuen, Eb, Ben,
    Yx, Men, Cib, Caban, Ezanab, Cauac, Ahau, Ymix, Yk, Akbal_[148].

J’ai déjà remarqué que la manière de compter de ces Indiens est de cinq
en cinq, et de quatre fois cinq ils font vingt; ainsi de ces caractères
qui sont au nombre de vingt, ils ôtent les premiers de chaque quint entre
les vingt, lesquels servent tour à tour durant un an, de la même manière
que les lettres dominicales nous servent à nous, afin de désigner le
premier de chacun des mois de vingt jours.

    _Kan, Muluc, Yx, Cauac._

Entre la multitude de dieux que cette nation adorait, il y en avait
quatre auxquels on donnait le nom de _Bacab_. C’étaient, disait-on,
quatre frères que Dieu avait placés aux quatre coins du monde, en
le créant, pour soutenir le ciel et l’empêcher de tomber. On disait
également de ces Bacab qu’ils étaient de ceux qui s’étaient sauvés,
lorsque le monde fut détruit par le déluge[149]. A chacun d’eux on donne
d’autres noms, avec lesquels on les met chacun à la section du monde que
Dieu leur avait attribuée, portant le ciel et signalé par une de leurs
quatre lettres dominicales du côté où il se trouve: ils signalent ainsi
les événements heureux ou malheureux qui doivent arriver durant leur
année, qui est celle du caractère qui accompagne chacun d’eux.

Le démon, qui les trompait en ceci comme en tout le reste, leur avait
fait connaître les cérémonies et les offrandes au moyen desquelles ils
pouvaient échapper à ces misères: aussi les prêtres disaient-ils, quand
il ne survenait aucune calamité, que c’était à cause des sacrifices
qu’ils avaient offerts, et, en cas de malheur, ils faisaient accroire au
peuple que c’était le châtiment de quelque péché ou d’un défaut dans la
manière dont ils s’étaient acquittés de leur devoir.

La première de ces lettres dominicales est _Kan_. [Illustration:
Kan] L’année dont ce caractère était le principe avait pour présage
le _Bacab_, dont les autres noms étaient _Hobnil_, _Kanal-Bacab_,
_Kan-Pauah-Tun_, _Kan-Xib-Chac_. On plaçait celui-ci du côté du midi. La
seconde lettre est _Muluc_ [Illustration: Muluc] qu’on mettait du côté
du levant, et son année avait pour présage le _Bacab_, qu’ils appellent
_Canzicnal_, _Chacal-Bacab_, _Chac-Pauah-Tun_, _Chac-Xib-Chac_. La
troisième de ces lettres est _Yx_. [Illustration: Yx] Le présage durant
son année était le _Bacab_, qu’ils nomment _Zac-Zini_, _Zacal-Bacab_,
_Zac-Pauah-Tun_, _Zac-Xic-Chac_, et on lui signalait le côté du nord.
La quatrième lettre est _Cauac_. [Illustration: Cauac] Le présage de
son année est le _Bacab_, qu’ils appellent _Hozan-Ek_, _Ekel-Bacab_,
_Ec-Pauah-Tun_, _Ek-Xib-Chac_, à qui ils assignaient le côté du
couchant.[150]

Quelle que fût la fête ou la solennité que les Yucatèques célébrassent
en l’honneur de leurs dieux, ils commençaient toujours par chasser le
mauvais esprit, afin d’y arriver d’une manière plus convenable. Ces
exorcismes se faisaient tantôt par des prières et des bénédictions,
dont ils avaient les formules toutes préparées, tantôt par des
sacrifices et des oblations qu’ils offraient à cet effet. Pour célébrer
chez cette nation la solennité du nouvel an avec plus d’allégresse
et de dignité, dans leur malheureuse idée, ils profitaient des cinq
jours supplémentaires, regardés par eux comme néfastes, pour faire
de grandes fêtes aux _Bacab_, dont on a parlé plus haut, et au dieu
qu’ils désignaient, ainsi que ces derniers, sous quatre noms différents
qui sont _Kan-u-Uayeyab_, _Chac-u-Uayeyab_, _Zac-u-Uayeyab_ et
_Ek-u-Uayeyab_[151]; ces fêtes et cérémonies terminées, et le mauvais
esprit chassé de chez eux, comme nous verrons, ils commençaient l’année
nouvelle.


§ XXXV.—_Fiestas de los dias aciagos. Sacrificios del principio del año
nuevo en la letra de Kan._

Uso era en todos los pueblos de Yucatan tener hecho dos montones de
piedra, uno en frente de otro, á la entrada del pueblo, por todas las
quatro partes del pueblo, es a saber a oriente, poniente, septentrion y
medio dia, para la celebracion de las dos fiestas de los dias aciagos los
quales hazian desta manera cada año.

El año que la letra dominical era de _Kan_ era el aguero _Hobnil_, y
segun ellos dezian, reynavan ambos a la parte del medio dia. Este año
pues hazian una imagen o figura hueca de barro del demonio que llamavan
_Kan-u-Uayeyab_, y llevavanla a los montones de piedra seca que tenian
hechos a la parte de medio dia. Elegian un principe del pueblo, en cuya
casa se celebrava estos dias esta fiesta, y para celebrarla hazian una
estatua de un demonio que llamavan _Bolon-Zacab_, al qual ponian en casa
del principal, adereçado en un lugar publico y que todos pudiessen llegar.

Esto hecho se juntavan los señores y el sacerdote y el pueblo de los
hombres, y teniendo limpio y con arcos y frescuras adereçado el camino
hasta el lugar de los montones de piedra donde estava la estatua, ivan
todos juntos por ella con mucha de su devocion: llegados la sahumava el
sacerdote con quarenta y nueve granos de maiz molidos con su encienso y
ellos lo repartian en el brasero del demonio y le saumavan. Llamavan al
maiz molido solo _zacah_, y a lo de los señores _chahalté_. Sahumavan la
imagen, degollavan una gallina y se la presentavan o offrecian.

Esto hecho metian la imagen en un palo llamado _Kanté_, y puniendole
acuestas un angel en señal de agua y que este año avia de ser bueno,
y estos angeles pintavan y hazian espantables; y assi la llevavan con
mucho regocijo y vailes a la casa del principal donde estava la otra
estatua de _Bolonzacab_. Sacavan de casa deste principal a los señores
y al sacerdote al camino una bevida hecha de CCCC y XV granos de maiz
tostados que llaman _Picula Kakla_ y bevian todos della; llegados a
la casa del principal, ponian esta imagen en frente de la estatua del
demonio que alli tenian, y assi le hazian muchas offrendas de comidas y
bevidas de carne y pescado, y estas offrendas repartian a los estrangeros
que alli se hallavan y davan al sacerdote una pierna de venado.

Otros derramavan sangre, cortandose las orejas, y untando con ella una
piedra que alli tenian de un demonio _Kanal-Acantun_. Hazian un corazon
de pan, y otro pan con pepitas de calabaças y offrecianlos a la imagen
del demonio _Kan-u-Uayeyab_. Tenianse assi esta estatua y imagen estos
dias aciagos, y sahumavanla con su encienso y con los maizes molidos con
encienso. Tenian creido si no hazian estas cerimonias avian de tener
ciertas enfermedades que ellos tienen en este año. Passados estos dias
aciagos llevavan la estatua del demonio _Bolonzacab_ al templo y la
imagen a la parte del oriente para ir alli otro año por ella, y echavan
la ay, y ivanse a sus casas a entender en lo que les dava a cada uno que
hazer para la celebracion del año nuevo.

Dexando con las cerimonias hechas, echado el demonio, segun su engaño,
este año tenian por bueno, porque reynava con la letra _Kan_ el
_Bacab-Hobnil_, del qual dezian no avia peccado como sus hermanos y por
esso no les venian miserias en el. Pero porque muchas vezes las avia,
proveyo el demonio de que le hiziessen servicios paraque assi quando las
uviesse, hechassen la culpa a los servicios o servidores y quedassen
siempre engañados y ciegos.

Mandavales pues hiziessen un idolo que llamavan _Yzamna-Kauil_ y que la
pusiessen en su templo, y que le quemassen en el patio del templo tres
pelotas de una leche o resina que llaman _kik_ y que le sacrificassen
un perro o un nombre, lo qual ellos hazian, guardando la orden que en
el capitulo ciento dixe, tenian con los que sacrificavan, salvo que el
modo de sacrificar en esta fiesta era diferente, porque hazian en el
patio del templo un gran monton de piedras y ponian al hombre o perro
que avian de sacrificar en alguna cosa mas alta que el, y echando atado
al patiente de lo alto a las piedras le arrebatavan aquellos officiales
y con gran presteza le sacavan el corazon y lo llevavan al nuevo idolo
y se le ofrecian entre dos platos. Ofrecian otros dones de comidas y en
esta fiesta vailavan las viejas del pueblo que para esto tenian elegidas,
vestidas de ciertas vestiduras. Dezian que descendia un angel y recibia
este sacrificio.


§ XXXV.—_Fêtes des jours supplémentaires. Sacrifices du commencement de
l’année nouvelle au signe Kan._

L’usage, dans toutes les villes du Yucatan, était qu’il y eût, à chacune
des quatre entrées de la localité, c’est-à-dire à l’orient, au couchant,
au nord et au midi, deux massifs de pierre, en face l’un de l’autre,
destinés à la célébration des deux fêtes des jours néfastes; ces fêtes
avaient lieu de la manière suivante.

L’année dont la lettre dominicale était _Kan_, le présage était _Hobnil_,
et, suivant ce que les Yucatèques disaient, ils dominaient tous les
deux dans la région du midi. Cette année-là donc ils fabriquaient une
image ou figure de terre cuite creuse de l’idole qu’ils appelaient
_Kan-u-Uayeyab_ et la portaient aux massifs de pierre sèche qu’ils
avaient faits du côté du midi. Ils choisissaient un chef de la ville,
dans la maison duquel ils célébraient ces jours-là la fête; à cet effet,
ils façonnaient aussi la statue d’un autre dieu nommé _Bolon-Zacab_[152],
qu’ils plaçaient dans la maison du chef élu, exposé dans un endroit où
tout le monde pût arriver.

Cela fait, les nobles, le prêtre, et les hommes de la population se
réunissaient tous ensemble; ils se rendaient par un chemin balayé et
orné d’arcs et de verdure, aux deux massifs de pierre où se trouvait
la statue, autour de laquelle ils se rassemblaient avec beaucoup de
dévotion. Le prêtre alors l’encensait avec quarante-neuf grains de maïs
moulu, mêlés avec de l’encens; les nobles mettaient ensuite leur encens
dans la cassolette de l’idole et l’encensaient à leur tour. Le maïs
avec l’encens du prêtre s’appelait _zacah_, et celui que les nobles
présentaient _chahalté_. Ayant encensé l’image, ils coupaient le cou à
une poule et la lui présentaient.

Cela terminé, ils plaçaient la statue sur un brancard, appelé
_Kanté_[153], et, sur ses épaules, un ange, comme signe de l’eau et de la
bonne année qu’on devrait avoir; quant à ces anges, ils les figuraient
épouvantables à voir. Ils emportaient ensuite la statue en dansant avec
beaucoup d’allégresse, à la maison du chef, où se trouvait l’autre statue
de _Bolon-Zacab_: pendant qu’ils étaient en chemin, on en apportait
aux nobles et au prêtre un breuvage fait de quatre cent vingt-cinq
grains de maïs grillé, qu’ils appellent _Picula-Kakla_, dont tous
aussitôt buvaient. Arrivés à la demeure du chef, ils plaçaient l’image
qu’ils apportaient vis-à-vis de la statue qui s’y trouvait déjà, et lui
faisaient beaucoup d’offrandes de boissons et de mets, de viande, de
poisson; ces offrandes étaient partagées, après cela, entre les étrangers
qui étaient présents et on ne donnait au prêtre qu’un gigot de daim.

D’autres se tiraient du sang, scarifiant leurs oreilles, et en oignaient
une pierre qu’il y avait là, idole nommée _Kanal-Acantun_. Ils modelaient
un cœur de la pâte de leur pain, ainsi qu’un autre pain de graines de
calebasses qu’ils présentaient à l’idole de _Kan-u-Uayeyab_. C’est ainsi
qu’ils gardaient cette statue et l’autre durant les jours néfastes,
les enfumant de leur encens et d’encens mêlé de grains de maïs moulu.
Ils tenaient pour certain que s’ils négligeaient ces cérémonies, ils
seraient sujets à des maladies qui étaient du ressort de cette année. Les
jours malheureux passés, ils portaient la statue du dieu _Bolon-Zacab_
au temple et l’image de l’autre à la sortie orientale de la ville,
afin de l’y aller prendre l’année suivante: ils l’y laissaient et s’en
retournaient chez eux, chacun s’occupant de ce qu’il pouvait avoir à
faire pour la célébration du nouvel an.

Une fois les cérémonies terminées et le mauvais esprit chassé, dans
leur fausse manière de voir, ils tenaient cette année pour bonne, parce
qu’avec le signe _Kan_ dominait le _Bacab-Hobnil_, qui, à ce qu’ils
disaient, n’avait pas péché comme ses frères, et c’était à cause de
cela qu’il ne leur en venait aucune calamité. Mais comme il arrivait
fréquemment d’y en avoir également, le démon s’était arrangé à leur
faire établir des cérémonies, de façon à ce qu’en cas de malheur, ils en
attribuassent la faute à leurs cérémonies et à ceux qui en étaient les
serviteurs, et qu’ainsi ils demeurassent toujours dans l’erreur et dans
l’aveuglement.

A son instigation, donc, ils fabriquaient une idole, nommée
_Yzamna-Cauil_[154], qu’ils plaçaient dans son temple, et lui brûlaient
dans la cour trois pelotes d’un lait ou résine qu’ils appelaient
_kik_: ils lui sacrifiaient un chien ou un homme, ce qui se faisait
avec l’apparat dont il a été parlé au chapitre cent[155] au sujet de
ces victimes. Il y avait toutefois quelque différence dans la manière
d’offrir ce sacrifice: on établissait dans la cour du temple un grand
massif de pierre, et l’homme ou l’animal qui devait être sacrifié était
attaché à une sorte d’échafaud plus élevé d’où ils le lançaient sur
le massif: les officiers aussitôt le saisissaient et lui arrachaient
avec prestesse le cœur, qu’ils portaient à la nouvelle idole, en le
lui offrant entre deux plats. On faisait encore d’autres offrandes de
comestibles. Dans cette fête, des vieilles femmes, choisies à cet effet,
dansaient revêtues d’habillements particuliers. On ajoutait qu’un ange
descendait alors et recevait le sacrifice.


§ XXXVI.—_Sacrificios del año nuevo de la letra Muluc. Bailes de los
Zancos. Otro de las viejas con perros de barro._

El año en que la letra dominical era _Muluc_ era el aguero _Canzienal_. Y
a su tiempo elegian los señores y el sacerdote un principal para hazer
la fiesta, el qual elegido hazian la imagen del demonio como la del año
passado, a la qual llamavan _Chac-u-Uayeyab_ y llevavanla a los montones
de piedra de hazia la parte del oriente donde avian echado la passada.
Hazian una estatua al demonio llamado _Kinch-Ahau_, y ponianla en casa
del principal en lugar conveniente y desde alli, teniendo muy limpio y
adereçado el camino, ivan todos juntos con su acostumbrada devocion por
la imagen del demonio _Chac-u-Uayeyab_.

Llegados la sahumava el sacerdote con LIII granos de maiz molidos y con
su encienso, a lo qual llaman _zacah_. Dava el sacerdote a los señores
que pusiessen en el brasero mas encienso de lo que llamamos _chahalté_, y
despues degollavanle la gallina, como al passado, y tomando la imagen en
un palo llamado _Chacté_, la llevavan accompañandola todos con devocion
y vailando unos vailes de guerra que llaman _Holcan-Okot_, _Batel-Okot_.
Sacavan al camino a los señores y principales su bevida de CCC y LXXX
maizes tostados como la de atras.

Llegados a casa del principal ponian esta imagen en frente de la estatua
de _Kinch-Ahau_ y hazianle todas sus ofrendas, las quales repartian
como las demas. Ofrecian a la imagen pan hecho como yemas de uevos, y
otros como coraçones de venados, y otro hecho con su pimienta desleida.
Avia muchos que derramavan sangre, cortandose las orejas, y untando
con la sangre la piedra que alli tenian del demonio que llamavan
_Chacan-cantun_. Aqui tomavan mochachos y les sacavan sangre por fuerça
de las orejas, dandoles en ellas cuchilladas. Tenian esta estatua y
imagen hasta passados los dias aciagos, y entre tanto quemavanle sus
enciensos. Passados los dias, llevavan la imagen a echar a la parte
del norte por ay donde otro año la avian de salir a recibir, y la otra
al templo, y despues ivanse a sus casas a entender en el aparejo de su
año nuevo. Avian de temer, si no hazian, las cosas dichas, mucho mal de
ojositos.

Este año en que la letra _Muluc_ era dominical y el _Bacab Canziemal_
reynava, tenian por buen año, ca dezian que era este el mejor y mayor
destos dioses _Bacabes_; y ansi le ponian en sus oraciones el primero.
Pero con todo eso, les hazia el demonio hiziessen un idolo llamado
_Yax-Coc-Ahmut_, y que lo pusiessen en el templo y quitassen las imagenes
antiguas, y hiziessen en el patio de delante del templo un bulto de
piedra en el qual quemassen de su encienso, y una pelota de la resina o
leche _kik_, haziendo alli oracion al idolo, y pidiendole remedio para
las miserias que aquel año tenian; las quales eran poca agua, y echar
los maizes muchos hijos y cosas desta manera; para cuyo remedio, les
mandava el demonio ofrecerle hardillas y un paramento sin labores; el
qual texessen las viejas que tienen por officio el bailar en el templo
para aplacar a _Yax-Coc-Ahmut_.

Tenian otras muchas miserias y malos señales, aunque era bueno el año,
sino hazian los servicios que el demonio les mandava; lo qual era hazer
una fiesta y en ella vailar un vaile en muy altos zancos y ofrecerle
cabeças de pavos y pan y bevidas de maiz; avian de ofrescerle perros
hechos de barro con pan en las espaldas, y avian de vailar con ellos en
las manos las viejas y sacrificarle un perrito que tuviesse las espaldas
negras y fuesse virgen, y los devotos dellos avian de derramar su sangre
y untar la piedra de _Chacacantun_ demonio con ella. Este servicio y
sacrificio tenian por agradable a su dios _Yax-Coc-Ahmut_.


§ XXXVI.—_Sacrifices de l’année nouvelle au signe de Muluc. Danse des
Échasses. Danse des vieilles femmes aux chiens de terre cuite._

L’année dont la lettre dominicale était _Muluc_ avait pour présage
_Canzienal_. Quand le temps en était venu, les nobles et le prêtre
élisaient le chef qui devait célébrer la fête. Cela fait, ils moulaient,
comme l’année précédente, l’image de l’idole, appelée _Chac-u-Uayeyab_,
et la portaient aux massifs de pierre vers la partie de l’orient où ils
avaient laissé celle de l’année d’avant. Ils fabriquaient une statue
du dieu, nommé _Kinch-Ahau_[156], qu’ils plaçaient en lieu convenable
dans la maison du chef: puis, de là, s’acheminant par une rue proprement
balayée et ornée, ils se rendaient tous ensemble, avec leur dévotion
accoutumée, à l’endroit de la statue de _Chac-u-Uayeyab_.

En arrivant, le prêtre l’encensait avec son encens et ses
quarante-trois[157] grains de maïs moulu, qu’ils nomment _Zacah_: il
donnait aux nobles de l’encens appelé _Chahalté_ pour le mettre dans
l’encensoir, après quoi ils coupaient le cou à une poule, comme l’autre
fois. Ils enlevaient ensuite la statue sur le brancard, nommé _Chacté_,
et l’emportaient avec dévotion, tandis que la foule exécutait à l’entour
quelques danses de guerre, appelées _Holcan-Okot_, _Batel-Okot_[158]. On
apportait en même temps aux seigneurs et aux principaux habitants leur
boisson composée de trois cent quatre-vingts grains de maïs grillés,
comme auparavant[159].

Arrivés à la maison du chef, ils plaçaient la statue en face de celle
de _Kinch-Ahau_ et lui faisaient les oblations accoutumées, qu’ils
partageaient ensuite comme la dernière fois. Ils lui offraient du pain
fait en forme de jaunes d’œuf et d’autres comme des cœurs de cerf et
un autre composé avec du piment délayé. Il y avait, comme d’ordinaire,
bien des gens qui se tiraient du sang, en se scarifiant les oreilles,
et en oignaient la pierre de l’idole appelée _Chacan-Cantun_[160]. Ici
ils prenaient des petits garçons et leur tiraient par force du sang des
oreilles, en leur faisant des incisions avec des couteaux. Ils gardaient
cette statue jusqu’à la fin des jours néfastes et entre temps lui
brûlaient de leur encens. Ces jours passés, ils la portaient au côté du
nord où ils devaient aller la prendre l’année suivante, et déposaient
l’autre dans son temple, après quoi ils retournaient chez eux, pour se
préparer aux solennités de l’an nouveau. Ils tenaient pour certain que
s’ils négligeaient de célébrer les cérémonies susdites, ils seraient
exposés à avoir de grands maux d’yeux.

Cette année, dont la lettre dominicale était _Muluc_ et dans laquelle
dominait _Bacab-Canziemal_[161], ils la regardaient comme bonne; car ils
disaient que celui-ci était le plus grand et le meilleur de ces dieux
Bacab; aussi le mettaient-ils le premier dans leurs prières. Avec tout
cela, cependant, le démon leur avait inspiré de fabriquer une idole
nommée _Yax-Coc-Ahmut_[162], qu’ils plaçaient dans le temple, après en
avoir enlevé les anciennes statues: ils érigeaient dans la cour qui est
au-devant du temple un massif en pierre sur lequel ils brûlaient de
l’encens avec une pelote de la résine ou lait _kik_, invoquant l’idole et
lui demandant de les secourir contre les misères de l’année courante.
Ces misères devaient être la rareté de l’eau, l’abondance des rejetons
dans le maïs et autres choses du même genre; pour avoir un remède à ces
maux, le démon leur commandait d’offrir des écureuils et un parement sans
broderies, tissé par les vieilles, dont l’office était de danser dans le
temple, afin d’apaiser le dieu _Yax-Coc-Ahmut_.

On les menaçait encore d’une foule d’autres misères et de mauvais
signes relativement à cette année, bien qu’elle fût réputée bonne,
s’ils n’accomplissaient les devoirs que le démon leur imposait: l’un
entre autres était une fête, avec un ballet qu’ils exécutaient montés
sur de très-hautes échasses, et un sacrifice où ils offraient des têtes
de dindons, du pain et des boissons de maïs. Il leur était imposé de
présenter également des chiens en terre cuite, portant du pain sur le
dos: les vieilles étaient obligées de danser, ces chiens entre les
mains, et de sacrifier au dieu un petit chien aux épaules noires, et qui
fût encore vierge; ceux qui étaient les plus dévots à cette cérémonie
devaient tirer le sang de l’animal et en frotter la pierre du dieu
_Chac-Acantun_. Ces rites et ce sacrifice passaient pour être fort
agréables au dieu _Yax-Coc-Ahmut_.


§ XXXVII.—_Sacrificios del año nuevo de la letra Yx. Pronosticos malos y
modo de remediar sus efectos._

El año en que la letra dominical era _Yx_ y el aguero _Zacciui_, hecha
la eleccion del principal que celebrasse la fiesta, hazian la imagen del
demonio, llamado _Zacu-Uayeyab_, y llevavanla a los montones de piedra
de la parte del norte, donde el año passado la avian echado. Hazian
una estatua al demonio _Yzamna_ y ponianla en casa del principal, y
todos juntos, y el camino adereçado, ivan devotamente por la imagen de
_Zac-u-Uayeyab_. Llegados la sahumavan como lo solian hazer, y degollavan
la gallina y puesta la imagen en un palo llamado _Zachia_, la trayan con
su devocion y bailes los quales llaman _Alcabtan-Kamahau_. Traian les
la bevida acostumbrada al camino, y llegados a casa ponian esta imagen
delante la estatua de _Yzamna_, y alli le offrecian todas sus offrendas,
y las repartian, y a la estatua de _Zac-u-Uayeyab_ ofrescian una cabeça
de un pavo, y empanados de codornices y otras cosas y su bevida.

Otros se sacavan sangre y untavan con ella la piedra del demonio
_Zac-Acantun_ y tenianse assi los idolos los dias que avia hasta el año
nuevo, y saumavanlos con sus saumerios hasta que llegado el dia postrero
llevavan a _Yzamna_ al templo y a _Zac-u-Uayeyab_ a la parte del poniente
a echarle por ay para recibirla otro año.

Las miserias que tenian este año si eran negligentes en estos sus
servicios eran desmayos y amortecimientos y mal de ojos. Tenianle por
ruyn año de pan, y bueno de algodon. Este año en que la letra dominical
era _Yx_, y el _Bacab Zacciui_ reynava, tenian por ruyn año, porque
dezian avian de tener en el miserias muchas, ca dezian avian de tener
gran falta de agua, y muchos soles, los quales avian de secar los
maizales, de que se les seguiria gran hambre, y de la hambre hurtos, de
hurtos esclavos, y vender a los que los hiziessen. Desto se les avian
de seguir discordias y guerras entre si propios o con otros pueblos.
Dezian tambien avia de aver mudança en el mando de los señores o de los
sacerdotes, por razon de las guerras y discordias.

Tenian tambien un pronostico de que alguños de los que quisiessen ser
señores no prevalescerian. Dezian ternian tambien langosta, y que se
despoblarian muchos de sus pueblos de hambre. Lo que el demonio les
mandava hazer para remedio destas miserias las quales todas o algunas
dellas entendian les vernian, era hazer un idolo que llamavan _Cinch-Ahau
Yzamna_, y ponerle en el templo, donde le hazian muchos saumerios y
muchas ofrendas y oraciones, y derramamientos de su sangre, con la qual
untavan la piedra de _Zac-Acantun_ demonio. Hazian muchos vailes, y
vailavan las viejas como solian, y en esta fiesta hazian de nuevo un
oratorio pequeño al demonio, o le renovavan, y en el se juntavan a hazer
sacrificios y offrendas al demonio, y a hazer una solemne borachera
todos; ca era fiesta general y obligatoria. Avia algunos santones que
de su voluntad, y por su devocion hazian otro idolo como el de arriba
y le ponian en otros templos, donde se hazian ofrendas y borachera.
Estas boracheras y sacrificios tenian por muy gratos a sus idolos, y por
remedios para librarse de las miserias del pronostico.


§ XXXVII.—_Sacrifices de l’année nouvelle au signe d’Yx. Pronostics
sinistres; comment on en conjurait les effets._

L’année dont la lettre dominicale était _Yx_ et le présage _Zac-Ciui_,
l’élection du chef qui célébrait la fête étant terminée, ils fabriquaient
l’image du dieu appelé _Zac-u-Uayeyab_ et la portaient aux massifs de
pierre où ils avaient laissé l’autre, l’année d’avant. Ils modelaient une
statue du dieu _Yzamna_ et la plaçaient dans la maison du chef, après
quoi, par une rue ornée, suivant la coutume, ils se rendaient dévotement
à l’image de _Zac-u-Uayeyab_. A leur arrivée, ils l’encensaient comme
l’autre fois et y coupaient le cou à une poule; l’image ayant été mise
ensuite sur un brancard, appelé _Zachia_, ils l’emportaient dévotement,
l’accompagnant de danses nommées _Alcabtan-Kam-Ahau_. On leur portait
la boisson accoutumée dans le chemin, et, en arrivant à la maison, ils
colloquaient l’image devant celle d’_Yzamna_ et lui faisaient leurs
oblations, pour les partager ensuite: à la statue de _Zac-u-Uayeyab_,
ils présentaient une tête de dindon, des pâtés de cailles, des boissons
diverses, etc.

Comme toujours, il y en avait parmi les spectateurs qui se tiraient
du sang, dont ils oignaient la pierre du dieu _Zac-Acantun_. De cette
manière, ils gardaient les idoles durant les jours précédant l’année
nouvelle, et les encensaient suivant leurs coutumes jusqu’au dernier:
alors ils portaient _Yzamna_ au temple et _Zac-u-Uayeyab_ à l’orient de
la ville, l’y laissant jusqu’à l’année suivante.

Les misères auxquelles ils étaient exposés cette année, s’ils venaient à
négliger ces diverses cérémonies, étaient des défaillances, des pamoisons
et des maux d’yeux. Ils la tenaient pour une année mauvaise quant au
pain, mais abondante en coton. C’était celle qu’ils signalaient avec le
caractère _Yx_ et où dominait le _Bacab Zac-Ciui_[163], qui n’annonçait
rien de bien bon: suivant leur manière de voir, l’année devait entraîner
des calamités de toute espèce, un grand manque d’eau, des jours où le
soleil serait d’une ardeur excessive, qui dessécherait les champs de
maïs; la conséquence en serait la famine; de la famine naîtraient les
vols et des vols l’esclavage pour ceux qui s’en rendraient coupables.
Tout cela, naturellement, devait être la source de discordes et de
guerres intestines entre les citoyens et entre les villes. Ils ajoutaient
qu’en l’année, marquée par ce signe, il arrivait d’ordinaire aussi des
changements dans les princes ou les prêtres, par suite des guerres et des
discordes.

Un autre pronostic qu’ils avaient également, c’est que quelques-uns
de ceux qui recherchaient le commandement, n’arriveraient pas à leurs
fins. Cette année était signalée parfois aussi par une irruption de
sauterelles, dont la conséquence serait la famine et la dépopulation
d’un grand nombre de localités. Pour remédier à ces calamités, qu’ils
craignaient du tout ou en partie, ils fabriquaient, à l’instigation
du démon, la statue d’une idole nommée _Kinch-Ahau-Yzamna_; ils la
plaçaient dans le temple où ils lui offraient toutes sortes d’encens et
d’oblations, se tirant du sang dont ils frottaient la pierre du dieu
_Zac-Acantun_. Ils exécutaient diverses danses, les vieilles dansant
comme de coutume: dans cette fête ils faisaient à neuf un petit oratoire
au démon; ils s’y réunissaient pour lui offrir des sacrifices et lui
faire des présents, et terminaient par une orgie solennelle où tout le
monde s’enivrait; car cette fête était générale et obligatoire. Il y
avait également quelques fanatiques qui, de leur propre volonté et par
dévotion, fabriquaient une autre idole, comme celle dont il est parlé
plus haut, qu’ils portaient dans d’autres temples, lui faisant des
offrandes et s’enivrant en son honneur. Ils regardaient ces orgies et ces
sacrifices comme très-agréables à leurs idoles et comme des préservatifs
capables de conjurer les calamités dont ils se croyaient menacés.


§ XXXVIII.—_Sacrificios del año nuevo en la letra Cauac. Pronosticos
malos y su remedio en el baile del fuego._

El año que la letra dominical era _Cauac_ y el aguero _Hozanek_, hecha
la elecion del principal, para celebrar la fiesta hazian la imagen del
demonio llamado _Ekuvayeyab_, y llevavanla a los montones de piedra de la
parte del poniente, donde el año passado la avian echado. Hazian tambien
una estatua a un demonio llamado _Uacmitun-Ahau_, y ponianla en casa del
principal en lugar conveniente, y desde alli ivan todos juntos al lugar
donde la imagen de _Ekuvayeyab_ estava, y tenian el camino para ello muy
adereçado; llegados a ella saumavanla el sacerdote y los señores, como
solian y degollavanle la gallina. Esto hecho, tomavan la imagen en un
palo que llamavan _Yaxek_, y ponianle acuestas a la imagen una calabera y
un hombre muerto y en cima un paxaro cenicero llamado _kuch_, en señal de
mortandad grande, ca por muy mal año tenian este.

Llevavanla despues desta manera, con su sentimiento y devocion, y
bailando algunos vailes, entre los quales vailavan uno como cazcarientas
y assi le llamavan ellos _Xibalba-Okot_, que quiere dezir baile del
demonio. Llegavan al camino los escancianos con la bevida de los
señores, la qual bevida llevavan al lugar de la estatua _Uacmitun-Ahau_,
y ponianle alli en frente la imagen que traian. Luego començavan sus
ofrendas, saumerios y oraciones, y muchos derramavan la sangre de muchas
partes de su cuerpo, y con ella untavan la piedra del demonio llamado
_Ekel-Acantun_, y assi passavan estos dias aciagos, los quales passados,
llevavan a _Uacmitun-Ahau_ al templo, y a _Ekuvayeyab_ a la parte de
medio dia, para recibirla otro año.

Este año en que la letra era _Cauac_ y reynava el _Bacab-Hozanek_ tenian,
allende de la pronosticada mortandad, por ruyn, por que dezian les avian
los muchos soles de matar los maizales, y comer las muchas hormigas lo
que sembrassen y los paxaros, y porque esto no seria en todas partes
avria en algunos comida, la qual avrian con gran trabajo. Haziales el
demonio para remedio destas miserias hazer quatro demonios llamados
_Chichac-Chob_, _Ek-Balam-Chac_, _Ahcan-Uolcab_, _Ahbuluc-Balam_, y
ponerlos en el templo donde los saumavan con sus saumerios, y les
ofrecian dos pellas de una leche o resina de un arbol que llaman _kik_,
para quemar y ciertas iguanas y pan y una mitra y un manojo de flores, y
una piedra preciosa de las suyas. Demas desto, para la celebracion desta
fiesta, hazian en el patio una grande boveda de madera, y henchianla
de lena por lo alto y por los lados, dexandole en ellos puertas para
poder entrar y salir. Tomavan despues los mas hombres de hecho sendos
manojos de unas varillas muy secas y largas atadas, y puesto en lo alto
de la leña un cantor, cantava y hazia son con un atambor de los suyos,
vailavan los de abaxo todos con mucho concierto y devocion, entrando y
saliendo por las puertas de aquella boveda de madera, y assi vailavan
hasta la tarde, que dexando alli cada uno su manojo, se ivan a sus casas
a descansar y comer.

En anocheciendo volvian y con ellos mucha gente, porque entre ellos esta
cerimonia era muy estimada y tomando cada uno su hacho lo encendian y con
ellos cada uno por su parte pegavan fuego a la leña, la qual ardia mucho
y se quemava presto. Despues de hecho toda braza, la allanavan y tendian
muy tendida y juntos los que avian bailado, avia algunos que se ponian
a passar descalços y desnudos como ellos andavan por encima de aquella
braza de una parte a otra y passavan algunos sin lesion, otros abraçados,
y otros medio quemados, y en esto creian estava el remedio de sus
miserias y malos agueros, y pensavan era este su servicio muy agradable a
sus dioses. Esto hecho se ivan a bever y hazerse cestos, ca assi lo pedia
la costumbre de la fiesta, y el calor del fuego.


§ XXXVIII.—_Sacrifices de l’année nouvelle au signe de Cauac. Pronostics
sinistres, conjurés par la danse du feu._

L’année dont la lettre dominicale était _Cauac_ et le présage _Hozanek_,
après qu’on avait élu le chef de la fête, on fabriquait pour la célébrer
l’image du dieu nommé _Ek-u-Uayeyab_: on la portait aux massifs de pierre
du côté du couchant, où on l’avait laissée l’année d’avant. On moulait en
même temps la statue d’un dieu appelé _Uac-Mitun-Ahau_, que l’on plaçait,
comme d’ordinaire, dans le lieu le plus convenable de la maison du
chef. De là ils se dirigeaient tous ensemble à l’endroit où se trouvait
l’image d’_Ek-u-Uayeyab_, ayant soin préalablement d’orner le chemin: en
arrivant, les seigneurs et le prêtre l’encensaient, suivant l’usage, et
coupaient le cou à une poule. Cela fini, ils prenaient la statue sur un
brancard nommé _Yaxek_[164], en lui mettant sur les épaules une calebasse
avec un homme mort, et par-dessus un oiseau cendré, qu’ils appelaient
_Kuch_[165], en signe de grande mortalité; car cette année était tenue
pour fort mauvaise.

Ils l’emportaient ensuite de cette manière, avec une dévotion mêlée
de tristesse, en exécutant quelques danses, entre lesquelles il y
en avait une qui était comme les _crottées_[166], qu’ils appelaient
_Xibalba-Okot_, ce qui signifie danse des démons[167]. Dans l’intervalle,
les échansons arrivaient avec la boisson des seigneurs, que ceux-ci
buvaient au lieu où était la statue de _Uac-Mitun-Ahau_ et mettaient
vis-à-vis d’elle l’image dont ils étaient chargés. Aussitôt commençaient
les oblations, les encensements et les prières; un grand nombre se
tiraient du sang de diverses parties du corps et en oignaient la pierre
de l’idole, appelée _Ekel-Acantun_. Ainsi passaient les jours néfastes, à
la suite desquels on portait _Uac-Mitun-Ahau_ au temple et _Ek-u-Uayeyab_
du côté du midi, où on devait le retrouver l’année suivante.

Cette année, signalée par le caractère _Cauac_ et où dominait le
_Bacab-Hozanek_, outre la mortalité dont elle était menacée, était
particulièrement regardée comme fatale: on disait que les ardeurs
extrêmes du soleil détruiraient les plantations de maïs, sans compter la
multiplication des fourmis et des oiseaux qui allaient dévorer le reste
des semailles; cependant, ajoutait-on, ces calamités ne devant pas être
tout à fait générales, il y aurait quelques endroits où l’on trouverait
des subsistances, quoique avec un grand travail. Pour conjurer ces
fléaux, ils faisaient, à l’instigation du démon, quatre idoles nommées
_Chichac-Chob_, _Ekbalam-Chac_, _Ahcan-Uolcab_ et _Ahbuluc-Balam_[168]:
après les avoir colloquées dans le temple, où ils les encensaient, comme
de coutume, ils leur présentaient deux pelotes de la résine nommée _kik_,
afin de les brûler, quelques iguanes, du pain et une mitre, avec un
bouquet de fleurs et une pierre dont ils faisaient grand cas. En outre,
ils élevaient, pour la célébration de cette fête, une grande voûte de
bois dans la cour, la remplissant de bois à brûler en haut et sur les
côtes, en y laissant toutefois des issues pour pouvoir entrer et sortir.
La plupart des hommes prenaient ensuite, chacun en particulier, des
faisceaux de longues baguettes fort sèches, et, tandis qu’un musicien,
monté au sommet du bûcher, chantait en battant du tambour, tous dansaient
avec beaucoup d’ordre et de dévotion, entrant et sortant l’un après
l’autre de dessous le bûcher; ils continuaient ainsi à danser jusqu’au
soir que, laissant leurs faisceaux, ils rentraient chez eux pour se
reposer et manger.

A la nuit tombante, ils retournaient accompagnés de beaucoup de monde;
car cette cérémonie était tenue en grande estime parmi eux. Chacun,
prenant alors son faisceau, l’allumait et mettait le feu au bûcher, qui
prenait aussitôt et brûlait rapidement[169]. Du moment qu’il n’y avait
plus qu’un brasier, ils l’étendaient au large, et ceux qui avaient dansé
se réunissaient à l’entour: les uns se mettaient à passer pieds nus sur
la braise ardente, les autres à courir d’un bord à l’autre, plusieurs
réussissant à faire la traverse sans aucun mal, plusieurs se brûlant
en partie ou en totalité, s’imaginant ainsi conjurer les fléaux qu’ils
redoutaient et détourner l’effet des pronostics sinistres de l’année,
dans la persuasion que rien ne pouvait être plus agréable à leurs dieux
que cette sorte de sacrifice. Cela fini, ils s’en allaient chez eux pour
boire et s’enivrer; car ainsi l’exigeaient à la fois et la coutume de la
fête et l’ardeur du feu.


§ XXXIX.—_Esplica el autor varias cosas del calendario. Su intento al dar
estas noticias._

Con las letras de los indios puestas atras en el capitulo CX, ponian a
los dias de sus meses nombres, y de todos juntos los meses hazian un modo
de calendario, con el qual se reglan assi para sus fiestas como para sus
cuentas y tratos y negocios, como nosotros nos regimos con el nuestro,
salvo que no començavan el primero dia de su calendario en el primero dia
de su año, sino muy adelante; lo qual hazian por la dificultad con que
contavan los dias de los meses todos juntos, como se vera en el proprio
kalendario que aqui porne; porque aunque las letras y dias para sus meses
son XX, tienen en costumbre de contarlas desde una hasta XIII. Tornan a
començar de una despues de las XIII, y assi reparten los dias del año en
XXVII trezes y IX dias sin los aciagos.

Con estos retruecanos y embaraçosa cuenta es cosa de ver la liberalidad
con que los que saben cuentan y se entienden, y mucho de notar que salga
siempre la letra que es dominical en el primero dia de su año, sin errar
ni faltar, ni venir a salir otra de las XX alli. Usavan tambien deste
modo de contar para sacar destas letras cierto modo de contar que tenian
para las edades y otras cosas que aunque son para ellos curiosas, no nos
hazen aqui mucho al proposito; y por esso se quedaran con dezir que el
caracter o letra de que començava su cuenta de los dias o kalendario, se
llama _Hun-Ymix_ y es este [Illustration: Hun-Ymix] el qual no tiene dia
cierto ni señalado en que caiga. Porque cada uno le muda la propia cuenta
y contado esso no falta el salir la letra que viene por dominical el
primero del año que se sigue.

El primer dia del año desta gente era siempre a XVI dias de nuestro mes
de julio, y primero de su mes de _Popp_, y no es de maravillar que esta
gente, aunque simple que en otras cosas les emos hallado curiosidad en
esta la tuviessen tambien, y opinion como la an otras naciones tenido; ca
segun la glossa sobre Ezechiel henero es segun los Romanos el principio
del año, segun los Hebreos abril, segun los Griegos março y segun los
Orientales octubre. Pero aunque ellos comiençan su año en julio, yo
no porne aqui su Kalendario sino por la orden del nuestro y junto con
el nuestro, de manera que iran señaladas nuestras letras y las suyas,
nuestros meses y los suyos, y su cuenta de los trezes sobre dichos,
puesta en cuenta de guarismo.

Y porque no aya necessidad de poner en una parte el calendario y en
otra las fiestas, porne en cada uno de sus meses sus fiestas, y las
observancias y cerimonias, con que las celebravan, y con esto cumplire lo
que en algunas partes atras e dicho que hare su calendario, y en el dire
de sus ayunos y de las cerimonias con que hazian los idolos de madera y
otras cosas, las quales todas y las demas que desta gente e aqui tratado
no es mi entento sirvan de mas de materia de alabar a la bondad divina
que tal ha sufrido y tal ha tenido por bien de remediar en nuestros
tiempos; para que advirtiendolo con entrañas christianas le suplique
mas por su conservacion y aprovechamiento en buena christiandad, y los
que a cargo lo tienen, lo favorescan y ayuden, porque, por sus peccados
desta gente o los nuestros no les falte el ayuda, o ellos no falten en
lo començado, y assi buelvan a sus miserias y gomitos de hierros; y les
acaescan las cosas peores que las primeras, tornando los demonios a
las casas de sus almas, de donde con trabajoso cuidado hemos procurado
echarlos, limpiandoselas y barriendolas de sus vicios y malas costumbres
passadas. Y esto no es mucho temerlo, viendo la perdicion que tantos años
ay en toda la grande y muy christiana Asia, y en la buena y catholica y
augustissima Africa, y las miserias y calamidades que el dia de oy passan
en nuestra Europa, y en una nacion y casas por lo qual podriamos dezir
se nos an cumplido las evangelicas prophecias sobre Iherusalem, de que
la cercarian sus enemigos y ensangostarian y apretarian tanto que la
derrocassen por tierra. Y esto ya lo avria Dios permittido segun somos,
sino que no puede faltar su yglesia ni lo que della dixo: _Nisi Dominus
reliquisset semen, sicut Sodoma fuissemus_.


§ XXXIX.—_Explications de l’auteur sur le calendrier yucatèque. Son
dessein, en écrivant ces diverses notices._

Avec les caractères de ces Indiens, placés plus bas au chapitre CX[170],
ils imposaient aux jours de leurs mois des noms, et de tous les mois
réunis ils formaient une sorte de calendrier, à l’aide duquel ils se
réglaient tant pour leurs fêtes que pour leurs comptes, contrats et
affaires, ainsi que nous le faisons avec le nôtre. Il y avait toutefois
cette différence que le premier jour de leur année ne s’accordait pas
avec le premier du calendrier, qu’ils laissaient bien en arrière[171].
Elle provenait de la difficulté avec laquelle ils comptaient les jours
de leurs mois tous ensemble, comme on le verra dans le calendrier que
je joindrai ici: car, encore que les caractères et jours de leurs mois
soient au nombre de vingt, ils ont la coutume de ne les compter que de un
à treize; ils recommencent ensuite à compter après ces treize, partageant
ainsi les jours de l’année en vingt-sept trezaines et neuf jours, sans
compter les supplémentaires.

Malgré ces retours périodiques et cette computation embarrassante,
c’est une chose merveilleuse de voir avec quelle rapidité ceux qui sont
au courant savent compter et s’entendre; ce n’est pas une chose moins
notable, que la lettre qui est la dominicale est toujours celle qui sort
avec le premier jour de leur année, sans manque ni erreur, et sans qu’il
en vienne aucune autre des vingt dont se compose le mois[172]. Ils se
servaient aussi de cette manière de compter, pour établir une sorte de
computation des cycles et d’autres choses qui, bien qu’intéressantes pour
eux, ne le sont pas pour notre sujet: nous nous bornerons donc à dire
que la lettre ou le caractère avec laquelle commençait leur computation
des jours ou calendrier, s’appelle _Hun-Ymix_, qui est celui-ci:
[Illustration: Hun-Ymix] il n’y a du reste aucun jour particulièrement
signalé où il doive tomber[173]; car chacun modifie son propre compte,
et, avec tout cela, la lettre qui doit être la dominicale ne manque
jamais de venir pour la première de l’année à suivre.

Le premier de l’année, chez les Yucatèques, était invariablement le
seizième jour de notre mois de juillet, premier de leur mois _Popp_: il
n’y a pas de quoi s’étonner que cette nation, chez qui nous avons trouvé,
malgré sa simplicité, des connaissances de diverse nature, ait possédé
également celle-là, puisque nous voyons que d’autres peuples l’ont eue;
car, selon la glose sur Ezéchiel[174], janvier est, suivant les Romains,
le commencement de l’année; suivant les Hébreux, c’est avril; suivant
les Grecs, mars, et selon les Orientaux, octobre. Mais, quoique ceux de
ce pays commencent leur année en juillet, je ne mettrai toutefois ici
leur calendrier que suivant l’ordre du nôtre, auquel je le joindrai, de
manière à ce que nos lettres et les leurs soient signalées ensemble, nos
mois et les leurs, ainsi que leur compte de treizaines, dans l’ordre de
leur progression[175].

Mais, comme il n’y a aucune nécessité de placer en un endroit le
calendrier et dans un autre les fêtes, je joindrai celles-ci à chacun
de leurs mois, avec les observances et cérémonies qui en accompagnaient
la célébration, gardant ainsi la promesse que j’ai faite ailleurs de
donner leur calendrier: je dirai avec quels jeûnes et quels rites ils
fabriquaient leurs idoles de bois, ainsi que d’autres choses; bien
entendu que toutes ces notions, ainsi que celles que j’ai déjà données
sur ce pays, n’ont d’autre fin, dans mon esprit, que de rendre grâces à
la bonté divine qui les a tolérées et a tenu à bien d’y remédier en notre
temps. C’est pour cela qu’y portant notre attention avec des entrailles
chrétiennes, nous la supplions pour ces peuples, pour leur conservation
et leur avancement dans la bonne doctrine du christianisme, et pour que
ceux qui ont la charge de leurs âmes, les favorisent et les aident,
afin que, pour leurs propres péchés ou les nôtres, le secours ne vienne
pas à leur manquer, ou qu’ils ne tombent pas dans la voie, après avoir
commencé à y marcher, et qu’ainsi ils ne retournent point aux misères et
aux vomissements de leurs erreurs; que leur condition ne soit pas pire
qu’auparavant, par le retour des démons aux maisons de leurs âmes, d’où
nous avons travaillé si péniblement à les chasser, les purifiant de leurs
vices et de leurs mauvaises coutumes passées. Et ce n’est certes pas
trop nous avancer que d’exprimer une telle crainte, quand nous voyons la
perdition qu’il y a depuis tant d’années dans la grande et chrétienne
Asie, ainsi que dans la bonne, catholique et très-auguste Afrique, les
misères et calamités qui aujourd’hui affligent notre Europe, dans une
nation et des maisons, dont nous pourrions dire en effet que se sont
accomplies à notre égard les prophéties évangéliques sur Jérusalem[176];
que ses ennemis l’environneraient de toutes parts et la presseraient
jusqu’à ce qu’elle tombât par terre. Or, tout cela Dieu l’aurait déjà
permis, sinon que son Église ne peut manquer, non plus que ce qui est dit
d’elle: _Nisi Dominus reliquisset semen, sicut Sodoma fuissemus._


§ XL.—_Comiença el kalenderio romano y yucatanense._

    TREZES        DIAS                            MESES de los Indios.

                                IANUARIUS

    _A_ 12 Ben      [Illustration: Ben]

    _b_ 13 Ix       [Illustration: Ix]

    _c_  1 Men      [Illustration: Men]

    _d_  2 Cib      [Illustration: Cib]

    _e_  3 Caban    [Illustration: Caban]

    _f_  4 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _g_  5 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _A_  6 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _b_  7 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _c_  8 Ik       [Illustration: Ik]

    _d_  9 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _e_ 10 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: YAX]

    _f_ 11 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _g_ 12 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _A_ 13 Manik    [Illustration: Manik]

    _b_  1 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _c_  2 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _d_  3 Oc       [Illustration: Oc]

    _e_  4 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _f_  5 Eb       [Illustration: Eb]

    _g_  6 Ben      [Illustration: Ben]

    _A_  7 Ix       [Illustration: Ix]

    _b_  8 Men      [Illustration: Men]

    _c_  9 Cib      [Illustration: Cib]

    _d_ 10 Caban    [Illustration: Caban]

    _e_ 11 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _f_ 12 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _g_ 13 Ahau     [Illustration: Ahau]

Ivan con mucho temor, segun dezian, criando dioses. Acabados ya y puestos
en perfeccion los idolos, hazia el dueño dellos un presente el mayor que
podia de aves y caças y de su moneda para pagar con el trabajo de los que
los avian hecho, y sacavanlos de la casilla, y ponianlos en otra ramada
para ello hecha en el patio, en la qual los bendezia el sacerdote con
mucha solemnidad, y abundancia de devotas oraciones, aviendose primero
el y los officiales quitado el tizne de que, porque dezian que ayunavan
entanto que los hazian, estavan untados; y echado como solian el demonio,
y quemado el encienso bendicto, assi los ponian en una petaquilla
embueltos en un paño, y los entregavan al dueño, y el con asaz devocion
los recibia. Luego predicava el buen sacerdote un poco de la excellencia
del officio de hazer dioses nuevos y del peligro que tenian los que los
hazian si a caso no guardavan sus abstinencias y ayunos. Despues comian
muy bien y se emborachavan mejor.

En qualquiera de los dos meses de _Chen_ y _Yax_, y en el dia que
señalava el sacerdote, hazian una fiesta que llamavan _Ocna_, que quiere
dezir renovacion del templo en honra de los _Chaces_, que tenian por
dioses de los maizales, y en esta fiesta miravan los pronosticos de los
_Bacabes_, como mas largo queda dicho en los capitulos CXIII, CXIIII,
CXV, CXVI, y conforme á la orden en su lugar dicha: la hazian cada año y
demas desto renovavan los idolos de barro y sus braseros, ca costumbre
era tener cada idolo un braseríto en que le quemassen su encienso, y si
era menester hazian de nuevo la casa o renovavanla y ponian en la pared
la memoria destas cosas con sus caracteres.

Aqui comiença la cuenta del Kalendario de los indios, diziendo en su
lengua _Hun Ymix_.

    _A_  1 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _b_  2 Ik       [Illustration: Ik]

    _c_  3 Akbal    [Illustration: Akbal]

                               FEBRUARIUS.

    _d_  4 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: ZAC]

En un dia deste mes de _Zac_ qual señalava el sacerdote, hazian los
caçadores otra fiesta como la que hizieron en el mes de _Zip_, la qual
hazian aora para aplacar los dioses de la ira que tenian contra ellos y
sus sementeras; que las hiziessen por la sangre que derramavan en sus
caças, porque tenian por cosa horrenda qualquier derramamiento de sangre,
sino era en sus sacrificios, y por esta causa siempre que ivan a caça,
invocavan el demonio y le quemavan su encienso, y si podian le untavan
con la sangre del coraçon de la tal caça los rostros.

    _e_  5 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _f_  6 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _g_  7 Manik    [Illustration: Manik]

    _A_  8 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _b_  9 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _c_ 10 Oc       [Illustration: Oc]

    _d_ 11 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _e_ 12 Eb       [Illustration: Eb]

    _f_ 13 Ben      [Illustration: Ben]

    _g_  1 Ix       [Illustration: Ix]

    _A_  2 Men      [Illustration: Men]

    _b_  3 Cib      [Illustration: Cib]

    _c_  4 Caban    [Illustration: Caban]

    _d_  5 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _e_  6 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _f_  7 Ahau     [Illustration: Ahau]

En qualquier dia que cayesse este septimo de _Ahau_, hazian una muy
gran fiesta que durava tres dias de saumerios y offrendas, y en gentil
borrachera, y porque esta es fiesta movible, tenian los cuidadosos
sacerdotes cuidado de echarla con tiempo, para que se ayunasse
devidamente.

    _g_  8 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _A_  9 Ik       [Illustration: Ik]

    _b_ 10 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _c_ 11 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: CEH]

    _d_ 12 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _e_ 13 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _f_  1 Manik    [Illustration: Manik]

    _g_  2 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _A_  3 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _b_  4 Oc       [Illustration: Oc]

    _c_  5 Chuen    [Illustration: Chuen]

                                MARTIUS.

    _d_  6 Eb       [Illustration: Eb]

    _e_  7 Ben      [Illustration: Ben]

    _f_  8 Ix       [Illustration: Ix]

    _g_  9 Men      [Illustration: Men]

    _A_ 10 Cib      [Illustration: Cib]

    _b_ 11 Caban    [Illustration: Caban]

    _c_ 12 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _d_ 13 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _e_  1 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _f_  2 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _g_  3 Ik       [Illustration: Ik]

    _A_  4 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _b_  5 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: MAC]

En qualquiera dia deste mes _Mac_ hazian la gente anciana y mas viejos
una fiesta a los _Chaces_, dioses de los panes, y a _Yzamna_. Y un dia o
dos antes hazian la siguiente cerimonia a la qual llamavan en su lengua
_Tupp-kak_. Tenian buscados todos animales y savandijas del campo que
podian aver y en la tierra avia, y con ellos se juntavan en el patio del
templo en el qual se ponian los _Chaques_, y el sacerdote sentados en
las esquinas, como para echar el demonio solian, con sendos cantaros de
agua que alli los traian a cada uno. En medio ponian un gran manojo de
varillas secas atadas, y enhiestas, y quemando primero de su encienso en
el brazero, pegavan fuego a las varillas, y en tanto que ardian, sacavan
con liberalidad los coraçones a las aves y animales, y echavanlos a
quemar en el fuego; y sino podian aver los animales grandes como tigres,
leones o lagartos, hazian los coraçones de su encienso, y si los matavan
trayanles los coraçones para aquel fuego. Quemados los coraçones todos,
matavan el fuego con los cantaros de agua los _chaces_. Esta hazian para
con ello y la siguiente fiesta alcançar buen año de aguas para sus panes;
luego celebravan la fiesta. Esta fiesta celebravan differentemente de las
otras; ca para ella no ayunavan, salvo el muñidor della que este ayunava
su ayuno. Venidos pues a celebrar la fiesta, se juntavan el pueblo, y
sacerdote y officiales en el patio del templo, donde tenian hecho un
monton de piedras con sus escaleras, y todo muy limpio y adereçado de
frescuras. Dava el sacerdote encienso preparado para el muñidor, el qual
lo quemava en el brasero y assi dizque huiya el demonio. Esto hecho con
su devocion acostumbrada, untavan el primero escalon del

monton de las piedras con lodo del poço y los demas escalones con betun
azul, y echavan muchos saumerios y invocavan a los _Chaces_ con sus
oraciones y devociones, y ofrecian sus presentes. Esto acabado, se
consolavan comiendo y beviendo lo ofrecido, y quedando confiados del buen
año con sus servicios y invocaciones.

    _c_  6 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _d_  7 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _e_  8 Manik    [Illustration: Manik]

    _f_  9 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _g_ 10 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _A_ 11 Oc       [Illustration: Oc]

    _b_ 12 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _c_ 13 Eb       [Illustration: Eb]

    _d_  1 Ben      [Illustration: Ben]

    _e_  2 Ix       [Illustration: Ix]

    _f_  3 Men      [Illustration: Men]

    _g_  4 Cib      [Illustration: Cib]

    _A_  5 Caban    [Illustration: Caban]

    _b_  6 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _c_  7 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _d_  8 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _e_  9 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _f_ 10 Ik       [Illustration: Ik]

                                APRILIS.

    _g_ 11 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _A_ 12 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: KANKIN]

    _b_ 13 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _c_  1 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _d_  2 Manik    [Illustration: Manik]

    _e_  3 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _f_  4 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _g_  5 Oc       [Illustration: Oc]

    _A_  6 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _b_  7 Eb       [Illustration: Eb]

    _c_  8 Ben      [Illustration: Ben]

    _d_  9 Ix       [Illustration: Ix]

    _e_ 10 Men      [Illustration: Men]

    _f_ 11 Cib      [Illustration: Cib]

    _g_ 12 Caban    [Illustration: Caban]

    _A_ 13 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _b_  1 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _c_  2 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _d_  3 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _e_  4 Ik       [Illustration: Ik]

    _f_  5 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _g_  6 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: MUAN]

En el mez de _Muan_ hazian los que tenian cacauatales una fiesta a los
dioses _Ekchuah_, _Chac_ y _Hobnil_, que eran sus abogados; ivanla a
hazer a alguna heredad de uno dellos, donde sacrificavan un perro,
manchado por la color del cacao, y quemavan a los idolos su encienso, y
ofrecianles yguanas de las azules y ciertas plumas de un paxaro y otras
caças y davan a cada uno de los officiales una mazorca de la fruta del
cacao. Acabado el sacrificio y sus oraciones comianse los presentes y
bevian, dizque no mas de cada tres vezes de vino que no llevavan a mas y
ivanse a casa del que tenia la fiesta a cargo y hazianse unas passas con
regocijo.

    _A_  7 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _b_  8 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _c_  9 Manik    [Illustration: Manik]

    _d_ 10 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _e_ 11 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _f_ 12 Oc       [Illustration: Oc]

    _g_ 13 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _A_  1 Eb       [Illustration: Eb]

                                 MAIUS.

    _b_  2 Ben      [Illustration: Ben]

    _c_  3 Ix       [Illustration: Ix]

    _d_  4 Men      [Illustration: Men]

    _e_  5 Cib      [Illustration: Cib]

    _f_  6 Caban    [Illustration: Caban]

    _g_  7 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _A_  8 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _b_  9 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _c_ 10 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _d_ 11 Ik       [Illustration: Ik]

    _e_ 12 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _f_ 13 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: PAX]

En este mes de _Pax_ hazian una fiesta llamada _Pacumchac_, para la
qual se juntavan los señores y sacerdotes de los pueblos menores
a los mayores, y assi juntos velavan cinco noches en el templo de
_Cit-Chac-Coh_, en oraciones y ofrendas y saumerios como esta dicho
hizieron en la fiesta de _Kukulcan_ en el mes de _Xul_, en noviembre.
Antes de estos dias passados, ivan todos a casa del capitan de sus
guerras, llamado _Nacon_, del qual trate en el capitalo CI, y trayanle
con gran pompa saumandole como a idolo al templo, en el qual le sentavan
y quemavan encienso como a idolo, y assi estavan el y ellos hasta
passados los cinco dias, en los quales comian y bevian de los dones que
se offrecian en el templo, y bailavan un vayle a manera de passo largo de
guerra, y assi le llamavan en su lengua _Holkan-Okot_, que quiere dezir
vaile de guerreros. Passados los cinco dias, venian a la fiesta la qual,
porque era para cosas de guerra y alcançar victoria de sus enemigos,
era muy solemne. Hazian pues primero la cerimonia y sacrificios del
fuego, como dixe en el mes de _Mac_. Despues echavan, como solian, el
demonio con mucha solemnidad. Esto echo andava el orar y ofrecer dones y
saumerios, y en tanto que la gente hazian estos sus ofrendas y oraciones,
tomavan los señores y los que ya las avian echo al _Nacon_ en hombros,
y trayanle saumando al rededor del templo, y quando volvian con el,
sacrificavan los _chaces_ un perro y sacavanle el coraçon y embiavanle al
demonio entre dos platos, y los _chaces_ quebravan sendos ollas grandes,
llenas de bevida y con esto acabavan su fiesta. Acabada comian y bevian
los presentes que alli se avian ofrecido y llevavan al _Nacon_ con mucha
solemnidad a su casa sin perfumes.

Alla tenian gran fiesta, y en ello se emborachavan los señores y
sacerdotes, y los principales, y ivase la demas gente a sus pueblos,
salvo que el _Nacon_ no se emborachava. Otro dia despues de digerido el
vino, se juntavan todos los señores y sacerdotes de los pueblos que se
avian embeodado y quedado alli en casa del señor, el qual les repartia
mucha cantidad de su encienso que tenia alli aparejado, y benditto de
aquellos bendittos sacerdotes; y junto con ello les hazia una gran
platica y con mucha eficacia les encomendava las fiestas que, en sus
pueblos, ellos avian de hazer a los dioses, para que fuesse el año
prospero de mantenimientos. La platica hecha, se despidian todos unos de
otros con mucho amor y tabahola, y se ivan cada uno a su pueblo y casa.
Alla tratavan de hazer sus fiestas, las quales duravan, segun las hazian
hasta el mes de _Pop_, y llamavan las _Zabacil-than_, y hazianlas desta
manera. Miravan en el pueblo de los mas ricos quien queria hazer esta
fiesta, y encomendavanle su dia, por tener mas gasajo estos tres meses
que avia hasta su año nuevo; y lo que hazian era juntarse en casa del
que la fiesta hazia, y alli hazer las cerímonias de echar el demonio, y
quemar aquel copal, y hazer ofrendas con regosijos y vailes, y hazerse
unas bolas de vino y en esto parava todo y era tanto el excesso que avia
de estas fiestas, estos tres meses, que lastima era grande verlos; ca
unos andavan aranados, otros descalabrados, otros los ojos encarniçados
del mucho emboracharse, y con todo esso amor al vino que se perdian por
el.

    _g_  1 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _A_  2 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _b_  3 Manik    [Illustration: Manik]

    _c_  4 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _d_  5 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _e_  6 Oc       [Illustration: Oc]

    _f_  7 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _g_  8 Eb       [Illustration: Eb]

    _A_  9 Ben      [Illustration: Ben]

    _b_ 10 Ix       [Illustration: Ix]

    _c_ 11 Men      [Illustration: Men]

    _d_ 12 Cib      [Illustration: Cib]

    _e_ 13 Caban    [Illustration: Caban]

    _f_  1 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _g_  2 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _A_  3 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _b_  4 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _c_  5 Ik       [Illustration: Ik]

    _d_  6 Akbal    [Illustration: Akbal]

                                 IUNIUS.

    _e_  7 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: KAYAB]

    _f_  8 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _g_  9 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _A_ 10 Manik    [Illustration: Manik]

    _b_ 11 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _c_ 12 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _d_ 13 Oc       [Illustration: Oc]

    _e_  1 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _f_  2 Eb       [Illustration: Eb]

    _g_  3 Ben      [Illustration: Ben]

    _A_  4 Ix       [Illustration: Ix]

    _b_  5 Men      [Illustration: Men]

    _c_  6 Cib      [Illustration: Cib]

    _d_  7 Caban    [Illustration: Caban]

    _e_  8 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _f_  9 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _g_ 10 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _A_ 11 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _b_ 12 Ik       [Illustration: Ik]

    _c_ 13 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _d_  1 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: CUMHU]

    _c_  2 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _f_  3 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _g_  4 Manik    [Illustration: Manik]

    _A_  5 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _b_  6 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _c_  7 Oc       [Illustration: Oc]

    _d_  8 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _e_  9 Eb       [Illustration: Eb]

    _f_ 10 Ben      [Illustration: Ben]

                                 IULIUS.

    _g_ 11 Ix       [Illustration: Ix]

    _A_ 12 Men      [Illustration: Men]

    _b_ 13 Cib      [Illustration: Cib]

    _c_  1 Caban    [Illustration: Caban]

    _d_  2 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _e_  3 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _f_  4 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _g_  5 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _A_  6 Ik       [Illustration: Ik]

    _b_  7 Akbal    [Illustration: Akbal]

Dicho quedo en los capitulos passados que començavan los indios sus años
desde estos dias sin nombre, aparejandose en ellos como con vigilia
para la celebridad de la fiesta de su año nuevo; y allende del aparejo
que hazian con la fiesta del demonio _Uvayeyab_, para la qual salian de
sus casas, los demas aparejos eran salir muy poco de casa estos cinco
dias, offrecer allende de los dones de la fiesta general cuentas a sus
demonios y a los otros de los templos. Estas cuentas que assi ofrecian
nunca tomavan a sus usos, ni cosa que al demonio ofreciessen y dellas
compravan encienso que quemar. En estos dias no se peinavan se lavavan,
ni espulgavan les hombres, ni las mugeres ni hazian obra servil ni
trabajosa, porque temian les avia de succeder algun mal si lo hazian.

    _c_             [ Kan ]

    _d_             [ Chicchan ]

    _e_             [ Cimij ]

    _f_             [ Manik ]

    _g_             [ Lamat ]

                         PRINCIPIO DEL ANO MAYA.

    _A_ 12 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: POP]

El primero dia de _Pop_ es el primero mes de los indios, era su año
nuevo, y entre ellos fiesta muy celebrada porque era general y de todos,
y assi todo el pueblo junto hazian fiesta a todos los idolos. Para
celebrarla con mas solemnidad, renovavan en este dia todas las cosas de
su servicio, como platos, vasos, vanquillos, serillas y la ropa vieja, y
las mantillas en que tenian los idolos enbueltos. Varrian sus casas y la
vasura y estos peltrechos viejos echavanlo fuera del pueblo al muladar
y nadie, aunque lo uviesse menester tocava a ello. Para esta fiesta
començavan ayunar y abstenerse de sus mugeres los señores y sacerdote y
la gente principal y los que mas querian por su devocion, el tiempo antes
que les parecia; ca algunos lo començavan tres meses antes, otros dos,
otros como les parecia y ninguno menos de XIII dias, y estos XIII añadian
a la abstinencia de la muger no comer en los manjares sal, ni de su
pimienta que era tenido por grande penitencia entre ellos. En este tiempo
elegian los officiales _chaces_ para ayudar al sacerdote, y el aparejava
muchas pelotillas de su encienso fresco en unas tablillas que para ello
tenian los sacerdotes, para que los abstinentes y ayunantes quemassen
a los idolos. Los que estos ayunos començavan no los osavan quebrantar
porque creian les vendria algun mal en sus personas o casas.

Venido pues el año nuevo, se juntavan todos los varones en el patio del
templo solos, porque en ningun sacrificio o fiesta que en el templo se
hazia, havian de hallarse mugeres, salvo las viejas que avian de hazer
sus vailes; en las demas fiestas que hazian en otras partes, podian
ir y hallarse mugeres. Aqui ivan limpios y galanos de sus unturas
coloradas, y quitada la tizne negra de que andavan untados quando
ayunavan. Congregados todos y con muchos presentes de comidas y bevidas
que llevavan, y mucho vino que avia hecho, purgava el sacerdote el
templo, sentandose en medio del patio, vestido de pontifical, y cabe
si un brasero y las tablillas del encienso. Sentavanse los _chaces_ en
las quatro esquinas y tiravan un cordel nuevo de uno a otro dentro del
qual avian de entrar todos los que avian ayunado para echar el demonio,
como dixe en el capitulo XCVI. Echado el demonio començavan todos sus
oraciones devotas y los _chaces_ sacavan lumbre nueva; quemavan el
encienso al demonio y el sacerdote començava a echar su encienso en el
brasero y venian todos por su orden, començando desde los señores, a
recibir de la mano del sacerdote encienso lo qual el les dava con tanta
mesura y devocion como si les diera reliquas, y ellos lo echavan en el
brasero poco a poco, y aguardando se fuesse acabado de quemar. Despues
deste saumerio comian entre todos los dones y presentes y andava el vino,
hasta que se hazian unas unas, y este era su año nuevo y servicio muy
accepto a sus idolos. Avia despues otros algunos que dentro deste mes
de _Pop_, celebravan esta fiesta por su devocion con sus amigos y con
los señores y sacerdote, que sus sacerdotes siempre eran primeros en sus
regrosijos y bevidas.

    _b_ 13 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _c_  1 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _d_  2 Manik    [Illustration: Manik]

    _e_  3 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _f_  4 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _g_  5 Oc       [Illustration: Oc]

    _A_  6 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _b_  7 Eb       [Illustration: Eb]

    _c_  8 Ben      [Illustration: Ben]

    _d_  9 Ix       [Illustration: Ix]

    _e_ 10 Men      [Illustration: Men]

    _f_ 11 Cib      [Illustration: Cib]

    _g_ 12 Caban    [Illustration: Caban]

    _A_ 13 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _b_  1 Cauac    [Illustration: Cauac]

                                AUGUSTUS.

    _c_  2 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _d_  3 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _e_  4 Ik       [Illustration: Ik]

    _f_  5 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _g_  6 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: UO]

    _A_  7 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _b_  8 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _c_  9 Manik    [Illustration: Manik]

    _d_ 10 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _e_ 11 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _f_ 12 Oc       [Illustration: Oc]

    _g_ 13 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _A_  1 Eb       [Illustration: Eb]

    _b_  2 Ben      [Illustration: Ben]

    _c_  3 Ix       [Illustration: Ix]

    _d_  4 Men      [Illustration: Men]

    _e_  5 Cib      [Illustration: Cib]

    _f_  6 Caban    [Illustration: Caban]

    _g_  7 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _A_  8 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _b_  9 Ahau     [Illustration: Ahau]

En el mes de _Uo_ se començavan a aparejar con ayunos y las demas cosas
para celebrar otra fiesta los sacerdotes, los medicos y hechizeros que
era todo uno; los caçadores y pescadores venianla celebrar a siete
de _Zip_; y celebravanla cada uno destos por si en su dia, primero
celebravan la suya los sacerdotes, a la qual llamavan _Pocam_; y juntos
en casa del señor con sus adereços, hechavan primero al demonio, como
solian, despues sacavan sus libros y tendianlos sobre las frescuras que
para ello tenian, y invocando con oraciones y su devocion a un idolo
que llamavan _Cinchau-Yzamna_, el qual dizen fue el primer sacerdote,
ofrecianle sus dones y presentes y quemavanle con la lumbre nueva sus
pelotillas de encienso, entretanto desleyan en su vaso un poco de su
cardenillo con agua virgen que ellos dezian traida del monte, donde
no llegasse muger, y untavan con ello las tablas de los libros, para
su mundificacion, y esto hecho, abria el mas docto de los sacerdotes
un libro, y mirava los pronosticos de aquel año, y declaravalos a los
presentes, y predicavales un poco, en comendandoles los remedios, y
echava esta fiesta para otro año al sacerdote o señor que la avia de
hazer; y si moria el que señalavan para ella, eran los hijos obligados a
cumplir por el defunto. Esto hecho, comian todos los dones y comida que
avian traido y bevian hasta hazerse zaques y assi se acabava la fiesta,
en la qual bailavan algunas vezes un baile que llaman _Okot-Uil_.

    _c_ 10 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _d_ 11 Ik       [Illustration: Ik]

    _e_ 12 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _f_ 13 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: ZIP]

    _g_  1 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _A_  2 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _b_  3 Manik    [Illustration: Manik]

    _c_  4 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _d_  5 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _e_  6 Oc       [Illustration: Oc]

                               SEPTEMBER.

    _f_  7 Chuen    [Illustration: Chuen]

El dia siguiente se juntavan los medicos y hechizeros en casa de uno
dellos con sus mugeres, y los sacerdotes echavan el demonio; lo qual
hecho, sacavan los emboltorios de su medicina en que traian muchas
niñerias y sendos dollillos de la diosa de la medicina que llamavan
_Ixchel_, y asi a esta fiesta llamavan _Ihcil-Ixchel_, y unas pedrezuelas
de las suertes que echavan que llamavan _Am_, y con su mucha devocion
invocavan con oraciones a los dioses de la medicina, que dezian
_Yzamna_, _Citbolontum_ y _Ahau-Chamahez_, y dandoles el encienso los
sacerdotes lo quemavan en el brasero de nuevo fuego, y entretanto los
_chaces_, enbadurnavanlos con otro betun azul como el de los libros de
los sacerdotes. Esto hecho embolvia cada uno las cosas de su officio,
y tomando el emboltorio a cuestas vailavan todos un vaile que llamavan
_Chan-tun-yab_. Acabado el vaile se sentavan los varones por si, y por
si las mugeres, y echando la fiesta para otro año, comian los presentes,
y emborachavanse muy sin asco, salvo los sacerdotes que diz que avian
verguença y guardavanlos del vino para bever a sus solas y a su placer.

El dia de adelante se juntavan los caçadores en una casa de uno de ellos
y llevando consigo sus mugeres, como los demas, venian los sacerdotes
y echavan el demonio como solian. Echado, ponian en medio el adereço
para el sacrificio de encienso y fuego nuevo, y betun azul. Y con su
devocion invocavan los caçadores a los dioses de la caça. _Acanum Zuhuy
Zipi Tabai_ y otros, y repartianles el encienso, el qual echavan en el
brasero, y en tanto que ardia, sacava cada uno una flecha y una calabera
de venado, las quales los _chaces_ untavan con el betun azul; y untados,
vailavan con ellas en las manos unos, y otros se horadavan las orejas,
otros las lenguas, y passavan por los agujeros siete hojas de una hierva
algo anchas que llamavan _Ac_. Aviendo hecho esto primero el sacerdote y
los oficiales de la fiesta, luego ofrecian los dones, y assi vailando se
escanciava el vino y se emborachavan hechos unos cestos.

Luego el seguiente dia hazian su fiesta los pescadores por el orden que
los demas, salvo que lo que untavan eran los aparejos de pescar, y no
se oradavan las orejas, sino harpavanselas a la redonda, y bailavan su
vaile llamado _Chohom_, y todo hecho, bendezian un palo alto y gordo y
ponianle en hiesto. Tenian costumbre despues que avian hecho esta fiesta
en los pueblos, irla hazer los señores y mucha gente a la costa, y alla
hazian muy grandes pesquerias y regosijos; ca llevavan gran recabdo de
trasmallos de sus redes y ançuelos y otras industrias con que pescan. Los
dioses que en esta fiesta eran sus abogados eran _Ahkak Nexoi_, _Ahpua_,
_Ahcitz_, _Amalcum_.

    _g_  8 Eb       [Illustration: Eb]

    _A_  9 Ben      [Illustration: Ben]

    _b_ 10 Ix       [Illustration: Ix]

    _c_ 11 Men      [Illustration: Men]

    _d_ 12 Cib      [Illustration: Cib]

    _e_ 13 Caban    [Illustration: Caban]

    _f_  1 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _g_  2 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _A_  3 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _b_  4 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _c_  5 Ik       [Illustration: Ik]

    _d_  6 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _e_  7 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: TZOZ]

En el mes de _Tzoz_ aparejavan los señores de las colmenares para
celebrar su fiesta en _Tzec_, y aunque el aparejo principal destas sus
fiestas era el ayuno, no obligava mas de al sacerdote y a los officiales
que le ayudavan, y en los demas era voluntario.

    _f_  8 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _g_  9 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _A_ 10 Manik    [Illustration: Manik]

    _b_ 11 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _c_ 12 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _d_ 13 Oc       [Illustration: Oc]

    _e_  1 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _f_  2 Eb       [Illustration: Eb]

    _g_  3 Ben      [Illustration: Ben]

    _A_  4 Ix       [Illustration: Ix]

    _b_  5 Men      [Illustration: Men]

    _c_  6 Cib      [Illustration: Cib]

    _d_  7 Caban    [Illustration: Caban]

    _e_  8 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _f_  9 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _g_ 10 Ahau     [Illustration: Ahau]

                                OCTOBER.

    _A_ 11 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _b_ 12 Ik       [Illustration: Ik]

    _c_ 13 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _d_  1 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: TZEC]

... Venido el de la fiesta, se juntavan en la casa que se celebrava, y
hazian todo lo que en las demas, salvo que no derramavan sangre. Tenian
por avogados a los _Bacabes_ y especialmente a _Hobnil_. Hazian ofrendas
muchas y especial a los quatro _chaces_, davan 4 platos con sendas
pelotas de encienso en medio de cada uno y pintadas a la redonda unas
figuras de miel que por la abundancia della era esta fiesta. Concluiyanla
con vino como solian, y harto porque davan para ello los dueños de las
colmenas miel en abundancia.

    _e_  2 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _f_  3 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _g_  4 Manik    [Illustration: Manik]

    _A_  5 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _b_  6 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _c_  7 Oc       [Illustration: Oc]

    _d_  8 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _e_  9 Eb       [Illustration: Eb]

    _f_ 10 Ben      [Illustration: Ben]

    _g_ 11 Ix       [Illustration: Ix]

    _A_ 12 Men      [Illustration: Men]

    _b_ 13 Cib      [Illustration: Cib]

    _c_  1 Caban    [Illustration: Caban]

    _d_  2 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _e_  3 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _f_  4 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _g_  5 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _A_  6 Ik       [Illustration: Ik]

    _b_  7 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _c_  8 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: XUL]

En el decimo capitulo queda dicha la ida de Kukulcan de Yucatan despues
de la qual uvo entre los indios algunos que dixeron se avia ido al cielo
con los dioses, y por esso le tuvieron por dios y le señalaron templo
en que como a tal le celebrassen su fiesta, y se la celebro toda la
tierra hasta la destruicion de Mayapan. Despues desta destruicion se
celebrava en la provincia de Mani solamente y les demas provincias en
reconocimiento de lo que devian a Kukulcan presentavan, una un año y otra
otro a Mani quatro, y a las vezes cinco muy galanas vanderas de pluma,
con las quales hazian la fiesta en esta manera, y no como las passadas. A
diez y seis de Xul, se juntavan todos los señores y sacerdotes en Mani,
y con ellos gran gentio de los pueblos, los quales venian ya preparados
de sus ayunos y abstinencias. Aquel dia en la tarde salian con gran
procession de gente y con muchos de sus farsantes de casa del señor
donde juntos estavan y yvan con gran sosiego al templo de Kukulcan, el
qual tenian muy adereçado, y llegados haziendo sus oraciones, ponian
las vanderas en lo alto del templo, y abaxo en el patio tendian todos
cada uno sus idolos sobre hojas de arboles que para ello avia, y sacada
lumbre nueva, començavan a quemar en muchas partes de su encienso, y a
hazer ofrendas de comidas guisadas sin sal ni pimienta y de bevidas de
sus habas y pepitas de calabaças, y passavan quemando siempre copal, y
en estas ofrendas alli sin volver a sus casas los señores, ni los que
avian ayunado cinco dias y cinco noches en oraciones y en algunos vailes
devotos. Hasta el primero dia de _Yaxkin_ andavan los farsantes estos
cinco dias por las casas principales, haziendo sus farsas, y recogian los
presentes que les davan, y todo lo llevavan al templo, donde acabados de
passar los cinco dias, repartian los dones entre los señores, sacerdotes
y vailantes, y cogian las vanderas y idolos, y se bolvian a casa del
señor y de ay cada qual a su casa. Dezian y tenian muy creido baxava
Kukulcan el postrero dia de aquellos del cielo y recibia sus servicios,
vigilias y offrendas; llamavan a esta fiesta _Chic-Kaban_.

    _d_  9 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _e_ 10 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _f_ 11 Manik    [Illustration: Manik]

    _g_ 12 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _A_ 13 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _b_  1 Oc       [Illustration: Oc]

    _c_  2 Chuen    [Illustration: Chuen]

                                NOVEMBER.

    _d_  3 Eb       [Illustration: Eb]

    _e_  4 Ben      [Illustration: Ben]

    _f_  5 Ix       [Illustration: Ix]

    _g_  6 Men      [Illustration: Men]

    _A_  7 Cib      [Illustration: Cib]

    _b_  8 Caban    [Illustration: Caban]

    _c_  9 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _d_ 10 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _e_ 11 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _f_ 12 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _g_ 13 Ik       [Illustration: Ik]

    _A_  1 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _b_  2 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: YAXKIN]

En este mes de _Yaxkin_ se començavan a aparejar, como solian, para una
fiesta que hazian general en _Mol_ en el dia que señalava el sacerdote a
todos los dioses: llamavanla _Oloh-zab-kam-yax_. Lo que despues juntos en
el templo y hechas las cerimonias y saumerios que en las passadas hazian
pretendian era untar con el betun azul que hazian todos los instrumentos
de todos los officios, desde el sacerdote hasta los husos de las mugeres
y las postes de sus casas. Para esta fiesta pintavan todos los niños y
niñas del pueblo, y en lugar de embadurmientos y cerimonias davan en las
conjunturas de las manos por la parte de fuera cada nueve golpezillos, y
a las niñas se les dava una vieja, vestida de un habito de plumas, que
las traia alli y por esto la llamavan _Ixmol_, la allegadera. Davanles
estos golpes para que saliessen espertos officiales en los officios de
sus padres y madres. La conclusion era con buena borrachera, comidas
las offrendas, salvo que es de creer que aquella devota vieja allegaria
con que se emborachava en casa por no perder la pluma del officio en el
camino.

    _c_  3 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _d_  4 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _e_  5 Manik    [Illustration: Manik]

    _f_  6 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _g_  7 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _A_  8 Oc       [Illustration: Oc]

    _b_  9 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _c_ 10 Eb       [Illustration: Eb]

    _d_ 11 Ben      [Illustration: Ben]

    _e_ 12 Ix       [Illustration: Ix]

    _f_ 13 Men      [Illustration: Men]

    _g_  1 Cib      [Illustration: Cib]

    _A_  2 Caban    [Illustration: Caban]

    _b_  3 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _c_  4 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _d_  5 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _e_  6 Ymix     [Illustration: Ymix]

                                DECEMBER.

    _f_  7 Ik       [Illustration: Ik]

    _g_  8 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _A_  9 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: MOL]

En este mes tornavan los colmeneros a hazer otra fiesta como la que
hizieron en _Tzec_, para que los dioses proveessen de flores a las avejas.

Una de las cosas que estos pobres tenian por mas ardua y difficultosa
era hazer idolos de palo a la qual llamavan hazer dioses, y assi tenian
para hazerlos señalado tiempo particular y era este mes de _Mol_, o
otro si el sacerdote les dezia bastava. Los que los querian pues hazer
consultavan el sacerdote primero, y tomando su consejo, ivan al official
dellos, y dizen se escusavan siempre los officiales, porque tenian se
avian ellos o algunos de sus casas de morir, o venirles enfermedades
de amortecimientos, y acceptados començavan los _chaces_ que para esto
tambien elegian y el sacerdote y el oficial, a ayunar sus ayunos. En
tanto que ellos ayunavan, yva el cujos idolos eran o embiava por la
madera para ellos al monte, la qual era siempre de cedro. Venida la
madera, hazian una casilla de paja cercada donde metian la madera y una
tinaja para en que echar los idolos, y alli tenerlos atapados como los
fuessen haziendo. Metian encienso que quemar a quatro demonios, llamados
_Acantunes_, que metian y ponian a las quatro partes del mundo. Metian
consque se sajar o sacar sangre de las orejas y la erramienta para labrar
los negros dioses, y con estos adereços se encerravan en la casilla el
sacerdote y los _chaces_ y el official, y començavan su labor de dioses,
cortandose a menudo las orejas y untando con la sangre aquellos demonios
y quemandoles su encienso, y assi perseveravan hasta que los acabavan
dandoles de comer y lo necessario cuyos eran, y no havian de conocer
sus mugeres ni por pienso ni aun llegar nadie a aquel lugar donde ellos
estavan.

    _b_ 10 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _c_ 11 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _d_ 12 Manik    [Illustration: Manik]

    _e_ 13 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _f_  1 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _g_  2 Oc       [Illustration: Oc]

    _A_  3 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _b_  4 Eb       [Illustration: Eb]

    _c_  5 Ben      [Illustration: Ben]

    _d_  6 Ix       [Illustration: Ix]

    _e_  7 Men      [Illustration: Men]

    _f_  8 Cib      [Illustration: Cib]

    _g_  9 Caban    [Illustration: Caban]

    _A_ 10 Ezanab   [Illustration: Ezanab]

    _b_ 11 Cauac    [Illustration: Cauac]

    _c_ 12 Ahau     [Illustration: Ahau]

    _d_ 13 Ymix     [Illustration: Ymix]

    _e_  1 Ik       [Illustration: Ik]

    _f_  2 Akbal    [Illustration: Akbal]

    _g_  3 Kan      [Illustration: Kan]           [Illustration: CHEN]

    _A_  4 Chicchan [Illustration: Chicchan]

    _b_  5 Cimij    [Illustration: Cimij]

    _c_  6 Manik    [Illustration: Manik]

    _d_  7 Lamat    [Illustration: Lamat]

    _e_  8 Muluc    [Illustration: Muluc]

    _f_  9 Oc       [Illustration: Oc]

    _g_ 10 Chuen    [Illustration: Chuen]

    _A_ 11 Eb       [Illustration: Eb]


§ XL.—_Ici commence le calendrier romain et yucatèque._

    1ᵉʳ Janvier.  XII BEN. 10ᵉ _jour du mois_ CHEN[177].

    2     —      XIII YX.

    3     —         I MEN.

    4     —        II CIB.

    5     —       III CABAN.

    6     —        IV EZANAB.

    7     —         V CAUAC.

    8     —        VI AHAU.

    9     —       VII YMIX.

    10    —      VIII IK.

    11    —        IX AKBAL.

    12    —         X  KAN.             1ᵉʳ _jour du mois_ YAX.

    13    —        XI CHICCHAN.

    14    —       XII CIMI.

    15    —      XIII MANIK.

    16    —         I LAMAT.

    17    —        II MULUC.

    18    —       III OC.

    19    —        IV CHUEN.

    20    —         V EB.

    21    —        VI BEN.

    22    —       VII YX.

    23    —      VIII MEN.

    24    —        IX CIB.

    25    —         X CABAN.

    26    —        XI EZANAB.

    27    —       XII CAUAC.

    28    —      XIII AHAU.

Suivant ce qu’ils disaient, ils travaillaient dans une grande crainte,
à former les dieux. Une fois que les idoles étaient achevées et
perfectionnées, celui qui en était le possesseur faisait à ceux qui les
avaient modelées un présent, le meilleur possible, d’oiseaux, de gibier
et de monnaie, afin de payer leur travail. On enlevait les idoles de la
cabane où elles avaient été fabriquées, et on les portait dans une autre
cabane en feuillages, érigée à ce dessein dans la cour, où le prêtre
les bénissait avec beaucoup de solennité et de ferventes prières, les
artistes s’étant nettoyés préalablement de la suie dont ils s’étaient
frottés, en signe de jeûne, disaient-ils, pour tout le temps qu’ils
restaient à l’œvre. Ayant ensuite chassé le mauvais esprit, comme à
l’ordinaire, et brûlé de l’encens béni, ils plaçaient dans une corbeille
les nouvelles images, enveloppées d’un linge, et les remettaient à leur
possesseur, qui les recevait avec beaucoup de dévotion. Le bon prêtre
prêchait ensuite aux artistes quelques instants sur l’excellence de leur
profession, celle de faire des dieux nouveaux, et sur le danger qu’il y
aurait pour eux d’y travailler sans garder les préceptes de l’abstinence
et du jeûne. A la suite de tout cela, ils prenaient ensemble un repas
abondant et buvaient encore mieux.

Quel que fût celui des deux mois _Chen_ et _Yax_ dont le prêtre signalait
le jour, ils célébraient une fête appelée _Ocna_, ce qui veut dire
rénovation du temple en honneur des _Chac_, qu’ils regardaient comme
les dieux des champs. Dans cette fête, ils consultaient les pronostics
des _Bacab_, ainsi qu’il est dit plus au long aux chapitres CXIII,
CXIIII, CXV et CXVI[178], et suivant l’ordre déjà y mentionné. Ils
célébraient cette fête chaque année. En outre, ils renouvelaient alors
les idoles de terre cuite et leurs brasiers; car il était d’usage que
chaque idole eût son petit brasier où l’on brûlait son encens, et, si on
le trouvait nécessaire, on lui bâtissait une maison nouvelle, ou bien
on la renouvelait, en ayant soin de placer dans le mur d’inscription
commémorative de ces choses, écrite dans leurs caractères[179].

Ici commence le comput du calendrier des Indiens, disant dans leur langue
_Hun Ymix_.

    29    —         I YMIX.

    30    —        II IK.

    31    —       III AKBAL.

    1ᵉʳ Février.   IV KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ ZAC.

En un des jours de ce mois _Zac_, que le prêtre signalait, les chasseurs
célébraient une autre fête, comme celle qu’ils avaient célébrée au mois
_Zip_. Celle-ci avait lieu actuellement, afin d’apaiser le courroux
des dieux contre eux et leurs semailles, à cause du sang qu’ils
répandaient durant la chasse; car ils regardaient comme chose abominable
toute effusion de sang, en dehors de leurs sacrifices[180]: aussi
n’allaient-ils jamais à la chasse, sans auparavant invoquer leurs idoles
et leur brûler de l’encens; et s’ils le pouvaient ensuite, ils leur
barbouillaient le visage du sang de leur gibier.

    2     —         V CHICCHAN.

    3     —        VI CIMI.

    4     —       VII MANIK.

    5     —      VIII LAMAT.

    6     —        IX MULUC.

    7     —         X OC.

    8     —        XI CHUEN.

    9     —       XII EB.

    10    —      XIII BEN.

    11    —         I YX.

    12    —        II MEN.

    13    —       III CIB.

    14    —        IV CABAN.

    15    —         V EZANAB.

    16    —        VI CAUAC.

    17    —       VII AHAU.

Quelque jour que tombât ce septième _Ahau_, ils célébraient une
fort grande fête, qui se continuait pendant trois jours, avec des
encensements, des offrandes et une orgie assez respectable; mais comme
c’était une fête mobile, les prêtres avaient soin de la publier d’avance,
afin que chacun pût jeûner, selon son devoir.

    18    —      VIII YMIX.

    19    —        IX IK.

    20    —         X AKBAL.

    21    —        XI KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ CEH.

    22    —       XII CHICCHAN.

    23    —      XIII CIMI.

    24    —         I MANIK.

    25    —        II LAMAT.

    26    —       III MULUC.

    27    —        IV OC.

    28    —         V CHUEN.

    1ᵉʳ Mars.      VI EB.

    2     —       VII BEN.

    3     —      VIII YX.

    4     —        IX MEN.

    5     —         X CIB.

    6     —        XI CABAN.

    7     —       XII EZANAB.

    8     —      XIII CAUAC.

    9     —         I AHAU.

    10    —        II YMIX.

    11    —       III IK.

    12    —        IV AKBAL.

    13    —         V KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ MAC.

L’un ou l’autre jour de ce mois _Mac_, les gens âgés et la plupart des
vieillards célébraient une fête aux _Chac_, dieux de l’abondance, ainsi
qu’à _Yzamma_. Quelques jours auparavant, ils faisaient la cérémonie
suivante, qu’ils appelaient dans leur langue _Tuppkak_[181]. Ayant réuni
tous les animaux, reptiles et bêtes dans les champs qu’ils avaient pu
trouver dans le pays, ils s’assemblaient dans la cour du temple, les
_Chac_[182] avec le prêtre prenant les coins, pour chasser le mauvais
esprit, suivant l’usage, chacun d’eux ayant à côté de lui une cruche
remplie d’eau qu’on lui apportait. Debout, au centre, se trouvait un
énorme fagot de bois menu et sec, auquel ils mettaient le feu, après
avoir jeté de l’encens dans le brasier: tandis que le bois brûlait, ils
arrachaient à l’envi le cœur aux animaux et aux oiseaux et les jetaient
dans le feu. S’ils avaient été dans l’impossibilité de prendre de grands
animaux du genre des tigres, des lions ou des caïmans, ils en imitaient
les cœurs avec de l’encens; mais s’ils les avaient, ils leur arrachaient
également le cœur pour le livrer au feu et le brûler. Aussitôt que tous
ces cœurs étaient consumés, les _Chac_ éteignaient le feu avec l’eau
contenue dans les cruches. Le but de ce sacrifice et de la fête suivante
était d’obtenir ainsi de l’eau en abondance pour leurs semailles, durant
l’année. Ils célébraient toutefois cette fête d’une manière différente
des autres; car, pour celle-ci, ils ne jeûnaient point, à l’exception du
bedeau de la confrérie qui faisait pénitence. Au jour convenu pour la
célébration, tout le peuple se réunissait avec le prêtre et les officiers
dans la cour du temple, où on avait érigé une plate-forme en pierre,
avec des degrés pour monter, le tout bien propre et orné de feuillage.
Le prêtre donnait de l’encens préparé d’avance au bedeau qui le brûlait
dans le brasier, ce qui suffisait pour chasser le mauvais esprit. Cela
terminé, avec la dévotion accoutumée, ils frottaient le premier degré de
la plate-forme avec de la vase du puits ou de la citerne, et les autres
avec de la couleur bleue; ils l’encensaient à plusieurs reprises et
invoquaient les _Chac_ avec des prières et des cérémonies, leur offrant
des dons. En finissant, ils se réjouissaient, mangeant et buvant les
oblations, pleins de confiance dans le résultat de leurs rites et de
leurs invocations pour cette année.

    14    —        VI CHICCHAN.

    15    —       VII CIMI.

    16    —      VIII MANIK.

    17    —        IX LAMAT.

    18    —         X MULUC.

    19    —        XI OC.

    20    —       XII CHUEN.

    21    —      XIII EB.

    22    —         I BEN.

    23    —        II YX.

    24    —       III MEN.

    25    —        IV CIB.

    26    —         V CABAN.

    27    —        VI EZANAB.

    28    —       VII CAUAC.

    29    —      VIII AHAU.

    30    —        IX YMIX.

    31    —         X IK.

    1ᵉʳ Avril.     XI AKBAL.

    2     —       XII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ KANKIN.

    3     —      XIII CHICCHAN.

    4     —         I CIMI.

    5     —        II MANIK.

    6     —       III LAMAT.

    7     —        IV MULUC.

    8     —         V OC.

    9     —        VI CHUEN.

    10    —       VII EB.

    11    —      VIII BEN.

    12    —        IX YX.

    13    —         X MEN.

    14    —        XI CIB.

    15    —       XII CABAN.

    16    —      XIII EZANAB.

    17    —         I CAUAC.

    18    —        II AHAU.

    19    —       III YMIX.

    20    —        IV IK.

    21    —         V AKBAL.

    22    —        VI KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ MUAN.

Au mois _Muan_, les propriétaires de plantations de cacao célébraient
une fête en l’honneur des dieux _Ekchuah_, _Chac_ et _Hobnil_, qui
étaient leurs patrons[183]: ils allaient pour la solenniser à la
métairie de l’un d’entre eux, où ils sacrifiaient un chien, portant une
tache de couleur cacao. Ils brûlaient de l’encens à leurs idoles, leur
offraient des iguanes; de celles qui sont bleues, des plumes d’un oiseau
particulier, ainsi que diverses sortes de gibier; ils donnaient à chacun
des officiers une branche avec le fruit du cacao. Le sacrifice terminé,
ils se mettaient à manger et à boire les oblations; mais on dit qu’on
ne permettait à chacun de boire que trois coupes de leur vin, et qu’ils
n’en apportaient que juste la quantité nécessaire. Ils se rendaient
ensuite à la maison de celui qui faisait les frais de la fête, où ils se
divertissaient ensemble.

    23    —       VII CHICCHAN.

    24    —      VIII CIMI.

    25    —        IX MANIK.

    26    —         X LAMAT.

    27    —        XI MULUC.

    28    —       XII OC.

    29    —      XIII CHUEN.

    30    —         I EB.

    1ᵉʳ Mai.       II BEN.

    2     —       III YX.

    3     —        IV MEN.

    4     —         V CIB.

    5     —        VI CABAN.

    6     —       VII EZANAB.

    7     —      VIII CAUAC.

    8     —        IX AHAU.

    9     —         X YMIX.

    10    —        XI IK.

    11    —       XII AKBAL.

    12    —      XIII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ PAX.

Au mois _Pax_ ils célébraient une fête nommée _Pacum-Chac_, à l’occasion
de laquelle les seigneurs et les prêtres des bourgades inférieures
s’assemblaient avec ceux des villes plus importantes; ainsi réunis, ils
passaient dans le temple de _Cit-Chac-Coh_[184] cinq nuits en prières,
présentant leurs offrandes avec de l’encens, comme on a vu qu’ils le
faisaient à la fête de _Kukulcan_, au mois _Xul_, en novembre. En
commençant des cinq jours, ils se rendaient tous ensemble à la maison
du général de leurs armées, du titre de _Nacon_, dont j’ai traité au
chapitre CI[185]. Ils le portaient en grande pompe, l’encensant comme
une idole jusqu’au temple où ils l’asseyaient et lui brûlaient des
parfums de la même manière qu’aux dieux. Ils passaient ainsi cinq jours,
mangeant et buvant les oblations que l’on présentait au temple, et ils
exécutaient un ballet assez semblable à un grand pas de guerre, auquel
ils donnaient dans leur langue le nom de _Holkan-Okot_, ce qui veut dire
danse des guerriers. Passé les cinq jours, tout le monde venait à la fête
qui, pour concerner les choses de la guerre et dans l’espoir d’obtenir
la victoire, était fort solennelle. Ils commençaient par les cérémonies
et les sacrifices du feu, dont j’ai parlé au mois _Mac_. Ensuite, ils
chassaient, comme de coutume, le démon avec beaucoup de solennité. Cela
terminé, on recommençait les prières, les offrandes et les encensements.
Tandis que toutes ces choses allaient leur train, les seigneurs et ceux
qui les avaient accompagnés chargeaient de nouveau le _Nacon_ sur leurs
épaules et le portaient processionnellement autour du temple. A leur
retour, les _Chac_ sacrifiaient un chien, en lui arrachant le cœur,
qu’ils présentaient à l’idole entre deux plats; chacun d’eux brisait
ensuite une grande cruche remplie de boisson, avec quoi s’achevait la
fête. Tous ensuite mangeaient et buvaient les offrandes qu’on avait
apportées, et on reportait le _Nacon_ avec beaucoup de solennité, mais
sans aucun encens, chez lui.

Là avait lieu un grand festin où seigneurs, nobles et prêtres
s’enivraient à qui mieux mieux, à l’exception du _Nacon_ qui restait
sobre, tandis que la foule s’en retournait d’où elle était venue. Le
lendemain, après qu’ils avaient cuvé leur vin, les seigneurs et les
prêtres, qui étaient restés dans la maison du général, à la suite de
l’orgie, recevaient de sa main de grands présents d’encens qu’il avait
préparé à cet effet et fait bénir par ces prêtres bénoits. Dans cette
réunion, il leur faisait à tous un long discours et leur recommandait
avec componction les fêtes qu’ils devaient célébrer en l’honneur des
dieux dans leurs bourgades, afin d’en obtenir une année prospère et
abondante. Le sermon terminé, tous prenaient congé les uns des autres
avec beaucoup de tendresse et de bruit et chacun reprenait le chemin de
sa commune et de sa maison. Ils s’y occupaient de la célébration de leurs
fêtes qui duraient quelquefois, suivant les circonstances, jusqu’au mois
de _Pop_. Ils donnaient à ces fêtes le nom de _Zabacil-Than_, et voici
comment ils les solennisaient. Ils cherchaient dans la commune ceux qui,
comme les plus riches, étaient les plus en état de faire les frais de
la fête et la leur recommandaient au jour signalé; parce qu’on avait
davantage de..... durant ces trois mois qui restaient jusqu’à l’année
naturelle. Ce qu’ils faisaient alors c’était de se réunir dans la maison
de celui qui célébrait la fête, après avoir fait la cérémonie de chasser
le mauvais esprit. On brûlait du copal, on présentait des offrandes avec
des réjouissances et des danses, après quoi on avalait quelques cruches
de vin, ce qui était toujours le fond de la fête. Tels étaient d’ailleurs
les excès auxquels ils se livraient durant ces trois mois, que cela
faisait peine à voir: les uns s’en allaient tout couverts d’égratignures
ou de contusions, les autres les yeux enflammés de la quantité de
liqueurs, dont ils s’abreuvaient, et avec cette passion pour le vin ils
s’y ruinaient entièrement.

    13    —         I CHICCHAN.

    14    —        II CIMI.

    15    —       III MANIK.

    16    —        IV LAMAT.

    17    —         V MULUC.

    18    —        VI OC.

    19    —       VII CHUEN.

    20    —      VIII EB.

    21    —        IX BEN.

    22    —         X IX.

    23    —        XI MEN.

    24    —       XII CIB.

    25    —      XIII CABAN.

    26    —         I EZANAB.

    27    —        II CAUAC.

    28    —       III AHAU.

    29    —        IV YMIX.

    30    —         V IK.

    31    —        VI AKBAL.

    1ᵉʳ Juin.     VII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ KAYAB.

    2     —      VIII  CHICCHAN.

    3     —        IX CIMI.

    4     —         X MANIK.

    5     —        XI LAMAT.

    6     —       XII MULUC.

    7     —      XIII OC.

    8     —         I CHUEN.

    9     —        II EB.

    10    —       III BEN.

    11    —        IV IX.

    12    —         V MEN.

    13    —        VI CIB.

    14    —       VII CABAN.

    15    —      VIII EZANAB.

    16    —        IX CAUAC.

    17    —         X AHAU.

    18    —        XI YMIX.

    19    —       XII IK.

    20    —      XIII AKBAL.

    21    —         I KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ CUMKU.

    22    —        II CHICCHAN.

    23    —       III CIMI.

    24    —        IV MANIK.

    25    —         V LAMAT.

    26    —        VI MULUC.

    27    —       VII OC.

    28    —      VIII CHUEN.

    29    —        IX EB.

    30    —         X BEN.

    1ᵉʳ Juillet.   XI YX.

    2     —       XII MEN.

    3     —      XIII CIB.

    4     —         I CABAN.

    5     —        II EZANAB.

    6     —       III CAUAC.

    7     —        IV AHAU.

    8     —         V YMIX.

    9     —        VI IK.

    10    —       VII AKBAL.

On a dit, dans les chapitres précédents, que les Indiens commençaient
leurs années par ces jours sans nom, en s’y préparant dans les veilles à
célébrer la fête de l’année nouvelle. Outre la fête qu’ils faisaient au
dieu _U-vayeyab_, à raison duquel seulement ils sortaient de chez eux,
ils solennisaient surtout ces cinq jours, en quittant peu l’intérieur
de leurs maisons, excepté pour aller présenter, en outre des offrandes
faites en commun, diverses bagatelles à leurs dieux et dans les autres
temples. Ils n’employaient jamais ensuite à leur usage particulier
les bagatelles qu’ils offraient aux idoles, mais ils en achetaient de
l’encens pour le brûler. Ils ne se peignaient ni ne se lavaient durant
ces jours: ni hommes ni femmes ne s’épouillaient; ils ne faisaient
aucune œuvre servile ni fatigante, de peur qu’il leur en arrivât quelque
malheur[186].

    11    —      VIII KAN.

    12    —        IX CHICCHAN.

    13    —         X CIMI.

    14    —        XI MANIK.

    15    —       XII LAMAT.

                      COMMENCEMENT DE L’ANNÉE MAYA.

    16    —       XII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ POP.

Le premier jour de _Pop_ commençait le premier mois de ces Indiens;
c’était le jour de leur année nouvelle et celui d’une fête fort
solennelle chez eux; car elle était générale, tous y prenaient part et
tout le peuple se réunissait pour fêter tous les dieux. Pour la célébrer
avec plus d’ostentation, ils renouvelaient ce jour-là tous les objets
dont ils se servaient, tels que plats, coupes, piédestaux, paniers,
vieux habits et étoffes avec lesquelles ils enveloppaient leurs idoles.
Ils balayaient leurs maisons et allaient jeter le tout avec l’ordure et
les vieux ustensiles à la voirie, en dehors de la localité, et nul, en
eût-il eu le plus grand besoin, n’eût osé y toucher. Pour se préparer
à cette fête, les princes et les prêtres, ainsi que la noblesse,
commençaient par jeûner et s’abstenir préalablement de leurs femmes, ce
que faisaient également ceux qui voulaient montrer leur dévotion, et
ils y donnaient tout le temps qu’ils jugeaient à propos; car il y en
avait qui s’y prenaient trois mois à l’avance, d’autres deux, d’autres
à leur fantaisie, autant qu’il leur plaisait, quoique jamais moins de
treize jours. A ces treize jours d’abstinence de leurs femmes, ils
ajoutaient celle de ne prendre avec leurs mets ni sel, ni piment, ce
qu’ils regardaient comme une grande pénitence. C’est dans cet intervalle
qu’ils faisaient l’élection des officiers _Chac_ qui aidaient le prêtre:
celui-ci leur préparait une grande quantité de petites boules d’encens
frais sur des planchettes que les prêtres avaient à cet effet, afin que
les jeûneurs et les abstinents pussent les brûler en l’honneur de leurs
idoles. Ceux qui avaient une fois commencé cette pénitence se gardaient
bien de la rompre, persuadés qu’ils étaient qu’il leur arriverait de
cette infraction quelque calamité soit à eux-mêmes, soit à leurs maisons.

Le jour du nouvel an arrivé, tous les hommes s’assemblaient dans la
cour du temple, mais seuls: car, en aucune occasion, si la fête ou
le sacrifice se célébrait dans le temple, les femmes ne pouvaient y
assister, à l’exception des vieilles qui y venaient pour leurs danses
particulières; mais dans les différentes autres fêtes qui avaient
lieu ailleurs, les femmes avaient la faculté de se présenter. Dans la
circonstance actuelle, les hommes venaient propres et ornés de leurs
peintures et de leurs couleurs, après s’être débarbouillés de la suie
dont ils s’étaient recouverts pendant le temps de leur pénitence. Tous
étant réunis avec les offrandes de mets et de boissons qu’on avait
apportés et une grande quantité de vin, nouvellement fermenté, le
prêtre purifiait le temple et s’asseyait au milieu de la cour, vêtu
de pontifical, ayant à côté de lui un brasier et les planchettes à
encens. Les _Chac_ prenaient place aux quatre coins, étendant de l’un
à l’autre un cordon neuf, au centre duquel devaient entrer tous ceux
qui avaient jeûné, afin de chasser le mauvais esprit, comme je l’ai dit
au chapitre XCVI. L’esprit malin une fois expulsé, tous se mettaient à
prier dévotement, tandis que les _chaces_ tiraient le feu nouveau: ils
brûlaient de l’encens aux idoles, le prêtre commençant le premier à jeter
le sien dans le brasier; toute l’assemblée le suivait, les seigneurs se
présentant d’abord, chacun suivant son rang, pour recevoir les boulettes
d’encens de la main du prêtre, qui le leur mettait dans les mains avec
autant de gravité et de dévotion, que s’il leur eût donné des reliques;
puis, l’un après l’autre, les jetaient lentement dans le brasier,
attendant qu’il eût achevé de brûler. A la suite de cette cérémonie,
ils mangeaient entre tous les oblations et les présents de vivres, en
buvant le vin qui allait son train, comme toujours, jusqu’à ce qu’ils
eussent terminé. C’était là leur fête de l’an neuf et la solennité avec
laquelle ils croyaient se rendre parfaitement agréables aux idoles. Dans
le courant de ce mois _Pop_, il y avait aussi des gens particulièrement
dévots qui célébraient encore cette fête avec leurs amis, ainsi que les
nobles et les prêtres, ceux-ci étant, d’ailleurs, toujours les premiers
dans les réjouissances et les festins.

    17    —      XIII CHICCHAN.

    18    —         I CIMI.

    19    —        II MANIK.

    20    —       III LAMAT.

    21    —        IV MULUC.

    22    —         V OC.

    23    —        VI CHUEN.

    24    —       VII EB.

    25    —      VIII BEN.

    26    —        IX YX.

    27    —         X MEN.

    28    —        XI CIB.

    29    —       XII CABAN.

    30    —      XIII EZANAB.

    31    —         I CAUAC.

    1ᵉʳ Août.      II AHAU.

    2     —       III YMIX.

    3     —        IV IK.

    4     —         V AKBAL.

    5     —        VI KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ UO.

    6     —       VII CHICCHAN.

    7     —      VIII CIMI.

    8     —        IX MANIK.

    9     —         X LAMAT.

    10    —        XI MULUC.

    11    —       XII OC.

    12    —      XIII CHUEN.

    13    —         I EB.

    14    —        II BEN.

    15    —       III YX.

    16    —        IV MEN.

    17    —         V CIB.

    18    —        VI CABAN.

    19    —       VII EZANAB.

    20    —      VIII CAUAC.

    21    —        IX AHAU.

Durant le mois _Uo_, les prêtres, les médecins et les sorciers, ce qui
était tout un, commençaient à se préparer par des jeûnes et autres actes
de piété, à la célébration d’une autre fête que les chasseurs et les
pêcheurs solennisaient au septième jour du mois _Zip_; chacun d’eux la
célébrait en son jour de son côté; les prêtres les premiers. On donnait
à cette fête le nom de _Pocam_. S’étant rassemblés, revêtus de leurs
ornements, dans la maison du prince, ils chassaient d’abord le mauvais
esprit, comme à l’ordinaire: ils découvraient ensuite leurs livres et les
exposaient sur un tapis de verdure qu’ils avaient préparé à cet effet.
Ils invoquaient ensuite dévotement un dieu nommé _Cinchau-Yzamna_, qui
avait, disaient-ils, été le premier prêtre[187]; ils lui offraient divers
présents et lui brûlaient au feu nouveau des boulettes d’encens. Pendant
ce temps-là d’autres délayaient dans un vase un peu de vert-de-gris
avec de l’eau vierge, qu’ils disaient avoir apportée des bois où jamais
femme n’avait pénétré: ils en humectaient les planches des livres, afin
de les nettoyer; cela fait, le plus savant des prêtres ouvrait un livre
où il examinait les pronostics de cette année, qu’il déclarait à tous
ceux qui étaient présents[188]. Il les prêchait après cela quelque peu,
leur recommandant ce qu’ils devaient faire pour en éloigner les effets
sinistres, et faisait connaître cette même fête pour l’année suivante au
prêtre ou seigneur qui devait la célébrer: si celui-ci venait à mourir
dans l’intervalle, ses fils étaient tenus de la célébrer à sa place.
Cela terminé, tous ensemble consommaient les vivres et les boissons des
offrandes, buvant comme des sacs à vin. Ainsi s’achevait la fête, durant
laquelle ils dansaient quelquefois un ballet du nom d’_Okot-Uil_.

    22    —         X YMIX.

    23    —        XI IK.

    24    —       XII AKBAL.

    25    —      XIII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ ZIP.

    26    —         I CHICCHAN.

    27    —        II CIMI.

    28    —       III MANIK.

    29    —        IV LAMAT.

    30    —         V MULUC.

    31    —        VI OC.

    1ᵉʳ Septemb.  VII CHUEN.

Le jour suivant, les médecins et sorciers se réunissaient dans la
maison de l’un d’eux avec leurs femmes. Les prêtres chassaient l’esprit
mauvais, après quoi ils exposaient les enveloppes de leur médecine,
où ils tenaient une foule de bagatelles et, chacun en particulier, de
petites images de la déesse de la médecine qu’ils appelaient _Ixchel_,
d’où le nom de la fête _Ihcil-Ixchel_, ainsi que des petites pierres
servant à leurs sortiléges, nommées _am_. Avec une grande dévotion, ils
invoquaient alors dans leurs prières les dieux de la médecine _Yzamna_,
_Cit-Bolon-Tun_ et _Ahau-Chamahez_, tandis que les prêtres brûlaient
en leur honneur de l’encens qu’ils jetaient dans le brasier du feu
nouveau et que les _Chac_ les barbouillaient de couleur bleue comme
les livres des prêtres. Cela fait, chacun enveloppait les choses qui
le regardaient, et, chargés de leurs paquets, ils dansaient un ballet
nommé _Chan-tun-yab_. Le ballet terminé, les hommes s’asseyaient d’un
côté et les femmes de l’autre; on signalait ensuite le jour pour la fête
de l’année suivante, et tous ensemble faisaient le festin accoutumé des
offrandes et des boissons, s’enivrant à qui mieux mieux. Les prêtres
seuls, dit-on, honteux de s’y joindre cette fois, mettaient de côté leur
part du vin, afin de le boire à leur aise et sans témoins.

Le jour précédent, les chasseurs se réunissaient dans la maison de l’un
d’eux où ils amenaient leurs femmes; les prêtres y venaient comme les
autres, et après avoir chassé le mauvais esprit, comme à l’ordinaire, ils
plaçaient au milieu de la maison les préparatifs nécessaires au sacrifice
d’encens et de feu nouveau avec de la couleur bleue. Les chasseurs
invoquaient avec dévotion les dieux de la chasse _Acanum_, _Zuhuy-Zip_,
_Tabai_ et d’autres, et distribuaient l’encens qu’ils jetaient ensuite
dans le brasier. Tandis qu’il brûlait, chacun prenait une flèche et une
tête de cerf que les _Chac_ frottaient de la couleur bleue; ainsi peints,
les uns dansaient, en les tenant à la main, pendant que d’autres se
perçaient les oreilles ou la langue, se passant par les trous qu’ils y
pratiquaient sept feuilles d’une herbe appelée _Ac_[189]. Cela terminé,
le prêtre d’abord et les officiers de la fête après, lui présentaient les
oblations, puis ils se mettaient à danser, se faisant verser du vin et
s’enivrant jusqu’à satiété.

Le lendemain c’était le tour des pêcheurs à célébrer la fête, ce qu’ils
faisaient de la même manière que les autres, sauf qu’au lieu de têtes
de cerfs, ils barbouillaient de couleur leurs instruments de pêche; ils
ne se perçaient pas non plus les oreilles, mais se les taillaient à
l’entour, après quoi ils dansaient un ballet nommé _Chohom_[190]. Cela
fait, ils bénissaient un grand et gros arbre qu’ils laissaient debout.
Lorsque cette fête était finie dans les villes, les seigneurs avaient
coutume d’aller la célébrer avec beaucoup de monde à la côte, où ils
faisaient de grandes pêches avec des réjouissances de toute sorte; car
ils portaient avec eux une grande quantité de filets et de hameçons, avec
d’autres instruments à pêcher. Les dieux qu’ils invoquaient alors comme
leurs patrons étaient _Ahkak-Nexoï_, _Ahpua_, _Ahcitz_ et _Amalcum_[191].

    2     —      VIII EB.

    3     —        IX BEN.

    4     —         X YX.

    5     —        XI MEN.

    6     —       XII CIB.

    7     —      XIII CABAN.

    8     —         I EZANAB.

    9     —        II CAUAC.

    10    —       III AHAU.

    11    —        IV YMIX.

    12    —         V IK.

    13    —        VI AKBAL.

    14    —       VII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ TZOZ.

Au mois _Tzoz_, les maîtres de ruches à miel se préparaient à la
célébration de leur fête de _Tzec_; mais quoique la principale
préparation à ces fêtes fût le jeûne, il n’obligeait que le prêtre et les
officiers qui lui prêtaient leur aide, étant tout volontaire pour les
autres.

    15    —      VIII CHICCHAN.

    16    —        IX CIMI.

    17    —         X MANIK.

    18    —        XI LAMAT.

    19    —       XII MULUC.

    20    —      XIII OC.

    21    —         I CHUEN.

    22    —        II EB.

    23    —       III BEN.

    24    —        IV YX.

    25    —         V MEN.

    26    —        VI CIB.

    27    —       VII CABAN.

    28    —      VIII EZANAB.

    29    —        IX CAUAC.

    30    —         X AHAU.

    1ᵉʳ Octobre.   XI YMIX.

    2     —       XII YX.

    3     —      XIII AKBAL.

    4     —         I KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ TZEC.

Le jour de la fête étant venu, ils se réunissaient dans la maison de
celui qui la célébrait et faisaient tout ce qu’ils étaient accoutumés
de faire dans les autres, sauf qu’ils ne répandaient pas de sang. Ils
avaient pour patrons les _Bacab_, et surtout _Hobnil_. Ils faisaient
alors de grandes offrandes, en particulier aux quatre _Chac_, auxquels
ils présentaient quatre plats, peints tout autour de figures de miel,
afin d’en obtenir en abondance par le moyen de cette fête. Ils la
finissaient, comme de coutume, par une orgie complète, les maîtres des
ruches n’épargnant pas le miel en cette circonstance[192].

    5     —        II CHICCHAN.

    6     —       III CIMI.

    7     —        IV MANIK.

    8     —         V LAMAT.

    9     —        VI MULUC.

    10    —       VII OC.

    11    —      VIII CHUEN.

    12    —        IX EB.

    13    —         X BEN.

    14    —        XI YX.

    15    —       XII MEN.

    16    —      XIII CIB.

    17    —         I CABAN.

    18    —        II EZANAB.

    19    —       III CAUAC.

    20    —        IV AHAU.

    21    —         V YMIX.

    22    —        VI IK.

    23    —       VII AKBAL.

    24    —      VIII KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ XUL.

On a vu, dans le dixième chapitre[193], comment après le départ de
Kukulcan du Yucatan, il y eut des Indiens qui assurèrent qu’il était
monté au ciel avec les dieux, le regardant comme un dieu et lui bâtissant
des temples; c’est pourquoi ils célébrèrent des fêtes en son honneur
et elles continuèrent par toute la contrée jusqu’à la destruction de
Mayapan. A la suite de cet événement, on ne les célébra plus que dans la
province de Mani[194]; mais les autres provinces, en reconnaissance de ce
qu’elles devaient à Kukulcan, lui présentaient tour à tour, chaque année,
à Mani, quelquefois quatre et d’autres fois cinq bannières magnifiques
de plume, avec lesquelles ils solennisaient la fête, non comme les
autres, mais de la manière suivante. Au 16 du mois _Xul_, tous les
seigneurs et les prêtres de Mani s’assemblaient et avec eux une multitude
considérable qui se joignait à eux, après s’être préparés par des jeûnes
et des abstinences. Le soir de ce jour ils sortaient en procession, avec
un grand nombre de comédiens, de la maison du prince et s’avançaient
lentement vers le temple de _Kukulcan_ qu’on avait au préalable orné
convenablement. En arrivant, ils faisaient leurs prières et plaçaient les
bannières en haut du temple; ils étalaient leurs idoles sur un tapis de
feuillage; ayant ensuite tiré du feu nouveau, ils brûlaient de l’encens
en beaucoup d’endroits, faisant des oblations de viande, cuite sans sel
ni piment, avec des boissons de fèves et de pepins de calebasses. Les
seigneurs ainsi que ceux qui avaient observé le jeûne, passaient là, sans
retourner chez eux, cinq jours et cinq nuits en prière, brûlant du copal,
et exécutant quelques danses sacrées. Pendant ce temps-là, les comédiens
allaient de la maison d’un des nobles à l’autre, représentant leurs
pièces et recueillant les dons qu’on leur offrait; au bout de cinq jours,
ils portaient le tout au temple où ils les partageaient aux seigneurs,
aux prêtres et aux danseurs; après cela, on reprenait les bannières avec
les idoles; on les remportait à la maison du prince, d’où chacun rentrait
chez lui avec ce qui lui revenait. Ils disaient et tenaient pour certain
que Kukulcan descendait du ciel le dernier jour de la fête et recevait
personnellement les sacrifices, les pénitences et les offrandes qu’on
faisait en son honneur. Quant à la fête on l’appelait _Chic-Kaban_.

    25    —        IX CHICCHAN.

    26    —         X CIMI.

    27    —        XI MANIK.

    28    —       XII LAMAT.

    29    —      XIII MULUC.

    30    —         I OC.

    31    —        II CHUEN.

    1ᵉʳ Novemb.   III EB.

    2     —        IV BEN.

    3     —         V YX.

    4     —        VI MEN.

    5     —       VII CIB.

    6     —      VIII CABAN.

    7     —        IX EZANAB.

    8     —         X CAUAC.

    9     —        XI AHAU.

    10    —       XII YMIX.

    11    —      XIII IK.

    12    —         I AKBAL.

    13    —        II KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ YAXKIN.

Durant ce mois _Yaxkin_, on commençait à se préparer, suivant la
coutume, pour une fête générale qui se célébrait en _Mol_, en un jour
que le prêtre désignait, en l’honneur de tous les dieux; on l’appelait
_Oloh-Zab-Kam Yax_. Après les cérémonies et encensements d’usage, ce
qu’ils voulaient faire, c’était de barbouiller avec leur couleur bleue
les instruments de toutes les professions, depuis ceux dont se servaient
les prêtres jusqu’aux fuseaux des femmes et jusqu’aux portes de leurs
maisons. A cette occasion, ils peignaient de la même couleur les enfants
des deux sexes; mais, au lieu de leur barbouiller les mains, on leur
donnait en dehors, sur les articulations, à chacun, neuf petits coups;
quant aux petites filles, c’était une vieille femme qui les amenait
là, et pour cela on la nommait _Ixmol_, c’est-à-dire la conductrice.
On donnait ces petits coups sur les mains aux enfants, afin qu’ils
devinssent d’habiles ouvriers dans les professions de leurs pères et de
leurs mères. La conclusion de cette cérémonie était une bonne orgie et un
festin de toutes les offrandes qu’on avait présentées, quoiqu’il y ait à
croire qu’on ne permettait à la dévote vieille de ne s’enivrer que chez
elle, afin qu’elle ne perdît pas en chemin la plume de son office.

    14    —       III CHICCHAN.

    15    —        IV CIMI.

    16    —         V MANIK.

    17    —        VI LAMAT.

    18    —       VII MULUC.

    19    —      VIII OC.

    20    —        IX CHUEN.

    21    —         X EB.

    22    —        XI BEN.

    23    —       XII YX.

    24    —      XIII MEN.

    25    —         I CIB.

    26    —        II CABAN.

    27    —       III EZANAB.

    28    —        IV CAUAC.

    29    —         V AHAU.

    30    —        VI YMIX.

    1ᵉʳ Décemb.   VII IK.

    2     —      VIII AKBAL.

    3     —        IX KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ MOL.

Durant ce mois, les maîtres de ruches à miel recommençaient la fête
qu’ils avaient célébrée au mois _Tzec_, afin que les dieux fissent naître
des fleurs pour les abeilles.

Une des choses que ces misérables regardaient comme des plus difficiles
et des plus ardues, c’était de fabriquer leurs idoles de bois, ce qu’ils
appelaient faire des dieux,[195]. Ils avaient pour cela une époque
particulière qui était ce mois de _Mol_, ou un autre, si le prêtre
jugeait à propos de la changer. Ceux qui souhaitaient en faire faire,
consultaient d’abord le prêtre, et, d’après son avis, allaient trouver
les artistes qui s’occupaient de cette profession; mais, à ce qu’on dit,
ceux-ci s’en excusaient toujours, parce qu’ils étaient persuadés que
l’un ou l’autre de leur maison en mourrait, ou qu’il leur surviendrait
quelque maladie du cœur. Dès qu’ils avaient accepté, les _Chac_ qu’ils
choisissaient à cet effet, ainsi que le prêtre et l’artiste, commençaient
le jeûne. Entre temps, celui qui avait commandé les idoles, allait
en personne, ou bien envoyait couper dans le bois l’arbre dont elles
devaient être sculptées, et c’était toujours du cèdre. Quand le bois
était arrivé, ils édifiaient une cabane de chaume bien fermée, où ils
mettaient le bois avec une grande urne pour y enfermer les idoles tout
le temps qu’ils y travailleraient. Ils offraient de l’encens à quatre
dieux, appelés _Acantun_, dont ils plaçaient les images aux quatre points
cardinaux; ils prenaient également ce qu’il fallait pour se scarifier ou
se tirer du sang des oreilles, ainsi que les instruments dont ils avaient
besoin pour sculpter leurs noires divinités. Préparés de cette manière,
le prêtre, les _Chac_ et l’artiste s’enfermaient dans la chaumière et se
mettaient à l’œuvre sacrée, se scarifiant fréquemment les oreilles et
barbouillant les idoles de leur sang et leur brûlant de l’encens; ils
continuaient ainsi jusqu’à ce que le travail fût terminé, les gens de
leur famille leur apportant à manger, avec ce qui leur était nécessaire;
mais ils ne pouvaient, durant tout ce temps, s’approcher de leurs femmes,
et nul n’était admis dans l’endroit où ils étaient renfermés.

    4     —         X CHICCHAN.

    5     —        XI CIMI.

    6     —       XII MANIK.

    7     —      XIII LAMAT.

    8     —         I MULUC.

    9     —        II OC.

    10    —       III CHUEN.

    11    —        IV EB.

    12    —         V BEN.

    13    —        VI YX.

    14    —       VII MEN.

    15    —      VIII CIB.

    16    —        IX CABAN.

    17    —         X EZANAB.

    18    —        XI CAUAC.

    19    —       XII AHAU.

    20    —      XIII YMIX.

    21    —         I IK.

    22    —        II AKBAL.

    23    —       III KAN.              1ᵉʳ _jour du mois_ CHEN.

    24    —        IV CHICCHAN.

    25    —         V CIMI.

    26    —        VI MANIK.

    27    —       VII LAMAT.

    28    —      VIII MULUC.

    29    —        IX OC.

    30    —         X CHUEN.

    31    —        XI EB.

[Illustration]

Au centre de la roue qui fait face à cette page, se trouvent dans le
texte original ces paroles:

    «Llaman a esta cuenta en su lengua Uazlazon Katun que quiere
    dezir la _gerra_ de los Katunes.»

    C’est-à-dire, ils appellent, dans leur langue, cette
    computation _Uazlazon Katun_, ce qui signifie la guerre ou le
    jeu des Katuns.


§ XLI.—_Ahau Katun ó siglo de los Mayas. Escritura de ellos._

No solo tenian los indios cuenta en el año y meses, como queda dicho, y
señalado atras pero tenian cierto modo de contar los tiempos y sus cosas
por edades, las quales hazian de veynte en veynte años, contando XIII
veyntes con una de las XX letras de los meses que llaman _Ahau_, sin
orden sino retruecanados como pareceran en la siguiente raya redonda;
llaman les a estos en su lengua _Katunes_, y con ellos tenian a maravilla
cuenta con sus edades, y le fue assi facil al viejo de quien en el
primero capitulo dixe avia trescientos años acordarse dellos. Ca si yo
no supiera destas sus cuentas yo no creyera se pudiera assi acordar de
tanta edad.

Quien esta cuenta de katunes ordeno, si fue el demonio, hizo lo que suele
hordenandolo a su honor, o si fue hombre, devia ser buen idolatra, porque
con estos sus katunes añadio todos los principales engaños y agueros, y
embaymientos con que aquesta gente anda allende de sus miserias del todo
enbaucada y assi esta era la sciencia a que ellos davan mas credito, y
la que tenian en mas, y de la que no los sacerdotes todos sabian dar
cuenta. La orden que tenian en contar sus cosas y hazer sus divinaciones,
con esta cuenta, era que tenian en el templo dos idolos dedicados a dos
destos caracteres. Al primero conforme a la cuenta desde la cruz de la
raya redonda arriba contenida adoravan, y hazian servicios para remedio
de las plagas de sus XX años, y a los X años que faltavan de los XX del
primero, no hazian con el mas de quemarle encienso y reverenciarle.
Cumplidos los XX años del primero, començava a seguirse por los hados
del segundo, y a hazerle sus sacrificios, y quitado aquel idolo primero,
ponian otro para venerarle otros diez años.

_Verbi gratia_ dizen los indios que acabaron de llegar los españoles a la
cibdad de Merida el año de la Natividad del Senor de MDXLI, que era en
punto en el primero año de la era de _Buluc-Ahau_, que es el que esta en
la casa donde esta la Cruz, y llegaron el mesmo mes de _Pop_, que es el
primero mes de su año. Sino huviera españoles, adoraran ellos el idolo
de _Buluc-Ahau_ hasta el año de LI, que son dies años, y al año decimo,
pusieran otro idolo a _Bolon-Ahau_, y honraranle, siguiendose por los
pronosticos de _Buluc-Ahau_ hasta el año de LXI, y entonces quitaranle
del templo, y pusieran a _Uuc-Ahau_ idolo, y siguieranse por los
pronosticos de _Bolon-Ahau_ otros X anos, y assi davan a todos buelta; de
manera que veneravan a estos sus katunes XX años, y los X se regian por
sus supersticiones y engaños, las quales eran tantas y tan bastantes para
engañar a gente simple que admira aunque no a los que saben de las cosas
naturales, y la experiencia que dellas el demonio tiene.

Usavan tambien esta gente de ciertos carateres o letras con las quales
escrivian en sus libros sus cosas antiguas, y sus sciencias, y con
ellas, y figuras, y algunas señales en las figuras entendian sus cosas,
y las davan a entender y enseñavan. Hallamosles grande numero de libros
destas sus letras, y porque no tenian cosa en que no uviesse supersticion
y falsedades del demonio se les quemamos todos, lo qual a maravilla
sentian, y les dava pena.

De sus letras porne aqui un _a_, _b_, _c_, que no permite su pesadumbre
mas porque usan para todas las aspiraciones de las letras de un caracter,
y despues, al puntar de las partes otro, y assi viene a hazer _in
infinitum_, como se podra ver en el siguiente exemplo. _Lé_, quiere dezir
laço y caçar con el; para escrivirle con sus carateres, haviendoles
nosotros hecho entender que son dos letras, lo escrivian ellos con tres,
puniendo a la aspiracion de la _l_ la vocal _é_, que antes de si trae, y
en esto no hierran, aunque usense, si quisieren ellos de su curiosidad.
Exemplo: [Illustration: e L e Lé] Despues al cabo le pegan la parte
junta. _Ha_ que quiere dezir agua, porque la _haché_ tiene [Illustration:
ha] _a_, _h_, antes de si la ponen ellos al principio con _a_, y al cabo
desta manera. Tambien lo escriven a partes pero de la una y otra manera,
yo no pusiera aqui ni tratara dello sino por dar cuenta entera de las
cosas desta gente. _Ma in kati_ quiere dezir no quiero, ellos lo escriven
a partes desta manera: [Illustration: ma i n ka ti]

[Illustration: SIGUESE SU A B C.

         Signos.  Valor
                 fonetico.
     1. [glyphe]    a
     2. [glyphe]    a
     3. [glyphe]    a
     4. [glyphe]    b
     5. [glyphe]    b
     6. [glyphe]    c
     7. [glyphe]    t
     8. [glyphe]    é
     9. [glyphe]    h
    10. [glyphe]    i
    11. [glyphe]    ca
    12. [glyphe]    k
    13. [glyphe]    l
    14. [glyphe]    l
    15. [glyphe]    m
    16. [glyphe]    n
    17. [glyphe]    o
    18. [glyphe]    o
    19. [glyphe]    p
    20. [glyphe]    pp
    21. [glyphe]    cu
    22. [glyphe]    ku
    23. [glyphe]    x#
    24. [glyphe]    x
    25. [glyphe]    u
    26. [glyphe]    u
    27. [glyphe]    z
]

[Illustration: SIGNOS ADICIONALES.

    [glyphe] (Variante de la _a_ n. 1.)
    [glyphe] ma (quizá tambien _me_ ó _mo_.)
    [glyphe] (Variante de la letra _h_.)
    [glyphe] ti
    [glyphe] ha (agua ó _’h_ gutural.)
    [glyphe] signo de aspiracion?
]

De las letras que aqui faltan carece esta lengua y tiene otras añadidas
de la nuestra para otras cosas que las ha menester, y ya no usan para
nada destos sus caracteres especialmente la gente moça que an aprendido
los nuestros.


§ XLI.—_Ahau-Katun ou cycle des Mayas. Leur écriture et leur alphabet._

Ainsi qu’on l’a fait voir plus haut, ces Indiens n’avaient pas seulement
la computation de l’année et des mois, mais ils avaient aussi une
certaine manière de compter les temps et leurs choses par âges, ce
qu’ils faisaient de vingt en vingt ans, en comptant treize vingtaines
au moyen d’une des vingt lettres de leur mois, appelé _Ahau_, mais sans
ordre et alternés seulement, comme on le verra dans la roue ci-dessus:
ils appellent ces figures _Katun_ et ils y retrouvaient à merveille la
computation de leurs âges. Aussi était-il facile au vieillard dont j’ai
parlé dans le premier chapitre[196] de se souvenir de trois cents ans
en arrière; car si je n’avais su ce que c’est que ces computations, je
n’aurais jamais cru qu’ils pussent ainsi se souvenir d’un temps si long.

Quant à celui qui régla l’ordre de ces _Katuns_, si ce fut le démon, il
s’en tira certainement comme à l’ordinaire, en tout honneur; si ce fut un
homme, ce devait être un bien grand idolâtre; car à tous ces _Katuns_ il
ajouta toutes les tromperies, les divinations et les subtilités où ces
gens, en outre de leurs misères, se sont laissés enjoler, cette science
étant entre toutes celle à laquelle ils donnaient le plus de crédit, mais
dont tous les prêtres également ne savaient, d’ailleurs, pas rendre bien
compte. L’ordre qu’ils avaient pour compter leurs dates et faire leurs
divinations, à l’aide de cette computation, était qu’ils avaient dans
le temple deux idoles dédiées à deux de ces caractères. Au premier, qui
commençait avec la croix placée au-dessus du cercle, ils rendaient leurs
hommages, en lui faisant des offrandes et des sacrifices pour obtenir le
remède des calamités de ces vingt ans; mais après qu’il s’était passé
dix années de ce premier, ils ne lui offraient plus autre chose que de
l’encens et des respects. Une fois les vingt années du premier passées,
ils commençaient à se conduire d’après les présages du second et à lui
offrir des sacrifices, ayant ôté l’idole du premier pour mettre celle du
second, afin de le vénérer dix autres années.

Ces Indiens disent, par exemple, que les Espagnols étaient arrivés à la
cité de Mérida l’an de la nativité de Notre-Seigneur 1541, ce qui était
précisément le premier de l’an _Buluc-Ahau_, le même qui se trouve placé
sur la case où est la croix, et qu’ils entrèrent aussi au mois de _Pop_,
le premier de leur année. Si les Espagnols n’étaient ici actuellement,
ils auraient adoré l’idole de _Buluc-Ahau_ jusqu’à l’an 51, ce qui aurait
fait dix ans; mais à la dixième année, ils auraient mis l’idole de
_Bolon-Ahau_, et lui auraient rendu leurs hommages, en continuant à se
conduire par les pronostics de _Buluc-Ahau_ jusqu’à l’an 61; alors ils
l’auraient enlevée du temple et y auraient mis l’idole de _Uac-Ahau_,
tout en continuant à se conduire par les pronostics de _Bolon-Ahau_,
durant dix ans encore, et ainsi du reste jusqu’à ce qu’ils eussent
fait le tour. De cette manière, ils vénéraient leurs _Katuns_ pendant
vingt ans, et pendant dix, se réglaient suivant leurs superstitions et
jongleries qui étaient en si grand nombre, qu’il y en avait plus qu’il
n’en fallait pour tromper ces gens simples, et il y aurait de quoi
s’en étonner, si on ne savait ce que sont les choses de la nature et
l’expérience qu’en a le démon[197].

Ces peuples se servaient aussi de certains caractères ou lettres, avec
lesquelles ils écrivaient dans leurs livres leurs choses antiques et
leurs sciences, et par leur moyen et celui de certaines figures et
signes particuliers dans ces figures[198], ils entendaient leurs choses,
les donnaient à entendre et les enseignaient. Nous leur trouvâmes un
grand nombre de livres dans ces caractères, et, comme ils n’en avaient
aucun où il n’y eût de la superstition et des mensonges du démon, nous
les leur brûlâmes tous, ce qu’ils sentirent vivement et leur donna de
l’affliction[199].

De leurs lettres, je mettrai ici un A, B, C, leur grossièreté n’en
permettant pas davantage; car ils se servent, pour toutes les aspirations
de leurs lettres, d’un caractère, et ensuite pour la ponctuation, d’un
autre, qui viennent ainsi à se reproduire à l’infini, comme on le pourra
voir dans l’exemple suivant: _Lé_ veut dire le lacet et chasser avec;
pour l’écrire avec leurs caractères, quoique nous leur eussions donné
à entendre qu’il n’y avait que deux lettres, ils l’écrivaient eux avec
trois, mettant à l’aspiration du _l_ la voyelle _e_ qu’il porte devant
lui, et en cela ils ne se trompent point, encore qu’ils usent, s’ils le
veulent, de leur manière curieuse[200]. Exemple: _e l e lé_. Ensuite,
mettant à la fin la partie qui est jointe, _Ha_, qui veut dire eau, parce
que le son de la lettre se compose de _a_, _h_, ils lui placent d’abord
par devant un _a_ et au bout de cette manière _ha_[201]. Ils l’écrivent
aussi par parties, mais de l’une et de l’autre manière. Je n’aurais
pas mis tout cela ici et je n’en traiterais pas, sinon pour rendre
entièrement compte des choses de ce peuple. _Ma in Kati_ veut dire je ne
veux pas; ils l’écrivent par parties de cette manière: _ma in ka ti_.

ICI COMMENCE L’A B C.

       Signes.  Valeur
               phonétique.

     1. _a_        a
     2. _a_        a
     3. _a_        a
     4. _b_        b
     5. _b_        b
     6. _c_        q(?)
     7. _t_        t
     8. _é_        é
     9. _h_        h
    10. _i_        i
    11. _ca_       ca(?)
    12. _k_        k (ha guttural)
    13. _l_        l
    14. _l_        l
    15. _m_        m
    16. _n_        n
    17. _o_        o
    18. _o_        o
    19. _p_        p[202]
    20. _pp_       pp (dur)
    21. _cu_       cu?
    22. _ku_       k (kou guttural)
    23. _x_        dj ou dz(?)
    24. _x_        tch(?)
    25. _u_        ou(?)[203]
    26. _u_        ou
    27. _z_        ç[204]

SIGNES ADDITIONNELS.

    (Variante de la lettre _a_ n. 1.)
    (ma, (peut-être aussi _me_ ou _mo_)
    (Variante de la lettre _h_.)
    (ti)
    (ha, (eau ou _’h_ guttural.)
    (signe d’aspiration?)

Cette langue manque des lettres qui ne sont pas ici; elle en a d’autres,
ajoutées de la nôtre pour d’autres choses dont elle a besoin; mais déjà
ils ne se servent pour rien de leurs anciens caractères, particulièrement
les jeunes gens qui ont appris les nôtres[205].


§ XLII.—_Multitud de los edificios de Yucatan. Los de Izamal, de Merida y
de Chicheniza._

Si Yucatan uviere de cobrar nombre y reputacion con muchedumbre, grandeza
y hermosura de edificios, como, lo han alcançado otras partes de las
Indias, con oro, plata y riquezas, ella uviera estendidose tanto como el
Peru y la Nueva-España, porque es assi en esto de edificios y muchedumbre
de ellos la mas señalada cosa de quantas hasta oy en las Indias se ha
descubierto, porque son tantos y tantas las partes donde los ay y tan
tiene edificados de canteria a su modo que espanta; y porque esta tierra
no es tal al presente, aunque es buena tierra como parece aver sido en
el tiempo prospero, en que en ella tanto y tan señalado edificio se labro
con no aver ningun genero de metal en ella con que los labrar, porne aqui
las razones que he visto dar a los que en ellos an mirado.

Las quales son que estas gentes devieron ser sugetas a algunos señores
amigos de ocuparlas mucho, y que las ocuparon en esto, o que como ellos
an sido tan honradores de los idolos, se señalaran de comunidad en hazer
los templos, o que por algunas causas, se mudaran las poblaciones, y assi
donde poblavan, edificavan siempre de nuevo sus templos y santuarios y
casas a su usança para la señores, que ellos siempre las an usado de
madera cubiertas de paja, o que el grande aparejo que en la tierra ay
de piedra y cal y cierta tierra blanca excellente para edificios les ha
hecho, como occasion hazer tantos que sino es a los que los an visto,
parecera burla hablar dellos.

O la tierra tiene algun secreto que hasta agora no se le a alcançado, ni
la gente natural destas tiempos ha tampoco alcançado. Porque dezir los
ayan otras naciones sujetando los indios edificado, no es assi, por las
señales que ay de aver sido edificados los edificios de gente indiana y
desnuda como se vee en uno de los edificios de muchos y muy grandes que
alli ay en las paredes de los bastiones del qual aun duran señales de
hombres en carnes y honestados de unos largos listones que llaman en su
lengua _ex_ y de otras divisas que los indios destos tiempos trayan, todo
hecho de argamaça muy fuerte, y morando yo alli, se hallo en un edificio
que desbaratamos un cantaro grande con tres asas y pintado de unos fuegos
plateados por defuera, dentro del qual estavan cenizas de cuerpo quemado,
y entre ellas hallamos tres cuentas de piedra, buenos, del arte de las
que los indios aora tienen por moneda, lo qual todo muestra aver sido
indios.

Bien se que si lo fueron fue gente de mas ser que los de aora, y muy
de mayores cuerpos y fuerças y aun veese esto mas aqui en Yzamal que
en otra parte en los bultos de media talla que digo estan oy en dia de
argamasa en los bastiones que son de hombres crecidos, y los estremos
de los braços y piernas del hombre cuyas eran las cenizas del cantaro
que hallamos en el edificio que estavan a maravilla por quemar y muy
gruessos. Veese tambien en las escaleras de los edificios que son mas de
dos buenos palmos de alto, y esto aqui solo en Yzamal y en Merida.

[Illustration: N.— 1.—]

Ay aqui en Yzamal un edificio entre los otros de tanta altura que
espanta, el qual se vera en esta figura y en esta razon della. Tiene XX
gradas de a mas de dos buenos palmos de alto y ancho cada un y terna, mas
de cien pies de largo. Son estas gradas de muy grandes piedras labradas
aunque con el mucho tiempo, y estar al agua, estan ya feas y maltratadas.
Tiene despues labrado en torno como señala esta raya, redonda labrado de
canteria una muy fuerte pared a la qual como estado y medio en alto sale
una ceja de hermosas piedras todo a la redonda y desde ellas se torna
despues a seguir la obra hasta ygualar con el altura de la plaça que se
haze despues de la primera escalera.

Despues de la qual plaça se haze otra buena placeta, y en ella algo
pegado a la pared esta hecho un cerro bien alto con su escalera al medio
dia, donde caen las escaleras grandes y encima esta una hermosa capilla
de canteria bien labrada. Yo subi en lo alto desta capilla y como Yucatan
es tierra llana se vee desde ella tierra quanto puede la vista alcançar
a maravilla y se vee la mar. Estos edificios de Yzamal eran por todos XI
o XII, aunque es este el mayor y estan muy cerca unos de otros. No ay
memoria de los fundadores, y parecen aver sido los primeros. Estan VIII
leguas de la mar en muy hermoso sitio, y buena tierra y comarca de gente,
por lo qual nos hizieron los indios poblar con harta importunacion una
casa en uno destos edificios que llamamos St Antonio, el ano de MDXLIX,
en lo qual y en todo lo de a la rodonda se les ha mucho ayudado a su
christiandad, y assi se an poblado en este assiento dos buenos pueblos a
parte uno del otro.

Los segundos edificios que en esta tierra son mas principales y antiguos
tanto que no ay memoria de sus fundadores, son los de _Tiho_, estan treze
leguas de los de Yzamal y ocho de la mar como los otros y ay señales oy
en dia de aver avido una muy hermosa calçada de los unos a los otros. Los
españoles poblaron aqui una cibdad, y llamaronla Merida, por la estrañeza
y grandeza de los edificios, el principal de los quales señalare aqui
como pudiere y hize al de Yzamal, paraque mejor se pueda ver lo que es.

[Illustration: N.— 2.—]

Este es el borron que he podido traçar del edificio para cuyo
entendimiento se ha de entender que este es un assiento quadrado de mucha
grandeza, porque tiene mas de dos carreras de caballo, desde la parte
del oriente comiença luego la escalera desde el suelo sera esta escalera
de siete escalones del altor de los de Yzamal. Las demas partes de medio
dia, poniente y norte se siguen de una fuerte pared muy ancha. Despues
aquel henchimiento del quadro todo es de piedra seca, y ya llano toma
a començar otra escalera por la mesma parte de oriente, a mi parecer
XXVIII, o _XXX_ pies recoxida a dentro de otros tantos escalones, y tan
grandes. Haze el mismo recogimiento por la parte del medio dia y del
norte, y no del poniente y assi llegan hasta el peso de las escaleras,
haziendo todo el henchimiento de piedra seca que espanta tal altura y
grandeza como alli ay de henchimiento a mano. Despues en lo llano arriba
comiençan los edificios en esta manera. A la parte del oriente se sigue
un quarto a la larga recogido adentro hasta seis pies y no llega a los
cabos labrado de muy buena canteria, y todo de celdas de una parte y de
otra de a XII pies en largo, y VIII en ancho. Las puertas en medio de
cada una sin señal de batientes, ni manera de quicios para cerrarse, sino
affillanas de su piedra muy labrada y la obra a maravilla travada, y
cerradas todas las puertas por lo alto con tezas de piedra enterizas.

Tenia en medio un transito como arco de puente, y en cima de las puertas
de las celdas salia un relexe de piedra labrada por todo el quarto a la
larga sobre el qual salian hasta lo alto unos pilarejos, la mitad de
ellos labrados redondos, y la mitad metidos en la pared, y seguianse
hasta lo alto que piden las bovedas de que las celdas eran hechas, y
serradas por arriba. En cima destos pilaritos salia otro relexe en
rededor de todo el quarto. Lo alto era de terrado encalado muy fuerte
como alla se haze con cierta agua de corteza de un arbol.

A la parte del norte avia otro quarto de celdas tales como estotras,
salvo que el quarto con casi la mitad no era tan largo. Al poniente
se seguian otra vez las celdas; y a quatro o cinco avia un arco que
atravesava como el den medio del quarto del oriente todo el edificio,
y luego un edificio redondo algo alto, y luego otro arco y lo demas
eran celdas como las demas. Este quarto atraviessa todo el patio grande
con buena parte menos de la mitad, y assi ay dos patios, uno por detras
del al poniente y otro a su oriente que viene a estar cercado de quatro
quartos, el quarto de los quales es muy differente, porque es un quarto
hecho a medio dia de dos pieças cerradas de boveda, como las demas a
la larga, la delantera de las quales tiene un corredor de muy gruessos
pilares cerrados por arriba de muy hermosas piedras, labradas enterizas.
Por medio va una pared sobre que carga la boveda de ambos quartos con dos
puertas para entrar al otro quarto, de manera que a todo por arriba lo
cierra y serve un encalado.

Tiene este edificio apartado de si como dos tiros de piedra buenos, otro
muy alto y hermoso patio en el qual ay tres cerros que de mamposteria
estavan bien labrados, y encima sus muy buenas capillas de la boveda que
solian ellos y sabian hazer. Tiene bien apartado de si un tan grande
y hermoso cerro que, con averse edificado gran parte de la cibdad del
que se la poblaron a la redonda, no de si ha de verse jamas acabado. El
primero edificio de los quatro quartos nos dio el adelantado Montejo a
nosotros hecho un monte aspero, limpiamosle y emos hecho en el con su
propia piedra un razonable monesterio todo de piedra y una buena yglesia
que llamamos la Madre de Dios. Uvo tanta piedra de los quartos que se
esta entero el del mediodia y parte de los de los lados, y dimos mucha
piedra a los españoles para sus casas en especial para sus puertas y
ventanas, tanta era su abundancia.

Los edificios del pueblo de _Tikoh_ no son muchos ni tan sumptuosos como
algunos destotros, aunque eran buenos y luzidos; ni aqui yo hiziera del
mencion salvo por aver en el avido una gran poblaçon de que adelante se
ha necessariamente de hablar, y por esso se dexara aora. Estan estos
edificios tres leguas de Yzamal al oriente y a VII de Chicheniza.

Es pues Chicheniza un assiento muy bueno, X leguas de Yzamal y XI de
Valladolid; en la qual, segun dicen los antiguos de los indios, reynaron
tres señores hermanos, los quales, segun se acuerdan aver oido a sus
passados, vinieron a aquella tierra de la parte del poniente y juntaron
en estos assientos gran poblaçon de pueblos y gentes los quales rigieron
alguños años en mucha paz y justicia. Eran muy onradores de su Dios, y
assi edificaron muchos edificios, y muy galanos, en especial uno el mayor
cuya figura pintare aqui como la pinte estando en el, paraque mejor se
entienda.

Estos señores dizen vivieron sin mugeres, y en muy grande honestidad
y todo el tiempo que vivieron assi fueron muy estimados, y obedecidos
de todos. Despues andando el tiempo, falto el uno dellos el qual se
devio morir, aunque los indios dizen salio por la parte de Bac-halal de
la tierra. Hizo la ausencia deste como quiera que ella fuesse, tanta
falta en los que despues del regian que començaron luego a ser en la
republica parciales y en sus costumbres tan deshonestos y desenfrenados
que el pueblo los vino a aborecer en tal manera que los mataron y se
desbarataron y despoblaron, dexando los officios y el assiento harto
hermoso porque es cerca de la mar X leguas. Tiene muy fertiles tierras y
provincias a la redonda, la figura del principal edificio es la siguiente.

[Illustration]

Este edificio tiene quatro escaleras que miran a las quatro partes del
mundo: tienen de ancho a XXXIII pies y a noventa y un escalones cada una
que es muerte subirlas. Tienen en los escalones la mesma altura y anchura
que nosotros damos a los nuestros. Tiene cada escalera dos passamanos
baxos a ygual de los escalones, de dos piez de ancho de buena canteria
como lo es todo el edificio. No es este edificio esquinado, porque
desde la salida del suelo se comiençan labrar desde los passemanos al
contrario, como estan pintado unos cubos redondos que van subiendo a
trechos y estrechando el edificio por muy galana orden. Avia quando yo lo
vi al pie de cada passamano una fiera boca de sierpe de una pieça bien
curiosamente labrada. Acabadas de esta manera las escaleras, queda en lo
alto una plaçeta llana en la qual esta un edificio edificado de quatro
quartos. Los tres se andan a la redonda sin impedimento y tiene cada uno
puerta en medio y estan cerrados de boveda. El quarto del norte se anda
por si con un corredor de pilares gruessos. Lo de en medio que avia de
ser como el patinico que haze el orden de los paños del edificio tiene
una puerta que sale al corredor del norte y esta por arriba cerrado de
madera y servia de quemar los saumerios. Ay en la entrada desta puerta
o del corredor un modo de armas esculpidas en una piedra que no pude
bien entender. Tenia este edificio otros muchos, y tiene oy en dia a la
redonda de si bien hechos y grandes, y todo en suelo del a ellos encalado
que aun ay a partes memoria de los encalados tan fuerte es el argamasa
de que alla los hazen. Tenia delante la escalera del norte algo aparte
dos teatros de canteria pequeños de a quatro escaleras, y enlosados por
arriba en que dizen representavan las farsas y comedias para solaz del
pueblo.

Va desde el patio en frente destos teatros una hermosa y ancha calçada
hasta un poço como dos tiros de piedra. En este poço an tenido, y tenian
entonces costumbre de echar hombres vivos en sacrificio a los dioses en
tiempo de seca, y tenian no morian aunque no los veyan mas. Hechavan
tambien otras muchas cosas, de piedras de valor y cosas que tenian
preciadas. Y assi si esta tierra uviera tenido oro fuera este poço el
que mas parte dello tuviera segun le an los indios sido devotos. Es poço
que tiene largos VII estados de hondo hasta el agua, de hancho mas de
cien pies y redondo y de una peña tajada hasta el agua que es maravilla.
Parece que tiene al agua muy verde, y creo lo causan las arboledas de
que esta cercado y es muy hondo. Tiene en cima del junto a la boca un
edificio pequeño donde halle yo idolos hechos a honra de todos los
edificios principales de la tierra, casi como el Pantheon de Roma. No
se si era esta invencion antigua o de los modernos para toparse con
sus idolos quando fuessen con ofrendas a aquel poço. Halle yo leones
labrados de bulto y jarros y otras cosas que no se como nadie dira no
tuvieron herramiento esta gente. Tambien halle dos hombres de grandes
estaturas labrados de piedra, cada uno de una pieça en carnes cubierta su
honestidad como se cubrian los indios. Tenian las cabeças por si, y con
zarcillos en las orejas como lo usavan los indios, y hecha una espiga por
detras en el pescueço que encaxava en un agujero hondo para ello hecho en
el mesmo pescueço y encaxado quedava el bulto cumplido.

AQUI ACABA LA OBRA DE LANDA.


§ XLII.—_Multitude des édifices du Yucatan. Ceux d’Izamal, de Mérida et
de Chichen-Itza._

Si la multitude, la grandeur et la beauté des édifices étaient capables
d’ajouter à la gloire et à la renommée d’un pays, ainsi qu’il est arrivé
à tant d’autres régions des Indes pour l’or, l’argent et les richesses
de toute sorte, il est bien certain que le Yucatan n’eût pas acquis une
illustration moindre que le Pérou et la Nouvelle-Espagne; car quant à ses
édifices et à leur multitude, c’est bien de toutes les choses découvertes
dans les Indes la plus remarquable. En effet, ils s’y trouvent en si
grand nombre, et en tant de contrées distinctes, ils sont si bien bâtis,
à leur manière, en pierre de taille, qu’il y a de quoi remplir le monde
d’étonnement. Mais comme cette contrée, tout excellente qu’elle soit, n’a
plus aujourd’hui la prospérité dont elle paraît avoir joui autrefois,
qu’on y admire un si grand nombre d’édifices sculptés, sans qu’il s’y
trouve, néanmoins, aucun genre de métal, avec lequel on ait pu les
travailler, je donnerai ici les raisons que j’ai entendu émettre à ce
sujet par ceux qui les ont examinés.

C’est d’abord que cette nation a dû être soumise à des princes, désireux
d’occuper constamment leurs sujets, ou qu’étant si singulièrement dévots
à leurs idoles, ils aient voulu obliger les communes à leur bâtir des
temples; c’est peut-être que les populations ayant changé de place,
pour des raisons particulières, elles aient toujours pensé à édifier de
nouveaux sanctuaires et des maisons pour l’usage de leurs chefs, aux
lieux où elles se transportaient, leur coutume, quant à elles-mêmes,
étant de se bâtir des demeures en bois, couvertes de chaume, ou bien que
la facilité qu’il y a de se procurer de la pierre et de la chaux dans ce
pays, ainsi qu’une sorte de terre blanche, excellente pour les édifices,
leur ait donné l’idée d’ériger une si grande quantité de monuments qu’en
vérité, à moins de les avoir vus, on pourrait s’imaginer que c’est de la
folie d’en parler ainsi[206].

Ou bien ce pays cache encore un secret que jusqu’à présent on n’a pu
deviner, et que les gens d’aujourd’hui sont impuissants à le découvrir;
car, dire que d’autres nations auraient assujetti ces Indiens pour
les faire travailler, n’a pas davantage de fondement, parce qu’on voit
clairement à des caractères certains que c’est la même race indienne,
nue comme elle est, qui a construit ces édifices; c’est ce dont on peut
s’assurer, en considérant un des plus grands qui se trouve ici, entre
les ornements duquel on remarque des débris d’hommes nus, mais les reins
couverts de la ceinture qu’ils appellent _ex_, sans compter d’autres
décorations que les Indiens d’aujourd’hui font encore d’un ciment
extrêmement fort[207]. Or il arriva que, tandis que je demeurais ici,
on trouva dans un édifice en démolition une grande urne à trois anses,
recouverte d’ornements argentés extérieurement, au fond duquel il y avait
des cendres provenant d’un corps brûlé, parmi lesquelles nous trouvâmes
des objets d’art en pierre, bien travaillés, de ceux que les Indiens
reçoivent encore actuellement comme de la monnaie; ce qui, au total,
prouve que ce furent des Indiens qui furent les constructeurs de ces
édifices[208].

Je sais bien que si ce furent des Indiens, ils devaient être d’une
condition supérieure à ceux d’aujourd’hui, plus grands et plus robustes,
ce qui se voit bien plus ici encore et à Yzamal qu’ailleurs, dans les
statues en demi-bosse, modelées en ciment que je dis se trouver dans
les contreforts, et qui sont d’hommes de haute taille; on ne le voit
pas moins dans les extrémités des bras et des jambes de l’homme, de
qui étaient les cendres de l’urne que nous trouvâmes dans l’édifice en
question; ces os avaient dû brûler à merveille et étaient fort gros. On
le voit encore dans les marches des édifices qui sont de deux bons palmes
de hauteur, et cela seulement ici à Yzamal et à Merida.

Ici à Yzamal, entre autres, il y a un monument d’une telle élévation
qu’il en inspire l’épouvante, ce qu’on verra dans la figure et
l’explication ci-jointes[209]. Il y a vingt degrés, de plus de deux bons
palmes de haut et d’un palme et tiers de large, et l’édifice a plus de
cent pieds de hauteur. Ces degrés sont de pierres fort grandes et bien
travaillées, quoique elles soient déjà bien laides et abîmées à cause du
temps et de la pluie. Tout autour, comme le montre le demi-cercle, elle
a une muraille parfaitement travaillée, d’une grande solidité, et comme
à une toise et demie de haut, une corniche en saillie de fort belles
pierres tout à l’entour, après quoi l’édifice continue à s’élever jusqu’à
ce qu’il atteigne l’esplanade qui se trouve en haut du premier escalier.

Ensuite, de cette esplanade, vient une autre petite plate-forme; puis,
tout contre le mur, une pyramide fort élevée, avec son escalier au midi,
où viennent donner également les grands escaliers, et tout en haut se
trouve une chapelle en pierre équarrie, parfaitement sculptée. Étant
monté un jour au sommet de cette chapelle, comme on sait que le Yucatan
est un pays plat, j’ai vu de là toute la terre, autant que les yeux
peuvent en atteindre, ainsi que la mer. Ces édifices d’Izamal étaient
en tout onze ou douze, quoique celui-ci soit le plus grand, et ils sont
fort rapprochés les uns des autres. Il n’y a aucun souvenir de leurs
fondateurs, et ils paraissent avoir été les premiers. Ils se trouvent à
huit lieues de la mer, dans une fort belle situation, dans une région
fertile et bien peuplée; c’est pour cela que les Indiens nous obligèrent
par toutes sortes d’importunités à établir, en 1549, une maison sur le
sommet d’un de ces édifices, ce qui a beaucoup aidé à les amener au
christianisme avec ceux des environs, d’où il suit que l’on a colonisé
deux bonnes communes de ce côté-ci, à part l’une de l’autre[210].

Au second rang des édifices de ce pays, et parmi les plus beaux, sont
ceux de _Tiho_, qui sont d’une si haute antiquité qu’il n’y a pas non
plus mémoire de leurs fondateurs: ils existent à treize lieues d’Yzamal
et à huit de la mer, ainsi que les autres, et l’on voit entre les deux
villes les restes d’une chaussée, qui paraît avoir été fort belle[211].
Les Espagnols établirent ici une cité qu’ils appelèrent Mérida, à cause
de la singularité et de la grandeur des édifices; j’en ferai connaître
ici le principal, aussi bien que je le pourrai, comme pour celui
d’Izamal, afin qu’on puisse mieux comprendre ce que c’est.

    TEMPLE N.— 2.

    Nº 1 et 2.—Cour (_patio_).

    Nº 3.—Chapelle (_capilla_).

    Nº 4.—Cour fort belle (_patio hermosisimo_).

    Nºˢ 5, 6.—Passages.

    Nºˢ 7, 8, 9, 10, 11.—Cellules (_estas eran celdas de una parte
    y otra, y el de en medio era transito y asi lo era lo de la
    parte del poniente_).

    Nº 12.—Appartement partagé en deux (_este quarto es largo,
    partido en dos pieças_).

    Nºˢ 13 et 14.—Escaliers (_escaleras_).

    Nº 15.—Palier principal (_descanso de mas de treinte pies_).

    Nºˢ 16 et 17.—Autres paliers intermédiaires (_otro descanso
    adonde se subia por esta escalera_).

C’est ici l’esquisse que j’ai pu tracer de l’édifice: pour le comprendre,
il faut se mettre dans l’idée que c’est un grand plan carré qui a bien
deux courses de cheval en extension[212]. Du côté de l’orient commence
l’escalier qui, du sol à la première esplanade, a sept degrés de la
hauteur de ceux d’Izamal. Les trois autres faces du midi, du couchant
et du nord consistent en une muraille forte et très-large. Après cette
première masse, toute carrée et de pierre sèche, au sommet aplani,
recommence un second escalier du même côté oriental, faisant retrait
au-dessus du premier, autant qu’il m’a paru, de vingt-huit à trente
pieds, composé de tout autant de degrés et aussi grands que les autres.
Le même retrait a lieu au nord et au midi, mais pas au couchant, où
le mur arrive à la hauteur des escaliers, faisant un massif de pierre
sèche dont la hauteur et la grandeur remplissent d’étonnement, tant la
main-d’œuvre est considérable. Sur le plan supérieur commencent alors
les édifices de la manière suivante: du côté de l’orient, comme à six
pieds environ de l’escalier, s’étend, d’un bout à l’autre, un appartement
tout bâti en pierre, parfaitement travaillée, partagé en cellules de
douze pieds de long, sur huit de large. Les portes de chacune d’elles
sont au centre, sans aucune apparence de battants ni de gonds pour les
fermer, sinon que les linteaux sont de pierres fort bien travaillées et
admirablement jointes, les portes toutes fermées par le haut de moellons
d’une seule pièce.

Au milieu, il avait un passage comme un arc de pont[213], et au-dessus
des portes des cellules s’avançait une corniche de pierre, entièrement
sculptée dans son étendue; sur la corniche se trouvaient un certain
nombre de petits pilastres ronds, enclavés à demi dans le mur, et
s’élevant jusqu’à la hauteur où commençaient les voûtes qui fermaient les
cellules par le haut; au-dessus de ces pilastres s’avançait une autre
corniche tout autour des chambres. Le sommet était en terrasse, fait à la
chaux et d’une grande force, comme tout ce qui se fait dans ce pays, où
ces ciments se préparent avec l’eau d’une certaine écorce d’arbre[214].

Du côté du nord, il y avait une autre suite de cellules semblables,
sauf qu’elles étaient de moitié moins larges que les précédentes. Au
couchant, il y en avait d’autres, et après quatre ou cinq il se trouvait
une arcade qui traversait l’ensemble de l’édifice, comme celui du milieu
de la rangée orientale; puis un édifice de forme ronde assez élevé,
puis un autre arc et ensuite des cellules comme le reste. Cette rangée
de bâtiments traverse toute la cour principale, laissant de côté bien
moins que la moitié; de sorte qu’il y a deux cours, l’une derrière au
couchant, et l’autre au levant, qui se trouvent ainsi renfermées par
quatre rangées de bâtiments. Mais la dernière est fort différente, car
c’est un appartement érigé au midi, comprenant seulement deux chambres
voûtées tout le long comme les autres, ayant par devant une galerie
formée de fort gros piliers et fermée du haut avec de très-belles pierres
d’une seule pièce. Au milieu s’étend un mur sur lequel s’appuie la voûte
des deux chambres, avec deux portes pour entrer de l’une dans l’autre, de
manière que par le haut le tout se ferme en forme de harnais(?).

A quelque distance de cet édifice, comme à deux bons jets de pierre,
il y a une autre fort belle cour en terrasse; il s’y trouve trois
monticules de pierre, bien travaillés, au sommet desquels s’élèvent de
bonnes chapelles avec leurs voûtes, telles qu’ils les savaient et étaient
accoutumés de faire. Assez loin de là, il y a une autre grande et belle
pyramide, qui, bien qu’ayant servi de carrière à une grande partie des
habitants de la cité, établis à l’entour, n’a pas l’air toutefois de
devoir jamais disparaître[215]. Quant au premier édifice, comprenant
les quatre rangées de cellules, il nous fut donné par l’adelantado
Montejo: comme il était couvert de bois et de broussailles[216], nous
le nettoyâmes et nous y bâtîmes, de la pierre même qu’il nous fournit,
un monastère passable et une bonne église que nous nommâmes de la Mère
de Dieu. On en tira tant de pierres que, quoique nous eussions laissées
entières celles du côté méridional et une partie des corps de logis des
côtés, nous pûmes en donner encore aux Espagnols pour construire leurs
maisons, en particulier les portes et les fenêtres, tant le matériel
était en abondance[217].

Les édifices de la ville de _Tikoh_ ne sont pas tout à fait aussi
somptueux que quelques-uns de ceux-ci, quoiqu’ils fussent assez beaux et
assez remarquables; je n’en ferais, d’ailleurs, ici aucune mention, si
ce n’était pour la grande population qu’il y a eu dans ce pays, et dont
j’aurai nécessairement à parler[218]; c’est pourquoi je laisserai ce
sujet pour le moment. Ces édifices existent à trois lieues d’Izamal à
l’orient et à sept de _Chichen-Itza_.

Chichen-Itza est dans une situation fort bonne, à dix lieues d’Izamal et
à onze de Valladolid. C’est là, à ce que disent les anciens d’entre les
Indiens, que régnèrent trois princes frères, qui, d’après les souvenirs
que ceux-là ont recueillis de la bouche de leurs ancêtres, vinrent du
côté du couchant à ce pays et réunirent en ces diverses localités des
populations nombreuses, que les trois princes gouvernèrent en paix et
justice durant plusieurs années. Ils honoraient leur dieu avec beaucoup
de dévotion; c’est pourquoi ils érigèrent un grand nombre d’édifices
magnifiques, un entre autres, et le plus haut dont je ferai ici
l’esquisse, comme je l’ai dessiné, m’y trouvant, afin qu’on m’entende
davantage.

Ces princes vécurent, à ce qu’on dit, sans femmes, et dans une entière
honnêteté, et, tout le temps qu’ils demeurèrent ainsi, ils furent tenus
en grande estime et obéis de tous. Mais, avec le temps, l’un d’eux vint
à manquer, soit qu’il fût mort, soit, comme les Indiens le disent, qu’il
se fût retiré du pays du côté de Bac-halal[219]. Quoi qu’il en soit
de son absence, elle se fit promptement sentir à l’égard de ceux qui
gouvernèrent après lui; ils se firent des partis dans la nation, adoptant
les mœurs les plus dissolues et les plus effrénées, et les choses
allèrent au point que le peuple les ayant pris en horreur, les mit à
mort: les charges que l’on remplissait furent délaissées, et la ville,
dont le site est si beau et si agréable pour n’être qu’à dix lieues de
la mer, fut abandonnée[220]. Il y a tout à l’entour des terres et des
provinces fort fertiles, et voici la figure de l’édifice principal.

Cet édifice a quatre escaliers regardant aux quatre points du monde:
ils ont chacun trente-trois pieds de large et quatre-vingt-onze degrés,
et c’est un supplice que de les gravir. Les degrés ont la hauteur et
la largeur que nous donnons aux nôtres: de chaque côté des escaliers,
il y a une rampe basse, de niveau avec les degrés, de deux pieds de
large et de bonne pierre de taille, comme le reste de l’édifice. Cet
édifice n’a pas d’angles; car, à commencer du sol, le massif, entre les
rampes, s’élève en diminuant par intervalles, sous une forme cubique,
en se rétrécissant avec l’édifice, jusqu’en haut d’une manière fort
élégante, comme on peut le voir ici. A l’époque où je le vis, il y avait
au pied de chaque rampe une gueule de serpent féroce, tout d’une pièce,
admirablement travaillée[221]. En haut des escaliers, se trouve, au
sommet, une plate-forme sur laquelle s’élève un édifice composé de quatre
corps de logis; trois d’entre eux en font le contour sans empêchement,
ayant chacun une porte au milieu, et fermés en haut par une voûte. Le
quatrième, qui est au nord, a une forme spéciale avec une galerie de
gros piliers. Le centre de cet édifice, qui devait présenter comme une
petite cour, enfermée entre les différents corps de logis, a une petite
porte qui sort à la galerie du nord, dont le sommet, fermé avec du bois,
servait de local à brûler des parfums. A l’entrée de cette porte ou de
la galerie, se trouve comme un écusson, sculpté sur une pierre, mais que
je n’ai pu bien entendre. Tout à l’entour de cet édifice, il y en a un
grand nombre d’autres de grande et belle construction, et l’intervalle
est recouvert de ciment qui subsiste entier en bien des endroits et qui
paraît tout neuf[222], tant est dur le mortier dont on le faisait. A
quelque distance en avant de l’escalier du nord, il y avait deux petits
théâtres de pierre équarrie, à quatre escaliers, pavés au sommet de
belles pierres, où l’on dit que se représentaient des farces et des
comédies pour le plaisir du public[223].

De la cour qui précède ces deux théâtres s’étend une chaussée large
et belle jusqu’à un puits, qui en est éloigné comme de deux jets de
pierre. Ils avaient eu relativement à ce puits et ils avaient encore la
coutume d’y jeter des hommes tout vivants en sacrifice à leurs dieux,
dans les temps de sécheresse, bien persuadés qu’ils ne mouraient point,
quoiqu’ils ne les vissent plus. Ils y jetaient aussi une grande quantité
d’autres choses, comme des pierres de prix et des objets d’une grande
valeur pour eux. Aussi est-il certain que si ce pays avait été riche en
or, c’est ce puits qui en aurait la plus grande part, tant les Indiens
y avaient de dévotion. Ce puits a sept stades de profondeur jusqu’à
l’eau[224]; il est rond, et sa largeur est de plus de cent pieds, taillé
qu’il est dans la roche jusqu’à l’eau, d’une façon merveilleuse. L’eau
a l’apparence d’être fort verte, mais je crois que ce sont les bocages
environnants qui lui donnent cette couleur, et il est d’ailleurs fort
profond. Au sommet, tout contre le bord, existe un édicule où je trouvai
des idoles, faites en honneur de tous les édifices[225] principaux du
pays, juste comme le Panthéon à Rome. Je ne sais si c’était là une
invention ancienne ou bien des Indiens actuels, pour avoir occasion de se
retrouver avec leurs idoles, en venant avec des offrandes à ce puits. J’y
trouvai des lions sculptés, des vases et autres objets façonnés de telle
manière, que personne ne serait tenté de dire que ces gens les eussent
travaillés sans aucun instrument de métal. J’y trouvai aussi deux hommes
sculptés en pierre, d’un seul morceau chacun, de haute stature, et les
parties recouvertes, suivant l’usage des Indiens. Ils avaient la tête
d’une manière particulière, avec des pendants aux oreilles, selon l’usage
du pays, formant un épi derrière le col, qui s’enchâssait dans un trou
profond, fait à dessein dans ce même col, et ainsi enchâssée la statue
était complète.

FIN DE L’OUVRAGE DE LANDA.


NOTES

[1] Aujourd’hui on connaît sous le nom de _baie de l’Ascension_, celle
qui est entre 18° 50´ et 19° de lat. puis le _golfe Amatique_, au
fond duquel se trouve le _Rio-Dulce_ qui unit le golfe du même nom
ou _Golfete_ à la mer: il serait possible que le nom de golfe Dulce
s’appliquât à cette époque au _golfe Amatique_, ou _baie de Honduras_, et
celui de l’Ascension à tout l’ensemble du golfe.

[2] La _Desconocida_ est une pointe de terre au 20° 50´ lat. formée par
un grand estuaire qui s’allonge du sud au nord, à l’ouest de la péninsule.

[3] _Puerto-Real_ est le nom de la plus orientale des deux îles qui
ferment la lagune de _Terminos_. D’après une carte en ma possession,
celle de Bailey, _Dos Bocas_ est une barre de Tabasco au 93° 10´ long.

[4] C’est un rameau détaché de la _Sierra de Tekax_, la seule chaîne qui
existe au Yucatan; elle commence au Pueblo de _Kambul_, arrondissement
de _Peto_ (19° 40´ lat.), court au N.-O., laissant à droite _Tekax_ et
_Ticul_, à la gauche _Ɔul_ et _Nohcacab_ jusqu’à la ville de _Maxanú_, où
elle tourne au sud jusqu’à _Campêche_, pour s’interner ensuite dans les
terres vers la république de Guatémala (_Pequeño Catecismo de Geografia,
arreglado para el uso de los niños_, por J. S. C. Y. G. M. R. Merida de
Yucatan, 1851.)

[5] Les connaissances géographiques de cette époque étaient loin d’être
complètes. Voici ce que dit l’auteur de la petite géographie cité dans la
note précédente: Le Yucatan se trouve entre le 18° 21´ de latitude nord
et 18° 20´ et 18° 24´ de longitude occidentale de Cadix.

[6] _Taiza_ serait ici au lieu de _Taizal_ ou _Tayazal_, nom qu’on
donnait alors à la capitale du Peten.

[7] La Saint-François tombe au 4 octobre.

[8] Peten signifie une île ou une presqu’île; les Mayas savaient fort
bien que leur pays tenait à la terre ferme; preuve, les cartes dressées
par eux et dont Montejo et les autres Espagnols se servirent pour
reconnaître le Yucatan. Ils savaient du reste qu’ils avaient été envahis
plus d’une fois par des populations venues du sud par les montagnes.

[9] Ceci n’est pas complet. Ils disaient aux Espagnols: «_Conex
c’otoch_», c’est-à-dire: Venez à nos maisons.

[10] Cette région n’ayant été jusqu’ici que fort peu explorée, il est
difficile de déterminer les rivières dont parle l’auteur: car celles qui
descendent du Taiza ou Peten sont le _San-Pedro_ à l’ouest, dont il parle
un peu plus bas, et le _Zacchich_ avec les autres affluents, formant le
cours du _Rio-Hondo_ qui se jette à l’est dans la lagune de Bacalar.

[11] _Xicalanco_ était une ville importante pour son commerce, située à
l’extrémité d’une langue de terre en face de la pointe occidentale de
l’île de _Carmen_, formant une des entrées de la lagune de Terminos.

[12] Ce lieu était probablement consacré à la déesse de la médecine et
des accouchements; le nom se compose de _ti_, in, apud, et de _Ixchel_,
nom de cette divinité.

[13] Voir la note 1ʳᵉ, §1.

[14] Cette ile, aujourd’hui _Cozumel_, est appelée aussi _Acuzamil_ et
_Ah-Cuzamil_, c’est-à-dire des hirondelles, du mot _cuzam_, hirondelle.
On y adorait dans un temple superbe une divinité du nom de _Teel-Cuzam_.
Aux pieds d’Hirondelle, dont la statue était représentée avec les pieds
de cet oiseau. Elle était de terre cuite, grande et revêtue des ornements
royaux. Comme elle était creuse et adossée à la muraille, un prêtre s’y
renfermait pour répondre au nom du dieu aux demandes des pèlerins qui
s’y rendaient en grand nombre des diverses provinces du Yucatan; car
_Cozumel_ était un des lieux les plus vénérés de la péninsule. En face de
l’île se terminait à la ville de Ppolé la chaussée qui venait d’Izamal et
autres villes principales du pays. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib.
IV, cap. 7.)

[15] _Mugeres_, d’après la carte du Yucatan de l’ouvrage de Stephens
entre 21° 30´ et 22° de latitude nord. Le nom d’_Ekab_ ne se trouve sur
aucune carte que je connaisse; mais sur celle de Stephens on signale des
ruines en plusieurs endroits sur la côte opposée à Cozumel et à Mugeres.

[16] _Vivora_, rescifs de la mer du nord, situés à 15 lieues au sud de
l’île de la Jamaïque, qui ont 42 lieues de long E.-O., fort dangereux
pour les embarcations qui naviguent de ce côté... La tête se trouve par
27° 10´ de long. et par 17° lat. nord (Alcedo, _Diccionario geogr. hist.
de las Indias-Occidentales_, etc.)

[17] Suivant Ordoñez, le nom de _Maya_, qu’il applique à tout le Yucatan,
viendrait de _ma-ay-ha_, exactement _non adest aqua_, terre sans eau.

[18] _Sulamanca_ de Yucatan fut fondé en 1544, près d’une ancienne ville
indienne nommée _Bakhalal_ (enceinte de joncs ou de bambous), et la
province est appelée par les uns _Vaymil_, par les autres _Chetemal_;
peut-être y avait-il deux petites provinces indigènes continant près de
_Bakhalal_, aujourd’hui _Bacalar_, au fond de la lagune de _Chetemal_,
à l’est du Yucatan. Dans le document en langue maya qui suit cette
relation, la province où se trouve Bacalar est appelée _Zyan-Caan_.

[19] _Campêche_ était appelé _Kimpech_ par les indigènes, d’après
Cogolludo.

[20] _Champoton_ s’appelait auparavant _Potonchan_, qui parait un nom de
la langue mexicaine plutôt que maya; on le fait venir de _potoni_, puer,
sentir mauvais, et _chan_, demeure; ce qui serait la _maison-puante_,
sans doute à cause des marécages qui entouraient cette ville.

[21] _Ulua_ pour _Culua_ ou _Culhua_, noms qu’on donna à l’ile où
se trouve le fort de San-Juan, auprès de la Vera-Cruz; on désignait
ainsi la puissance mexicaine, à cause de _Culhuacan_ d’où les rois de
Mexico-Tenochtitlan tiraient leur titre.

[22] Il y a, par erreur, dans la copie espagnole Campêche; il faut Cotoch.

[23] Ces barbares paraissent avoir été de race différente des autres
populations indigènes du Yucatan, peut-être de descendance caraïbe.
Serait-ce parce qu’ils mangeaient quelquefois les membres de leurs
ennemis sacrifiés aux dieux?

[24] Les Yucatiques adoraient déjà la croix; Hernandez de Cordova et
Grijalva en avaient trouvé dans plusieurs de leurs temples; il n’était
donc pas bien difficile de leur en faire admettre une autre.

[25] Le texte espagnol est souvent difficile à entendre; il l’est ici
particulièrement, le copiste de Landa ayant probablement passé quelques
mots ou mal écrit les autres. Voici ce que Lizano écrit au sujet des
premiers habitants du Yucatan. «Ils surent... que la race de ce pays-ci
vint, partie du couchant, partie du levant. Ainsi dans leur ancienne
langue ils appellent le levant d’une autre manière qu’aujourd’hui.
Actuellement ils appellent l’Orient _Likin_, ce qui revient à dire que
d’où se lève le soleil sur nous. Et le Couchant ils le nomment _Chi-kin_,
ce qui est la même chose que chute ou fin du soleil, ou bien où il se
cache par rapport à nous. Mais dans l’antiquité ils disaient de l’orient
_Cen-ial_, petite descente, et du couchant _Nohen-ial_, la grande
descente et le peu de gens, d’un côté, la grande multitude, de l’autre,
quels qu’ils puissent être les uns et les autres. Je remets le lecteur
qui voudrait en savoir davantage au Père Torquemada, dans son Histoire
Indienne (_Monarquia Indiana_), et il verra là comment les Mexicains
vinrent du Nouveau-Mexique, et de là par ici. Et comme l’île Espagnole
(Haïti) fut peuplée de Carthaginois, que de ceux-ci se peupla Cuba, et
cette terre, du côté de l’Orient, comme gens de tant de raison et de
valeur, ils purent connaître l’art d’édifier de si somptueux monuments
et de s’assujettir les autres nations; sinon que, comme la communication
avec Carthage leur manqua avec le temps, ils seraient devenus avec le
climat des gens rudes et barbares. (Lizana, _Hist. de Nuestra Señora de
Yzamal_, Part. 1, cap. 3.)

[26] Comme on le voit, _Chectemal_ (écrit ailleurs _Chetemal_) et
_Bakhalal_ sont donnés comme ne faisant qu’une province.

[27] Cette circonscription commençait au bord de la mer en face de
Mugeres où était _Ekab_ et terminait vers le centre de la péninsule.

[28] Mérida da Yucatan fut fondé sur les ruines de _Tihoo_ ou _T’hoo_,
capitale de l’antique province de _Cehpech_, prononcez _Qehpech_, le _c_
maya étant dur dans tous les mots.

[29] Le pays ne produisait peut-être aucun métal; mais il est indubitable
qu’il en tirait d’ailleurs: on sait, du reste, que les Mayas, ainsi que
les autres populations civilisées du Mexique, travaillaient la pierre
avec des instruments en cuivre et en bronze trempé et avec d’autres en
pierre dure.

[30] Ces lignes sont répétées à peu près mot pour mot au § XLII.

[31] Landa, tout en donnant des notions fort précieuses sur le Yucatan,
ne s’est guère préoccupé de l’histoire ancienne du pays. Ce que Lizana
d’un côté, et Cogolludo de l’autre, ont recueilli, complète ce que
dit Landa. Au rapport du second, le prêtre Zamná, venu des régions
occidentales, aurait été le premier civilisateur de cette contrée. Nous
en parlerons plus en détail dans un autre §. Quant aux édifices d’Izamal,
des onze ou douze que compte notre auteur, il n’en restait déjà plus que
cinq du temps de Lizana, environ soixante ans après; et de ces cinq, deux
étaient consacrés à Zamnà, à qui l’un avait été érigé comme sépulture
après sa mort. Ce sont ces édifices que les Espagnols nommèrent _Cu_ et
au pluriel _cues_ ou _cuyos_, du mot maya _ku_, saint, sacré. A cause
de leur forme massive et pyramidale, les indigènes les désignaient sous
celui d’_omul_ ou _homul_, qui donne l’idée d’une élévation artificielle
ou d’une taupinière.

[32] Le monastère des franciscains d’Yzamal fut bâti sur l’_omul_ appelé
encore aujourd’hui par les indigènes _Ppapp-hol-chac_, c’est-à-dire la
Maison des Têtes et des Eclairs, et l’église de San-Antonio sur l’omul
de Hunpictok ainsi nommé du dieu de la guerre qui avait là son temple
(Lizana, _Hist. de N. S. de Yzamal_, lib. 1, cap. 3.)

[33] Je trouve ailleurs ce nom de _Tikoch_ écrit _Ticoh_ et _Tecoh_,
comme on le voit aujourd’hui.

[34] Ce fait que Herrera a tiré de Landa, se trouve ici isolément, sans
qu’il soit possible de déterminer à quelle époque il peut appartenir;
mais il paraît assez évident qu’il s’agit d’une sorte de réaction
religieuse.

[35] Voir le § XLII.

[36] Cet abîme, situé au centre de la cité, était environné de toutes
parts d’épais bocages, dont le silence et la solitude le mettaient
à l’abri des bruits profanes du monde. L’aspect qu’il offre encore
aujourd’hui est celui d’un précipice circulaire d’environ cent pieds de
diamètre, aux parois raboteuses et perpendiculaires, au-dessus desquelles
se penche le sombre feuillage du bois voisin. Un escalier circulaire
taillé dans la roche calcaire, invisible au premier abord, descend
jusqu’au bord de l’eau, et jadis il s’arrêtait au pied d’un autel où
l’on offrait des sacrifices à Cukulcan. (Stephens, _Incidents of travel
in Yucatan_, vol. II, chap. 17.—_Relation du Lic. Lopez Medel_, trad. de
Ternaux-Compans, dans les Nouv. Annales des Voyages, tom. 1. 1843.)

[37] _Cuculcan_, écrit quelquefois _Kukulcan_, vient de _kuk_, oiseau
qui paraît être le même que le quetzal; son déterminatif est _kukul_ qui
uni à _can_, serpent, fait exactement le même mot que _Quetzal Cohuatl_,
serpent aux plumes vertes, ou de Quetzal.

[38] Qui étaient les _Izaes_, ou _Itzaex_, c’est ce qu’il est difficile
de déterminer. Ils étaient maîtres de _Chichen-Itza_, lorsque les
Tutul-Xius les en chassèrent au XIIIᵉ _Ahau-Katun_, c’est-à-dire vers
l’an 270 de notre ère, et le document que nous publions plus loin les
appelle _kuyen uinkob_, des hommes saints. Si nous pouvions hasarder
ici une conjecture, nous dirions qu’ils pourraient être des restes de
la grande famille des Xibalbaïdes, réfugiés dans le Yucatan, après la
victoire des _Nahoas_, de la race desquels étaient les Tutul-Xius.
Parlant des princes de Xibalba, le Livre Sacré les appelle _Ah-Tza_,
_Ah-Tucur_, mot à mot: ceux du mal, ceux des hiboux; mais ces mots sont
plutôt des dénominations anciennes de peuples, de qui ceux de _Tucurub_,
dans la Vérapaz, et ceux du Peten-Itza seraient descendus. _Peten-Itza_,
ou l’île des _Itzas_, dans le lac de _Tayazal_, aurait été peut-être
le dernier refuge de cette antique nation, dont les Espagnols ne
s’emparèrent qu’en 1697.

[39] _Cezal-couati_, c’est Quetzalcohuatl, le _c_ maya, ainsi que nous
l’avons dit, devant se prononcer dur comme _q_ devant toutes les voyelles
indistinctement.

[40] La question est de savoir si _Mayapan_ dut sa construction première
à ce Cuculcan, et si celui-ci vint longtemps après, Zamnà qui parait,
d’après les autres traditions, avoir été le premier législateur de cette
contrée. Quelques indices sembleraient les faire contemporains; mais
d’autres donneraient à penser que Zamnà était le chef d’une religion
différente, peut-être de celle des Itzaex. Si Zamnà est plus ancien
que Cuculcan, Izamal est aussi plus ancienne que Mayapan: cependant,
au dire d’Ordoñez qui avait eu en sa possession des documents anciens
des Tzendales, la fondation de Mayapan aurait été contemporaine de
celle de _Nachan_ (Palenqué), de celle de _Tulhá_ (Ococingo) et de
celle de _Copan_ (Chiquimula), et remonterait à 1000 ans environ avant
l’ère chrétienne. Je laisse au docte chanoine de Ciudad Real toute la
responsabilité de son assertion.

[41] Au Mexique on fait retourner Quetzalcohuatl à Tlapallan, et au
Yucatan on le renvoie au Mexique. Mais il ne serait pas impossible que ce
Cuculcan fût le même que le personnage plus ou moins mythologique, dont
parle Sahagun, conducteur de la race nahuatl en Tamoanchan, qui paraît se
confondre avec le Quetzalcohuatl du _Codex Chimalpopoca_ et le Gucumatz
du Livre Sacré, l’un découvrant le maïs en Tonacatepetl et l’autre en
Pampaxil et Pacayala.

[42] On sait que les marécages voisins de Champoton sont parsemés de
ruines magnifiques qui s’étendent dans les îles et tout autour de la
lagune de Terminos.

[43] _Cocom_ signifie écouteur, croyant. Il fut donné probablement à
cette famille, comme une récompense pour avoir cru la première aux
enseignements de Cuculcan.

[44] _Ahkin-Mai_, le prêtre de Mai ou _Ahau-Can-Mai_, le prince Serpent
Mai. Qu’était _Mai_, une divinité ou un personnage des temps antiques,
sans doute celui à l’occasion duquel le pays fut appelé _Maya_ et dont
l’origine devrait peut-être se chercher dans les traditions religieuses
de Haïti.

[45] Ces livres étaient appelés _Analté_, ou livre de bois, parce que
le papier en était fabriqué de l’écorce d’un arbre, le même apparemment
qu’on appelle _Amatl_ au Mexique: c’était une sorte de papyrus, préparé
avec grand soin, en tout semblable à celui de la Bibliothèque impériale
et recouvert d’un enduit glacé analogue à celui de nos cartes de visite.
Les planches entre lesquelles on les renfermait, et qu’on garnissait avec
soin, annonce une sorte de reliure.

[46] Il s’agit ici de l’émigration des _Tutul-Xius_, dont le document
chronologique placé à la suite de cet ouvrage fixe la sortie du pays de
_Tulapan_ ou de _Tula_ (Tulha), à l’an 143 ou bien à l’an 174 de notre
ère; ce qui recule à plusieurs siècles en arrière le commencement de la
dynastie _Cocome_. Ni Lizana, ni Cogolludo ne font allusion à l’entrée
des Tutul-Xius dans le Yucatan.

[47] Cette identité se trouve en particulier dans les langues zotzile,
tzendale et Chamho (Chamula), qu’Ordoñez prétend être de l’égyptien ou du
cophte.

[48] Landa ferait-il allusion aux ruines de Palenqué? cequi est certain
c’est que de bonne heure les religieux espagnols avaient signalé des
débris considérables de villes, abandonnées déjà au temps de la conquête,
entre autres ceux d’Ococingo, (Garcia, _Origen de los Indios_ lib. II,
cap. 4.)

[49] Le nom des _Tutul-Xiu_ paraît d’origine nahuatl; il serait dérivé de
_totol_, _tototl_, oiseau, et de _xiuitl_ ou _xihuitl_, herbe, etc. En
ceci il n’y aurait rien d’extraordinaire, puisqu’ils sortaient de _Tula_
ou _Tulapan_, cité qui aurait été la capitale des Nahuas ou Toltèques,
après leur victoire sur Xibalba.

[50] Il n’est pas probable que ces paroles puissent être prises à la
lettre; le peu qu’on sait de l’histoire du Yucatan serait en opposition
avec Landa.

[51] Ces paroles seraient une preuve de l’existence d’une société
antérieure, possédant des institutions différentes de celles de
Cuculcan qui étaient probablement d’origine toltèque. Cette société se
rattacherait-elle à la civilisation apportée par Zamna et dont Izamal
paraîtrait avoir été le centre?

[52] Sous le nom de Mexicains et de rois du Mexique, on comprend sans
difficulté qu’il s’agit ici des petits princes qui gouvernaient les
provinces soumises depuis au sceptre ou au vasselage des derniers rois de
Mexico, mais non de ces rois eux-mêmes.

[53] Il s’agit ici d’une sorte de cotte de mailles en coton piqué,
appelée _ichcahuipil_ en langue mexicaine. Quant au sel dont il est
question ici, on comprend difficilement quel pouvait en être l’usage dans
le piqué de ces sayes: j’avais cru d’abord voir une erreur du copiste
dans le texte; mais ce détail est répété ailleurs, § XXIX. Peut-être ces
sayes étaient-elles faites de manière à ce qu’on introduisît une couche
de sel dans la doublure, chaque fois qu’on devait s’en servir.

[54] L’auteur, ainsi qu’on s’en aperçoit dans le cours de sa narration,
copiée par Herrera, confond ici deux faits qui paraissent assez
distincts: 1º la première révolte des Tutul-Xius et des autres grands
vassaux de l’empire maya, à la suite de laquelle il se partage en trois
royaumes, celui de Mayapan, celui de Chichen-Itza et celui d’Uxmal, qui
d’après le document maya, déjà cité, aurait eu lieu du IXᵉ au Xᵉ siècle,
ce qui ferait les cinq cents ans et plus dont il est question dans ce
paragraphe; 2º la révolution qui chassa définitivement la dynastie
des Cocomes, au milieu du XVᵉ siècle, de la ville de Mayapan qui fut
abandonnée alors.

[55] D’après ce calcul, Mayapan aurait été abandonné en 1446, cent
vingt ans avant l’année 1566, où écrivait Landa; date qui concorde
admirablement avec celle donnée par le document chronologique ci-joint,
où cet événement est placé au VIᵉ _Ahau Katun_, commençant en 1446 ou en
1461.

[56] Ces pierres de dix-huit pieds de long (de hauteur sans doute), et
rondes par le bout, rappellent assez bien les monolithes de Copan et de
Quirigua, assez semblables à des obélisques et recouverts d’inscriptions
analogues à celles dont il est ici question.

[57] _Zilan_, que les Yucatèques écrivent _Ɔilan_, était une ville de
la principauté des Chèles, à vingt lieues et demie de Mérida. Elle est
à six lieues au nord d’Izamal dont elle est aujourd’hui le port sur
l’Atlantique: il y reste les ruines d’un des plus grands _omules_ du
Yucatan.

[58] Voici ce qu’ajoute à ce sujet Cogolludo: «Leurs lustres arrivant
à cinq qui font vingt ans, ce qu’ils appelaient _katún_, ils plaçaient
une pierre gravée sur une autre également gravée, incrustée avec de
la chaux et du sable dans les murs de leurs temples et des maisons
des prêtres, comme on le voit encore aujourd’hui dans les édifices en
question, et dans quelques anciennes murailles de notre couvent de
Mérida, sur lesquelles il y a quelques cellules. Dans une ville, nommée
_Tixhualahtun_, qui signifie lieu où l’on met une pierre gravée sur une
autre, se trouvaient, disent-ils, leurs archives, où tout le monde avait
recours, pour les événements de tout genre, comme nous à Simancas.»
(_Hist. de Yucatan_, lib. IV, cap. 4.)

[59] La terre d’_Ulua_, dont il est question ici, située au delà de
Salamanca, c’est-à-dire de Bacalar, ne saurait être le Mexique: il
s’agirait donc du pays arrosé par le fleuve de ce nom dans le Honduras
avec lequel les Mayas étaient en relations de commerce très-étendues: on
sait du reste que les princes de ces contrées s’occupaient d’affaires
commerciales tout autant que leurs sujets, témoin le roi d’_Acallan_ qui
était toujours élu d’entre les marchands les plus expérimentés.

[60] Mot à mot: Au roulement, ou bien On a été joué, roulé _ti bulon_ ou
_bolon_.

[61] _Zututa_, aujourd’hui _Sotuta_, est encore actuellement un
arrondissement du département de _Tekax_, à peu près au centre nord de
Yucatan.

[62] Ce nom s’écrit _Acanul_ ou _Ahcanul_; c’était une province au
nord-est de Campêche, et touchant à la mer vers _Pocboc_.

[63] C’est-à-dire jusqu’à l’époque de la colonisation espagnole de
Campêche en 1540. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. III, cap. 5.)

[64] Ces mots jetés comme par hasard nous donnent le nombre exact des
chefs du sacerdoce de Mayapan, tel, probablement, qu’il avait été
institué par Cuculcan. Le nom de _Chel_ qui est donné ici à l’une de ces
familles paraît devoir se rattacher à quelque origine divine, _Ixchel_
qui signifie la femme Chel étant à la fois la déesse de la médecine et
des accouchements.

[65] Ailleurs ce nom est écrit _Ahchel_, quoiqu’il serait plus exact de
dire _H’chel_.

[66] Serait-ce un tatouage à la mode des marins ou des philactères comme
ceux des Pharisiens de l’Evangile?

[67] Les Chèles étaient à la tête du sacerdoce dans la province d’Izamal,
ville sacerdotale par excellence, ce qui devait leur donner une influence
considérable dans tout le Yucatan.

[68] Ce terme de vingt ans paraît s’appliquer au premier abord à l’époque
qui suivit immédiatement l’abandon définitif de Mayapan; mais les
événements qui suivent la construction d’un si grand nombre d’édifices et
de monuments de toute sorte, dont il est question ensuite, donneraient
à penser que Landa confond de nouveau l’époque première de la ruine de
Mayapan et sa ruine définitive.

[69] Les réflexions de la note précédente peuvent également s’appliquer
ici. L’ouragan dont il est question est mentionné par Cogolludo, comme
un événement très-ancien, trouvé par le docteur Aguilar dans les livres
mayas. Il réfère l’événement comme «une inondation ou ouragan, qu’ils
appelaient _Hun-Yecil_, ou summersion des forêts.» (_Hist. de Yucatan_,
lib. IV, cap. 5.) Ceci serait curieux à comparer avec le cataclysme dont
il est parlé aux époques primitives des Quichés, des Mexicains et des
Péruviens.

[70] Cogolludo parle de cette peste, et le document en langue maya
l’attribue à certaines fièvres et à la petite vérole qui aurait été
apportée par les Espagnols, lors de leur première tentative de conquête.
Elle est marquée au XIIIᵉ _Ahau Katun_, commençant à l’an 1518 ou 1521.

[71] Il est parlé de ces prétendues prophéties dans tous les livres
composés depuis la conquête. Ce que Landa nous apprend ici toutefois,
c’est que _Chilan_ était le nom d’un office sacerdotal parmi les Mayas.

[72] Il est parlé dans Lizana et Cogolludo d’histoires analogues, toutes
aussi peu fondées les unes que les autres, ou inventées par les vaincus
pour plaire aux religieux, leurs maîtres. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_,
lib. II, cap. 11.)

[73] Le précepteur de Charles-Quint, régent d’Espagne et depuis Pape sous
le nom d’Adrien VI, en 1522.

[74] Cogolludo distingue entre _Cóni_ et _Conil_, celui-ci étant un port
de mer sur la côte nord, situé en avant de _Cóni_, et dont le nom est
resté aujourd’hui à une pointe de terre qui s’avance entre le Cap-Catoch
et le Rio-Lagartos, à l’entrée de la lagune de _Yalahau_, où il y a tant
de ruines intéressantes.

[75] Cogolludo appelle cette province _Chavacha-Háa_ ou _Choáca_, qui
est, ainsi que toute la portion orientale de la péninsule, presque
entièrement dépeuplée actuellement: Chichen-Itza en dépendait.

[76] _Tecoh_ est situé à moins de cinq lieues au sud-est de Mérida, dans
l’arrondissement de cette ville.

[77] _Covoh_ parait avoir été le nom de la famille régnante à Champoton,
au temps de la conquête.

[78] Ainsi les Chèles continuaient à exercer le sacerdoce à Tecoh, en
1565, malgré les efforts de Landa et des autres franciscains.

[79] Chichen-Itza paraît avoir continué à jouer un rôle important dans
l’histoire jusque vers la fin du XIIIᵉ siècle. Le titre et la puissance
royale seraient passés ensuite aux Chèles de Tecoh, qui possédaient
le territoire de Chichen ainsi que celui d’Izamal, à la conquête. N’y
aurait-il pas là encore une preuve d’antagonisme entre deux sectes
religieuses, personnifiées dans les familles sacerdotales de Chichen
et de Tecoh? Chichen, autant qu’on peut en juger, était en ruines et
abandonné lorsque les Chèles en firent la cession à Montejo.

[80] Il manque probablement des mots dans ce texte; car il est
intraduisible ici.

[81] Cogolludo écrit ce nom _Anamux-Chel_.

[82] _Yobaïn_ est aujourd’hui un village de l’arrondissement de _Motul_,
département d’Izamal, à une lieue environ de la mer, sur la route de
cette ville.

[83] L’audience royale dite des Confins, parce qu’elle avait été
transférée à Gracias-à-Dios, ville du Honduras située sur les frontières
de cette province, et tout près de celles de Guatémala, pour veiller
aux intérêts de l’Amérique centrale, en particulier du Nicaragua et du
royaume de Guatémala.

[84] Cogolludo ne raconte pas cette histoire de la même manière que
Landa; mais celui-ci paraît être dans le vrai. (Cogolludo, _Hist. de
Yucatan_, lib. III, cap. 6.)

[85] Ce sont les embouchures du Tabasco et la lagune de Terminos.

[86] Ti-Hoo et mieux T’Hoo, signifie la cité par excellence, _ad
urbem_. La tradition en attribuait la fondation aux Tutul-Xius, et elle
renfermait des monuments remarquables de son antique splendeur, lorsque
les Espagnols y fixèrent leur résidence. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_,
lib. III, cap. 7 et 11.)

[87] Voici donc Landa, que l’on a si souvent accusé de fanatisme et de
cruauté même à l’égard des Indiens, racontant lui-même les barbaries
commises par les conquérants. Ce n’est pas ici l’enthousiaste déclamateur
Las Casas; c’est Landa lui-même. Mais hâtons-nous de le répéter avec
lui, les Espagnols eux-mêmes se révoltaient des cruautés exercées par
quelques-uns de leurs chefs.

[88] C’était là la condition de la plupart des nations indigènes de ces
contrées. Combien d’ouvrages de l’époque y a-t-il, cependant, où on les
accuse de vivre comme des bêtes sauvages dans les bois et au fond des
précipices! A qui la faute, sinon à ceux dont l’avidité et la barbarie
les forçaient à se cacher et changèrent en solitudes les régions naguères
les plus florissantes et les plus peuplées!

[89] Cette révolte eut lieu en 1546.

[90] Jacques de Testera était Français, natif de Bayonne et frère d’un
chambellan de François Iᵉʳ, roi de France: le premier il arrêta la
destruction des documents indigènes, si malheureusement et en si grand
nombre déjà livrés aux flammes par Landa dans le Yucatan et par Zumarraga
à Mexico et à Tetzcuco.

[91] Voici ce que dit à ce sujet Torquemada: «Ils comptaient les paroles
de la prière qu’ils apprenaient avec des petits cailloux ou des grains
de maïs, mettant à chaque mot ou période un caillou ou un grain, l’un
après l’autre, comme après ces mots _Pater noster_ une pierre, après
_qui es in cœlis_ une autre, et ainsi du reste. Puis, les signalant du
doigt, ils commençaient avec le premier caillou, disant _Pater noster_,
et continuaient ainsi jusqu’à la fin, recommençant aussi souvent qu’il le
fallait pour se graver le tout dans la mémoire.» (_Mon. Ind._, lib. XV,
cap. 36.)

[92] La grammaire maya du père Louis de Villalpando fut augmentée par
Landa lui même; mais on ne sait ce que ces manuscrits sont devenus.
Pinelo cite de Villalpando un _Arte, i Vocabulario_, qui auraient été
imprimés, mais ne dit ni où ni quand.

[93] Landa parle ici d’après son expérience personnelle dans la matière.

[94] Ce mot est le même que les écrivains yucatèques, successeurs de
Landa, écrivirent _than_, où le _th_ a un son tout particulier, et qui
n’est pas le _th_ anglais.

[95] Si nous comprenons bien ce que veut dire l’auteur, c’est que les
religieux adoptèrent les lettres latines pour les mots nouveaux que
l’espagnol introduisit dans la langue maya; ou bien signifie-t-il qu’on
ajouta à l’alphabet latin les lettres dont le son manquait en espagnol?

[96] L’auteur dit les trois Pàques, suivant l’usage espagnol, la Noël,
Pàque et la Pentecôte.

[97] Cet _auto da-fé_, où personne toutefois ne fut brûlé, ce fut le
père Landa lui-même qui le célébra, usurpant, comme on l’en accusa
bientôt après, les droits épiscopaux. Voir à ce sujet, pour les détails,
Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. VI, cap. 1 et 6.

[98] Dans le nouveau Royaume de Grenade.

[99] Il y a dans le texte _catedratico de Scoto_, qui tient la chaire
de l’enseignement de _Scot_, le célèbre professeur de philosophie
scolastique du moyen âge.

[100] On voit que ces seigneurs indiens savaient au besoin flatter leurs
vainqueurs.

[101] C’est encore aujourd’hui de cette manière que se construisent à
la campagne les maisons non-seulement des indigènes, mais encore de la
plupart des autres habitants du pays, au Yucatan et ailleurs.

[102] On en verra plus loin la description.

[103] On en verra plus loin la description.

[104] Suivant d’autres auteurs ils auraient eu quelquefois des vêtements
plus complets et de plus de luxe.

[105] Cette boisson est en effet fort rafraîchissante et aussi
nourrissante qu’agréable: on l’appelle _tisté_ au Nicaragua.

[106] Celle-ci est une sorte de chocolat, tel que le préparaient les
indigènes, de qui l’Europe l’a reçu.

[107] Ou plutôt les Espagnols et leurs descendants ont emprunté des
Yucatèques et ceux-ci des Espagnols leurs coutumes mutuelles, surtout
quant à la nourriture, ce dont s’aperçoivent fort facilement les
voyageurs qui parcourent ces contrées.

[108] C’était un véritable hydromel, comme on le voit. Dans la suite de
ce récit le mot _vin_, qui se représente souvent, ne doit pas être pris
dans un autre sens.

[109] Ce livre est rempli de vieux provincialismes souvent introuvables
et encore plus intraduisibles; il y a ici _cimitaras_, peut-être pour
_cimitarras_, cimeterres, mais que veut-il dire? Nous avons traduit
l’idée, sinon le mot.

[110] «Au temps de leur idolâtrie, ils dansaient et encore actuellement
ils dansent et chantent suivant l’usage des Mexicains: ils ont un
chanteur principal qui donne le ton et enseigne ce qu’il faut chanter;
ils le vénèrent et le respectent, lui donnant sa place à l’église, dans
les fêtes et assemblées. Ils le nomment _Holpop_, et c’est à ses soins
que sont confiés les tambours ou _tunkules_ et autres instruments de
musique, tels que flûtes, trompettes, conques marines et autres choses
dont ils se servent. Le _tunkul_ (en mexicain _teponaztli_) est de
bois creux, et il y en a de si grands qu’on en entend le son à deux
lieues de distance, quand vient le vent du même côté. Ils chantent avec
ces instruments leurs fables et leurs antiquités. Ils avaient et ils
ont encore des comédiens qui représentent les fables et les histoires
antiques, que je crois qu’il serait bon de leur ôter, au moins les
costumes avec lesquels ils les représentent; car, à ce qu’il paraît, ils
sont comme ceux de leurs prêtres idolâtres... Ils mettent de la grace
dans les plaisanteries et les bons mots qu’ils adressent à leurs anciens
et aux juges, figurant leur rigueur, leur ambition ou leur avarice,
imitant leurs gestes et leurs manières, disant les vérités à leur
propre curé, devant lui-même, souvent dans un seul mot. Mais pour les
comprendre, il faut bien posséder leur langue et être très-attentif. Ces
représentations sont d’ailleurs fort dangereuses, surtout si elles ont
lieu de nuit dans leurs maisons; car Dieu sait ce qui s’y passe. _Balzam_
est le nom qu’ils donnent à ces comédiens et par extension à l’homme
d’esprit, au bouffon; car ils imitent aussi fort bien les oiseaux dans
ces représentations.» (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. IV, cap. 5.)

[111] Il y a cependant quelques exceptions, comme on le verra plus loin
au § XXXII.

[112] «La monnaie dont ils se servaient, c’étaient des clochettes et
des grelots de cuivre, dont la grandeur fixait le prix, et quelques
coquillages rouges qu’ils apportaient du dehors et qu’ils enfilaient
comme les grains d’un chapelet. Les grains de cacao servaient également
de monnaie; c’était ce qu’il y avait de plus en usage dans leurs achats
et ventes, ainsi que certaines pierres de prix et de petites haches de
cuivre qu’ils tiraient de la Nouvelle-Espagne, etc. (Cogolludo, _Hist. du
Yucatan_, lib. VI, cap. 3.)

[113] On sait qu’en Espagne et dans les pays espagnols, les noms absurdes
de _Pilar_, Pilier, _Soledad_, Solitude, etc. sont fort communs pour
_Maria del Pilar_ ou de la _Solitude_, à cause des sanctuaires dédiés à
la Sainte Vierge.

[114] Ceci est une erreur de Landa, qui ne paraît guère avoir été
au courant des coutumes du Mexique où l’enfant était lavé quelques
jours après sa naissance et purifié par l’invocation de la déesse
Chalchiuhlicué, etc.

[115] _Chac_ ou _Chaac_, ainsi qu’on le verra plus loin, était aussi le
nom générique des dieux protecteurs de la campagne et des moissons, comme
les _tlaloque_ au Mexique.

[116] L’encens dont il s’agit ordinairement dans ce livre, c’est le
_copal_, en usage encore dans toutes ces contrées.

[117] _Echuah_, signifie marchand; au dire de Las Casas, c’est la
divinité que les Mayas invoquaient en chemin (Cogolludo, _Hist. de
Yucatan_, lib. vi, cap. 6.)

[118] A l’exception des masques servant aux représentations scéniques,
je n’ai jamais vu de ces idoles de bois, les missionnaires ayant brûlé
toutes celles dont ils ont pu s’emparer.

[119] Le _Nacon_ dont le titre se donnait à deux différents chefs,
se donnait aussi à la supérieure ou abbesse des vestales ou vierges
consacrées au service des temples, laquelle prenait le titre de _Ixnacan_
ou _Xnacon Katun_. (Cogolludo, _Hist. du Yucatan_, lib. IV, cap. 2.)

[120] L’historien général des Indes dont il s’agit ici était Gonçalo
Fernandez de Oviedo, dont l’erreur, si erreur il y a, comme l’affirme
ici Landa, a été reproduite par Herrera et beaucoup d’autres écrivains.
Cogolludo ajoute à son tour le témoignage de tous les moines de son
ordre et de Las Casas qui n’ont jamais remarqué rien qui rappelât la
circoncision; il dit aussi avoir interrogé un grand nombre de vieillards
qui ne se souvenaient d’aucune coutume semblable. (_Hist. de Yucatan_,
lib. IV, cap. 7.)

[121] Il s’agit ici de la pierre des sacrifices.

[122] A Tyr, et dans les pays chananéens, à Carthage, etc., des mères
portaient leurs petits enfants en holocauste à Baal, à Moloch, etc. Quant
aux sacrifices du sang humain, ils existaient chez la plupart des peuples
de l’antiquité.

[123] Un sacrifice analogue avait lieu à Quauhtitlan, près de Mexico.
(Torquemada, _Monarq. Ind._ lib. X, cap. 30.)

[124] On retrouve ce sacrifice avec tous ses détails barbares au Mexique
où il parait avoir été apporté par une population étrangère, à Tollan,
vers la fin de l’empire toltèque de l’Anahuac, au milieu du XIᵉ siècle.
C’était ce qu’on appelait à Mexico la fête de Xipe-Totec.

[125] _Hostia, ab hoste sacrificato..._ Pour nous la victime la plus
sainte n’est pas seulement un homme, c’est un Dieu, immolé pour nous
sauver.

[126] Dans le drame quiché de _Rabinal-Achi_ que j’ai recueilli et
traduit à Rabinal, au Guatémala, l’un des héros, Queché-Achi, fait
allusion à cette coutume d’une manière poétique: «Or voici, s’écrie-t-il,
ce que dit ma parole à la face du ciel, à la face de la terre: Sont-ce là
votre table et votre coupe? Mais c’est la tête de mon aïeul, mais c’est
la tête de mon père que je vois et que je considère! Ne serait-il donc
pas possible qu’on en fasse de même et que l’on travaille ainsi l’os de
mon front, le cràne de ma tête, qu’on le cisèle et le peigne de couleurs
en dedans et en dehors? Alors quand on descendra en mes montagnes et en
mes vallées, pour négocier des sacs de peck ou de cacao avec mes fils
et mes vassaux, dans mes montagnes et dans mes vallées, mes fils, mes
vassaux diront: «Voilà la tête de notre aïeul, de notre père.» Ainsi le
répéteront mes fils et mes vassaux en mémoire de moi, aussi longtemps
que le soleil éclairera.... Voici donc l’os de mon bras, voici donc
la baguette montée en argent, dont le bruit retentira, en excitant le
tumulte au dedans des murailles du grand château; voici l’os de ma jambe
qui deviendra le battant du _teponovoz_ (ou _teponaztli_, tambour de bois
creux) et du tambour et qui fera trembler le ciel et la terre...» (B. de
B. _Rabinal-Achi, ou drame-ballet du Tun_, etc. scène IV, pages 103 et
105.)

[127] Voir la gravure de la hache au texte espagnol.

[128] A l’époque où Landa écrivait, les Mayas, ainsi que la plupart des
nations voisines, dont la civilisation était analogue, avaient déjà perdu
l’usage de leurs armes anciennes; il est loin de les énumérer toutes ici.
Comme elles étaient les mêmes dans le Mexique et l’Amérique centrale,
le lecteur qui voudrait en avoir une idée peut consulter mon _Hist. des
nations civilisées du Mexique et de l’Amérique centrale_, etc. tom. III,
liv. XII, chap. 5, pag. 591.

[129] Ce détail confirme ce qui se trouve plus haut, § VIII, sur l’usage
du sel dans la doublure piquée de coton de ces sayes.

[130] On assure que la chair de l’iguane, qu’on dit d’ailleurs d’un goût
fort agréable, a la propriété de refroidir les sens.

[131] Ceci ferait croire qu’il s’agit d’une sorte de garde analogue à la
_landwehr_ en Suisse, quoique un peu plus loin le texte ferait penser
qu’il s’agit de mercenaires payés par le prince. Quant au titre de
_holcan_ donné à son chef, son étymologie paraît être _hol_, tête, et
_can_, serpent, tête de serpent, peut-être à cause des insignes qu’il
portait.

[132] Ce bain au feu, était probablement le bain de vapeur dont les
Mexicains faisaient usage, appelé chez eux _temazcalli_ et chez les
Quichés _tuh_.

[133] Quel aveu pour un évêque, surtout pour un évêque espagnol et un
homme du caractère généralement attribué à Landa! Il prouve, du reste,
en faveur de sa véracité, mais il est bien triste pour la civilisation
européenne.

[134] Martyre de la chasteté et de la fidélité conjugales, persécutées
par des hommes qui avaient la prétention d’introduire l’Evangile.

[135] L’espagnol dit «conter des nouvelles et par moments un peu de
murmures,» sans dire contre qui, mais le reste du texte semble indiquer
que c’était contre leurs maris.

[136] Le nom _naual_ donné à ce ballet appartient à la langue mexicaine.
On sait, d’ailleurs, que certaines populations d’origine nahuatl, à
Panuco, à Teo-Colhuacan, etc., avaient des mœurs fort dissolues et
des fêtes très-lascives, d’où cette danse peut avoir été empruntée ou
apportée au Yucatan.

[137] Landa, en faisant, d’un côté, l’éloge de leur économie, de l’autre
de leur générosité, ne pouvait mieux dépeindre la femme de ménage par
excellence, _la femme forte_ dont il est question dans les saintes
Écritures, à propos de Judith. (_Proverb._ cap. 31.)

[138] _Ixchel_, mieux _Xchel_, suivant la grammaire du P. Beltran, est
tout simplement le féminin de _Chel_, indéfini dont le masculin est
_Ahchel_ ou _Hchel_, nom patronymique de la famille sacerdotale qui
régnait à Tecoh, capitale de la province d’Izamal. Voir le § IX.

[139] On sait d’ailleurs que les Mayas embaumaient à leur manière les
cadavres, lorsqu’ils ne les brûlaïent point; qu’ils les déposaient, comme
on le voit quelques lignes plus bas, dans des sarcophages en terre cuite
ou en bois, dont le couvercle représentait l’image du défunt, peinte de
couleurs vives, et qu’ils enfermaient avec lui ses livres, s’il était
prêtre, et d’autres objets rappelant sa profession et son rang. C’était
exactement ce qui avait lieu dans l’ancienne Égypte.

[140] Ces paroles indiquent suffisamment l’usage primitif des pyramides
d’Izamal et l’intérêt qu’il y aurait à fouiller dans leurs entrailles.

[141] Tout à fait comme les cercueils ou les sarcophages du même genre
trouvés en Etrurie, dans la Babylonie et en Égypte.

[142] Le _Yaxché_, qui signifie arbre vert, est probablement le même que
le _tonacaste_ ou _tonacazquahuitl_, arbre au tronc puissant et élevé,
au feuillage immense, mais menu et serré, dont la beauté et l’extrême
fraîcheur lui ont fait donner le nom d’arbre de la vie; pour moi je n’en
ai jamais vu dont la fraîcheur fût plus délicieuse.

[143] _Mitnal_, quelquefois écrit _metnal_, qui parait dériver du
_mictlan_ ou _mitlan_ de la langue nahuatl.

[144] _Hun-hau_ pour _hun-ahau_, suivant la prononciation maya où le
son guttural de la lettre _h_ se prononce autant que possible sans
voyelle. Ce mot signifie un seigneur, un roi, etc. Il est probable
qu’il fait allusion au personnage nommé _Hun-Camé_ dans le Livre sacré.
(_Popol-Vuh._)

[145] Du 30 novembre au 13 décembre.

[146] C’est la première fois que je trouve des mois de trente jours chez
une nation où le calendrier ordinaire et la civilisation paraissent être
d’origine toltèque. Il n’est probablement pas question de mois lunaires;
car dans ce cas ils n’eussent pas été de trente jours et n’auraient pas
complété le 360.

[147] On omettait de nommer alors les cinq jours supplémentaires, comme
le dit ici l’auteur, en ce sens qu’étant en dehors des dix-huit mois
de l’année, ils ne pouvaient avoir le nom d’aucun d’eux: mais en tant
que jours, il explique un peu plus bas qu’ils omettaient, tout en les
comptant, ceux des cinq premiers signes suivants; ainsi le 360 forment,
l’année terminant avec _Akbal_, comme dans le calendrier présenté par
l’auteur, les cinq jours supplémentaires devaient s’appeler _Kan_,
_Chicchan_, _Cimij_, _Manik_, et _Lamat_, afin que l’année nouvelle pût
commencer avec _Muluc_, d’après le système même de Landa qui recevra plus
loin d’amples éclaircissements, dans le calendrier yucatèque, publié au
Yucatan par don Pio Perez et que nous plaçons à la suite de cet ouvrage.

[148] Voir au document cité dans la note précédente relativement à
la signification de ces noms, dont le sens est pour la plupart resté
inconnu; au dire de l’évêque Nuñez de la Vega, ceux du calendrier tzendal
qui sont presque identiques, seraient les noms des chefs qui vinrent avec
Votan peupler ces contrées ou de ses premiers successeurs (Nuñez de la
Vega, _Const. diœces. del obispado de Chiappa_, in Præamb. § XXX et XXXI.)

[149] Peut-être les mêmes qu’_Oxomoco_, _Cipactonal_, _Quetzalcohuatl_
et _Tetzcatlipoce_, autrement _Oxomoco_, _Cipactonal_, _Tlaltecui_ et
_Xuchicaoaca_. Voir le _Livre sacré (Popol-Vuh)_, Introd. pag. CXVII.

[150] La plupart des mots composant les noms de ces divinités sont
introuvables dans les maigres vocabulaires qui sont sous nos yeux: leur
orthographe, d’ailleurs, est incertaine; nous chercherons toutefois à
expliquer les plus importants, mais sans rien affirmer, les étymologies
que nous donnons ici ne devant servir tout au plus que comme de simples
indications. L’auteur, en disant que les _Bacab_ étaient les soutiens du
ciel, permet de chercher l’étymologie du mot dans _bak_, qui signifie
un os, un rocher, une chose fondamentale; _bacab_ ou _bakab_ serait
peut-être un pluriel ancien: dans ce cas ce seraient les _fondements_
ou les _fondateurs_ du ciel. Les autres noms ont évidemment rapport
aux présages annuels de chacun des quatre signes qui se suivaient
continuellement: ainsi l’année du signe _Kan_, placé au midi, était
marquée de la couleur jaune, _kan_ ou _kanal_; l’année du signe _Muluc_,
placé au levant, était marqué de la couleur rouge, _chac_ ou _chacal_;
l’année du signe _Yx_, placé au nord, était marquée de la couleur
blanche, _zac_ ou _zacal_; enfin celle du signe _Cauac_, placé au nord,
était marquée de noir, _ek_ ou _ekel_. Le mot _pavahtun_, composé de
_paa_, édifice, de _vah_, passé probablement d’un verbe qui veut dire
ériger, dresser, et de _tun_, la pierre du _katun_ qu’on incrustait dans
le mur pour rappeler la mémoire de l’année. Le mot _chac_, avec lequel se
termine chacun des noms, rappelle sans doute la divinité protectrice des
champs, et dans ce cas il faudrait l’écrire _çhac_, avec le _ch_ barré ou
cédillé.

[151] Les mêmes noms de couleurs se représentent ici avec _u-Uayeyab_,
mieux _u uayeb haab_, _les lits_ ou _les couches de l’année_; ces noms
sont donnés aux jours supplémentaires, ainsi désignés parce qu’ils
étaient comme les jours de repos de l’année.

[152] _Bolon_ est l’adjectif numéral neuf, _zacab_, dont la racine est
_zac_, blanc, est le nom d’une sorte de maïs moulu, dont on fait une
espèce d’orgeat. Cette statue était-elle une image allégorique de cet
orgeat offert en cette occasion?

[153] _Kanté_, bois jaune; c’est probablement le cèdre.

[154] Nous avons déjà parlé de _Zamna_, au _Itzamna_, § V, note 5; son
nom se retrouve dans celui d’_Izamal_, dont il fut peut-être le fondateur
et qui s’appelait, ainsi que lui-même, _Itzamatul_; mais je ne trouve
pas dans Lizana le nom d’_Yzamna-Kauil_, mais bien _Kab-ul_; c’est
peut-être encore une faute du copiste de Landa (Lizana, _Hist. de N. S.
de Ytzamal_. Part. I. cap. 4.)

[155] L’original du manuscrit de Landa était partagé en un grand nombre
de petits chapitres, dont les divisions ont été à peu près partout omises
par le copiste, ce qui fait que nous n’avons pu les suivre. La division
présente est la nôtre. Le chapitre 100 de l’original correspondant à un
des alinéas du § XXVIII.

[156] Je trouve ce nom écrit alternativement _Kinch-Ahau_ et
_Kineh-Ahau_, ailleurs _Kinich-Ahau_, qui serait le seul acceptable:
_kin_, soleil, _ich_, œil et visage, et _ahau_, seigneur; ce qui
reviendrait à dire seigneur au visage de soleil, ou suivant Lizana
qui l’appelle _Kinich Kakmó_, soleil au visage et rayons de feu, bien
que _kakmó_ ait la signification d’Ara-de-feu, ainsi qu’il le donne à
entendre lui-même un peu plus loin. (_Hist. de N. S. de Yzamal_, Part. I,
cap. 4.)

[157] Plus haut il est parlé de quatre cent vingt-cinq grains de maïs
grillé composant le _zacah_.

[158] _Holcan_, tête de serpent, titre des chefs inférieurs de la milice,
et _okot_, danse ou ballet.

[159] Ici le nombre des grains de maïs grillé pour la boisson change de
nouveau.

[160] Ce nom est écrit plus haut _Chac-Acantun_.

[161] Ce nom est écrit tantôt _canziemal_, _canzicmal_ et _canzienal_. Je
n’ai pu jusqu’ici vérifier quelle était la véritable orthographe.

[162] _Yax-Coc-Ahmut_ était le même que _Zamná_ et considéré comme fils
de _Hunabku_, le seul saint, le dieu suprême.

[163] Ce nom est écrit plus haut _Zac-Zini_.

[164] _Yax-ek_ doit signifier vert et noir.

[165] _Kach_ doit être l’oiseau carnassier nommé _zopilote_ au Mexique.

[166] C’est la traduction du mot espagnol _cazcarientas_ qui se trouve
dans le manuscrit; serait-ce le nom d’une danse qui se trouve au pays de
l’auteur?

[167] Ceci rappelle l’antique empire dont le nom est resté pour signifier
l’enfer chez les uns et les démons ou plutôt d’effrayants fantômes chez
les autres.

[168] _Ek-balam-chac_ signifie tigre noir dieu des champs: ce sont du
reste des noms donnés au tigre encore aujourd’hui. _Ahcan_ est le serpent
mâle en général. _Ahbuluc-Balam_ signifie Celui des onze tigres.

[169] Ne croirait-on pas lire la description de cette fête des Scythes,
rapportée par Hérodote, et que M. Viollet-Leduc a insérée dans ses
_Antiquités mexicaines_, formant l’introduction de l’ouvrage de M. Désiré
Charnay: _Cités et Ruines américaines_, page 16?

[170] Voir au § XXXIV.

[171] En effet, le premier jour du premier mois ne se retrouvait d’accord
avec le premier jour de l’année qu’une fois au commencement de chaque
cycle de cinquante-deux ans.

[172] C’est ce dont le lecteur pourra se rendre un compte plus exact en
jetant les yeux sur l’explication du calendrier maya, d’après le travail
de don Pio Perez, à la suite de cet ouvrage.

[173] _Hun-Ymix_ correspond au _Ce-Cipactli_ du calendrier mexicain,
qui se trouve dans les tables de Veytia, au 9ᵉ jour du mois
_Micailhuitzintli_, XIIᵉ de l’année mexicaine, correspondant alors au 18
septembre. (Veytia, _Hist. antig. de Mexico_, tom. 1, cap. 10.)

[174] L’auteur se rapporte à quelque commentaire de l’Écriture sainte où
il est question du calendrier des Hébreux, comparé à celui de diverses
nations.

[175] L’auteur, en joignant ici au calendrier romain le calendrier maya,
n’a pas remarqué qu’il en a interverti l’ordre, en commençant son calcul
par la dernière moitié, ce qui fait qu’en arrivant à la fin de cette
moitié avec le dernier des jours supplémentaires, on aurait, s’il fallait
le suivre, pour premier jour du mois maya _Popp_, le jour _Muluc_ au lieu
de _Kan_, ce qui est impossible. Ce qui fait voir clairement d’ailleurs
que Landa a fait ces choses sans y réfléchir, c’est qu’il commence en
janvier avec la continuation des explications relatives à des fêtes
commencées dans le mois précédent de décembre, ce qui n’ajoute pas à leur
clarté. Il aura évidemment pris le calendrier maya et l’aura copié, en
commençant par la fin, n’attachant d’importance qu’au romain. Mais le
lecteur peut facilement réparer ce manque d’attention, en prenant à son
tour le calendrier romain par le milieu avec le 1ᵉʳ jour du mois _Popp_.

[176] On conçoit ici les plaintes de Landa; il écrivait au milieu de
l’époque la plus ardente de la réforme en Allemagne et en Angleterre.

[177] Voir à la fin du calendrier le commencement de ce mois et des
solennités dont la suite seulement se trouve ici. Quant à l’étymologie
des noms des mois, elle se trouvera plus loin avec celle des jours.

[178] Voir les §§ XXXV, XXXVI, XXXVII et XXXVIII.

[179] De là le nom de _katun_ ou _kat-tun_, pierre appelée ou qu’on
interroge, du verbe _kaat_, appeler, donner un nom, interroger, demander,
etc. et de _tun_, pierre. Voir le § IX, note 4.

[180] Ce qui, d’accord avec divers autres indices, annoncerait bien que
l’effusion du sang, et surtout du sang humain, dans les sacrifices, était
d’origine étrangère, nahuatl probablement.

[181] _Tupp-kak_, c’est-à-dire extinction du feu.

[182] Landa écrit alternativement les _chaces_ et las _chaques_, pour
pluraliser le mot _chac_, nom commun aux dieux protecteurs des campagnes
et aux aides des prêtres.

[183] _Ekchuak_, écrit ailleurs _Echuah_, était le patron des marchands
et naturellement des cacaos, marchandise et monnaie à la fois.

[184] _Cit_ paraît être une sorte de cochon sauvage; _chac_ est le nom
générique des dieux de la pluie, des campagnes, des fruits de la terre,
etc. _Coh_ est le puma ou lion américain; suivant d’autres, _chaccoh_ est
le léopard.

[185] Voir le § XXVII.

[186] Landa s’est préoccupé fort peu de l’exactitude du calendrier
qu’il donne ici: il est évident qu’il n’a eu d’autre intention que d’en
signaler les fêtes, de faire connaître les caractères correspondants, et
de montrer en général comment il pouvait correspondre avec le calendrier
romain; car, ainsi que je l’ai remarqué plus haut, il commence par la
seconde partie, laquelle devrait être, dès le 1ᵉʳ janvier, placée à
la fin. Il n’a donné, d’un autre côté, que 28 jours à février; mais
l’année dont il a pris le calendrier pour modèle était évidemment une
année bissextile où février avait 29 jours; car au lieu de terminer par
_XII Lamat_, le calendrier maya devait pour être juste finir avec _XIII
Lamat_; car cette année ayant commencé par le signe _Kan_, la suivante
devait commencer avec _Muluc_ qui suit _Lamat_. Mais Landa ne s’est guère
préoccupé de ces choses qui nous intéressent tant aujourd’hui. Se fiant
également sur le titre sans nom qu’on donnait aux jours supplémentaires,
il les omet entièrement, se contentant de mettre des vides à la place de
leurs signes respectifs, ce qui serait une nouvelle source d’embarras, si
nous n’avions le travail de don Pio Perez, qui met tout à sa place, et
qu’on peut voir dans ce volume à la suite de l’ouvrage de Landa.

[187] _Cinchau-Yzamná_ est une orthographe erronée, si l’on en juge
d’après les leçons précédentes; c’est probablement une mauvaise
abréviation de _Kinich-Ahau-Ytzamná_, donné, d’ailleurs, comme
l’inventeur des lettres et de l’écriture, l’auteur de tous les noms
imposés au Yucatan.

[188] Ainsi les prêtres de la déesse Centeotl, retirés dans les montagnes
des Totonaques, étaient chargés «d’écrire en figures et de mettre en
bon style un grand nombre d’histoires qu’ils donnaient après les avoir
coordonnées, aux grands-prêtres, qui les racontaient dans les sermons
qu’ils prêchaient dans les assemblées publiques.» (Torquemada, _Monarquia
Indiana_, lib. IX, cap. 8.)

[189] _Ac_ paraît être une sorte de plante commune au pays.

[190] C’était le ballet que dansaient les pêcheurs.

[191] C’étaient là sans doute les dieux de la pêche, à propos desquels
Cogolludo dit les paroles suivantes: «On dit aussi que bien après la
conquête, les Indiens de la province de Titzimin, quand ils allaient
pêcher le long de la côte de Choáca, avant de se mettre à la pêche,
commençaient par des sacrifices et des oblations à leurs faux dieux,
leur offrant des chandelles, des réaux d’argent et des _cuzcas_, qui
sont leurs émeraudes, et d’autres pierres précieuses, en certains
endroits, aux _ku_ et oratoires qui se voient encore dans les bras de mer
(estuaires) et les lagunes salées qu’il y a sur cette côte vers le _Rio
de Lagartos_. (_Hist. de Yucatan_, lib. IV. cap. 4.)

[192] Le miel passé à l’état d’hydromel, qui était leur vin ordinaire.

[193] Voir au § IV, où il est question du départ de Kukulcan, mais
nullement de son ascension au ciel: il est certain, cependant, qu’une
tradition de ce genre existait dans plusieurs provinces du Mexique;
il en est question en plus d’un ouvrage, entre autres dans le _Codex
Chimalpopoca_; il y est raconté que Quetzalcohuatl se jeta dans les
flammes, au pied de l’Orizaba, et qu’on vit ensuite son âme monter au
ciel, où elle se transforma en étoile.

[194] La province de Mani avait été colonisée par les Tutul-Xius, dont
l’origine était toltèque ou nahuatl; les fêtes de Kukulcan se bornant
à cette province après la destruction de Mayapan, ne laissent point de
doute sur l’origine de ce personnage, et donnent lieu de penser que le
reste du Yucatan, tout en vénérant jusqu’à un certain point ce mythe ou
ce prophète, avait gardé au fond la religion qui avait précédé celle des
Toltèques. Ce serait un point d’histoire d’une grande importance au point
de vue philosophique. Nous trouverons plus loin d’autres indices du culte
primitif des Mayas.

[195] Ici commencent la fête et les sacrifices de la formation des
dieux dont la suite se trouve placée par l’auteur au commencement de ce
calendrier.

[196] Ce chapitre ou le paragraphe en question a été omis par le copiste.

[197] L’auteur paraît confondre ici le calendrier civil avec le
calendrier astrologique du rituel, ainsi qu’on le verra plus loin.

[198] Il est à regretter que l’auteur n’ait pas jugé la matière assez
importante pour nous conserver ces signes avec les caractères dont il
donne plus loin le dessin.

[199] Aujourd’hui on comprend mieux que jamais toute l’affliction qu’une
telle destruction dut causer à la noblesse, au sacerdoce et aux lettres
mayas: le monde savant, le monde civilisé, pardonnera difficilement aux
premiers religieux espagnols cette ignorance déplorable, si peu d’accord,
d’un autre côté, avec les sentiments que Landa lui-même exprime, en
racontant avec naïveté tant de choses intéressantes. Après tout, est-il
permis de leur faire un si grand reproche, quand on vient à songer a
l’incendie des archives de l’empire chinois, allumé au palais impérial de
Pékin par les soldats des armées anglaises, en présence de celles de la
France.

[200] Ce style est si obscur et si diffus, si familièrement provincial,
qu’il est souvent intraduisible; malheureusement là où il faudrait le
plus de clarté comme ici, c’est le cas contraire, et dans le mot présenté
en exemple, il semblerait qu’il y a une répétition inutile par celle du
second _lé_ qui paraît de trop ici; il est vrai que ce peut être une
inadvertance du copiste de Landa.

[201] Voir à la page 318. Le signe Ʌ qui se trouve dans l’original à
la suite du signe _ha_ est-il un signe d’aspiration ou bien est-ce une
simple marque de l’auteur? il est difficile de la préciser. Dans le
manuscrit dit _Mexicain_, nº 2, de la Bibliothèque impériale, on voit
plusieurs fois un signe analogue, écrit en fer à cheval, serait-ce le
même et par conséquent le signe de l’aspiration? Du reste, autant que le
texte de Landa le laisse comprendre, le mot _ha_, eau, est écrit d’abord
avec les deux lettres _h_ (aspirée gutturale) et _a_, et le caractère
suivant serait tout simplement le signe symbolique de l’eau; ce qui nous
amènerait à conclure que les Mayas, ainsi que les Égyptiens, donnaient
d’abord la lettre et ensuite le signe figuratif de la chose écrite, pour
plus d’intelligence.

[202] Dans le feuillet original du manuscrit de Landa le signe de la
lettre P est hors de sa place, et placé en marge, accompagné du signet Ʌ
que je retrouve entre les caractères _o_ et _pp_. La ressemblance avec
celui que j’avais pris plus haut pour un signe d’aspiration, et au sujet
duquel je doute encore, m’avait fait croire à un _o_ aspiré (figure 18)
et à l’aspiration du caractère nº 25. Je pense cependant qu’il n’en est
ainsi ni dans l’un ni dans l’autre cas.

[203] Il m’a été impossible de reconnaître s’i s’agit ici d’un _u_ ou
d’une autre lettre, le manuscrit ne permettant pas de la lire clairement.
Des recherches subséquentes dans des documents écrits à l’aide de
ces caractères en feront retrouver le son, aussi bien que celui des
différents _c_, _ca_, _cu_, _ka_, _x_ et _x_, sur lesquels il y a encore
quelques doutes.

[204] Le lecteur trouvera à la page suivante plusieurs signes
additionnels monosyllabiques, qui existent, ainsi que les variantes de
la lettre _a_ n. 1, et de la lettre _h_, dans les explications données
plus haut, je dois ajouter qu’ils se retrouvent aussi dans plusieurs des
caractères des jours, et que ceux-ci paraissent devoir offrir une série
de signes syllabiques ou figuratifs, employés également dans l’ensemble
de l’écriture maya, à part de leur signification comme caractères
spéciaux des jours.

[205] Ajoutons ici, en attendant, que l’alphabet maya comprend
aujourd’hui, d’après la grammaire de Pedro Beltran de Santa Maria,
vingt-deux lettres, dont les suivantes: _Ɔ_ (_c_ renversé), _ch_ barré du
haut, que je remplace par un _çh_ cédille, uniquement pour le distinguer
de l’autre, _k_, _pp_, _th_ (écrit ailleurs _tt_), _tz_; sont propres
à la langue et d’une prononciation difficile qu’on ne saurait guère
acquérir que dans le pays. Le _ch_ non barré a le son de _tch_; _h_ est
aspiré gutturalement, _u_ a le son de _ou_ remplaçant fréquemment le _w_,
et _x_ le son de _ch_ français ou _sh_ anglais.

[206] Ces lignes, d’une ignorance si naïve, suffisent pour donner
une idée de l’innombrable quantité de cités et de temples ruinés qui
couvrent le sol yucatèque. Quel champ plus vaste aux explorations de
l’archéologue! Stephens, qui visita le Yucatan trois cents ans après
que Landa eut écrit ces lignes, est entièrement d’accord avec lui sur
le nombre des villes ruinées et sur l’identité de leurs fondateurs
(Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_, vol. II, ch. 24).

[207] Stephens parle d’ornements analogues, existant encore sur une des
façades de l’édifice appelé _Monjas_, à Uxmal; on y voit précisément
le corps d’un homme, vêtu comme le dit Landa, et quant aux décorations
en ciment si dur ou en stuc, on sait que les édifices de Palenqué en
présentaient encore beaucoup, il y a peu d’années. (Stephens, _Incidents
of travel in Yucatan_, vol. I, chap. 14, pag. 313.)

[208] Ce ne serait pas là une bien forte preuve en faveur de l’assertion
de Landa; heureusement il y en a beaucoup d’autres. Quant à l’urne dont
il est question ici, nous en avons vu du même genre au Musée national de
Mexico, et d’une grande beauté.

[209]

    Nº 1.—Chapelle (_capilla_).
    Nº 2.—Escalier (_escalera_).
    Nº 3.—Palier ou plate-forme (_descanso o plaça_).
    Nº 4.—Plate-forme grande et belle (_plaça muy grande y hermosa_).
    Nº 5.—Escalier très-raide à monter (_escalones muy agros de subir_).

[210] Voir à la suite de ce chapitre la description des temples d’Izamal,
tirée de Lizana.

[211] Cogolludo parlant des routes qui allaient à Cozumel et à Izamal,
les compare pour la solidité et la perfection aux plus belles chaussées
royales d’Espagne: divers témoignages contemporains corroborent cette
opinion. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, liv. IV, cap. 7.—Stephens,
_Incidents of travel in Yucatan_, vol. II, chap. 24.)

[212] Cette mesure équivaut, dit-on, à l’élan que fournit un cheval sans
reprendre haleine évalué en quelques endroits de l’Amérique espagnole à
400 vares (environ 400 mètres) pour le moins, dans d’autres à 1,200, ce
qui donnerait à la base de ce monument une étendue de plus de 3,000 pieds.

[213] Dans le petit plan de la page 332, le lecteur ne doit voir qu’une
idée de l’ensemble, les cellules ayant dû être en beaucoup plus grand
nombre que celles qui se montrent ici; mais en rectifiant l’esquisse de
Landa pour pouvoir la graver, nous n’avons pas voulu en faire un plan
d’architecture. Ce qu’il y a à remarquer ici surtout, c’est ce qu’il
appelle les passages en arc de pont, dont l’un est figuré rond ou à plein
cintre dans son plan, et l’autre à voûte _en encorbellement_ qui est la
voûte commune de l’Amérique centrale.

[214] C’est le stuc antique du pays dont j’ai vu moi-même des restes
considérables dans un grand nombre de ruines, et que les Indiens
employaient soit à modeler des ornements, soit à couvrir des murs et
quelquefois le sol.

[215] Il est question en plusieurs endroits de l’ouvrage de Cogolludo,
d’une de ces pyramides désignée par lui comme la plus grande, _el
grande de los Kues, adoratorio que era de los idolos_, dont les débris
embarrassèrent pendant de longues années une des rues de Mérida. Je
ne saurais dire si c’est la même dont parle ici Landa. Cogolludo
cite également un autre _omul_ qui était à l’est du monastère des
franciscains, dédié au dieu _Ahchun-Caan_, et sur la cime duquel ceux-ci
édifièrent, à la place de l’édicule de ce dieu, une chapelle à saint
Antoine de Padoue, mais qui ne tarda pas tomber en ruines. (_Hist. de
Yucatan_, liv. XVIII, cap. 8).

[216] «La ville de Mérida a reçu son nom des édifices somptueux bâtis en
pierre qu’on y voit. On ignore qui les a construits; mais ce sont les
_plus_ beaux qu’on ait vus dans toutes les Indes. Ils doivent avoir été
bâtis avant Jésus-Christ; car, sur leurs ruines, les broussailles sont
aussi épaisses et les arbres aussi élevés que dans le reste de la forêt.
Les bâtiments ont cinq toises de haut, etc.» (Bienvenida, _Carta fecha de
Yucatan, á 10 de Hebrero_ de 1548, Archivo de Simancas.)

[217] C’était encore, suivant Cogolludo, la plus belle des pyramides
de Tihóo, et Montejo, avant de la donner aux franciscains, avait eu
l’intention d’y bâtir une citadelle. (_Hist. de Yucatan_, liv. V, cap.
5.) Ce monastère fut fondé en 1547. «Il est situé, dit-il ailleurs, sur
une petite colline, de celles qu’il y avait en grand nombre et faite
de main d’homme dans ce pays, et il s’y trouvait plusieurs édifices
antiques, dont les vestiges existent encore aujourd’hui sous le dortoir
principal. (Lib IV, cap. 12.)» En 1669, le besoin d’avoir une forteresse
à Mérida, pour soutenir, en cas de révolte des Indiens, une attaque
imprévue de leurpart, s’étant fait sentir de nouveau, le gouverneur don
Rodrigo Florez Aldana exhaussa les murs qui entouraient le couvent des
franciscains, et en prit une partie pour y loger des soldats, malgré les
réclamations des religieux. Voici comme en parle un écrivain yucatèque
moderne: «Le site marqué d’abord pour y ériger un château, fut donné
aux franciscains qui y bâtirent un labyrinthe de fabriques unies les
unes aux autres au moyen de galeries, de passages étroits et même de
souterrains, œuvre d’années diverses et de différents provinciaux. Dans
cet entassement confus de demeures, il ne règne aucun goût, et dans ces
constructions faites partiellement, on ne consulta jamais aucune des
règles architectoniques. Aujourd’hui, cependant, que tout cela n’est plus
qu’un triste amas de ruines abandonnées au cœur même de Mérida, l’aspect
qu’il présente n’en est pas moins imposant et majestueux. (Apendice al
libro IV de la _Hist. de Yucatan_, Campeche, 1842.) Norman et Stephens
parlent longuement dans leurs ouvrages des ruines de ce monastère, d’où
les religieux, au nombre de trois cents, furent chassés en 1820. C’est
en contemplant leur étendue et leur immensité qu’on peut se faire une
idée des édifices qui les couvraient avant la venue des Espagnols, dont
l’œuvre n’a pas duré trois cents ans. Sans le savoir, Stephens rappelle
dans un paragraphe les vestiges des édifices antiques qui y existaient
encore au temps de Cogolludo: «Dans un des cloîtres inférieurs,
dit-il, sortant du côté du nord, et sous le dortoir principal, il y a
trois corridors parallèles. Le corridor extérieur fait face à la cour
principale, et on y trouve précisément de ces voûtes particulières dont
j’ai si souvent parlé dans mes volumes précédents, deux côtés s’élevant
de manière à se rencontrer, et couvertes, à peu de distance l’une de
l’autre, d’une rangée de pierres plates qui en sont la clef. Il ne peut
y avoir aucune erreur sur le caractère de cette voûte; car on ne peut
supposer un seul instant que les Espagnols aient rien construit de si
différent des règles ordinaires de l’architecture, et il n’y a pas le
moindre doute que c’était là un de ces mystérieux édifices qui ont fait
naître tant de spéculations.» (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. I,
chap. 5.) N’est-ce pas le cas de répéter ici avec Norman: «Les caciques
et le peuple furent chassés de leurs demeures; ils périrent sous les
coups impitoyables de l’envahisseur, avec qui l’Église vint prendre sa
part des dépouilles. Où sont-ils maintenant? vainqueurs et vaincus sont
ensevelis dans la même poussière! Et nous contemplons aujourd’hui les
pierres éparses qui rappellent indistinctement la grandeur de l’un et la
ruine de l’autre.» (Norman, _Rambles in Yucatan_, etc., chap. II.)

[218] La confusion qui règne dans le manuscrit que nous avons copié
semblerait, ainsi que ces paroles, foire croire que certaines parties
y ont été omises; mais il se pourrait que ce chapitre qui traite des
principaux édifices du Yucatan eût du entrer dans le § V, dont il est une
amplification.

[219] Où se retira ce saint personnage? C’est ce qu’il est impossible
de déterminer; mais sa religion se rattachait probablement à celle dont
l’Ara était le symbole, antérieure à celle des Nahuas ou Toltèques,
dont les Tutul-Xius étaient une fraction. Aussi serait-il intéressant
de rechercher les traces de ces prophètes qui, sous le nom commun à
plusieurs autres, de _Viracocha_, parcoururent le Pérou et la Bolivie,
et dont l’un ou l’autre laissa des indices analogues dans les légendes
traditionnelles du royaume de Quito et dans les sculptures de Tiahuanaco.

[220] Ces deux princes auraient plutôt été les victimes d’une réaction
religieuse ou d’une religion nouvelle. On sait, en effet, par le
manuscrit maya que nous publions plus loin, que Chichen-Itza fut conquis
par les Tutul-Xius vers l’an 394 de notre ère, et que les Itzaes, qui lui
donnèrent leur nom, se réfugièrent à Champoton, d’où ils furent chassés
plus tard par leurs ennemis. Kukulcan était-il un des leurs, c’est ce
qu’on ne saurait déterminer encore? Ce que je crois entrevoir, c’est que
leur religion était celle des Cocom, ennemis acharnés des Tutul-Xius; car
le document qui nous donne les renseignements ci-dessus les appelle des
hommes saints «_cuyen uincob_.»

[221] Cet édifice est le même dont Stephens donne une description si
complète, avec la gravure représentant un de ces escaliers aux têtes
de serpents. (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. II, chap. 27.)
C’est celui dont parle M. Viollet Leduc et M. Charnay, _Cités et Ruines
américaines_, pag. 48 et 340.

[222] La phrase de l’auteur est intraduisible; je crois cependant en
avoir saisi le sens.

[223] Voir encore Stephens, _ibid._, et Charnay, _loc. cit._; l’un et
l’autre parlent de ces deux théâtres, sans toutefois les identifier
absolument, ainsi que la salle du jeu de paume, _Tlachco_ en langue
nahuatl, où se trouvent enclavés dans le mur les anneaux dont le titre de
ce livre présente une image.

[224] Stephens donne au puits de Chichen-Itza une profondeur de soixante
à soixante-dix pieds et un diamètre d’environ trois cent cinquante.
(_Ibid._, _ut sup._, chap. 26.)

[225] Probablement des principaux _dieux_ du pays.



DEL PRINCIPIO Y FUNDACION DESTOS CUYOS OMULES DESTE SITIO Y PUEBLO DE
YTZMAL SACADA DE LA PARTE PRIMERA DE LA OBRA DEL PADRE LIZANA TITULADA
HISTORIA DE NUESTRA SEÑORA DE YTZAMAL.

DU COMMENCEMENT ET DE LA FONDATION DE CES OMULES SACRÉS DE CE SITE ET
VILLE D’IZAMAL EXTRAIT DU LIVRE PREMIER DE L’OUVRAGE DU PÈRE LIZANA,
INTITULÉ HISTORIA DE NUESTRA SEÑORA DE YTZAMAL[1].


1. Llamavan esta tierra en la gentilidad, tierra de pavos y venados,
_u luumil cutz, u luumil ceb_, y la causa era porque la abundancia que
destas cosas tenia de su naturaleza la tierra, en que mas se señalava que
en otras..... Lo primero que se debe advertir es que esta tierra es la
parte oriental de la Nueva-España, tierra firme con ella, por la parte
del Puniente y conjunta con la de Guatemala por la parte de medio dia.
Fué sujeta esta tierra al emperador de Mexico, Monteçuma: y si bien es
verdad que avia aqui muchos reyecuelos y señores propios, reconocian y
pagavan tributos al Monteçuma. Algunos dicen que le embiavan por tributo
hijas destos reyeçuelos y otras principales donzellas, por ser hermosas.
Otros que le embiavan mantas de lana y unas monedas que ellos usavan, y
que oy se llaman _cuzcas_.

2. Y aunque es verdad que al tiempo de la conquista desta tierra de
Yucatan, havia muchos reyeçuelos, segun la antigua noticia, en sus
principios fué sujeta a solo un rey y señor y la tyrania vino á criar
muchos señores y a ser muchos esclavos y perseguidores de otros, y assi
se destruyeron, de suerte que dexando las ciudades y edificios de piedra,
se huyian a los montes y se escondian las familias juntas. Y al mayor
destos reconocian y estimaban por mayor cabeça, y assi creo que esto era
lo que sucedio en la ley natural, y se siguió por muchos tiempos despues
del diluvio, hasta que la tyrania dió traça de que huviessen reyes y
cabeças, que sujetaron familias y assimismo se fundaron y nombraron
reynos. Y volviendo de donde salimos, he dicho que huvo un rey solo y
cabeças por que los edificios que oy se ven despoblados son de una misma
manera y un mismo modelo, y todos fundados sobre cerros, ó cuyos, hechos
á mano; y es de creer que entonces, por indulto y orden de uno se hazia y
fabricava, pues todo iva de una forma misma.

Ay grande suma de vestigios destos edificios, y muchos dellos casi
enteros y tan suntuosos y bien labrados de figuras y hombres armados,
y animales de piedra blanca, con portadas de mucho primor, que sin
duda son muy antiquissimos; si bien es verdad, que oy se ven algunos
tan nuevos y blancos, y los marcos de puertas de madera, y estavan tan
sanos, que no parecia haver veynte años que se edificaron, y a estos
tales no los habitavan estos indios, quando llegaron los españoles, mas
estavan en casas de paja en los montes, por familias, como dicho es: les
servian empero de templos y sanctuarios, que ellos dezian, y sobre cada
uno, en lo mas alto tenian su Dios, si bien falso, y alli le ofrecian
sacrificios, á las vueltas muchos hombres y mugeres y niños, y assimismo
hazian otras oraciones y ceremonias, ayunos penitencias que despues
diré, por haber al intento que llevo, de los mas nombrados y suntuosos
sanctuarios, ó el mas celebrado y reverenciado de los que en esta tierra
avia, y adonde todos acudian de muchas partes, era este pueblo y cuyos
de Ytzamal que oy llaman; y por que su fundacion es, como ya he dicho
antiquissima, y que se sepa quien los fundó, se declarará en el capitulo
siguiente.

3. La historia y autores que podemos alegar, son unos antiguos
caracteres, mal entendidos de muchos y glossados de unos indios
antiguos, que son hijos de los sacerdotes de sus Dioses, que son los que
solo sabian leer y adivinar, y a quien creian y reverenciavan los demas
como á Dioses destos: pues supieron los padres antiguos, que primero
plantaron la Fé de Christo en Yucatan, que la gente de aqui, parte vino
del puniente, y parte del oriente; y assi en su lengua antigua, nombran
al oriente de otra manera que oy. Oy llaman al oriente _Likin_, que es lo
mismo que donde se levanta el sol sobre nosotros, y al puniente llaman
_Chi-kin_, que es lo mismo que caida ó final del sol, ó donde se esconde
de nos otros. Y antiguamente dezian al oriente _Cen-ial_, Pequeña-Baxada,
y al puniente _Nohen-ial_, la Grande-Baxada.

Y es el caso que dizen que por la parte del oriente baxó á esta tierra
poca gente, y por la parte del puniente mucha; y con aquella silaba
entendian poco ó mucho al oriente y puniente; y la poca gente de una
parte, y la mucha de otra; y qual fuesse la una y la otra gente, remito
al lector, que quisiere saber mas al P. Torquemada, en su Historia
indiana, que alli verá como los Mexicanos vinieron del Nuevo-Mexico, y de
alli aqui. Y como la isla Hispañola se poblo de Cartagineses, y de estos
se pobló Cuba, y esta tierra, por saber edificar tan suntuosos edificios
y sujetar á otras gentes, sino que como les faltó la comunicacion de
Carthago, en los tiempos los convirtio con los climas en gente barbara y
tosca.....

4. Ay en este pueblo de Ytzamal cinco cuyos ó cerros muy altos, todos
levantados de piedra seca, con sus fuerças y reparos, que ayudan á
levantar la piedra en alto, y no se ven edificios enteros oy, mas
los señales y vestigios están patentes en uno dellos de la parte de
mediodia. Tenian los antiguos un idolo el mas celebrado, que se llamava
_Ytzmal-ul_, que quiere dezir el que recibe y possee la gracia, ó rozio,
ó sustancia del cielo: y este idolo no tenia otro nombre, ó no se le
nombravan, porque dizen que fue un rey, gran señor desta tierra, que era
obedecido por hijo de dioses: y quando le preguntavan como se llamava, ó
quien era, no dezia mas destas palabras: _Ytzen caan, ytzen muyal_, que
era dezir yo soy el rozio ó sustancia del cielo y nubes.

Murió este rey y levantaron altares, y era oraculo, y despues se verá
como le edificaron otro templo y para que. Quando vivia este rey idolo,
le consultavan los pueblos las cosas que sucedia en las partes remotas, y
les dezia esto, y otras cosas futuras. Assimismo le llevavan los muertos,
y dizen que los resucitava, y á los enfermes sanava, y assi le tenian
grande veneracion, y con razon si fuera verdad que era Dios verdadero,
que solo puede dar vida á los muertos, y salud á los enfermos; pues es
impossible que un hombre gentil, ni el demonio sino es el mismo Dios que
es señor de la vida y de la muerte. Ellos pues creian esso, y no conocian
otro Dios, y por esso dizen que los resucitava y sanava.

Otro altar y templo sobre otro cuyo levantaron estos indios en su
gentilidad á aquel su rey ó falso Dios _Ytzmat-ul_, donde pusieron
la figura de la mano, que les servia de memoria, y dizen que alli le
llevavan los muertos y enfermos, y que alli resucitavan y sanavan,
tocandolos la mano; y este era el que está en la parte del puniente; y
assi se llama y nombra _Kab-ul_ que quiere dezir mano obradora. Alli
ofrecian grandes limosnas, y llevavan presentes, y hazian romerias de
todas partes, para lo qual havian hecho quatro caminos ó calçadas á
todos los quatre vientos, que llegavan á todos los fines de la tierra
y passavan á la de Tabasco, y Guatemala y Chiapa, que aun oy se vé en
muchas partes pedaços y vestigios dellos. Tanto era el concurso de gente
que acudia á estos oraculos de _Ytzmat-ul_ y _Kab-ul_, que havia hechos
caminos. Assimismo havia otro cuyo, ó cerro de la parte del norte,
que oy es el mas alto; que se llamava _Kinich-Kakmó_, y era la causa,
que sobre él havia un templo, y en él un idolo, que se llamava assi,
y significa en nuestra lengua. «Sol con rostro que sus rayos eran de
fuego;» y baxava á quemar el sacrificio á mediodia, como baxava bolando
la vacamaya, con sus plumas de varios colores.

Y este Dios ó idolo era venerado, y dezian que quando tenian mortandad,
ó pestes, ó otros comunes males, ivan á él todos, assi hombres como
mugeres, y llevando muchos presentes, les ofrecian, y que alli á la
vista de todos baxava un fuego (como es dicho) á mediodia, y quemava el
sacrificio; y les dezia el sacerdote lo que avia de suceder de lo que
querian saber de la enfermedad, hambre ó mortandad, y conforme á esso
quedavan ya sabidores de su mal ó su bien, si bien veian á las vezes lo
contrario y no lo quo les dezia.

Avia assimismo otro cuyo llamado (aun oy en dia por los naturales)
_Ppapp-Hol-Chac_, que es él en que oy está fundado el convento de mi
padre San Francisco y significa en Castilla el nombre «Casa de las
Cabeças y Rayos,» y es que alli moravan los sacerdotes de los dioses,
y eran tan venerados, que ellos eran los señores y los que castigavan
y premiavan, y á quien obedecian con grande estremo; y lo que ellos
declaravan, creian con tanto estremo, que no avia cosa que fuesse
creyble. En contrario llamavanse y se llaman oy los sacerdotes en esta
lengua de Maya _Ahkin_, que se deriva de un verbo _kinyah_, que significa
«sortear ó echar suertes.» Y por que los sacerdotes antiguos las echavan
en sus sacrificios, quando querian saber ó declarar cosas que se les
preguntava, los llamavan _Alakin_ y oy llaman en su lengua al sacerdote
de Christo _Ahkin_, como antiguamente llamavan a los de sus dioses falsos.

Otro cerro ay, que era casa y morada de un gran capitan que se llamava
_Hunpictok_, y este está entre el mediodia y puniente; significa el
nombre deste capitan en castellano, el «Capitan que tiene exercito de
ocho mil pedernales,» que eran los hierros de sus lanças, y flechas con
que peleavan en las guerras. Su officio deste era el mayor y esta gente
servia de sujetar los vassallos y obligalles a que sustentassen al rey,
ó idolo y á los sacerdotes y para defensa de todos los sujetos á este
reyno y guarda de sus templos. Estos eran los oraculos mas nombrados de
_Ytzmat-ul_ ó _Ytzamal_, que oy llaman.


1. Au temps de la gentilité, ce pays s’appelait la Terre des Oisons
et des Daims, _u luumil cutz, u luumil ceb_; la raison en était dans
l’abondance qu’il y en avait naturellement dans le Yucatan. La première
chose à observer, c’est que cette région est la partie orientale de la
Nouvelle-Espagne, terre ferme avec elle du côté du couchant, et unie avec
celle de Guatémala, du côté du midi. Ce pays fut sujet à Montézuma[2],
empereur du Mexique, et s’il est vrai qu’il y avait ici un grand nombre
de petits rois et de princes particuliers, ils le reconnaissaient
néanmoins et payaient tribut à ce souverain. Quelques-uns disent qu’on
lui envoyait pour tribut les filles de ces princes, ainsi que d’autres
demoiselles de qualité, à cause de leur beauté. D’autres assurent qu’on
lui envoyait des étoffes de laine[3] et de certaines monnaies à leur
usage qu’on appelle aujourd’hui _cuzcas_.

N. 2. Quoiqu’il soit vrai de dire qu’au temps de la conquête de cette
terre de Yucatan, il y avait beaucoup de petits rois, d’après les
relations antiques, elle fut soumise au commencement à un seul monarque
et seigneur; mais la tyrannie étant venue à donner naissance à un grand
nombre de princes comme à la servitude et à la persécution contre
d’autres, ils se ruinèrent de telle sorte, qu’abandonnant les villes
et les édifices de pierre, ils se réfugièrent dans les forêts, où les
familles vécurent réunies en petits groupes. Dans cette situation,
c’était le plus grand qui exerçait l’autorité, et qu’on tenait pour chef
principal; d’où je crois que c’est ce qui arriva dans la loi naturelle,
et qui continua longtemps, à la suite du déluge, jusqu’à ce que la
tyrannie eût donné lieu à ce qu’il existât des rois et des chefs qui
assujettirent les familles, fondant des royaumes auxquels ils donnèrent
ce nom. Mais pour retourner à l’objet qui nous occupe, j’ai dit qu’il
y avait un roi unique et un seul chef; car les édifices que l’on voit
aujourd’hui abandonnés, sont tous d’une même architecture et d’un même
style, tous fondés sur des élévations ou _Ku_, faits à la main, ce qui
donne à penser qu’alors, par l’ordre et le commandement d’un seul, tous
ces édifices se seraient élevés, puisqu’ils se ressemblaient tous[4].

Il existe une grande quantité de vestiges de ces édifices; la plupart,
encore presque entiers, sont si somptueux et si bien travaillés de
figures et d’hommes armés et d’animaux en pierre blanche, avec des
façades d’une grande beauté, qu’ils ne peuvent qu’être excessivement
anciens; sans omettre, toutefois, qu’on en voit quelques-uns qui
paraissent si neufs et si blancs, avec des linteaux de bois aux
portes[5] qui étaient si sains, qu’on dirait qu’il n’y a pas vingt ans
qu’ils ont été bâtis; cependant ces édifices n’étaient pas habités par
les Indiens, lorsqu’arrivèrent les Espagnols[6], car ils demeuraient par
familles dans des chaumières éparpillées au milieu des bois, comme je
l’ai remarqué plus haut. Mais ils s’en servaient comme de temples et de
sanctuaires, disaient-ils, et en chacun d’eux, à l’endroit le plus élevé,
ils tenaient leur dieu, tout faux qu’il fût, et là, ils lui offraient
des sacrifices, quelquefois d’hommes, de femmes ou d’enfants: c’est là
également qu’ils faisaient leurs prières et leurs cérémonies, leurs
jeûnes et pénitences, comme je le dirai ensuite, ne voulant, pour le
moment, parler que des sanctuaires les plus renommés ou du plus célèbre
qu’il y avait dans ce pays, et auquel on accourait de toutes parts.
C’était cette ville et les temples d’Ytzamal, ainsi qu’on l’appelle
aujourd’hui[7]; or, comme leur fondation est, ainsi que je l’ai dit,
d’une très-haute antiquité, et qu’on sait qui les fonda, on le fera
connaître dans le chapitre suivant.

3. L’histoire et les auteurs que nous pouvons citer, sont certains
caractères antiques, mal entendus du plus grand nombre, et expliqués
par quelques vieillards indiens[8] qui étaient fils des prêtres de
leurs dieux; car ceux-ci étaient les seuls qui sussent lire et tirer
des horoscopes, et les autres les croyaient et les vénéraient comme
leurs dieux eux-mêmes; or nos pères les plus anciens, qui jetèrent les
premiers fondements de la foi du Christ en Yucatan, apprirent d’eux que
le peuple de ce pays était venu, partie du couchant et partie du levant;
c’est pourquoi, dans l’ancienne langue, ils nommaient le levant autrement
qu’aujourd’hui. Actuellement, ils appellent l’orient _Likin_, qui est la
même chose que dire que de là le soleil se lève sur nous, et au couchant,
ils disent _Chi-kin_, c’est-à-dire la chute ou la fin du soleil, ou là
où il se cache de nous. Mais dans l’antiquité ils appelaient l’orient
_Cen-ial_, petite descente, et l’occident _Nohen-ial_, grande descente.

En effet, on dit que du côté de l’orient il débarqua peu de monde dans
ce pays, mais que du côté de l’occident il en vint beaucoup. A l’aide
de cette syllabe, ils entendaient ou peu ou beaucoup, au levant ou au
couchant; mais quoi qu’il en soit du peu d’un côté, et du beaucoup de
l’autre, quelles que soient encore les nations arrivées alors, je remets
le lecteur qui en voudra savoir davantage, au père Torquemada dans son
_Histoire indienne_[9], où il verra que les Mexicains sortirent du
Nouveau-Mexique, d’où ils vinrent par ici. Or, comme l’île espagnole
se peupla de Carthaginois, et que de ceux-ci se peupla aussi Cuba, et
ensuite cette contrée (car eux seuls furent en état de construire de si
somptueux édifices et de s’assujettir les nations), les communications
venant à manquer avec Carthage, ces populations, avec le temps et le
climat, se changèrent en des gens rudes et barbares[10].

4. Il existe, dans cette ville d’Ytzamal, cinq pyramides sacrées ou
collines très-élevées, entièrement édifiées de pierre sèche, avec leurs
soutiens et contreforts, au moyen desquels la pierre se dresse jusqu’en
haut; mais on ne voit aucun édifice en son entier aujourd’hui, quoiqu’il
y ait des traces et des vestiges de ce qu’ils étaient, dans l’un d’entre
eux qui se trouve du côté du midi. Les anciens avaient une idole qui
était parmi eux la plus renommée, appelée _Ytzmat-ul_, ce qui signifie
«celui qui reçoit et possède la grâce ou la rosée, ou la substance du
ciel.» Cette idole n’avait pas d’autre nom, ou du moins on ne lui en
donnait aucun; mais on ajoute que c’était un roi puissant dans cette
région, à qui on obéissait comme au fils des dieux[11]. Quand on lui
demandait comment il se nommait, qui il était, il ne répondait que par
ces paroles: _Ytzen caan, ytzen muyal_, ce qui voulait dire: «Je suis la
rosée ou la substance du ciel et des nuages.»

Ce roi étant mort, on lui érigea des autels, il fut un oracle, et on
verra plus loin comment et pourquoi on lui éleva un autre temple. Au
temps où ce roi-dieu vivait, les peuples venaient le consulter sur les
choses à venir, des contrées les plus lointaines; et il le leur disait,
ainsi que d’autres choses futures. On lui portait aussi les morts, et
on disait qu’il les ressuscitait et qu’il guérissait les malades: c’est
pourquoi on avait pour lui une grande vénération, et non sans raison,
s’il eût été avéré qu’il fût le dieu véritable, qui seul peut donner la
vie aux morts et la santé aux malades; ce qui est impossible de la part
d’un gentil ou d’un démon, Dieu seul pouvant le faire, puisqu’il est le
maître de la vie et de la mort. Mais ces peuples le croyaient ainsi, et
ils ne connaissaient point d’autre dieu, et c’est à cause de cela qu’ils
disaient qu’il ressuscitait et guérissait.

Ces mêmes Indiens érigèrent encore un autre autel avec un temple, durant
la gentilité, à cet _Ytzmat-ul_, leur roi ou leur faux dieu: ils y mirent
la figure d’une main qui était là pour le leur rappeler à la mémoire;
car ils disent que c’était là qu’ils lui portaient leurs morts et leurs
malades, et qu’il les ressuscitait et les guérissait, en les touchant
de la main. Ce temple était celui qui est du côté du couchant, et il
s’appelle et se nomme _Kab-ul_, ce qui signifie «la Main opératrice.»
Là ils offraient des aumônes considérables et portaient des présents;
on y venait de toutes parts en pèlerinage; c’est pourquoi ils avaient
fait aux quatre vents quatre routes ou chaussées qui s’étendaient à
toutes les extrémités du pays, allant jusqu’à la terre de Tabasco, de
Guatémala et de Chiapa, de quoi l’on voit encore aujourd’hui des restes
et des vestiges en beaucoup d’endroits. Tel était le concours de monde
qui accourait à ces oracles d’Ytzmat-ul et de Kab-ul pour qui on avait
fait ces routes[12]. Une autre pyramide ou colline sacrée existait du
côté du nord, et c’est aujourd’hui la plus élevée: elle s’appelait
_Kinich-Kakmó_, parce que à sa cime se trouvait un temple avec une idole
qui s’appelait de ce nom, ce qui signifie dans notre langue «Soleil
avec visage aux rayons de feu,» lequel descendait à midi pour brûler le
sacrifice, de la même manière que descend en volant l’Ara aux plumes de
couleurs diverses[13].

On avait beaucoup de respect pour ce dieu ou cette idole; car on disait
que lorsqu’il y avait de la mortalité, des pestes ou autres calamités
publiques, tout le monde s’adressait à lui, hommes et femmes, portant
un grand nombre de présents, qu’ils offraient, et qu’à la vue de tous,
un feu descendait (comme je l’ai dit) à l’heure de midi, et consumait
le sacrifice[14]. Alors le prêtre leur disait ce qui devait arriver au
sujet de ce qu’ils désiraient savoir, des maladies, de la famine ou de la
mortalité, et suivant ces choses, ils demeuraient instruits du bien ou du
mal à venir, quoiqu’il leur arrivât quelquefois le contraire de ce qu’on
leur avait annoncé.

Il y avait une autre pyramide, nommée encore aujourd’hui par les
naturels, _Ppapp-Hol-Chac_, qui est la même où est fondé actuellement le
couvent de notre père saint François, et ce nom signifie en castillan
«Maison des Têtes et des Éclairs[15]»: car c’était là que demeuraient les
prêtres des dieux, où on les respectait et tenait pour seigneurs, d’où
ils châtiaient et récompensaient, où on les servait avec l’obéissance la
plus entière; c’était de là qu’ils déclaraient leurs oracles, auxquels
on croyait avec une foi absolue, rien ne pouvant sortir de leur bouche
qui ne fût croyable au dernier degré. En opposition à ces choses, les
prêtres s’intitulaient et s’intitulent encore aujourd’hui, dans la langue
de Maya, _Ahkin_, mot qui vient de _Kinyah_, qui signifie «jeter au sort
ou tirer des présages.» Or, comme les prêtres d’autrefois les tiraient
dans leurs sacrifices, lorsqu’ils voulaient savoir ou déclarer les choses
qu’on leur demandait, on les appelait _Alakin_[16], et actuellement au
prêtre du Christ, les Mayas disent dans leur langue _Ahkin_, de la même
manière qu’anciennement ils disaient à ceux de leurs faux dieux.

Une autre pyramide était la maison et la demeure d’un grand capitaine
nommé _Hunpictok_, qui est située entre le midi et le couchant. Le nom
de ce capitaine signifie en castillan, le «capitaine qui a une armée de
huit mille silex»[17], parce que c’étaient là les pointes des lances et
des flèches avec lesquelles ils combattaient dans les guerres; sa charge
était la principale, cette armée servant à tenir les vassaux dans la
soumission, et à les obliger à maintenir le roi ou le dieu, ainsi que
les prêtres[18], comme à défendre les sujets de ce royaume, et à garder
leurs temples. Tels étaient les oracles les plus renommés d’Ytzmat-ul, ou
Ytzamal, ainsi qu’on l’appelle aujourd’hui.


NOTES

[1] Voici le titre de ce livre, aujourd’hui si rare, tel que je l’ai
trouvé dans Pinelo: _Devocionario de Nuestra Señora de Itzmal, Historia
de Yucatan i conquista espiritual_, 1663.

[2] Il est douteux que la puissance de Montézuma se fit sentir au delà de
la lagune de Terminos; mais l’auteur, ainsi que Landa, comprenant Tabasco
dans les limites du Yucatan, on peut dire que sous ce rapport il avait
raison. Les documents existants donnent tous à penser que les princes de
la Péninsule étaient parfaitement indépendants.

[3] Il est fort douteux également que les Mayas eussent des étoffes de
laine, quoiqu’ils en fabriquassent qui pussent à première vue passer pour
telles.

[4] C’est à cause de ces élévations pyramidales que l’auteur donne aux
monuments d’Izamal le nom d’_Omul_, dans le titre de ce chapitre. Voir
Landa, §, note.

[5] Stephens, en plusieurs endroits de son ouvrage, parle de ces linteaux
en bois, sculptés d’ordinaire, et qu’il trouva dans un état parfait de
conservation. (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. I, chap. 8, etc.)

[6] Il ne paraît pas qu’il en fût de même pour toutes les provinces du
Yucatan. Voici ce qu’écrit, d’abord en parlant de Cozumel, l’aumônier de
la flotte de Grijalva: «Nous entrâmes dans le village dont toutes les
maisons étaient bâties en pierres. On en voyait entre autres cinq fort
bien faites et dominées par des tourelles. La base de ces édifices est
très-large et massive; la construction est très-petite dans le haut;
ils paraissent être bâtis depuis longtemps, mais il y en avait aussi de
modernes..... Ce village ou bourg était _pavé en pierres concaves_; les
rues élevées sur les côtes descendaient en pente dans le milieu, qui
était _pavé entièrement de grandes pierres_. Les côtés étaient occupés
par les maisons des habitants; elles sont construites en pierres depuis
les fondations jusqu’à la moitié de la hauteur des murailles et couvertes
en paille. A en juger par les édifices et les maisons, ces Indiens sont
très-ingénieux: si l’on n’avait pas vu plusieurs constructions récentes,
on aurait pensé que ces bâtiments étaient l’ouvrage des Espagnols.»
(_Itinéraire du voyage de la flotte du roi catholique à l’île de Yucatan
dans l’Inde, fait en l’an 1518_, etc. Trad. Ternaux. Recueil de pièces
relatives à la conquête du Mexique.) Dans le même document, l’auteur
parle de villes sur la côte du Yucatan, d’une aussi belle apparence que
Séville, etc.

[7] Autrefois les Mayas disaient _Itzmat-Ul_; aujourd’hui on appelle
cette ville purement _Izamal_, quoique je trouve le mot fréquemment écrit
_Itzmal_, qui paraît en être la vraie prononciation.

[8] Ces paroles prouvent que malgré les auto-da-fé de Landa, il était
resté de ces livres au temps de Lizana, qui écrivait en l’an 1626. Ils
existèrent d’ailleurs chez les Itzas du Peten jusqu’à l’époque de la
destruction de ce peuple, en 1697, le dernier qui fût demeuré en corps de
nation dans l’Amérique centrale. Il est probable même qu’on en trouverait
encore parmi les Lacandons avec qui se mêlèrent les derniers restes des
Itzas, qui refusèrent de se soumettre aux Espagnols.

[9] _La Monarquia Indiana._

[10] Ceci est tout simplement une hypothèse du père Lizana. Il parait
certain, toutefois, que l’île Espagnole ou Haïti, aussi bien que Cuba,
furent anciennement habitées par des nations analogues à celles de
Yucatan, avec qui ces îles furent toujours en relation. On trouve dans
les montagnes de Cuba, dans l’intérieur de Haïti, et même de la Jamaïque,
des débris de constructions cyclopéennes et des rochers sculptés, où ceux
qui les ont vus ont cru reconnaître des caractères du même genre que les
lettres hébraïques.

[11] «Avec les populations qui vinrent du côté de l’Orient, il y
eut un homme qui était comme leur prêtre, appelé _Zamná_, qui, à ce
qu’ils disent, fut celui qui donna les noms par lesquels on distingue
aujourd’hui, dans leur langue, tous les ports de mer, les pointes de
terre, les estuaires, les côtes et tous les parages, sites, montagnes et
autres lieux de ce pays, que, certes, c’est une chose admirable, s’il en
fut ainsi, qu’un tel partage de toute la terre où tout avait son nom,
au point qu’il y a à peine un pouce de terrain qui ne l’ait dans leur
langue.» (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. IV, cap. 3.) Ailleurs cet
auteur ajoute: «Les Indiens de Yucatan croyaient qu’il y avait un Dieu
unique, vivant et véritable, qu’ils disaient être le plus grand des
dieux, qui n’avait point de figure et ne pouvait se représenter, parce
qu’il était incorporel. Ils l’appelaient _Hunab-Ku_ (seul saint).... Ils
disaient que de lui procédaient toutes choses...... et qu’il avait un
fils, qu’ils nommaient _Hun Ytzamna_ ou _Yax-Coc-Ahmut_.» (_Id. ibid._,
cap. 6.) Quant à ce fils du Dieu unique, qu’ils reconnaissaient avoir,
comme je l’ai dit, et qu’ils appelaient _Ytzamna_, je tiens pour certain
que c’était l’homme qui le premier parmi eux inventa les caractères
qui servaient de lettres aux Indiens, parce que celui-ci aussi ils
l’appelaient _Ytzamna_ et l’adoraient comme un dieu...... (_Id. ibid._,
cap. 8.)

[12] Voir encore au § XLII, etc., ainsi que la note 2, page 352, de ce
chapitre, à propos des rues pavées de grandes pierres.

[13] J’ai déjà dit que ce nom, écrit ailleurs _Kinich-Kakmó_, signifie
plus littéralement «visage ou œil du soleil de l’ara de feu.»

[14] L’ara est un symbole du soleil dans des parties fort distinctes de
l’Amérique, où il parait être opposé à celui du serpent, Lizana ajoute
ailleurs à ce sujet: «.... Quant à ses rayons (ceux du soleil), quelques
poëtes les appellent des cheveux ou des plumes dorées, d’où il semble y
avoir une allusion à ce que disaient ces naturels des rayons du soleil,
en adorant les plumes, aux couleurs variées de l’ara, comme aussi en
faisant consumer leurs offrandes; je crois donc qu’ils symbolisaient par
là l’embrasement des bois et le desséchement de la verdure, occasionnés
par sa chaleur et ses rayons, puisque c’était pour eux le seul moyen de
les brûler, afin d’ensemencer ensuite, cela étant l’unique charrue à
leur service; n’en pouvant user d’autre que le feu, la terre n’offrant
que de la pierre en tous lieux.» (Hist. de Nª. Sª. Ytzamal, cap. 10.) En
effet, dans cette contrée comme dans beaucoup d’autres, quand les Indiens
veulent préparer leurs semailles, ils mettent tout simplement le feu au
bois et aux broussailles, sèment entre les cendres après la première
pluie et laissent à l’incomparable fertilité du climat le soin de faire
le reste.

[15] Cogolludo, rapportant l’idée de Lizana, dit que ces mots sont
métaphoriques et doivent s’entendre par «Maison des prêtres des
dieux.» Je crois que ni l’un ni l’autre n’a réfléchi au nom de _Chac_,
qui, suivant Landa, était celui des dieux de l’orage, de la pluie et
conséquemment des moissons, ce mot ayant le sens d’_éclair_ ou de
_tonnerre_. Le mot _hol_ signifie tête ou chef, dans l’idée de principal,
et doit se joindre à _chac_, ce qui donne au nom de ce temple le sens
complet de Maison du Dieu principal des éclairs, et conséquemment de la
pluie. Ce devait être le temple correspondant à celui de _Tlaloc_, au
Mexique, dieu des orages et des moissons, représenté lançant la foudre.
(Torquemada, _Monarq. Ind._, lib. VI, cap. 23.)

[16] _Alakin_ me paraît être une faute d’impression qui doit se corriger
par _ahkin_.

[17] _Hunpic_ est la même mesure ou nombre, appelé en langue nahuatl
_xiquipilli_, représenté par un sac de 8,000 noix de cacao. _Tok_ est le
silex. Cette divinité paraît être la même que le _Tihax_ des Quichés et
Cakchiquels, le _Tecpatl_ des Mexicains, la lance ou la flèche, adorée
par un grand nombre de populations, entre autres par la plupart des
nations chichimiques du Mexique.

[18] Dans le _Livre sacré_ (Popol Vuh) et dans le _Codex Chimalpopoca_,
il est fait plus d’une fois allusion, lors de la création de l’homme (du
noble, du guerrier), à ce qu’il doit être, le soutien, le nourricier des
dieux. Le _Manuscrit Cakchiquel_ donne, à ce sujet, une tradition fort
remarquable; on y voit clairement la création de la noblesse guerrière,
faite uniquement dans le but de soutenir le sacerdoce: «Ici _Hunpictok_,
la noblesse guerrière est figurée sous le nom de _Chay-Abah_,
l’Obsidienne: Chay-Abah est sorti de Xibalbay, du riche et du puissant
Xibalbay. L’homme (le guerrier) est l’œuvre de son créateur et formateur,
et celui qui soutient le Créateur, c’est Chay-Abah.... Et l’homme ayant
été créé, fut perfectionné. Treize hommes et quatorze femmes furent ainsi
faits... Ils se marièrent, et deux femmes furent les épouses d’un seul.
C’est pourquoi l’homme commença à s’unir, l’homme supérieur (ou des temps
antiques?)...... Ils eurent des filles et des fils, et ce fut là la
première humanité. Ainsi se fit cette race, ainsi fut formé Chay-Abah qui
protège l’entrée de Tullan (le premier royaume nahuatl) où nous étions.
Ensemble sont les Zotzils qui ferment l’entrée de Tullan, où nous vînmes
à être engendrés et mis au monde...» _Zotzil_ ou _Zotzlem_ est le nom
antique de _Cinacantlan_, ville située à l’entrée de la vallée de Ghovel
au Ciudad-Real de Chiapas, chemin d’Ococingo et de Palenqué.



CRONOLOGIA ANTIGUA DE YUCATAN Y EXAMEN DEL METODO CON QUE LOS INDIOS
CONTABAN EL TIEMPO, SACADA DE VARIOS DOCUMENTOS ANTIGUOS, POR DON JUAN
PIO PEREZ, JEFE POLITICO DE PETO, YUCATAN.

CHRONOLOGIE ANTIQUE DU YUCATAN ET EXAMEN DE LA MÉTHODE A L’AIDE DE
LAQUELLE LES INDIENS COMPUTAIENT LE TEMPS, TIRÉS DE DIVERS DOCUMENTS
ANCIENS, PAR DON JUAN PIO PEREZ, CHEF POLITIQUE DE PETO, YUCATAN.


§ I.—_Origen de las Triadecatéridas._

Los indios que poblaban esta peninsula yucateca que á la llegada de los
españoles se llamaba _Mayapan_ y mucho antes _Chacnouitan_, dividian el
tiempo para contar y calcularlo casi del mismo modo que los tultecos sus
ascendientes, diferenciandose solamente en la distinta coordinacion de
sus grandes siglos.

La triadecatérida ó periodo de trece dias, resultado de sus primeras
combinaciones, fué su numero sagrado en lo sucesivo, y procuraron
usarlo y conservarlo ingeniosa y constantemente, sometiéndole todas las
divisiones que imaginaron para concordar y arreglar sus calendarios al
curso solar: asi es que dias, años y siglos fueron contados por periodos
de trece partes.

Es muy probable que los indios ántes de la correccion de su computo
usasen de neomenías para arreglar el curso anual del sol, señalando á
cada neomenía veinte y seis dias, que es poco mas ó menos el tiempo
en que la luna se deja ver sobre el orizonte en cada una de sus
revoluciones. Dividieron este periodo en dos triadecatéridas que les
sirvieron de semanas; señalando á la primera los trece primeros dias en
que la luna nueva se dejaba ver hasta la llena; y á la segunda, los otros
trece en que decreciendo se ocultaba á la simple vista.

Pasádose algun tiempo y con mejores observaciones conocieron que los
veinte y seis dias ó las dos triadecatéridas no daban una lunacion
completa, en que el año podia arreglarse con exactitud por lunaciones;
por que las revoluciones solares no coinciden con las de la luna sino
á largos espacios de tiempo. Seguros de esto y con mejores principios
compusieron definitivamente su calendario, arreglandolo al curso del sol;
mas conservando siempre sus triadecatéridas, no ya para concordarlas al
curso aparente de la luna, sino para que les sirviesen como semanas para
sus divisiones cronológicas.


§ I.—_Origine des périodes de treize jours._

Les Indiens qui peuplaient cette péninsule appelée _Mayapan_, et plus
anciennement _Chacnouitan_, divisaient le temps pour le computer et
le calculer, à peu près de la même manière que les Toltèques, leurs
ancêtres, n’y ayant de différence que dans la coordination particulière
de leurs grands cycles.

Les triadécaterides ou périodes de treize jours, résultat de leurs
premières combinaisons, devinrent ensuite leur nombre sacré[1]; ils
s’efforcèrent donc de s’en servir ingénieusement et de le conserver avec
non moins de constance, en y subordonnant toutes les divisions qu’ils
inventèrent, pour concorder et régler leurs calendriers au cours du
soleil; c’est ainsi que les jours, les ans et les cycles furent computés
par périodes de treize parties.

Il est fort probable qu’avant la correction de leur comput, les Indiens
se servaient de néoménies, pour régler le cours annuel du soleil,
assignant à chaque néoménie vingt-six jours, ce qui est un peu moins
que le temps où la lune se laisse voir à l’horizon en chacune de ses
révolutions. Ils partagèrent cette période en deux treizaines qui leur
servaient de semaines, assignant à la première les premiers treize jours
où la nouvelle lune se montrait jusqu’à ce qu’elle fût pleine, et aux
seconds les autres treize, où, en décroissant, elle se cachait à la
simple vue.

Avec le temps et des observations constantes, ils reconnurent que les
vingt-six jours ou les deux treizaines ne donnaient pas une lunaison
entière, et que l’année pouvait d’autant moins se régler par néoménies,
que les révolutions solaires ne coïncident pas avec celles de la lune,
excepté à de longs intervalles. En ajoutant cette connaissance à des
principes plus corrects, ils finirent par mettre leur calendrier
d’accord avec le cours du soleil, en conservant toujours, néanmoins,
leurs périodes de treize jours, non plus pour les faire concorder avec
la marche apparente de la lune, mais bien afin de s’en servir comme de
semaines pour leurs divisions chronologiques.


§ II.—_Del dia y de sus divisiones._

Al dia llamaban _Kin_, es decir sol, y en esto se parecen á otras
naciones que cuentan los dias por soles: lo dividian en dos partes
naturales, á saber la noche y el tiempo en que aquel astro está sobre
el orizonte. En este distinguian la parte que antecede al nacimiento
del sol, expresándola con las palabras _hach hatzcab_, muy de mañana,
ó con la de _malih-okoc kin_, antes que salga el sol, ó con la de _pot
akab_ que señala la madrugada. Con la palabra _hatzcab_ designaban el
tiempo que corre de la salida del sol al medio dia, á este lo llamaban
_chunkin_ que es contraccion de _chumuc-kin_, centro del dia ó medio
dia; aunque en la actualidad designan con esta palabra las horas que
se acercan al media dia. _Tzelep-kin_ llamaban la hora en que el sol
declina en el arco diurno aparentemente, esto es, á las tres de la tarde.
_Oc-na-kin_ es la entrada de la noche ó puesta del sol. Para significar
la tarde, dicen que cuando refresca el sol y lo espresan diciendo _cu
ziztal kin_. La noche es _akab_: su mitad ó media es _chumuk-akab_, y
para señalar el tanto del dia ó de la noche intermedio á los puntos
dichos, señalan en el arco diurno del sol lo que este habia corrido ó
correrá, y por la noche la salida ó estado de alguna estrella ó planeta
conocida.

Los dias son veinte, que por lo regular se dividen de cinco en cinco,
para la mejor inteligencia de las reglas que se darán despues.

    Primera quinterna.   Segunda.   Tercera.            Quarta.

    Kan.                 Muluc.     Gix (ó hix).        Cauac.
    Chicchan.            Oc.        Men.                Ajau (ó ahau).
    Quimij (ó cimij).    Chuen.     Quib (ó cib).       Ymix.
    Manik.               Eb.        Caban.              Yk.
    Lamat.               Been.      Edznab (ó Eɔnab).   Akbal.

Es necesario advertir que la traducion de estos nombres no es tan
facil como podia considerarse, ya porque se han anticuado, ya porque
las palabras se tomaron de alguna lengua estraña; ó finalmente por
que como no están en uso, y su escritura no está bien arreglada á la
pronunciacion tienen varios significados sin poderse atinar él que tenian
verdaderamente. 1. _Kan_, en la actualidad significa el mecate ó hilo
de henequen torcido.—2. _Chicchan_, si fuera _chichan_ se entenderia
pequeño, mas del modo escrito no es conocida su significacion.—3. _Cimi_:
asi es el pretérito del verbo _cimil_ morirse.—4. _Manik_, es perdida
su verdadera acepcion; pero si se divide la espresion _man-ik_ viento
que pasa, quizá se entenderia lo que fué.—5. _Lamat_, este se ignora lo
que debe significar; entre los nombres de los dias que Boturini hallo en
Oaxaca se halla escrito Lambat.—6. _Muluc_, se halla igualmente entre los
del referido Chiapas: aunque si es raiz del verbal _mulucbál_, pudiera
entenderse por reunion á amontonamiento.—7. _Oc_ es lo que cabe en el
hueco de la mano encogida, formando concha.—8. _Chuen_: antiguamente se
decia para significar tabla _chuenché_; tambien hay un árbol llamado
_zac chuenché_, ó chuenché blanco.—9. _Eb_, se dice por la escalera.—10.
_Been_ tambien es nombre chiapaneco como los dichos anteriormente, y solo
se halla en el idioma maya el verbo _beentah_ gastar con economia.—11.
_Gix_ ó _Hix_ esta entre los de Chiapas; en el uso actual se encuentra
el verbo _hiixtah_ bajar toda la fruta de un árbol, quitar todas las
hojas de una rama; y el nombre _iixcay_ como antiguamente se escribia;
que significa levisa ó lija, cuero de un pez, y la palabra _hihixci_
aspero.—12. _Men_, artifice.—13. _Quib_ ó _cib_ cera, vela ó copal.—14.
_Caban_, de significacion desconocida.—15. _Edznab_ ó _Eɔnab_, del mismo
modo desconocida.—16. _Cauac_, idem.—17. _Ahau_, el rey ó el periodo de
24 años.—18. _Ymix_, desconocido.—19. _Yk_, viento, aire.—20. _Akbal_
desconocido: tambien se halla entre los dias chiapanecos, escrito
_Aghual_.


§ II.—_Du jour et de ses divisions._

Le jour était appelé _kin_ dans la langue maya, c’est-à-dire soleil,
suivant en cela la coutume de plusieurs autres nations, de compter
par soleils: ils le divisaient en deux parties naturelles, savoir la
nuit et le temps où l’astre demeure sur l’horizon. Ils distinguaient
aussi le moment qui précède le lever du soleil qu’ils exprimaient
par ces paroles _hach-hatzcab_, de très-bon matin, ou par celles-ci:
_malih-ocok-kin_, avant la sortie du soleil, ou encore par celles de
_pot-akab_, qui énonce le point du jour. Par le mot _hatzcab_ ils
désignaient le temps qui s’écoule de l’apparition du soleil jusqu’à midi,
qu’ils appelaient _chunkin_, contracté de _chumuc-kin_, centre ou milieu
du jour[2], quoique aujourd’hui ils désignent ainsi les heures qui se
rapprochent du milieu du jour. _Tzelep-kin_ était l’heure où le soleil
décline apparemment vers l’arc diurne, c’est-à-dire trois heures du
soir: _Oc-na-kin_ est l’entrée de la nuit ou le coucher du soleil. Pour
signifier le soir, ils disent que c’est le moment où le soleil se repose,
et ils l’énoncent en disant _cu ziztal kin_. La nuit se nomme _akab_;
pour minuit on dit _chumuc-akab_ et pour signifier les intervalles entre
ces divers points, ils signalent dans l’arc diurne ce que le soleil y
a parcouru ou doit parcourir encore et, dans la nuit, l’apparition ou
l’état de quelque étoile ou planète connue[3].

Les jours sont au nombre de vingt; on les partage d’ordinaire en cinq
pour mieux faire comprendre les règles qui viennent ensuite[4].

    Premier cinq.  Deuxième.  Troisième.          Quatrième.

    Kan.           Muluc.     Hix.                Cauac.
    Chicchan.      Oc.        Men.                Ahau.
    Cimi.          Chuen.     Cib.                Ymix.
    Manik.         Eb.        Caban.              Yk.
    Lamat.         Been.      Eɔnab ou Edznab.    Akbal.

Ce qu’il y a à remarquer ici, c’est que la traduction de ces noms n’est
pas aussi facile qu’on pourrait se l’imaginer; soit parce qu’ils sont
tombés en désuétude, ou bien pour avoir été empruntés à quelque langue
étrangère; soit aussi que, leur orthographe n’étant pas d’accord avec
la prononciation, ils prêtent à plusieurs interprétations à la fois,
sans qu’on puisse en découvrir le sens véritable. 1. _Kan_ aujourd’hui
signifie la corde ou le fil de henequen tordu[5].—2. _Chicchan_, en
supposant que ce fût _chichan_, voudrait dire petit; mais tel qu’il
est écrit on n’en connaît pas la signification.—3. _Quimi_ ou _cimi_
est le prétérit du verbe _cimil_, mourir[6].—4. _Manik_ a perdu son
acception véritable; mais, en le décomposant, _man-ik_, on y trouve
le vent qui passe, qui en est peut-être le sens ancien.—5. _Lamat_;
on ignore absolument ce que celui-ci devrait signifier; mais, entre
les noms que Boturini donne des jours du calendrier d’Oaxaca, on le
trouve écrit _Lambat_.—6. _Muluc_ se trouve également parmi ceux
du calendrier de Chiapas; mais comme ce mot est aussi la racine du
dérivé verbal _mulucbal_, il pourrait s’entendre par réunion ou
amoncellement.—7. _Oc_ est ce que contient le creux de la main à demi
fermée en forme de coquille.—8. _Chuen_; anciennement pour désigner une
planche on disait le mot _chuen-ché_; il y a également un arbre qu’on
appelle _Zac-chuen-che_[7], ou chuenché blanc.—9. _Eb_ se dit pour un
escalier.—10. _Been_ est également un nom chiapanèque comme ceux qu’on
a dit précédemment; seulement on trouve dans la langue maya le verbe
_beentah_, dépenser avec économie[8].—11. _Gix_ ou _Hix_ se trouve encore
parmi ceux de Chiapas; dans l’usage actuel on a le verbe _hiixtah_,
faire la cueillée de tout le fruit d’un arbre, ou enlever toutes les
feuilles d’une branche; le mot _iixcay_, ainsi qu’on l’écrivait autrefois
signifiait la peau de poisson, et le mot _hihixci_, âpre[9].—12. _Men_,
édificateur.—13. _Quib_ ou _cib_ est la cire ou le copal.—14. _Caban_,
sens inconnu.—15. _Edznab_ ou _Eɔnab_ est également inconnu[10].—16.
_Cauac_, inconnu.—17. _Ahau_, le roi ou la période de 24 ans.—18. _Ymix_,
inconnu[11].—19. _Ik_ est le vent ou le souffle[12].—20. _Akbal_,
incompréhensible: il se trouve aussi entre les jours du calendrier
chiapanèque, écrit _aghual_[13].


§ III.—_De la semana._

Ninguna debe figurarse que la semana de los antiguos indios se parazca
en mucho á la nuestra, esto es, que sea la revolucion de siete dias,
señalados con un nombre particular: porque aquella era el curso periodico
de trece numeros que se aplicaban indistintamente á los veinte dias del
mes, segun su orden numerico.

El año se componia de veinte y ocho semanas y un dia, resultando de este
sobrante que el curso de los años seguia la misma progresion ordenada de
los trece numeros de la semana; asi es que si el año comenzaba por el
numero primero de ella, el siguiente debia principiar precisamente por el
segundo y asi sucesivamente hasta cerrar sus trece números, formándose
una semana de años ó una indiccion como se dirá despues.


§ III.—_De la semaine._

On ne doit pas s’imaginer que la semaine des anciens Indiens ait
la moindre ressemblance avec la nôtre, c’est-à-dire que ce soit la
révolution de sept jours, signalés par un nom particulier; leur semaine,
au contraire, était une période de treize nombres qui s’appliquaient
indistinctement aux vingt jours du mois, dans leur ordre numérique.

L’année étant composée de vingt-huit semaines et un jour, le cours des
années, en raison de cet excédant, suivait la progression arithmétique
des treize nombres de la semaine; en sorte que si une année commençait
par le numéro 1, la suivante commençait par 2, et ainsi de suite jusqu’à
la clôture des treize années, qui formaient une indiction, comme on le
verra tout à l’heure.


§ IV.—_Del mes._

El mes en lengua yucateca se llamaba _U_, que tambien significa luna,
corroborando esto la presuncion de que los indios pasaron del computo de
las lunaciones ó neomenías, como por escala para fijar el curso solar,
llamando luna á los meses; pero en los manuscritos antiguos se le dá el
nombre de _Uinal_ en singular y _Uinalob_ en plural á los diez y ocho
meses del año, haciendose estensiva esta denominacion ó palabra á la
série, y á cada uno de los nombres particulares que señalan los veinte
dias que componen el mes.

Como los nombres de los dias son tantos cuantos eran los del mes,
resultaba que sabido el titular con que daba principio el año y que los
indios llamaron _Cuch haab_ (cargador del año) se sabia ya el primero de
todos los meses siguientes; distinguiendose solamente en que al contarlos
se les añadia el número de la semana en que pasaban. Mas siendo esta de
trece numeros, era preciso que el mes constare de una semana y siete
numeros mas para completar los veinte dias de que se formaban; de modo
que si el mes principiaba por el número primero, terminaba por el septimo
de la siguiente, y el segundo mes por consecuencia en el numero ocho.
Ahora para saber los numeros ó tanto de la semana en que debian comenzar
los meses, inventaron la regla que llamaban _bukxoc_ ó cuenta general que
es la siguiente.

     1 Hun in uaxac   de  1 á  8
     8 Uaxac in ca    de  8 á  2
     2 Ca in bolon    de  2 á  9
     9 Bolon te ox    de  9 á  3
     3 Ox te lahun    de  3 á 10
    10 Lahun te can   de 10 á  4
     4 Can in buluc   de  4 á 11
    11 Buluc te hó    de 11 á  5
     5 Hó in lahca    de  5 á 12
    12 Lahca in uac   de 12 á  6
     6 Uac te oxlahun de  6 á 13
    13 Oxlahun te uuc de 13 á  7
     7 Uuc in hun     de  7 á  1
     1 Hun in uaxac   de  1 á  8
     8 Uaxac in ca    de  8 á  2
     2 Ca in bolon    de  2 á  9
     9 Bolon te ox    de  9 á  3
     3 Ox te lahun    de  3 á 10

Los diez y ocho numeros 1, 8, 2, 9, 3, 10, 4, 11, 5, 12, 6, 13, 7, 1, 8,
2, 9, 3, son otros tantos principios de meses, de tal suerte dispuestos
que debiendo comenzar el año por uno de ellos, los diez y siete restantes
van de sucesiva, cada uno siendo precisamente el numero con que deben
principiar los demas meses del año señalado, yá sea pasado, presente ó
venidero.

Los meses como se ha dicho son diez y ocho, y sus nombres son los
siguientes.

     1. Pop                      commenzaba el 16 de julio.
     2. Uo                            —         5 de agosto.
     3. Zip (_çip_)                   —        25 de agosto.
     4. Zoɔ (_zodz_)                  —        14 de setiembre.
     5. Zeec (_çeec_)                 —         4 de octubre.
     6. Xul (_shul_)                  —        24 de octubre.
     7. Dze-yaxkin (_dzeyashkin_)     —        13 de noviembre.
     8. Mol                           —         3 de deciembre.
     9. Chen (_dshen_)                —        23 de deciembre.
    10. Yaax (_yaash_)                —        12 de enero.
    11. Zac (_çac_)                   —         1 de febrero.
    12. Ceh (_qej_)                   —        21 de febrero.
    13. Mac                           —        13 de marzo.
    14. Kankin                        —         2 de abril.
    15. Moan                          —        22 de abril.
    16. Pax (_pash_)                  —        12 de mayo.
    17. Kayab                         —         1 de junio.
    18. Cumkú                         —        21 de junio.

En la traducion de estos nombres resultará lo mismo que en lá de los
dias, pues por ser algunos tan antiguos ó tomados de estraño idioma no
se sabe lo que significan y los otros teniendo á veces dos acepciones se
ignora la cierta.—1. _Pop_ estera ó petate. 2. _Uo_, rana.—3. _Zip_ solo
hay un árbol llamado _Zipché_.—4. _Zodz_ ó _Zoɔ_, murciélago.—5. _Zeec_
se ignora.—6. _Xul_, termino.—7. _Dzeyaxkin_ se ignora.—8. _Mol_, reunir,
recoger, y _mool_ significa garra de animal.—9. _Chen_, pozo.—10. _Yáx_,
verde ó azúl ó de _yáx_ primero, ó principio del sol de primavera.—11.
_Zac_, blanco.—12. _Queh_ ó _Ceh_, venado.—13. _Mac_, tapar, cerrar.—14.
_Kankin_, sol amarillo, quizá por que en este mes por las quemas de los
montes rozados para sembrar, el sol ó su luz se pone amarilla por el
humo de la atmósfera.—15. _Moan_, significaba el dia nublado dispuesto
á lloviznar á ratos.—16. _Páx_, instrumento de musica.—17. _Kayab_,
canto.—18. _Cumkú_, la fuerte explosion como de un cañonazo lejano que
se oye, y al principio de las aguas producido quizá por los pántanos
que se hienden al secarse, ó por las explosiones del rayo en turbonadas
distantes. Tambien llamanse _hum-kú_ sonido ó ruido de Dios.


§ IV.—_Du mois._

Le mois, en langue yucatèque, s’appelait _U_, qui signifie aussi lune,
ce qui vient à l’appui de l’idée que les Indiens abandonnèrent la
computation des mois lunaires ou néoménies, pour déterminer le cours du
soleil, en continuant toutefois à nommer les mois des lunes: mais, dans
les manuscrits anciens, on donne le nom de _Uinal_, au singulier, et de
_Uinalob_, au pluriel, aux dix-huit mois de l’année, cette dénomination
s’étendant à toute la série et à chacun des noms particuliers qui
signalent les vingt jours dont se compose le mois[14].

Les noms des jours étant égaux en nombre aux jours des mois, il
s’ensuivait que le premier jour de l’année que les Indiens appelaient
_Cuch-haab_ (porteur de l’année) étant connu, on connaissait
naturellement le nom du premier jour de chacun des mois suivants; on les
distinguait l’un de l’autre, en ajoutant simplement le chiffre de la
semaine à laquelle ils appartenaient respectivement. Mais cette semaine
étant de treize jours, le mois comprenait conséquemment une semaine et
sept jours; de sorte que si le mois commençait avec le numéro _un_, il
terminait avec le chiffre _sept_ de la semaine suivante, et le second
commençait avec le numéro _huit_. Ainsi, pour reconnaître les chiffres de
la semaine, par lesquels devaient commencer les mois, ils avaient inventé
la règle suivante, qu’ils appelaient _bukxoc_ ou comput général.

     1 Hun in uaxac    de  1 à  8
     8 Uaxac in ca     de  8 à  2
     2 Ca in bolon     de  2 à  9
     9 Bolon te ox     de  9 à  3
     3 Ox te lahun     de  3 à 10
    10 Lahun te can    de 10 à  4
     4 Can in buluc    de  4 à 11
    11 Buluc te hó     de 11 à  5
     5 Hó in lahca     de  5 à 12
    12 Lahca in uac    de 12 à  6
     6 Uac te oxlahun  de  6 à 13
    13 Oxlahun te uuc  de 13 à  7
     7 Uuc in hun      de  7 à  1
     1 Hun in uaxac    de  1 à  8
     8 Uaxac in ca     de  8 à  2
     2 Ca in bolon     de  2 à  9
     9 Bolon te ox     de  9 à  3
     3 Ox te lahun     de  3 à 10

Les dix-huit chiffres 1, 8, 2, 9, 3, 10, 4, 11, 5, 12, 6, 13, 7, 1, 8,
2, 9, 3, sont donc autant d’autres signes initiaux des mois, disposés de
telle manière, que l’année devant commencer avec l’un d’eux, les dix-sept
autres viennent successivement, chacun étant précisément le chiffre avec
lequel doivent commencer les autres mois de l’année signalée, passée,
présente ou à venir[15].

Les mois sont, comme on l’a dit, au nombre de dix-huit et leurs noms sont
les suivants:

     1. Pop                         commençant au 16 juillet.
     2. Uo                               —         5 août.
     3. Zip (_sip_)                      —        25 août.
     4. Zoɔ (_sodz_)                     —        14 septembre.
     5. Zeec (_seec_)                    —         4 octobre.
     6. Xul (_choul_)                    —        24 octobre.
     7. Dze-yaxkin (_dzeyachkin_)        —        13 novembre.
     8. Mol                              —         3 décembre.
     9. Chen (_djen_)                    —        23 décembre.
    10. Yaax (_yaach_)                   —        12 janvier.
    11. Zak (_sac_)                      —         1 février.
    12. Ceh (_qeh_)                      —        21 février.
    13. Mac                              —        13 mars.
    14. Kankin                           —         2 avril.
    15. Moan                             —        22 avril.
    16. Pax (_pach_)                     —        12 mai.
    17. Kayab                            —         1 Juin.
    18. Cumku                            —        21 Juin.

En transcrivant ici ces noms, il arrive naturellement ce qui est arrivé
pour les noms des jours: l’antiquité de quelques-uns et, peut-être,
l’origine étrangère de quelques autres, ne permettant guère d’en donner
une traduction exacte et nous offrant quelquefois deux acceptions au
lieu d’une. 1. _Pop_ est la natte.—2. _Uo_ signifie grenouille.—3.
_Zip_ est la racine du mot _zipché_, qui est un arbre[16].—4. _Zoɔ_
est la chauve-souris.—5. _Zeec_ est inconnu[17].—6. _Xul_ signifie
le terme ou la fin.—7. _Ɔe-yaxkin_ sans signification[18].—8. _Mol_,
réunir, recouvrer, et _mool_ est la griffe ou la serre d’un animal.—9.
_Chen_ est le puits ou le réservoir d’eau.—10. _Yaax_, verd ou bleu,
ou _Yax_, premier, primitif, premier soleil du printemps.—11. _Zac_,
blanc.—12. _Qeh_ ou _Ceh_, cerf ou grand gibier.—13. _Mac_, fermer,
boucher.—14. _Kankin_, soleil jaune, ainsi nommé peut-être parce que,
durant ce mois, le soleil apparaît souvent jaune dans l’atmosphère, à
cause de la fumée des broussailles que l’on brûle, avant les semailles,
dans les campagnes[19].—15. _Moan_ signifiait un jour couvert, disposé
à de petites pluies[20].—16. _Páx_ est le nom d’un instrument de
musique[21].—17. _Kayab_ signifie le chant.—18. _Cumkú_ est le bruit
d’une explosion, entendue au loin, comme celui qui peut être produit,
vers le temps de la saison des eaux, dans les marais qui se fendent
par la sécheresse, ou par l’éclat du tonnerre accompagné d’averses
lointaines: ce bruit s’appelle également _hum-kú_, bruit ou résonnement
divin[22].


§ V.—_Del Año._

Hasta el presente llaman los indios al año _haab_ (háb) y en su
gentiládad comenzaba el diez y seis de julio, siendo digno de notarse que
habiendo querido sus progenitores fijar el principio del año en el dia
en que el sol pasa por el zenit de esta peninsula para ir á las regiones
australes; sin mas instrumentos astronómicos para sus observaciones que
la simple vista, solo se hayan equivocado en 48 horas de adelante. Esta
pequeña diferencia prueba ciertamente, que procuraron fijar sino con la
mayor exactitud, al menos con la mayor aproximacion, el dia en que el
astro regulador del tiempo pasa por el punto mas culminante de nuestra
esfera, y que conocian el uso y resultados del gnomon en los dias mas
tempestuosos de las lluvias.

El año constaba segun se ha dicho de diez y ocho meses y estas de veinte
dias y como solo resultaba de todos ellos 360, para completar los 365
que debe tener, le agregaron cinco dias mas, que llamaron innominados ó
sin nombre, por que no hacian parte de mes alguno, y esto quiere decir
_xma kaba kin_.

Tambien los llamaron _uayab_ ó _nayeb haab_; mas esta denominacion tiene
dos interpretaciones, por que la palabra _nayeb_ puede derivarse del
nombre _nay_ que significa cama, celda ó aposento, presumiendo que los
indios creyesen que en ellos descanse el año, ó el siguiente saliese
como de un depósito, conjetura que tiene en su apoyo él que en algunos
manuscritos se llamase _u ná haab_, madre del año, ó _nayab çhab_, cama
ó aposento de la creacion. Algunos los llamaban _u yail kin_ ó _u yail
haab_ que se traduce lo doloroso ó trabajoso de los dias ó del año,
porque creian que en ellos sobrevenian muertes repentinas, pestes; y
que fuesen mordidos por animales ponzoñosos ó devorados por las fieras,
temiendo que si salian al campo á sus labores se les estacase algun palo,
ó les sucediese cualquiera otro genero de desgracia.

Por todos estos motivos los destinaban á celebrar de un modo particular,
la fiesta del dios _Mam_, abuelo. A este le traian y festejaban con
gran pompa y magnificencia el primer dia; en el segundo se disminuía la
solemnidad; el tercero le bajaban del altar y colocaban en medio del
templo: el cuarto le ponian á los lumbrales ó puertas del mismo, y el
quinto hacian la ceremonia de echarle y dispedirle para que se fuese y
pudiese principiar el año nuevo en el siguiente que es el primer dia del
mes Pop, á 16 de julio.

Ya se dijo que para completar los 365 dias del año se tomaban los cinco
dias primeros de los veinte que traía el mes, y de esto resultaba que
al año siguiente comenzaba por el sexto; el tercer año por el onzeno y
el cuarto por el decimo sesto, volviendo el quinto año al primer dia;
rodando siempre sobre los dias _Kan_, _Muluc_, _Hix_ y _Cauac_ (por lo
cual los llamaron cargadores de años ó _cuch haab_) y siguiendo el orden
correlativo de la semana en sus trece numeros.


§ V.—_De l’année._

Les Indiens ont continué jusqu’aujourd’hui à appeler l’année _haab_
(háb), et au temps de la gentilité, elle commençait au 16 de juillet,
mais il est juste de remarquer que leurs ancêtres, ayant voulu fixer
le commencement de l’année au jour où le soleil passe par le zénith de
cette péninsule, pour aller aux régions australes, sans avoir eu d’autres
instruments astronomiques, pour leurs observations, que l’œil nu, ils
ne se sont trompés que de 48 heures en avance. Cette légère différence
prouve certainement qu’ils étaient arrivés à déterminer avec la dernière
exactitude, au moins avec autant de correction que possible, le jour
où l’astre, régulateur du temps, passe par le point culminant de notre
sphère, et qu’ils connaissaient l’usage du gnomon et de ses résultats,
même aux jours les plus orageux de la saison des pluies.

On a déjà dit que l’année se composait de dix-huit mois, et ceux-ci
chacun de vingt jours; ce qui donnait un résultat de 360: pour compléter
les 365, on en ajoutait cinq autres qu’on appelait _xma kaba kin_, jours
sans nom, parce qu’ils ne faisaient partie d’aucun mois.

On les appelait aussi _uayab_ ou _nayeb haab_, ce qui s’entend de deux
manières différentes; car le mot _uayab_ peut venir de _uay_ qui signifie
lit, ou _nayeb_ de _nay_ qui est la chambre, le lieu de repos, dans
l’idée que les Indiens auraient eue qu’alors l’année se reposait. A
l’appui de cette conjecture, on trouve dans quelques manuscrits que ces
jours s’appelaient _u na haab_, mère de l’année, ou _uayab çhab_ (djab),
lit ou chambre de la création[23]. Quelques-uns les désignaient aussi
sous le nom de _u yail kin_ ou _u yail haab_ qui se traduit par la peine
ou le travail des jours ou de l’année; car ils croyaient qu’il leur
surviendrait alors des morts subites, des pestes, qu’ils seraient mordus
par des reptiles venimeux ou dévorés par des animaux féroces; aussi
craignaient-ils alors, s’ils allaient aux champs, d’être écrasés par la
chute d’un arbre ou qu’il leur arrivât quelque autre accident fâcheux[24].

C’est dans cette appréhension qu’ils avaient destiné ces jours à célébrer
la fête du dieu _Mam_, l’aïeul. Le premier jour, ils le portaient en
procession et le fêtaient avec une grande magnificence; au second,
la solennité était moindre; le troisième, ils descendaient le dieu
de l’autel et le plaçaient au milieu du temple; le quatrième, ils le
colloquaient entre les linteaux ou aux portes de l’édifice, et le
cinquième ils faisaient la cérémonie de le mettre dehors et de prendre
congé de lui, afin qu’il s’en allât et que l’on pût commencer le nouvel
an le lendemain, qui était le premier jour du mois _Pop_, au 16 de
juillet.

On a déjà fait remarquer que les Mayas, afin de compléter les 365 jours
de l’année, prenaient les cinq premiers des vingt que comportait le mois:
il en résultait que l’année suivante commençait avec le sixième, la
troisième année par le onzième, la quatrième avec le seizième, reprenant
pour la cinquième année le premier jour, ce qui faisait qu’on avait
toujours l’un après l’autre les signes _Kan_, _Muluc_, _Hix_ et _Cauac_,
en suivant l’ordre corrélatif de la semaine dans les treize nombres,
ce qui fit donner à ces quatre signes le nom _cuch haab_ ou porteur de
l’année.


§ VI.—_Del Bisiesto._

Como el curso sucesivo de los trece números de la semana dan principio á
otros tantos años, alternándose precisamente los cuatro dias iniciales,
es dificil intercalar en el año un dia mas, para formar el bisiesto
sin que las dos circumstancias espuestas no padezcan interrupcion;
pero como el bisiesto es muy necesario para integrar el curso solar y
este lo tenian los indios bien conocido, sin duda alguna, hacian la
intercalacion, aunque del modo de verificarla no hayan dejado noticia
alguna; par lo cual se tratará del que usaban los mexicanos por ser
muy analoga su cronologia á la de nuestros indios habiendo tenido un
mismo orígen. Veytia en el capitulo primero de su _Historia antigua
de Mexico_, sacada segun él, de los geroglificos y pinturas que como
anales nacionales se conservaban en su tiempo, asegura que conforme al
sentir de los escritores mexicanos, el bisiesto se hacia de dos modos:
Uno añadiendo al fin del decimo octavo mes, un dia, que era señalado con
el geroglifica del anterior, aunque con diferente número de la semana; y
el otro modo era aumentando los dias intercalares hasta seis, y marcando
este último del mismo modo yá dicho en el primer método. En ambos casos
se perturba el orden numérico con que correlativamente se suceden los
años hasta los trece en que forman la semana, por que resultaria que el
quinto año seria marcado con el número seis de la semana, y no con el
5 que correlativamente le corresponde pasando del 4 al 6: y saltándose
cada cuatro años un número, jamás se conseguiria la cordinacion numeral
de los trece años que invariablemente se advierte, y en que consiste el
artificio ingenioso de las ruedas para formar las indiciones ó semanas de
años que componen el siglo de 52 años.

Para salvar este inconveniente que no consideró Veytia, es necesario
creer, que yá intercalasen el dia al fin del decimo-octavo mes ó ya
despues de los cinco dias complementarios; no solo debian marcarlo con
el número y geroglifico del dia anterior, sino con otra señal que lo
distinguiese del mismo para no confundirlos en su cita ó data.

Esta refleccion tan óbvia á qualquiera que medite en dicho órden la
halle confirmada por el Caballero Boturini en el § 20 de su obra «_Idea
de una nueva historia general de la America septentrional_» que dice
hablando de los tultecos... «Viendo que el año civil no se ajustaba
con el astronómico y que iban alterados les equinoccios, determinaron
cada cuatro años añadir un dia mas que recogiese las horas que se
desperdiciaban, lo que supongo ejecutaron contados dos veces uno de los
symbolos del último mes del año (á la manera de los romanos que uno y
otro dia de 24 y 25 de febrero llamaban _bis sexto kalendas martias_,
de cuyo uso se denominó el año bisexto) sin turbar el orden de dichos
symbolos, pues cualquiera que se les añadiese ó quitase, destruiria su
perpetuo sistema y de esta suerte combinaron el principio del año civil
con el equinoccio verno que era la parte mas principal.»

Tratando el segundo modo de intercalar el dia bisestil dice en el parrafo
27: «Tambien apunté en el § 20, numero 2, que los sabios tultecos, desde
la segunda edad, ordenaron el bisiesto apuntando el año civil con el
equinoccio verno, y que en la tercera edad hubo otro modo de intercalar
en cuanto al kalendario ritual. Y es asi que para no turbar el órden
perpetuo de las fiestas fixas y de tabla y de las 16 movibles que
circulaban en los symbolos de los dias del año, en ocasion de numerarse
dos veces el symbolo del ultimo mes del año bisextil..., tuvieron por
mejor evitar todas estas dificultades y confusiones reservando los trece
dias bisextiles para el fin del cyclo de 52 años, los que destinguian
en las ruedas ó tablas con 13 ceros ceruleos ó de otro color y no
pertenecian ni a mes ni á año alguno, ni tenian symbolos propios como
los demas dias. Se pasaba por ellos como si no hubiese tales dias, ni
se aplicaban à Dios alguno de los suyos, por que los reputaban por
aciagos. Toda esta triadecatérida era de penitencia y ayuno, por el miedo
de que se acabase el mundo: no se comia cosa caliente, por que estaba
apagado el fuego en toda la tierra hasta que empezase el otro cyclo, el
que traia consigo la referida ceremonia del fuego nuevo. Y siendo asi
que todo lo dicho pertenecia tan solamente á los ritos y sacrificios,
luego este modo de intercalar no podia estenderse al año trópico, por
que hubiera alterado notablemente los solsticios y equinoccios y los
principios de los años y se prueba evidentemente por que tales trece dias
no tenian symbolos algunos de los que pertenecian á los dias del año, y
el kalendario ritual los reputaba por bisextiles á la decadencia de cada
cyclo, imitando con diferente órden á el bisiesto del año civil mas
proprio al gobierno de las cosas publicas.»

Como el Caballero Boturini tenia conocimientos superiores á cualquiera
otro de las historias y pinturas de los indios, es evidente que nada
puede contrabalancear su autoridad sobre esta materia, y que su pluma ha
puesto la cuestion bajo su verdadero punto de vista.


§ VI.—_De l’année bissextile._

Tel était l’accord existant entre les jours ou chiffres de la semaine,
qui signalaient le commencement de l’année, et les quatre jours initiaux
de chaque série de cinq, qu’il était fort difficile d’intercaler un jour
additionnel aux années bissextiles, sans troubler l’ordre corrélatif
des jours initiaux, qui se suit constamment dans la dénomination des
années et forme leurs indictions ou semaines. Mais le bissextile étant
de toute nécessité pour le complément du cours solaire, que les Indiens
connaissaient parfaitement, il est hors de doute qu’ils avaient une
manière particulière de faire cette intercalation, quoiqu’ils n’aient
pas laissé les moyens de la vérifier[25]. C’est pourquoi nous parlerons
ici de la méthode employée par les Mexicains, leur chronologie ayant
une grande analogie avec celle de nos Indiens, qui avait avec la leur
une origine commune. Veytia, dans le chapitre premier de son _Histoire
ancienne du Mexique_, tirée, dit-il, des hiéroglyphes et peintures qui
se conservaient de son temps, comme des annales nationales, assure,
conformément au sentiment des écrivains mexicains, que l’année bissextile
se réglait de deux manières différentes: la première, en ajoutant à la
fin du dix-huitième mois ou des cinq jours supplémentaires, un jour de
plus, signalé par le même hiéroglyphe que le précédent, mais avec un
chiffre différent, quant à la semaine, c’est-à-dire avec le suivant.
Mais, dans l’un et l’autre cas, il y a perturbation dans l’ordre
numérique, par lequel les années se suivent l’une l’autre; car la
cinquième année se trouverait ainsi signalée par le numéro 6 au lieu
du numéro 5 de la semaine qui y correspond régulièrement, en passant
de 4 à 6: ces interruptions arrivant tous les quatre ans, rendraient
impossible la conservation de cette coordination numérale des treize ans
qu’on retrouve constamment, et qui est la base du système ingénieux des
roues, inventées pour former les indictions ou semaines d’années, dont se
compose le cycle de 52 ans.

Pour obvier à cet inconvénient, auquel Veytia ne fit pas assez
attention, il faut croire qu’ils intercalaient ce jour soit à la fin
du dix-huitième mois, soit à la suite des cinq complémentaires; ils
devaient non-seulement le marquer avec le chiffre et hiéroglyphe du jour
précédent, mais aussi avec un autre signe qui le distinguât de celui-ci,
afin qu’on ne les confondît pas dans les dates[26].

Cette réflexion, qui vient d’elle-même à quiconque veut se rendre compte
de cet ordre de choses, se trouve confirmée par le chevalier Boturini,
dans le § 20 de son ouvrage _Idée d’une nouvelle histoire générale de
l’Amérique septentrionale_, lequel dit en parlant des Toltèques: «Voyant
que l’année civile ne concordait pas avec l’année astronomique, et que
les jours équinoxiaux commençaient à changer, ils conclurent d’ajouter
tous les quatre ans un jour de plus, pour remplacer les heures qu’on
perdait annuellement: ce qu’ils faisaient, je suppose, en comptant deux
fois l’un des signes du dernier mois, de la même manière que les Romains
qui donnaient au 24 et au 25 février le nom de _bis sexto kalendas
Martias_, d’où vint à l’année celui de bissextile, sans pour cela
troubler l’ordre desdits signes; car, qu’on en ajoutât ou qu’on en ôtât
un, on troublait aussitôt tout l’ensemble du système. C’est ainsi qu’ils
trouvèrent le moyen de faire accorder le commencement de l’année civile
avec l’équinoxe du printemps, ce qui était la chose principale.»

Parlant de la seconde manière d’intercaler le jour bissextile, il ajoute,
au § 27: «J’ai observé au § 20 que les sages Toltèques avaient, dès le
second âge, réglé le jour bissextile, en faisant accorder l’année civile
avec l’équinoxe du printemps, et que dans le troisième âge, il y eut une
autre manière d’intercalation, quant au calendrier rituel. C’est ainsi
que pour ne pas troubler l’ordre perpétuel des fêtes fixes, ajustées au
tableau, non plus que des seize fêtes mobiles, qui circulaient avec les
signes des jours de l’année, en comptant deux fois le signe du dernier
mois de l’année bissextile... ils trouvèrent qu’il valait mieux éviter
toutes ces difficultés et cette confusion en réservant les 13 jours
bissextiles pour la fin du cycle de 52 ans, et ils les distinguaient
dans les roues ou tableaux par 13 zéros bleus ou d’une autre couleur,
lesquels n’appartenaient à aucun mois, ni année, et n’avaient aucun
signe en propre comme les autres jours. On passait par ces jours comme
s’ils n’eussent pas existé, et ils ne les dédiaient à aucune de leurs
divinités, parce qu’ils les considéraient comme néfastes. Cette treizaine
entière de jours était de pénitence et de jeûnes, dans la crainte que
le monde ne vînt à s’achever: on ne mangeait rien de chaud; car le feu
était éteint par tout le pays, jusqu’au commencement du nouveau cycle
qui amenait à sa suite la cérémonie du feu nouveau. Mais comme toutes
ces choses ne référaient qu’à des rites et à des sacrifices (et non à
la véritable computation du temps), ce mode d’intercalation ne pouvait
s’étendre à l’année tropique; car il aurait changé notablement les
solstices et les équinoxes, ainsi que le commencement de chaque année,
ce qui se prouve suffisamment en ce que ces treize jours n’avaient aucun
des signes qui appartiennent aux jours ordinaires de l’année, et le
calendrier rituel les réputait pour bissextiles, à la décadence de chaque
cycle, imitant dans un ordre différent le bissextile de l’année civile
qui était plus approprié au gouvernement des choses publiques.»

Le chevalier Boturini ayant possédé des connaissances supérieures à
celles d’aucun autre, relativement aux histoires et aux peintures des
Indiens, rien ne peut évidemment contrebalancer son autorité dans cette
matière, et l’on peut croire qu’il a placé cette question sous son
véritable point de vue.


§ VII.—_Del Katun ó siglo yucateco._

Estos indios pintavan una rueda pequeña, en la cual ponian los cuatro
geroglificos de los dias con que principiava el año, _Kan_ al oriente,
_Muluc_ al norte, _Hix_ al poniente y _Cauac_ al sur, para que se
contasen en el mismo orden. Algunos suponen que cuando terminaba el
cuarto año, habiendo vuelto otra vez el caracter _Kan_, se completaba
un _Katun_ ó lustro de cuatro años; otros que tres revoluciones de las
de la rueda, con sus cuatro señales se contaban con una mas, haziendo
asi 13 años para completar el _Katun_; otros, que cuatro semanas de
años completas ó indicciones enteraban el _Katun_; y esto es lo mas
probable. Ademas de la rueda pequeña ya dicha, hazian otra rueda grande
que llamaban tambien _buk-xoc_, en que ponian tres revoluciones de los
cuatro geroglificos de la pequeña, haziendo un total de 12 signos,
principiando la cuenta con el primero _Kan_ y siguiendo á contarlos hasta
nombrar cuatro vezes el mismo _Kan_ inclusivamente, haziendo asi trece
años y formando una indiccion ó semana (de años); la segunda cuenta
comenzaba con _Muluc_, acabando en el mismo, y esto hazia el otro trece,
y siguiendo de la misma manera llegavan a _Cauac_, y esto era un _Katun_.


§ VII.—_Du Katun ou Cycle yucatèque._

Les Indiens faisaient une petite roue dans laquelle ils plaçaient les
signes des jours initiaux de l’année, _Kan_ à l’orient, _Muluc_ au nord,
_Gix_ ou _Hix_ au couchant et _Cauac_ au midi, pour être comptés dans le
même ordre. Plusieurs écrivains supposent qu’au terme de la quatrième
année, au retour du signe _Kan_, il se complétait un _Katun_ ou lustre de
quatre ans; d’autres qu’il fallait compter trois révolutions de la roue
avec ses quatre signes, et un en plus, faisant ainsi treize ans, pour
compléter le _Katun_; d’autres enfin, qu’il fallait quatre indictions ou
semaines entières d’années pour constituer un _Katun_, et c’est là ce
qu’il y a de plus probable. Outre la petite roue susdite, ils formaient
une autre grande roue qu’ils appelaient aussi _buk-xoc_; ils y mettaient
trois révolutions des quatre signes de la petite roue, formant un total
de 12 signes, commençant à compter avec _Kan_ et continuant la numération
jusqu’au quatrième retour du même signe _Kan_ inclusivement, faisant
ainsi treize ans et formant une indiction ou semaine d’années. La seconde
numération commençait avec _Muluc_ et terminait avec le même, faisant une
nouvelle treizaine, et ainsi de suite jusqu’à venir à _Cauac_, les quatre
treizaines réunies faisant ce qu’on appelait un _Katun_.


§ VIII.—_De la Indiccion ó siglo de 52 años, llamado Katun._

Se dá el nombre de indiccion á cada una de las cuatro semanas de años que
componen un siglo de 52, que los indios llamaban _Katun_. Como por las
esplicaciones anteriores se ha dado una idea de ella, se recopilarán aqui
los datos espuestos, para no entrar en nuevas esplicaciones.

Se ha dicho que la semana yucateca se componia del curso de trece
números aplicados indistintamente á los dias del mes que eran veinte.
Tambien se ha espuesto que como el año constaba de 28 semanas y un dia,
por este sobrante se verificaba que los años se sucedian siguiendo el
orden correlativo de los números de la semana hasta el 13; de modo que
el primer año de la indiccion comenzaba por el numero 1º de la semana y
terminaba en el mismo; el segundo año por el 2; y asi de los demas hasta
concluir los 13 numeros de ella: y si el año se hubiese compuesto de 28
semanas solamente, el primer año de la indiccion hubiera principiado por
el número 1º de ella y terminado en el 13, y del mismo modo lo demas.

Igualmente se dijo que los indios viendo que los 18 meses de á veinte
dias solo daban la suma de 360, para completarlo le añadieron cinco
mas: de lo que resultó que los 20 dias del mes se dividieron en cuatro
secciones, cuyo primer dia, á saber _Kan_, _Muluc_, _Hix_ y _Cauac_, se
volvieron iniciales de años, por que á su vez les daban principio; y
llevados por un curso sucesivo terminaban á los cuatro años, volviendo
á principiar por el primer inicial. Mas como la semana se componia de
13 numeros, solo entraban en ella tres revoluciones de dichos cuatro
dias iniciales y uno mas, siendo este el motivo por que la semana ó
indiccion que comenzaba por el primer _Kan_, habia de terminar en el 13,
principiando la 2ª en el 1º Muluc, formandose de cada uno de ellos una
indiccion que les era peculiar, por que le daban nombre en su primero y
ultimo número como se ve en la tabla siguiente.

_Tabla de las indicciones._

       Primera          Secunda          Tercera          Quarta
      indiccion.       indiccion.       indiccion.       indiccion.

    1841 1 Kan.      1854 1 Muluc.    1867 1 Hix.      1880 1 Cauac.
    1842 2 Muluc.    1855 2 Hix.      1868 2 Cauac.    1881 2 Kan.
         3 Hix.           3 Cauac.         3 Kan.           3 Muluc.
         4 Cauac.         4 Kan.           4 Muluc.         4 Hix.
         5 Kan.           5 Muluc.         5 Hix.           5 Cauac.
         6 Muluc.         6 Hix.           6 Cauac.         6 Kan.
         7 Hix.           7 Cauac.         7 Kan.           7 Muluc.
         8 Cauac.         8 Kan.           8 Muluc.         8 Hix.
         9 Kan.           9 Muluc.         9 Hix.           9 Cauac.
        10 Muluc.        10 Hix.          10 Cauac.        10 Kan.
        11 Hix.          11 Cauac.        11 Kan.          11 Muluc.
        12 Cauac.        12 Kan.          12 Muluc.        12 Hix.
        13 Kan.          13 Muluc.        13 Hix.          13 Cauac.

Las cuatro indicciones ó semanas de años que resultan de la revolucion
particular de los dias iniciales desde el numero 1, hasta el 13 cuyo
conjunto da la suma de cincuenta y dos años, era lo que llamaban los
indios un _Katun_; por que al fin de este periodo celebraban grandes
fiestas, y levantaban un monumento en él que colocaban una piedra
atravesada, como lo indica la palabra _Kat-tun_, para memoria y cuenta
de los siglos ó katunes que pasaban. Debiendo notarse que hasta no
completarse este periodo no volvian á caer los dias iniciales en los
mismos numeros, por lo cual con solo citarlos sabian á que tantos del
siglo estaban, ayudando á esto la rueda ó cuadro en que los grababan
por medio de geroglificos; y les servia para señalar sus dias fastos
y nefastos, las fiestas de sus templos, sus asuntos sacerdotales, y
predicciones sobre las temperaturas y fenomenos estacionales.


§ VIII.—_De l’Indiction du Cycle de 52 ans, appelé Katun._

Ces explications étant suffisantes pour donner une idée de l’indiction
ou cycle de 52 ans, appelé _Katun_ par les Indiens, nous récapitulerons
ici brièvement les faits, afin de ne pas renouveler ensuite les mêmes
explications.

On a dit que la semaine yucatèque se composait du cours de treize
chiffres, appliqués indistinctement aux vingt jours du mois. On a observé
également que l’année se composant de vingt-huit semaines et d’un jour,
il arrivait, à cause de ce surcroît, que les années se succédaient, en
suivant l’ordre corrélatif des chiffres de la semaine jusqu’à 13; en
sorte que la première année de l’indiction commençait par le numéro 1 de
la semaine et terminait avec le même; la seconde année par le numéro 2,
et ainsi des autres jusqu’à finir avec ses treize chiffres: au lieu que
si l’année se fût composée de 28 semaines seulement, la première année
aurait commencé avec le numéro 1 et fini avec le numéro 13, et ainsi en
eût-il été du reste.

On a expliqué aussi comment les Indiens en voyant que les dix-huit mois
de vingt jours ne donnaient qu’une somme de 360, en ajoutèrent, pour les
compléter, cinq en sus, d’où il résulta que les 20 jours du mois se
partagèrent en quatre sections: les premiers de chacune d’elles, _Kan_,
_Muluc_, _Hix_ et _Cauac_, devinrent les jours initiaux des années, parce
qu’à leur tour ils en devenaient le commencement, et, après une course
successive de quatre ans, retournaient à recommencer par le premier. Mais
comme les semaines étaient composées de treize chiffres, il y avait dans
chaque semaine trois révolutions des quatre initiaux et d’un initial
en plus; ainsi l’indiction ou semaine d’année, commençant avec _Kan_,
terminait aussi avec le même _Kan_; en sorte que l’indiction suivante
pût commencer avec _Muluc_, second jour initial, et à son tour finir
avec le même _Muluc_, et ainsi consécutivement, jusqu’à ce que chacun
des signes initiaux eût formé son indiction ou semaine, en lui donnant
son nom, l’ensemble faisant un cycle de 52 ans, ce qui est la somme des
quatre semaines de treize ans chaque, ainsi qu’on le voit dans le tableau
suivant:

_Table des indictions._

       Première        Deuxième.        Troisième.       Quatrième.
      indiction.

    1841 1 Kan.      1854 1 Muluc.    1867 1 Hix.      1880 1 Cauac.
    1842 2 Muluc.    1855 2 Hix.      1868 2 Cauac.    1881 2 Kan.
         3 Hix.           3 Cauac.         3 Kan.           3 Muluc.
         4 Cauac.         4 Kan.           4 Muluc.         4 Hix.
         5 Kan.           5 Muluc.         5 Hix.           5 Cauac.
         6 Muluc.         6 Hix.           6 Cauac.         6 Kan.
         7 Hix.           7 Cauac.         7 Kan.           7 Muluc.
         8 Cauac.         8 Kan.           8 Muluc.         8 Hix.
         9 Kan.           9 Muluc.         9 Hix.           9 Cauac.
        10 Muluc.        10 Hix.          10 Cauac.        10 Kan.
        11 Hix.          11 Cauac.        11 Kan.          11 Muluc.
        12 Cauac.        12 Kan.          12 Muluc.        12 Hix.
        13 Kan.          13 Muluc.        13 Hix.          13 Cauac.

Les quatre indictions ou semaines d’années qui résultent de la révolution
particulière des jours initiaux, depuis le numéro 1 jusqu’à 13, et dont
l’ensemble donne la somme de cinquante-deux ans, étaient ce à quoi les
Indiens donnaient le nom de _Katun_; car à la fin de cette période ils
célébraient de grandes fêtes et érigeaient un monument, dans lequel ils
plaçaient une pierre en travers, ainsi que l’indique le mot _Kat-tun_,
en commémoration des cycles ou katun écoulés. Il est bon toutefois de
remarquer que jusqu’à parfait complément de cette période, les jours
initiaux ne retombaient point dans les mêmes chiffres; en sorte qu’il
suffisait de les mentionner pour savoir en quelle année du cycle on se
trouvait, ce à quoi les aidait la roue ou le tableau où ils étaient
inscrits au moyen de leurs hiéroglyphes. Cela leur servait en même temps
à signaler leurs jours fastes et néfastes, les fêtes qui se célébraient
dans les temples, les affaires qui intéressaient le sacerdoce, ainsi que
les prédictions du temps et des phénomènes de la saison.


§ IX.—_De los Ahau-Katunes ó grande siglo de 312 años._

Ademas del _Katun_ ó siglo de 52 años, habia otro grande siglo peculiar
de estos indios de Yucatan, en cuyas epocas señalaban los acontecimientos
de su historia. Este siglo se componia de trece periodos ó epocas de á 24
años, llamadas _Ahau-Katun_, cuyo conjunto daba la suma de 312.

Cada periodo ó Ahau-Katun se dividia en dos partes; una de 20 años que
era incluida en la rueda ó cuadro, por lo que los llamaban _amaytun_,
_lamaitun_ ó _lamaité_, y la otra de 4 años y la significaban
como pedestal de la anterior, y la titulaban _chek-oc-katun_ ó
_lath-oc-katun_, que todo quiere decir pedestal. A estos cuatro años
los consideraban como intercalares y como no existentes creyendolos
aciagos por esto, y al modo de los cinco dias complementarios del año los
llamaban tambien _u yail haab_, ó años trabajosos.

De la costumbre de considerarlos como no existentes separándolos de la
cuenta de los años, nació la opinion de creer que los Ahau-Katunes eran
solamente de 20 años, yerro en que cayeron casi todos los que trataron
de paso el asunto; y si hubieran contado los años que intermediaban de
una á otra época, jamas hubieran dudado de esta verdad, que confirman
los manuscritos diciendo terminantemente que eran de 24 años en la forma
dicha.

Nadie duda que estos periodos, epocas, ó edades, como las llamaron
los escritores españoles, tomaron su nombre de _Ahau-Katun_, por que
comenzaban á contarse desde el dia _Ahau_, segundo de los años que
principiaban en _Cauac_, señalandolos con el respectivo numero de la
semana en que caían; mas como terminaban de 24 en 24, dichos periodos,
jamas podian tener numeros correlativos y segun su orden aritmético,
sino con el siguiente: 13, 11, 9, 7, 5, 3, 1, 12, 10, 8, 6, 4, 2. Es
probable que principió en el numero 13 por haber acontecido en él algun
suceso notable pues despues se contaban por el 8; y acabada la conquista
de esta peninsula propúso un escritor indio comenzasen á contar en
lo sucesivo estas épocas por el 11 _Ahau_, por que en el se verificó
aquella. Habiendose dicho que el 13 _Ahau Katun_ debia comenzar par un
dia segundo del año, precisamente fué este el de 12 _Cauac_ duodécimo de
la primera indiccion, cuyo segundo dia fué 13. El 11 _Ahau Katun_ debia
comenzar en el 10 _Cauac_ sucediendo despues de un periodo de 24 anos; y
asi sucesivamente en los demas periodos, siendo de notar que la secuela
de los números de ellos solo se encuentran de 24 en 24 anos, lo que acaba
de confirmar que este era su periodo y no el de 20, como algunos creyeron.


_Série de los años corridos en dos Ahau Katun, tomando su principio en
1392 en que pasó segun los manuscritos el 8 Ahau en el año 7 cauac._

8ᵉ AHAU KATUN.

    1392    7   Cauac.      1396   11   Cauac.
    1393    8   Kan.        1397   12   Kan.
    1394    9   Muluc.      1398   13   Muluc.
    1395   10   Hix.        1399    1   Hix.
    1400    2   Cauac.      1408   10   Cauac.
    1401    3   Kan.        1409   11   Kan.
    1402    4   Muluc.      1410   12   Muluc.
    1403    5   Hix.        1411   13   Hix.
    1404    6   Cauac.      1412    1   Cauac.
    1405    7   Kan.        1413    2   Kan.
    1406    8   Muluc.      1414    3   Muluc.
    1407    9   Hix.        1415    4   Hix.

6ᵉ AHAU KATUN.

    1416    5   Cauac.      1428    4  Cauac.
    1417    6   Kan.        1429    5  Kan.
    1418    7   Muluc.      1430    6  Muluc.
    1419    8   Hix.        1431    7  Hix.
    1420    9   Cauac.      1432    8  Cauac.
    1421   10   Kan.        1433    9  Kan.
    1422   11   Muluc.      1434   10  Muluc.
    1423   12   Hix.        1435   11  Hix.
    1424   13   Cauac.      1436   12  Cauac.
    1425    1   Kan.        1437   13  Kan.
    1426    2   Muluc.      1438    1  Muluc.
    1427    3   Hix.        1439    2  Hix.

El punto de apoyo de que se valen para acomodar los _Ahau katunes_ á
los años de la era cristiana y contar los periodos y siglos que en ella
han pasado, y entender y saber concordar los años que citan los indios
en sus historias con los que corresponden á los de dicha era, es el
año de 1392, el cual segun todos los manuscritos, y algunos de ellos
apoyándose en el testimonio de D. Cosme de Burgos escritor y conquistador
de esta peninsula cuyos escritos se han perdido, fué el referido año, en
el cual cayó 7 _Cauac_ y dió principio en su segundo dia el 8 _Ahau_;
y de este como de un trunco se ordenan todos los que antecedieron y
sucedieron segun el orden numérico que guardan y va espuesto: y como con
este concuerdan todas las séries que se hallan en los manuscritos, es
necesario creerlo como incontrovertible.

«Al fin de cada _Ahau Katun_ ó periodo de 24 años, dice un manuscrito, se
celebraban grandes fiestas en honor del dios de la tal edad, y levantaban
y ponian una estátua del dios con letras y rótulos.»

Sumamente importante y ventajoso era el uso de este siglo; pues cuando
en las historias se citaba el 8 _Ahau_, por exemplo y despues de
transcurridas otras épocas con diferentes acontecimientos, se volvia á
citar como presente el referido _Ahau_, se suponian pasados los 312 años
que componian el siglo, ó Ahau Katun como decian. Las citas se hacian de
varios modos, yá refiriendose al medio, ó fin de la época, ó citando ó
señalando les años que de allá habian pasado cuando el hecho aconteció.
Pero la cita mas exacta que podian hacer, era designando el _Ahau Katun_,
los años que habian pasado, el numero y nombre del que se contaba, el
mes, dia, semana en que se verificó el suceso. De este modo se refiere la
muerte de peste de un tal _Ahpulá_, pues dicen que sucedió el 6º año de
13 _Ahau_, cuando el año de 4 _Kan_ se contaba al oriente de la rueda, á
18 del mes _Zip en 9 Ymix_. Para sacar esta data es necesario señalar el
año de la era vulgar en que pasó el 13 _Ahau_ mas proximo á la conquista,
y segun lo que se dice al fin de este opúsculo, fue en él de 1488: ahora
los seis años que habian corrido de él se contaron por su secuela y son
12 _Cauac_ en que principió el 13 _Ahau_ en su segundo dia en 1488.—13
_Kan_ en 1489.—1 _Muluc_ en 1490.—2 _Hix_ en 1491.—3 _Cauac_ en 1492;—y
4 _Kan_ que es el citado en 1493. El dia 18 del mes _Zip_ se hallará del
mismo modo: el mes _Zip_ es el tercero del año, y segun la regla que se
puso cuando se trató del mes, se buscará su principio: habiendo el año
empezado en 4 _Kan_, su segundo mes, comenzó en 11 _Kan_, el tercero por
5 _Kan_ que es el que se busca: los dias corridos del 1º del mes al 18
son los siguientes.

MES ZIP.

     1. 5 Kan.
     2. 6 Chicchan.
     3. 7 Quimi.
     4. 8 Manik.
     5. 9 Lamat.
     6. 10 Muluc.
     7. 11 Oc.
     8. 12 Chuen.
     9. 13 Eb.
    10.  1 Been.
    11. 2 Hix.
    12. 3 Men.
    13. 4 Quib.
    14. 5 Caban.
    15. 6 Edznab.
    16. 7 Cauac.
    17. 8 Ahau.
    18. 9 Ymix.
    Que está señalado en la cita.

Ahora el mes _Zip_, comienza el 25 de agosto: su decimo octavo dia
debe ser el once de setiembre, por que 7 dias que hay desde el 25 al
31 de agosto que se toman de setiembre son los 18 echados del mes
Zip. Con esto queda demostrado que la fecha indiana fué el año de 1493
á 11 de setiembre, tan exacta como si se hubiera usado segun nuestro
actual estilo, pudiendo servir esta de medio para computar otras que se
encuentren.


§ IX.—_Des Ahau-Katun ou grands Cycles de 312 ans._

Outre le Katun ou cycle de 52 ans, les Indiens du Yucatan avaient un
autre cycle qui leur était particulier, et dans les époques duquel ils
signalaient les événements de leur histoire. Ce cycle se composait de
treize périodes ou époques de vingt-quatre ans appelées _Ahau-Katun_,
dont l’ensemble donnait la somme de 312.

Chaque période ou Ahau-Katun se divisait en deux parties, l’une de 20
ans, qui était renfermée dans la roue ou tableau, d’où on l’appelait
_amayun_, _lamaitun_ ou _lamaité_; et l’autre de 4 ans: celle-ci était,
dans leur idée, comme le piédestal de la précédente, et ils l’appelaient
_chek-oc-Katun_ ou _lath-oc-Katun_, ce qui dans l’un et l’autre cas
signifie piédestal. Ces derniers quatre ans étaient considérés comme
intercalaires et sans existence, les croyant à cause de cela funestes,
et, de même que les cinq jours complémentaires de l’année, ils les
appelaient aussi _u yail haab_, c’est-à-dire années de peine ou de
travail.

De l’usage de les considérer comme sans existence, en les séparant de
la computation des années, naquit l’erreur de croire que les Ahau-Katun
n’étaient que de 20 ans, erreur dans laquelle tombèrent presque tous ceux
qui ont traité, en passant, cette matière; mais s’ils avaient compté les
années qu’il y avait d’une époque à une autre, ils n’auraient jamais
douté de cette vérité, confirmée, d’ailleurs, par les manuscrits anciens,
qui tous déclarent d’une manière absolue qu’elles étaient de 24 ans, et
de la manière énoncée plus haut[27].

Il est hors de doute que ces périodes, époques ou âges, ainsi que les
appelèrent les écrivains espagnols, ont pris le nom d’_Ahau-Katun_, parce
qu’ils commencèrent à se compter du jour _Ahau_, le second des années
commençant en _Cauac_, en les signalant avec le nombre respectif de la
semaine où ils tombaient; mais ces périodes, se terminant de 24 en 24
ans, ne pouvaient jamais avoir de chiffres corrélatifs et selon l’ordre
arithmétique, mais seulement comme ci-après: 13, 11, 9, 7, 5, 3, 1, 12,
10, 8, 6, 4, 2. Le chiffre 13, qui paraît avoir été le premier, l’aurait
été probablement, à cause de quelque événement notable qui se serait
passé dans sa durée: ensuite ils comptèrent à commencer par le chiffre
8; puis à l’achèvement de la conquête de la péninsule, un écrivain
indigène proposa de commencer désormais la computation avec le 11 _Ahau_,
comme étant la période durant laquelle cette conquête avait eu lieu.
Maintenant, s’il est vrai que le 13 _Ahau-Katun_ dut commencer avec un
deuxième jour de l’année, ce dut être précisément l’année commençant au
12 _Cauac_, la 12ᵉ de l’indiction, et dont le second jour fut signalé au
chiffre 13. Le 11 _Ahau-Katun_ aurait commencé dans l’année 10 _Cauac_;
ce qui aurait eu lieu après une période de 24 ans; et ainsi du reste,
sans oublier de remarquer que la suite de ces chiffres ne se retrouve
que de 24 en 24 ans, autre preuve que l’_Ahau-Katun_ se composait de ce
nombre d’années et non de vingt seulement[28].

_Série des années de deux Ahau-Katun, commençant en 1392, année en
laquelle, suivant certains manuscrits, le 8 Ahau serait passé à l’an 7
Cauac._

8ᵉ AHAU KATUN.

    1392   7  Cauac.        1396  11 Cauac
    1393   8  Kan.          1397  12 Kan.
    1394   9  Muluc.        1398  13 Muluc.
    1395  10  Hix.          1399   1 Hix.
    1400   2 Cauac.         1408  10 Cauac.
    1401   3 Kan.           1409  11 Kan.
    1402   4 Muluc.         1410  12 Muluc.
    1403   5 Hix.           1411  13 Hix.
    1404   6 Cauac.         1412   1 Cauac.
    1405   7 Kan.           1413   2 Kan.
    1406   8 Muluc.         1414   3 Muluc.
    1407   9 Hix.           1415   4 Hix.

6ᵉ AHAU KATUN.

    1416    5 Cauac.        1428   4 Cauac.
    1417    6 Kan.          1429   5 Kan.
    1418    7 Muluc.        1430   6 Muluc.
    1419    8 Hix.          1431   7 Hix.
    1420    9 Cauac.        1432   8 Cauac.
    1421   10 Kan.          1433   9 Kan.
    1422   11 Muluc.        1434  10 Muluc.
    1423   12 Hix.          1435  11 Hix.
    1424   13 Cauac.        1436  12 Cauac.
    1425    1 Kan.          1437  13 Kan.
    1426    2 Muluc.        1438   1 Muluc.
    1427    3 Hix.          1439   2 Hix.

Le point de départ fondamental sur lequel ils s’appuient pour faire
accorder les Ahau-Katun avec les années de l’ère chrétienne et compter
les périodes et les cycles qui se sont écoulés, afin d’ajuster les
années, citées par les Indiens dans leurs histoires, à celles de la même
ère, est l’année 1392. Cette année serait, au témoignage des manuscrits
cités plus haut, confirmée par celui de don Cosme de Burgos, l’un des
écrivains et des conquérants de cette péninsule, dont les mémoires sont
aujourd’hui perdus[29], celle précisément en laquelle tombait le 7
_Cauac_ et qui, en son second jour, donnait le 8 _Ahau_; de celle-ci,
comme de source, découlent celles qui précèdent et celles qui ont suivi
dans l’ordre numérique qu’elles gardent dans le tableau; comme avec ce
tableau concordent toutes les séries qui se trouvent dans les monuments
en question, il faudrait croire qu’elles sont incontestables[30].

«A la fin de chaque Ahau-Katun ou période de 24 ans, dit un manuscrit,
on célébrait de grandes fêtes en l’honneur du dieu qui en était le
protecteur, et on lui érigeait une statue avec des lettres et un
cartouche[31].»

L’usage de ce cycle était aussi important qu’avantageux: en effet,
lorsqu’ils référaient, dans leurs histoires, le 8 Ahau, à propos
de quelque événement qu’il fallait distinguer des autres, ils
l’établissaient comme une date distincte, dans l’intelligence qu’il
s’était écoulé une période de 312 ans, ce qui comprenait tout l’ensemble
du cycle. Il y avait différentes manières de citer le Katun, en signalant
le milieu ou la fin de la période, ou bien encore le nombre des années
écoulées, au moment de l’événement en question. La manière la plus exacte
était de désigner l’Ahau-Katun, les années passées, le nombre et le nom
de celui qu’on comptait, le mois, le jour et la semaine en laquelle
s’était vérifié le fait. C’est ainsi qu’on rapporte la mort par la peste
d’un certain _Ahpula_, qui arriva, à ce qu’ils disent, la 6ᵉ année du
13 _Ahau_, quand l’année du 4 _Kan_ se comptait à l’orient de la roue,
au 18 du mois _Zip_, 9ᵉ jour _Ymix_. Pour découvrir cette date, il faut
signaler l’année de l’ère vulgaire qui se rattache au 13 Ahau, la plus
rapprochée de la conquête, et, d’après ce qui se dit à la fin de cet
opuscule, ce fut en l’année 1488[32]. En prenant maintenant les six ans
qui doivent suivre, on trouve le 12 _Cauac_ avec lequel commença le 13
_Ahau_, en son second jour, l’an 1488.—Le 13 _Kan_ en 1489.—1 _Muluc_
en 1490.—2 _Hix_ en 1491.—3 _Cauac_ en 1492;—et 4 _Kan_ en 1493. Le 18ᵉ
jour du mois _Zip_ se trouvera de la même manière: le mois _Zip_ est le
troisième de l’année, et on en cherchera le commencement, suivant la
règle adoptée ici à propos du mois; l’année ayant commencé avec le 4
_Kan_, son second mois a dû commencer avec le 11 _Kan_, et le troisième
avec le 5 _Kan_ qui est la date cherchée. Les jours écoulés du premier du
mois au 18 sont les suivants:

MOIS ZIP.

     1. 5 Kan.
     2. 6 Chicchan.
     3. 7 Quimi.
     4. 8 Manik.
     5. 9 Lamat.
     6. 10 Muluc.
     7. 11 Oc.
     8. 12 Chuen.
     9. 13 Eb.
    10. 1 Been.
    11. 2 Hix.
    12. 3 Men.
    13. 4 Quib.
    14. 5 Caban.
    15. 6 Edznab.
    16. 7 Cauac.
    17. 8 Ahau.
    18. 9 Ymix.
    C’est le jour signalé dans la citation.

Maintenant le mois _Zip_ commence au 25 août; son dix-huitième jour doit
donc tomber au 11 septembre en comptant sept jours, du 25 au 31 août, et
onze qu’on prend à septembre. De cette manière, il reste démontré que
la date indienne concordait avec le 11 septembre de l’année 1493, aussi
exacte que si l’on avait fait usage de notre style moderne et pouvant
servir de moyen pour computer les autres qu’on viendrait à trouver.


§ X.—_Del origen de este Siglo._

Se ignora cual fué el origen y en que tiempo principió el uso de este
siglo, pues ni los mexicanos, ni los tultecos autores y correctores en
esta America del sistema cronologico para computar el tiempo, no se
sirvieron jamas del presente metodo, ni sus escritores tuvieron noticia
de su existencia: los pocos é incompletos manuscritos que existen en esta
península, tampoco lo indican: asi es que nada se puede averiguar y decir
ni aun por adivinanza: á no ser que en la obra que escribió D. Gaspar
Antonio Xiu, nieto del rey de Maní, por orden del gobierno de entónces,
y segun el padre Cogolludo existia en su tiempo y que aun existe, segun
afirman algunos, se diga sobre esto alguna cosa.

Solo el caballero Boturini parece que tuvo alguna noticia aunque
inexacta y desfigurada de este método de contar, por que en su obra ya
citada á hojas 122 dice que «cuando los indios cuentan por este numero
de _ce_ uno; v. g. _ce Tecpatl_, un pedernal, se entiende una vez cada
quatro cyclos, por que hablan entonces de los caracteres iniciales de
cada cyclo; y asi segun el artificio de sus ruedas pintadas, entra
_ce Tecpatl_, tan solamente una vez en los principios de los cuatro
cyclos, por que empezando el primer cyclo por el caracter ce _Tecpatl_,
el segundo cyclo empieza por _ce Calli_, el tercero por _ce Tochtli_, y
el cuarto por _ce Acatl_; por cuyo motivo puesto en la historia algun
carácter de estos iniciales, es fuerza que pasen cuatro cyclos indianos
de á 52 años cada uno que hacen 208 años, antes de poderse hallar en
adelante, por que de esta manera no se cuenta por los caracteres que
estan en el cuerpo de los cuatro cyclos, y aunque se encuentran en ellos
mismos caracteres _ce Tecpatl_, _ce Calli_, _ce Tochtli_, _ce Acatl_, no
hacen al caso.....»

Ciertamente este metodo es muy raro y confuso, por que como el siglo
lleva la misma denominacion que el año, no puede distinguirse cuando se
debe entender este ó aquel, lo que no tiene el gran siglo yucateco, por
que tiene la denominacion del 2º dia del año _Cauac_ en que comenzaba el
numéro de este dia y la añadidura de _Katun_ que indicaba ser epoca ó
periodo de años.

Veytia asegura que en ninguno de los monumentos antiguos que recogió, ha
hallado una explicacion semejante, ni cosa que le haga perceptible el
sistema que indica Boturini, y que ningun historiador indio lo usa ni
aun para señalar sus épocas mas notables. Aunque creo se debe contestar
á estas observaciones, visto el sistema que usaban los indios de esta
peninsula, que el Caballero Boturini habia indagado, como el mismo
asegura en otra parte, los calendarios que en la antiguedad usaron los de
Oaxaca, Chiapas y Soconusco, que parciendose en mucho á los yucatecos,
no es incongruente que tambien aquellos como estos contasen siglos
mayores que los mexicanos, y tomasen la idea, aunque inexacta y confusa
en la obra de Boturini, de los _Ahaues_ ó grandes siglos.

Se ha dicho que los calendarios de Chiapas y Soconusco son muy semejantes
ál yucateco; y esto se manifiesta comparando los dias del mes que segun
Boturini tenian, y los de esta peninsula.

    DIAS DEL MES    DIAS DEL MES
    CHIAPANECO.      YUCATECO.

     1. Votan.      1. Kan.
     2. Ghanan.     2. Chicchan.
     3. Abagh.      3. Cimi.
     4. Tox.        4. Manik.
     5. Moxic.      5. Lamat.
     6. Lambat.     6. Muluc.
     7. Muluc.      7. Oc.
     8. Elab.       8. Chuen.
     9. Batz.       9. Eb.
    10. Euob.      10. Ben.
    11. Ben.       11. Hix.
    12. Hix.       12. Men.
    13. Tziquin.   13. Cib.
    14. Chabin.    14. Caban.
    15. Chic.      15. Edznab.
    16. Chinax.    16. Cauac.
    17. Cahogh.    17. Ahau.
    18. Aghual.    18. Ymix.
    19. Mox.       19. Yk.
    20. Ygh.       20. Akbal.

No hay que ponderar sobre la semejanza de los dias del mes chiapaneco
con él de Yucatan, con solo una ojeada se halla. Todo esto y el dato de
que alguno, de los nombres de los dias yucatecos no tienen significacion
conocida ni mas ni menos que el chiapaneco inducen a creer que ambos
calendarios tuvieron un origen comun; solamente con la mutacion que los
sacerdotes, por sucesos particulares ú opiniones propias hicieron en
ellos, y el uso de nuestros peninsulares sancionó; dejando los otros por
costumbre, ó por que los era conocida su significacion que al presente se
ha olvidado.

Los indios de Yucatan tenian aun otra especie de siglo ó computo; pero
como no se ha podido hallar el método que guardaban para servirse de él
ni aun ejemplo alguno para suponerlo, se copiará unicamente lo que á la
letra dice el manuscrito.

«Habia otro número que llamaban _Ua Katun_ el que les servia como llave
para acertar y hallar los katunes, y segun el orden de sus movimientos
cae á los dos dias del _Uayeb haab_ y dá su vuelta al cabo de algunos
años: Katunes 13, 9, 5, 1, 10, 6, 2, 11, 7, 3, 12, 8, 4.»

Lo dicho solo indica que servia solo para hallar los Katunes ó
indiciones, comenzandose á contar aquellos números en el segundo dia
intercalar ó complementario. Ahora si solamente se busca el curso de
estos dias por los números señalados pasarán respectivamente cada diez
años, empezando por el 3º de la indiccion sumando todos juntos 130 años;
mas esto es muy vago y conjetural.

Tal es la breve descripcion de la antigua cronologia yucateca, trabajo
que emprendido hace algun tiempo, lo dediqué á mi amigo el señor
Stephens, quien lo imprimió en su obra sobre las ruinas de Yucatan. Mis
amigos los editores del _Registro Yucateco_ verán que si no he tiempo
para escribir algo nuevo, he sacudido el polvo de este cuaderno, por
si lo juzgan digno de ocupar un lugar en las columnas de su acreditado
periódico.


§ X.—_De l’origine de ce Cycle._

On ignore quelle fut l’origine de ce cycle et en quel temps il commença;
car ni les Mexicains, ni les Toltèques, auteurs et correcteurs du système
chronologique dans cette partie de l’Amérique, n’usèrent jamais de la
présente méthode et leurs écrivains n’en connurent pas l’existence. Les
manuscrits, si incomplets et en si petit nombre, que l’on trouve dans
cette péninsule, ne l’indiquent pas davantage[33]: on ne saurait en
vérifier ni en dire rien par conjecture; à moins que l’ouvrage écrit par
don Gaspar Xiu, petit-fils du roi de Mani, par ordre du gouvernement
d’alors et qui, suivant le père Cogolludo, existait de son temps et qui
existerait encore aujourd’hui, au dire de certaines personnes, ne relate
quelque chose à ce sujet.

Le chevalier Boturini est le seul qui paraisse avoir eu quelque idée,
bien qu’incomplète et défigurée, de ce système de computation; voir
à la page 122 de son ouvrage, déjà cité, où il dit que: «Lorsque les
Indiens comptent par ce nombre _Ce_, un; v. g.: _ce Tecpatl_, un silex,
on entend une fois à chaque quatre cycles, parce qu’ils parlent alors
des caractères initiaux de chaque cycle, et ainsi, suivant la façon
ingénieuse de leurs roues peintes, le _ce Tecpatl_ n’entre qu’une seule
fois dans les commencements des quatre cycles, parce que le premier
cycle, commençant par le caractère _ce Tecpatl_, le second cycle commence
par _ce Calli_, le troisième par _ce Tochtli_ et le quatrième _ce
Acatl_, d’où il résulte que, ayant mis dans l’histoire quelqu’un de ces
caractères initiaux, il est absolument nécessaire qu’il s’écoule quatre
cycles indiens de 52 ans chacun, ce qui fait 208 ans, avant de pouvoir
se trouver en avant, parce que de cette manière on ne compte pas par
les caractères qui sont dans le corps des quatre cycles, et quoiqu’on y
trouve les mêmes caractères _ce Tecpatl_, _ce Calli_, _ce Tochtli_, _ce
Acatl_, ils n’y viennent pas d’office...»

Ce système est certainement bien extraordinaire et bien confus, car
le cycle, portant la même dénomination que l’année, on ne saurait les
distinguer, lorsqu’il faudrait entendre celui-ci ou celui-là; c’est ce
qu’on ne voit pas dans le grand cycle yucatèque, ayant pour dénomination
le 2ᵉ jour de l’année _Cauac_, avec lequel il commençait, le chiffre de
ce jour et l’addition de _Katun_ qui indiquait que c’était une époque ou
période d’années.

Veytia assure qu’en aucun des monuments antiques qu’il avait réunis, il
ne trouva d’explication semblable, ni rien qui lui rendît perceptible
le système indiqué par Boturini; il ajoute qu’aucun historien indigène
n’en fit usage, pas même pour signaler ses époques les plus notables.
Bien qu’on puisse répondre à ces observations, vu le système usité par
les Indiens de cette péninsule, que le chevalier Boturini avait, ainsi
qu’il l’avance ailleurs, examiné les calendriers en usage anciennement
chez ceux d’Oaxaca, de Chiapas et de Soconusco, et si analogues à celui
des Yucatèques, il n’est pas impossible que ceux-là aient compté, comme
ceux-ci, des cycles plus grands que ceux des Mexicains et pris ainsi
l’idée des _Ahau_ ou grands cycles, bien qu’aujourd’hui elle apparaisse
confuse et incorrecte dans l’ouvrage de Boturini.

On vient de dire que les calendriers de Chiapas et de Soconusco étaient
fort analogues à ceux des Yucatèques; ceci devient manifeste, si l’on met
en comparaison les jours du mois, tels qu’ils sont donnés dans Boturini
avec ceux de cette péninsule.

    JOURS DU MOIS   JOURS DU MOIS
     CHIAPANÈQUE.     YUCATÈQUE.

     1. Votan.      1. Kan.
     2. Ghanan.     2. Chicchan.
     3. Abagh.      3. Quimi.
     4. Toh.        4. Manik.
     5. Moxic.      5. Lamat.
     6. Lambat.     6. Muluc.
     7. Muluc.      7. Oc.
     8. Elab.       8. Chuen.
     9. Batz.       9. Eb.
    10. Euob.      10. Ben.
    11. Ben.       11. Hix.
    12. Hix.       12. Men.
    13. Tziquin.   13. Quib.
    14. Chabin.    14. Caban.
    15. Chic.      15. Edznab.
    16. Chinax.    16. Cauac.
    17. Cahogh.    17. Ahau.
    18. Aghual.    18. Ymix.
    19. Mox.       19. Yk.
    20. Ygh.       20. Akbal.

Il est inutile de s’appesantir davantage sur la ressemblance des jours
des deux calendriers, et un simple coup d’œil suffit pour la trouver.
Tout cela joint à l’ignorance où l’on est sur la signification de
quelques-uns des noms, dans l’un comme dans l’autre calendrier, donne
bien à penser qu’ils eurent une origine commune, les différences qu’on
y voit ayant dû être introduites par les prêtres, pour quelque raison
particulière. Ces différences, nos péninsulaires les adoptèrent, sans
rien changer aux autres choses, soit parce qu’ils y étaient déjà
accoutumés, soit que leur signification, oubliée aujourd’hui, leur fût
connue alors.

Les Indiens du Yucatan avaient encore une autre espèce de cycle, mais
comme on n’a pas retrouvé la méthode usitée par eux, et qu’on ne peut
imaginer rien qui en puisse donner une idée, je me contenterai de copier
littéralement ce qui en est dit dans un manuscrit:

«Ils avaient un autre chiffre qu’ils appelaient _Ua Katun_, qui leur
servait comme de clef, pour ajuster et trouver les katun et suivant
l’ordre de ses mouvements, il tombe aux deux jours du _Uayeb haab_ et
retourne à la fin de quelques années: Katun 13, 9, 5, 1, 10, 6, 2, 11, 7,
3, 12, 8, 4.»

Ceci suffit pour indiquer que cette méthode ne servait qu’à trouver les
katun ou indictions, ces chiffres commençant à se compter au second jour
intercalaire. Si nous cherchons maintenant la course de ces jours par
les chiffres signalés, ils se présenteront respectivement tous les dix
ans, à commencer par le troisième de l’indiction et formant un ensemble
de 130 ans; mais tout ceci est fort vague et n’a autre fondement que des
conjectures.

Telle est la description abrégée de l’antique chronologie yucatèque,
travail entrepris il y a quelques années, et que je dédiai à mon ami
M. Stephens, qui l’imprima dans son ouvrage relatif aux ruines du
Yucatan[34]. Mes amis, les éditeurs du _Registro Yucateco_, verront que
si je n’ai pas eu le temps d’écrire quelque chose de neuf, j’ai secoué au
moins la poussière de ce cahier, pour le cas où ils jugeraient opportun
de lui donner place dans les colonnes de leur estimable revue[35].


NOTES

[1] Il serait difficile de décider la question de savoir si le chiffre
13 était sacré avant l’invention des combinaisons du calendrier, ou si
ce furent ces combinaisons qui y donnèrent lieu. On sait, du reste, par
le _Manuscrit Cakchiquel_, que le nombre treize est celui des premiers
hommes qui furent créés sous le nom de _Chay-Abah_, pour la défense de
Tullan, c’est-à-dire des treize premiers chefs de la noblesse guerrière,
destinée à soutenir les dieux et le sacerdoce. (Voir la note au chapitre
précédent de Lizana.) «La cause de cette prédilection, d’après Signenza,
c’est que ce chiffre était le nombre des grands dieux.» (Clavigero,
_Hist. antig. de Mexico_, tom. II, lib. VI.)

[2] De _chumuc_, moitié, milieu, et _kin_, soleil, jour, exactement midi.

[3] Gama remarque, à propos du calendrier mexicain, que, outre ces
subdivisions, le jour civil se divisait encore en seize parties diverses,
chacune ayant son nom particulier, huit pour le jour et huit pour la
nuit. Elles commençaient au lever du soleil comme chez la plupart des
peuples de l’Asie. Les quatre premières, de ce moment à midi, étaient
signalées par un gnomon, sur le cadran solaire, et les quatre suivantes
par un autre gnomon finissaient au soir. Ces heures étaient surtout à
l’usage des prêtres. Les heures de la nuit se réglaient sur les étoiles;
mais, en outre, les prêtres chargés de veiller au sommet des temples,
annonçaient, par le bruit d’un instrument, les heures des sacrifices qui
se répétaient plusieurs fois durant la nuit.

[4] Ce partage de cinq en cinq réglait aussi l’ordre des marchés,
qui avaient lieu tous les cinq jours et qu’on appelait _tianquix_ ou
_tianquixtli_, en langue mexicaine, et _kinic_ en maya.

[5] _Kan_ veut dire aussi jaune; le mot corde se rendrait plutôt par
_Káan_, suivant Ruz. _Kan_ aurait pu avoir été écrit autrefois _Can_, et
alors il s’agirait du serpent qui se présente si fréquemment dans les
mythes et symboles de ces contrées.

[6] L’auteur du calendrier n’observe pas ici l’orthographe de son pays;
au lieu de _qimi_ ou _quimi_, il faudait _cimi_, le c maya, ainsi que
nous l’avons dit plus haut, étant également dur devant toutes les
voyelles.

[7] _Chuen_ me paraît être une corruption de _Chouen_, appelé
_Hun-Choven_ dans le _Livre sacré_, le frère de _Batz_ ou _Hunbatz_,
qui occupe dans le calendrier quiché la même place que _Chuen_ dans le
yucatèque; comme on sait, l’un et l’autre furent changés en singes par
leurs frères, qui les avaient fait monter au haut d’un arbre, le même
probablement dont il est fait mention ici sous le nom de _Chuen-ché_ ou
arbre de Chuen.

[8] Au dire de Nuñez de la Vega, les vingt noms des jours du calendrier
seraient ceux de vingt personnages, ancêtres de la race de ces contrées,
et _Been_ serait un prince qui aurait laissé son nom écrit sur le
monolithe, appelé la _Piedra parada_ (la pierre debout) _de Comitan_.
Cette ville se trouve sur le chemin de Ciudad-Real de Chiapas à la
frontière guatémalienne, et l’on voit dans ses environs des ruines
considérables.

[9] _Hix_, se trouve avec l’orthographe _iiz_ ou _itz_ dans le calendrier
quiché où il signifie le sorcier et la sorcellerie.

[10] L’orthographe de ce nom doit être _Eznab_ ou _Eɔanab_.

[11] _Ymix_, écrit _Imox_ dans le calendrier quiché et celui de Chiapas,
est représenté sous l’image d’un monstre marin d’une forme particulière;
c’est le _Cipactli_ du calendrier mexicain, donné par Nuñez de la Vega,
comme le premier père de la race de ces contrées. (_Constitut. Diœces.
del obispado de Chiappas_, in præamb. § XXX.)

[12] _Ik_ est le souffle ou le vent, un des symboles de Kukulcan ou
Quetzalcohuatl.

[13] _Akbal_, mot vieilli qu’on retrouve dans la langue quichée avec le
sens de marmite, vase, peut-être le même que le mot _con_ ou _comitl_ du
mexicain, le vase mystérieux, faisant allusion au sexe de la femme, et
qui joue un si grand rôle dans les mythes primitifs de l’Amérique.

[14] _Uinal_, signifiant un ensemble de _vingt_ jours, paraît avoir la
même origine que _uinic_, homme, _vinak_ en langue quichée où ce mot a
aussi le sens de vingt, parce qu’on était homme à vingt ans. Sa racine
_vin_ dans le quiché signifie acquérir, gagner, augmenter, croître, et
_vinak_ est un ancien participe qui dit, arrivé à sa croissance, d’où le
mot homme. Ce mot a de l’analogie avec _viginti_, vingt, et _win_, en
anglais acquérir, gagner.

[15] Afin de reconnaître quel est le chiffre correspondant avec le
premier, il n’y a qu’à chercher le chiffre de la semaine avec lequel
commence l’année et à ajouter successivement sept; mais, en faisant
soustraction de treize, chaque fois que la somme de cette addition excède
treize, ce qui donna les séries suivantes pour le premier jour de chacun
des dix-huit mois 1, 8, 2 (15-13), 6, 3 (16-13), 10, 4, 11, 5, 12, 6,
13, 7, 1, 8, 2, 9, 3; en supposant, bien entendu, que le premier jour de
l’année soit le premier de la semaine, et, généralement, en prenant pour
premier chiffre des séries le chiffre de la semaine par laquelle l’année
commence. (Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_, vol. I, appendix,
p. 436.)

[16] _Zip_ paraît aussi signifier faute, erreur.

[17] _Zeec_, d’après Ruz, aurait le sens de discours, discourir.

[18] _ɔe-yaxkin_, ces deux mots ainsi réunis, dit l’auteur, ne signifient
rien; cependant _ɔe_ pourrait venir de _ɔec_, fondation, principe,
d’autant plus que _yaxkin_ ou _yax-kin_, soleil, verd nouveau, signifie
l’été, ce qui reviendrait à dire le commencement de l’été; ce qui est
d’autant plus exact que c’est le commencement de la saison sèche, appelée
l’été dans ces contrées.

[19] Peut-être aussi parce que la campagne, à cette époque, de verte est
devenue stérile, l’herbe jaunie et desséchée par les ardeurs du soleil.

[20] En examinant avec attention le signe qui représente le mois _moan_,
on trouve que la partie principale est une tête d’oiseau, laquelle dans
le manuscrit mexicain (dialecte maya) de la Bibliothèque impériale paraît
être une tête d’ara; or l’ara se dit en maya _mó_ ou _móo_.

[21] _Páx_ ou _páax_ signifie aussi rompre, briser.

[22] Ce nom s’applique parfaitement à un mois où les orages sont
fréquents et où la foudre gronde avec tant de fracas; l’orage, l’ouragan
étaient personnifiés dans les mythes antiques de ces contrées, c’étaient
comme des manifestations de la divinité.

[23] Ce nom ferait-il allusion au temps dit de la nuit et des ténèbres
qui précéda la civilisation nahuatl, dont il est si souvent question dans
les traditions antiques?

[24] Ces jours s’appelaient aussi _u tuz kin_, _u lobol kin_, ce qui
signifie jours mensongers, jours mauvais. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_,
lib. IV, cap. 5.)

[25] Voir Landa, §.

[26] [Illustration]

Le _Codex mexicain Letellier_ de la Bibliothèque impériale, que j’ai en
ce moment sous les yeux, paraît destiné à résoudre cette question, si
controversée depuis la conquête du Mexique. Les sept premiers folios de
ce document, étant la suite d’un calendrier incomplet, représentent les
douze derniers mois mexicains, terminant ici avec le mois de février,
en sorte que, suivant l’auteur anonyme du Codex, le 6 mars serait le
premier jour de l’année, laissant les cinq premiers jours de ce mois pour
épagomènes, comme ils sont marqués ici. Or, l’année en laquelle écrivait
l’anonyme était précisément une année bissextile; car il fait commencer
les jours supplémentaires à un 29 février. «A XXIX de febrero, dit-il,
los V dias muertos que no avia sacrificios.» Mais ce qui jette le plus
de jour ici sur cette question, c’est que les jours supplémentaires sont
désignés par des signes de couleur rouge et blanche, dans un quadrilatère
au fond noir, lequel est surmonté d’un sixième signe semblable, en
dehors du quadrilatère, et qui ne peut être que le jour restant, le 29
février, qui a tant embarrassé les savants, lequel est ajouté ici aux
intercalaires, comme l’avait pensé Veytia. Ainsi qu’on peut le voir
à la gravure ci-jointe, et que nous reproduisons d’après le _Codex
Letellier_, le jour bissextile se représentait par un signe semblable aux
supplémentaires; mais comme on ne pouvait le compter parmi ceux-ci d’une
manière absolue, afin de ne pas déranger l’harmonie des jours et des
années, on le plaçait en dehors du cadre; il avait ainsi sa place dans
l’ordre chronologique et il s’écoulait avec les supplémentaires, sans
qu’on lui donnât probablement aucune autre désignation. Il est à croire
que les Mayas avaient quelque chose d’analogue.

[27] L’auteur de ce petit ouvrage donne d’excellentes raisons pour
démontrer que l’_Ahau-Katun_ était formé de périodes de 24 ans; mais
en citant _les manuscrits qui tous le déclarent_, il n’en nomme aucun,
et un peu plus loin il dit que ces manuscrits sont en petit nombre et
incomplets, et qu’ils ne disent rien de l’origine de ce cycle. Notre
auteur a-t-il bien compris ces manuscrits? Ajoutons que Landa et
Cogolludo, sans compter même les faits consignés dans l’abrégé d’histoire
chronologique, en langue maya, que Pio Perez invoque, paraissent prouver
tout à fait le contraire. Voir ce que dit Landa § XLI, p. 315. Voici ce
que dit Cogolludo: «Ils comptaient leurs ères et âges qu’ils mettaient
dans leurs livres de 20 en 20 ans et par lustres de 4 en 4. Ils fixaient
la première année à l’orient, lui donnant le nom de _Cuch-haab_, le
second au couchant et l’appelaient _Hiix_, le troisième au sud, nommé
_Cauac_, et le quatrième _Muluc_ au nord. Ces lustres arrivant à cinq,
faisaient _vingt_ ans, ce qu’ils appelaient un _Katun_, et ils plaçaient
une pierre sculptée sur une autre pierre également sculptée, fixée avec
de la chaux et du sable dans les murs des temples, etc.» (_Hist. de
Yucatan_, lib. IV, cap. 5.)

[28] Il est certain qu’à prendre ces chiffres pour guides, les périodes
en question devraient être de 24 ans; mais ces chiffres, tout en
s’accordant avec les séries de 24 en 24 ans, peuvent avoir une origine
différente de celle que s’imagine l’auteur et faire partie d’une
combinaison distincte, tout en servant à indiquer les _Ahau-Katun_. Ces
calculs de l’auteur, comme on le voit, laissent beaucoup à désirer.

[29] L’auteur oublie complétement ment de nous dire quels sont ces
manuscrits, et quant à ceux de don Cosme de Burgos qui vieudraient
à l’appui de son système, s’ils sont perdus, comment les a-t-il pu
connaître?

[30] Il est fort à regretter que tout cela ne soit pas mieux prouvé; car
des faits rapportés par le manuscrit chronologique cité à l’appui de ces
assertions, on est forcé de conclure, au contraire, que l’auteur anonyme
de ce document donne à chaque période ou katun un nombre de vingt ans et
non de vingt-quatre, ce que fait également Landa.

[31] Rien ne nous assure que ces périodes soient les périodes
historiques; s’il y a eu des périodes de 24 en 24 ans, la citation
actuelle donnerait plutôt à croire que ces chiffres s’appliquent à des
périodes sacrées, non historiques ni civiles.

[32] C’est ici surtout que l’auteur se montre en contradiction avec
lui-même. Le manuscrit chronologique auquel il réfère, donné par lui à M.
Stephens et inséré dans le tome second de l’ouvrage _Incidents of travel
in Yucatan_, porte, dans la traduction comme dans le texte maya, la date
de 1536, et non de 1488. Or, nous avons dans Landa que le 13 Ahau, auquel
cette année correspond, terminait précisément au 15 juillet 1541, le 11
Ahau, qui est le suivant, commençant avec le 16 juillet de la même année,
pour finir, d’après cet écrivain, au 15 juillet 1561, juste vingt ans
après. Ceci, non moins que les contradictions où tombe Pio Perez, dans
la note explicative donnée par lui à la suite du manuscrit maya, dans
laquelle il fait arriver les Espagnols au Yucatan avant l’année 1488,
achève de discréditer son opinion au sujet de l’Ahau-Katun. Nous n’avons,
néanmoins, pas voulu omettre l’article qu’il consacre à la période de
24 ans, son erreur même pouvant être utile plus tard pour découvrir
l’origine des chiffres de 24 en 24 qui y ont donné lieu.

[33] Il semble que l’auteur dans ces dernières lignes prenne lui-même
à tâche de détruire tout son système des katuns de 24 ans, bâti, sans
aucun doute, sur les chiffres cités plus haut de 24 en 24, mais qui
probablement s’expliqueront plus tard d’une autre manière.

[34] Ces pages de don Juan Pio Perez sont traduites, mais avec quelques
variantes, dans l’ouvrage de Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_,
vol. Iᵉʳ, appendix.

[35] Tel qu’il est ici, l’opuscule fut rédigé pour une revue, publiée au
Yucatan, sous le titre de _Registro Yucateco_.



LELO LAI U TZOLAN KATUNIL TI MAYAB.

SÉRIE DES ÉPOQUES DE L’HISTOIRE MAYA.


    Ahau.    An de l’ère chrétienne.

    VIII     401
    VI       421
    IV       441
    II       461

Lai u tzolan katun lukci ti cab ti yotoch Nonoual cánte anilo Tutul Xiu
ti chikin Zuiná, u luumil u talelob Tulapan chiconahthan.

  C’est ici la série des époques écoulées depuis que s’enfuirent
  les quatre Tutul Xiu de la maison de Nonoual[1], étant à l’ouest
  de Zuinà, et vinrent de la terre de Tulapan[2].

    XIII     481
    XI       501
    IX       521
    VII      541
    V        561
    III      581
    I        601
    XII      621
    X        641
    VIII     661

Cánte bin ti katun lic u ximbalob ca uliob uaye yetel Holon-Chan-Tepeuh
yetel u cuchulob: ca hokiob ti petene Uaxac Ahau bin yen cuchi, Uac Ahau,
Can Ahau, Cabil Ahau, can-kal haab ca-tac hunppel haab. Tumen hun piztun
Oxlahun Ahau cuchie ca uliob uay ti petene, can-kal haab ca-tac hunppel
haab tu pakteil yete cu xinbalob lukci tu luumilob ca talob uay ti petene
Chacnouitan lae.

  Quatre époques s’écoulèrent depuis qu’ils se mirent en marche
  avant d’arriver par ici avec Holon-Chan-Tepeuh[3] et ses
  compagnons: avant d’atteindre cette péninsule[4], le Huit Ahau
  s’était passé, le Six Ahau, le Quatre Ahau, le Deux Ahau,
  quatre-vingt et un ans[5]. Car le premier point de la pierre
  du Treize Ahau[6] s’écoula avant qu’ils arrivassent à cette
  péninsule, quatre-vingt et un ans qu’ils tardèrent dans leur
  marche, depuis le départ de leur terre jusqu’à cette péninsule de
  Chacnouitan (an 482).

    VI       681

Uaxac Ahau, Uac Ahau, Cabil Ahau.

  Huit Ahau, Six Ahau[7], Deux Ahau.

    IV       701
    II       721
    XIII     741
    XI       761
    IX       781

Kuchci Chacnouitan Ahmekat Tutul Xiu; hunppel haab minan ti ho-kal
haab cuchi yanob Chacnouitan lae. Laitun uchci u chicpahal tzucuble
Ziyan-Caan, lae Bakhalal.

  Ahmekat Tutul Xin arrive en Chacnouitan[8]; un an manquait aux
  cent ans[9] qu’ils avaient été en Chacnouitan (c’est-à-dire à
  l’an 581). En ce temps-là eut lieu la conquête de la province de
  Ziyan-Caan, qui est celle de Bakhalal[10].

    VII      801
    V        821
    III      841
    I        861
    XII      881

Can Ahau, Cabil Ahau, Oxlahun Ahau, ox-kal haab cu tepalob Ziyan-Caan, ca
emob uay lae. Lai u haabil cu tepalob Bakhalal, chuulte laitun chicpahi
Chichen-Ytza lae.

  Quatre Ahau[11], Deux Ahau, Treize Ahau, soixante ans qu’ils
  gouvernèrent en Ziyan-Caan, depuis qu’ils y étaient descendus (de
  l’an 701 à l’an 761). C’est en ces années, durant lesquelles ils
  gouvernèrent à Bakhalal, que l’on marque le temps de la conquête
  de Chichen-Ytza[12].

    X        901
    VIII     921

Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau, Ho Ahau, Ox Ahau, Hun Ahau.

  Onze Ahau, Neuf Ahau, Sept Ahau, Cinq Ahau, Trois Ahau, Un
  Ahau[13].

    VI       941
    IV       961
    II       981
    XIII    1001
    XI      1021
    IX      1041

Uac-kal haab cu tepalob Chichen-Ytza, ca paxi Chichen-Ytza, ca binob
cahtal Chanputun ti yanhi u yoto-chob Ah-Ytzaob, kuyen uincob lae. Uac
Ahau chucuc u luumil Chanputun.

  Depuis six vingt ans ils dominaient à Chichen-Ytza, lorsque
  Chichen-Ytza fut ruiné (de l’an 761 à l’an 881). Alors
  ils allèrent à Chanputun[14], où les Ytzas, hommes saints
  (sacrificateurs?), avaient eu des demeures[15]. Au Six Ahau, ils
  prennent possession du territoire de Champoton (de l’an 941 à
  l’an 961)[16].

    VII     1061
    V       1081
    III     1101
    I       1121
    XII     1141
    X       1161
    VIII    1181
    VI      1201
    IV      1221
    II      1241
    XIII    1261
    XI      1281

Can Ahau, Cabil Ahau, Oxlahun Ahau, Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau,
Ho Ahau, Ox Ahau, Hun Ahau, Lahca Ahau, Lahun Ahau. Uaxac Ahau, paxci
Chanputun; ox’ahun-kal haab cu tepalob tumenel Ytza uincob, ca talob u
tzacle u yotochob tu caten, laixtun u katunil binciob Ah-Ytzaob yalan
che, yalan aban, yalan ak ti numyaob lae. Uac Ahau, Can Ahau, ca-kal haab
ca talob u heɔob yotoch tu caten ca tu zatahob Chakanputun.

  Quatre Ahau, Deux Ahau, Treize Ahau, Onze Ahau, Neuf Ahau, Sept
  Ahau, Cinq Ahau, Trois Ahau, Un Ahau, Douze Ahau, Dix Ahau.
  Au Huit Ahau, Chanputun fut ruiné[17], deux cent soixante ans
  depuis que les hommes d’Ytza régnaient à Chanputun (de l’an 681
  à l’an 941), après quoi ils sortirent de nouveau à chercher
  des demeures, et alors, durant plusieurs époques, les Ytzas
  errèrent, couchant dans les bois, entre les rochers et les herbes
  sauvages, souffrant de grandes privations[18]. Six Ahau, Quatre
  Ahau, soit quarante ans (de l’an 941 à l’an 981), après quoi ils
  eurent de nouveau des demeures fixes, depuis qu’ils avaient perdu
  Chanputun[19].

    IX      1301
    VII     1321
    V       1341
    III     1361
    I       1381
    XII     1401
    X       1421

Lai u katunil Cabil Ahau u heɔci cab Ahcuitok Tutul Xiu Uxmal. Cabil
Ahau, Oxlahun Ahau, Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau, Ho Ahau, Ox Ahau,
Hun Ahau, Lahca Ahau, Lahun Ahau, lahun-kal haab cu tepalob yetel u
halach uinicil Chichen-Ytza yetel Mayalpan.

  C’est à l’époque Deux Ahau, qu’Ahcuitok Tutul-Xiu s’affermit à
  Uxmal (de l’an 981 à l’an 1001). Deux Ahau, Treize Ahau, Onze
  Ahau, Neuf Ahau, Sept Ahau, Cinq Ahau, Trois Ahau, Un Ahau,
  Douze Ahau, Dix Ahau; deux cents ans qu’ils régnèrent avec les
  puissants seigneurs de Chichen-Ytza et de Mayapan (de l’an 981 à
  l’an 1181)[20].

    VIII    1441
    VI      1461
    IV      1481
    II      1501
    XIII    1521
    XI      1541
    IX      1561

Lai u katunil Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau. Uaxac Ahau, paxci u
halach uinicil Chichen-Ytza, tumenel u kebanthan Hunac-Eel u halach
uinicil Mayalpan ichpac. Can-kal haab ca-tac lahun piz haab tu lahun
tun Uaxac Ahau cuchie, lai u haabil paxci tumenel Ahtzin-Teyut-Chan,
yetel Tzuntecum, yetel Taxcal, yetel Pantemit Xuchu-Cuet, yetel Ytzcuat,
yetel Kakaltecat, lay u kaba uinicilob lae nuctulob ah Mayapanob lae.
Laili u katunil Uaxac Ahau, lai ca binob u pá ah-Ulmil Ahau, tumenel u
uahal-uahob yetel ah-Ytzmal Ulil Ahau; lae oxlahun uuɔ u katunilob ca
paxob tumen Hunac-Eel tumenel u ɔabal u naátob. Uac Ahau ca ɔoci, hun-kal
haab ca-tac can lahun pizi.

  Voici les époques de Onze Ahau, Neuf Ahau, Sept Ahau[21]. Au
  Huit Ahau, les puissants seigneurs de Chichen-Ytza furent ruinés
  pour avoir péché en paroles contre Hunac Eel, ce qui arriva à
  Chac-Xib-Chac de Chichen-Ytza, qui avait péché en paroles contre
  Hunac Eel, le puissant seigneur de la forteresse de Mayapan[22].
  Quatre-vingts années et dix points à la dixième pierre du Huit
  Ahau s’étaient écoulés, et c’est là l’année (an 1191) où il fut
  vaincu par Ah-Tzinteyut-Chan, avec Tzuntecum, avec Taxcal, avec
  Pantemit Xuchu-Cuet, avec Itzcuat, avec Kakaltecat, et ce sont
  là les noms des seigneurs marquants de Mayapan[23]. C’est dans
  la même période du Huit Ahau (de l’an 1181 à l’an 1201) qu’ils
  allèrent attaquer le roi Ulmil, à cause de ses grands festins
  avec Ulil, roi d’Ytzmal[24]; ils avaient treize divisions de
  troupes, lorsqu’ils furent défaits par Hunac-Eel, par celui qui
  donne l’intelligence[25]. Au Six Ahau, c’en était fait, après
  trente-quatre ans (entre l’an 1201 et l’an 1221)[26].

Uac Ahau, Can Ahau, Cabil Ahau, Oxlahun Ahau, Buluc Ahau. Chucuc u luumil
ichpáa Mayalpan, tumenel u pach tulum, tumenel multepal ich cah Mayalpan,
tumenel Ytza uinicob yetel ah-Ulmil Ahau lae.

  Six Ahau, Quatre Ahau, Deux Ahau, Treize Ahau, Onze Ahau.
  Envahissement par les gens d’Ytza avec leur roi Ulmil[27] du
  territoire de la forteresse de Mayapan (de l’an 1201 à l’an
  1221), à cause des fortifications du pays et parce qu’un
  gouvernement républicain dirigeait Mayapan.

Can-kal ca-tac oxppel haab, yocol Buluc Ahau cuchie paxci Mayalpan
tumenel ah-Uitzil ɔul, Tancah Mayalpan.

  Quatre-vingt-trois ans (se passent), et au commencement du
  Onze Ahau (de l’an 1281 à l’an 1301) Mayapan fut ruiné par
  les montagnards[28], qui se rendirent maîtres de Tancah de
  Mayapan[29].

Uaxac Ahau lay paxci Mayalpan lai u katunil Uac Ahau, Can Ahau, Cabil
Ahau, lai haab ca yax mani _Españoles_ u yaxilci caa luumi _Yucatan_
tzucubte lae, oxkal haab pâxac ichpa cuchie.

  C’est au Huitième Ahau que Mayapan fut ruiné[30]. Ce sont les
  époques du Six Ahau, du Quatre Ahau, du Deux Ahau, qui sont les
  années où arrivèrent pour la première fois les Espagnols[31], qui
  donnèrent depuis le nom de Yucatan à cette province. Soixante
  ans s’étaient écoulés depuis la ruine de la forteresse (an
  1511-1517).

Oxlahun Ahau, Buluc Ahau, uchci maya-cimil ichpa yetel nohkakil: Oxlahun
Ahau cimci Ahpulá uacppel haab u binel ma ɔococ u xocol Oxlahun Ahau
cuchie, ti yanil u xocol haab ti likin cuchie, canil Kan cumlahi Pop, tu
holhun Zip ca-tac oxppeli, Bolon Ymix u kinil lai cimi Ahpulá; laitun
_año_ cu ximbal cuchi lae ca oheltabac lay u xoc _numeroil años_ lae 1536
años cuchie, ox-kal haab paaxac ichpá cuchi lae.

  Au Treize Ahau, au Onze Ahau, il y eut de la peste avec de la
  petite vérole dans les châteaux[32]: au Treize Ahau, Ahpulá
  mourut[33], six ans manquant pour que le compte du Treize Ahau
  s’écoulât; le compte de l’année suivant à l’est et le Quatre Can
  commençant (le mois) Pop, ce fut au troisième mois Zip et au
  neuvième jour Ymix que mourut Ahpulá. Or, voici l’année où cela
  s’était passé, afin que son nombre correspondant soit connu:
  l’année 1536[34], soixante ans après que la destruction de la
  forteresse avait eu lieu[35].

Laili ma ɔococ u xocol Buluc Ahau lae lai ulci españoles kul uincob ti
likin u talob ca uliob uay tac luumil lae Bolon Ahau hoppel _Cristianoil_
uchci caputzihil: laili ichil u katunil lae ulci yax obispo Toroba u kaba.

  Mais, avant que se fût terminé le compte du Onze Ahau, arrivèrent
  les Espagnols, et des hommes saints[36] vinrent avec eux
  quand ils touchèrent cette terre. Au Neuf Ahau, commença le
  christianisme et l’avénement du baptême: c’est durant cette
  période qu’arriva le nouvel évêque, dont le nom est Toral.[37]


NOTES

[1] Les Tutul Xiu, dont il est parlé dans toutes les histoires du
Yucatan, sont évidemment les chefs d’une maison de la race nahuatl,
établie dans le royaume de _Tulan_ ou _Tulhá_, dont le siége parait avoir
existé dans la vallée d’Ococingo, au nord-est de Ciudad-Real de Chiapas
(San Cristobal). Cette maison portait apparemment le nom de _Nonoual_
qu’on lui donne ici, d’où viendrait peut-être celui de _Nonohualco_ ou
_Onohualco_, comme le dit mal-à-propos Clavigero, et que les Mexicains
donnaient à la côte yucatèque, située entre Xicalanco et Champoton.
_Nonoual_ ne serait-il pas une altération de _Nanaual_ ou _Nanahuatl_ qui
joue un si grand rôle dans les traditions antiques?

[2] Stephens, d’après Pio Perez dit _Zuiná_ que je laisse ici; cependant,
il se pourrait que ce fût une erreur du copiste ou d’impression, au lieu
de _Zuiva_ qu’on trouve fréquemment dans le _Livre sacré_ des Quichés
et dans le _Manuscrit Cakchiquel_, uni à celui de _Tulan_, identique
avec _Tulapan_ dont il est question ici et qui indiquait la capitale du
royaume de _Tula_, comme _Mayapan_ indique la capitale du _Maya_.

[3] _Holon_ est un mot qui appartient également à la langue maya, au
tzendal et à ses dialectes; il signifie ce qui domine, ce qui est
au-dessus et peut se prendre ici comme un titre et comme un nom. _Chan_
appartient au nahuatl et au tzendal, mais dans deux sens fort distincts;
dans la première langue il signifie maison, demeure; dans la seconde
serpent, qui en maya se dit can. _Tepeuh_ est nahuatl, il signifie mot à
mot le maître, le chef de la montagne; c’est un titre souverain dans le
quiché.

[4] Le mot maya est _peten_ qu’on traduit par île, mais que les Mayas
appliquaient en général à toutes les terres environnées d’eau, en partie,
car ils savaient fort bien que leur pays était une péninsule.

[5] Il y a plusieurs manières de calculer ces époques. Landa, Cogolludo
et les auteurs anciens, corroborés par les preuves historiques et
chronologiques qu’ils apportent, ne leur donnent que vingt ans. Je crois
qu’ils sont dans le vrai, et c’est d’après leur sentiment que j’ai réglé
ce document chronologique, en plaçant les chiffres des _Katun_ à côté
du texte maya, et celui des années correspondantes de l’ère chrétienne
vulgaire au français. En note, ainsi que Pio Perez l’avait fait lui-même
en le donnant à Stephens, je mets les années correspondantes, d’après
lui, aux _Katun_ et dans le calcul desquels il me semble qu’il s’est
glissé quelques erreurs, en outre de sa manière de voir, en leur
assignant 24 ans au lieu de 20: le lecteur pourra aisément les vérifier
lui-même. Suivant Pio Perez, les années écoulées durant le voyage des
Tutul Xiu sont de l’an 144 à l’an 217.—Celle que nous trouvons en
calculant les _Katun_ à 20 ans chaque, s’accorde davantage avec l’époque
assignée par Ixtlilxochitl à la défaite des Toltèques, et leur émigration
de leur capitale à la fin du IVᵉ siècle.

[6] _Piz-tun_, pierre mesurée, dit le texte, c’est-à-dire la marque qui
signalait chaque année du _Katun_.

[7] L’auteur anonyme de ce document ou le copiste passe ici le IV Ahau,
comme il a passé les huit Ahaus précédents et comme il en passe d’autres
plus loin; ce qui cause parfois une certaine confusion: aussi est-ce pour
cela que j’ai placé les chiffres des Ahaus en colonne à côté du texte
maya, suivant l’ordre de la série.

[8] _Chacnouitan_ parait avoir été le nom antique de la partie du Yucatan
qui s’étendait entre le royaume d’Acallan, au sud-est de la lagune de
Terminos, et le pays voisin de Bacalar, au sud-est de la péninsule.

[9] Les faits historiques sont souvent placés dans ce document à la suite
d’une série d’Ahaus, dont les années sont postérieures à celles de ces
faits même. C’est ce que le contexte fait comprendre encore ici.—Pio
Perez marque ici l’époque d’Amekat Tutul-Xiu, de l’an 218 à l’an 360.

[10] _Ziyan-Caan_, littéralement limite ou commencement du ciel; cette
province s’appelait de _Chectemal_ au temps de la conquête. _Bak-halal_,
c’est-à-dire enceinte de bambous, nom qui devait convenir à cette ville,
située probablement au bord de la lagune près de laquelle fut bâtie
depuis Salamanca de Bacalar.

[11] Le IV Ahau passé sous silence un peu plus haut, paraît ici avec ceux
qui le suivent.

[12] Pio Perez marque ici les années écoulées entre la conquête de
Bacalar et celle de Chichen-Itza, de l’an 360 à l’an 432. Les Tutul-Xius
auraient-ils succédé à Chichen, aux Itzas qui lui donnèrent leur nom
et dont les deux princes furent assassinés après le départ ou la mort
de celui qui était le chef des trois? c’est ce que ce document laisse
entrevoir. On voit ici que les adhérents de ces princes s’étaient retirés
à Champoton à la suite de cet événement, ce que Landa omet de faire
connaître; mais il nous parle de Kukulcan qui serait arrivé dans cette
ville après les Itzas et qui aurait calmé les troubles. La présence
de Kukulcan, symbole, dieu ou chef d’une secte nahuatl, rattacherait
l’introduction de sa religion à l’arrivée des Tutul Xius. Conf. la
_Relation_ de Landa, plus haut, pages 32 et 34.

[13] Suivant Pio Perez de l’an 432 à l’an 576.

[14] On ne voit pas par quelle suite d’événements les Tutul-Xius, après
avoir été maîtres de Chichen-Itza durant cent vingt ans, auraient été
forcés de quitter cette ville, à moins que la religion, dont les Itzas
étaient les représentants, n’ait alors repris le dessus.

[15] La comparaison de ce document avec les faits rapportés par Landa,
donnerait à penser que cet écrivain reçut d’un membre de la famille des
Tutul Xius la plus grande partie de ses renseignements, tandis que le
document conservé par Pio Perez paraîtrait avoir une origine itza.

[16] On ne voit pas ce que deviennent les Tutul Xius entre le XII et
le VI Ahau: il est probable, toutefois, que c’est l’époque où ils
cherchèrent à se concilier les princes et le peuple de Mayapan, ainsi
que le raconte Landa, p. 41 et suiv.; c’est alors qu’ils commencèrent
à se fortifier dans la montagne entre Mani, Uxmal et Maxcanú, d’où ils
parvinrent sans doute à s’étendre ensuite jusqu’à Champoton, lors de la
révolution qui renversa le trône des Cocomes à Mayapan.

[17] Pio Perez place ces époques entre les années 576 et 888. Mais ne
commettrait-il pas une erreur dans son commentaire en mettant en scène
les Tutul Xius? Il semble bien, d’après le texte maya, qu’il s’agit ici
des Itzas, chassés par eux de Champoton, où ils avaient eu leurs demeures
depuis qu’ils avaient dù abandonner Chichen, en 681, devant les progrès
des Tutul Xius.

[18] Pio Perez omet de traduire ici le détail des souffrances des Itzas
durant leur vie nomade dans les déserts. Les années correspondantes à ces
époques sont, d’après lui, de l’an 888 à l’an 936.

[19] Où les Itzas trouvèrent-ils alors des demeures fixes? c’est ce que
le texte ne dit pas; mais il laisse entrevoir qu’ils retournèrent alors à
Chichen et qu’ils y raffermirent leur puissance. Quant au mot _Chanputun_
ou Champoton, on le trouve ici orthographié d’une manière tout à fait
différente dans le texte maya; il y a _Chakanputun_. Serait-ce le nom
original?

[20] On reconnaît ici le système fédéral des Toltèques et l’influence
manifeste des institutions de cette race, représentée par des Tutul Xius;
il y a trois États, associés par un pacte politique, celui d’Uxmal qui a
pour chefs les Tutul Xius, celui de Chichen-Itza gouverné par les Ulmil,
et celui de Mayapan où ne régnaient probablement déjà plus les Cocomes,
mais, autant qu’on peut le deviner, un prince de race étrangère; car,
ainsi qu’à celui d’Uxmal, le texte donne le titre de _halach-uinicil_,
et, à ceux de Chichen et d’Izamal, le titre supérieur d’_Ahau_ ou
roi.—D’après le calcul de Pio Perez, cette fédération commence à l’an
936 et dure jusqu’en 1176, c’est-à-dire deux cent quarante ans, tandis
qu’il dit lui-même clairement dans le texte maya et dans la traduction
anglaise de Stephens que ce fut une période de deux cents ans. Durant
cette période, les trois rois fédérés furent souvent en guerre, comme on
le voit ici et dans le texte de Landa. Conf. pag. 48 et suiv.

[21] Le texte signale ici les Katun XI, IX et VII; il passe le V,
III, I, XII et X, pour arriver au VIII, où il y donne la défaite de
Chac-Xib-Chac, prince de Chichen.

[22] Hunac-Eel (peut-être _Huna-Ceel_) est appelé dans le texte _u
halach uinicil Mayalpan ichpac_, le puissant seigneur de la forteresse
de Mayapan (_halach uinicil_, vraie humanité, est intraduisible), en
opposition avec le titre d’_Ahau_ donne aux rois de Chichen et d’Izamal;
ce qui semble annoncer une origine étrangère. Mayapan, qui continue
comme forteresse, était peut-être restée au pouvoir des légions de race
nahuatl, introduites par les Cocomes, suivant Landa: ce qui confirmerait
cette supposition, c’est la liste des six ou sept grands officiers,
commandant les troupes mayapanèques, dont les noms sont à peu près tous
d’origine nahuatl.

[23] Cette période de Katuns est comptée par Pio Perez entre les années
1176 et 1258.

[24] De 1258 à 1272, suivant Pio Perez.—Le texte maya dit ici _Ah Ulmil
Ahau_, qui me paraît signifier le roi de la maison ou des Ulmil; Ulmil
serait donc plutôt un nom patronymique qu’un nom de personne. Stephens,
d’après Pio Perez, dit que la guerre le fit contre Ulmil, à cause de ses
querelles avec Ulil, roi d’Izamal: le texte me semble dire le contraire,
et, au lieu de querelles, je crois qu’il faut lire, à cause de ses
festins ou des fêtes qu’il célébrait en commun avec Ulil.

[25] Stephens, d’après Pio Perez, passe sous silence les mots _tumenel u
ɔabal u naatob_, qui suivent le nom de Hunac-Eel, lesquels me semblent
signifier _par celui qui accorde les dons de l’intelligence_.

[26] Cette guerre qui avait commencé au VIII Ahau (entre 1181 et 1201)
termine dans l’Ahau suivant (entre 1201 et 1221).

[27] Durant ce même VIII Ahau, le même roi du Chichen ou un autre de
la même famille, profitant des troubles qui régnaient sans doute à
Mayapan, envahit le territoire de cette ville. Ce qui paraît bien étrange
ici, c’est le motif de cette invasion, c’est que Mayapan, sous les
chefs de race nahuatl qui y dominaient, avait inauguré le gouvernement
républicain. On voit, du reste, des traces de révolutions analogues
au Quiché, presque vers la même époque. Voir mon _Hist. des nations
civilisées du Mexique_, etc., tom. II, liv. ii, chap. 8, et le _Livre
sacré_, pag. 325.

[28] Ces montagnards _Ah-Uitzil_, d’où venaient-ils? Nul ne le dit. Mais
l’analogie du nom avec celui des Quichés, car _quiche_ et _uitzil_ sont
identiques étymologiquement, semblerait annoncer une invasion venue de
Guatémala qui n’en est, d’ailleurs, pas excessivement éloigné. Quelques
mots dans le _Livre sacré_ donneraient à penser que l’envahisseur aurait
été le roi Gucumatz. Conf. _Livre sacré_, pag. 314.

[29] _Tancah_ paraît avoir été la ville qui aurait succédé à Mayapan
et bâtie, peut-être, sur une partie de ses ruines, après la révolution
qui en avait chassé les Cocomes.—Pio Perez, dans Stephens, assigne ces
époques entre l’an 1272 et l’an 1368, date, dit-il, de la destruction de
Mayapan. La date suivante est de 1368 à 1392.

[30] Le VIII Ahau-Katun commence à l’an 1441 et termine à l’an 1461;
c’est celui durant lequel tombe la destruction définitive, c’est-à-dire
l’abandon de Mayapan, d’après ce document, que Landa fixe à cent
vingt-cinq ans avant l’époque où il écrivait, environ l’an 1487 de notre
ère.

[31] Une nouvelle preuve de l’incurie avec laquelle Pio Perez a fait le
calcul des Katuns de ce document, c’est qu’il fixe ici la période à la
fin de laquelle arrivèrent, pour la première fois, les Espagnols entre
les années 1392 et 1488. L’Amérique n’était pas encore découverte: les
événements dont il s’agit ici sont des années 1511-1517.

[32] La petite vérole avait été apportée par les Espagnols; quant à la
perte en question ici, Conf. plus haut, pag. 62. Le mot _ichpaa_, qui est
ici pour château ou forteresse, prouve que les grands édifices du Yucatan
étaient encore en partie habités à cette époque.

[33] On ne dit pas qui était Ahpulà; mais pour que sa mort ait fait ici
l’objet d’une date, il doit avoir été un personnage important parmi les
Mayas, au moment de la conquête.

[34] Pio Perez fait mourir Ahpulà, suivant son commentaire, à l’an 1473,
tandis que le document maya, texte et traduction, la fixe avec raison à
l’an 1536, ce qui, avec les dates données par Landa, lève presque tous
les doutes.

[35] Le document reparle ici de la ruine de Mayapan, en assignant à
cet événement une antériorité de soixante ans au temps de la conquête:
ce chiffre, répété deux fois, et à deux époques assez éloignées l’une
de l’autre, semblerait annoncer une incorrection dans le texte où, au
lieu d’_ox-kal_, trois-vingts, il faudrait lire probablement _can-kal_,
quatre-vingts.

[36] Il s’agit ici des religieux qui, avec Landa, prêchèrent la doctrine
chrétienne aux Mayas et commencèrent à les baptiser.

[37] Voir plus haut, pages 53 et 59.



ÉCRIT DE FRÈRE ROMAIN PANE DES ANTIQUITÉS DES INDIENS, QU’IL A
RECUEILLIES AVEC SOIN EN HOMME QUI SAIT LEUR LANGUE, PAR ORDRE DE
L’AMIRAL[1].


Moi, frère Romain, pauvre ermite de l’ordre de Saint-Jérôme, j’écris,
par ordre de l’illustre seigneur amiral et vice-roi, gouverneur des
îles et de la terre-ferme des Indes, ce que j’ai pu apprendre et savoir
de la croyance et de l’idolâtrie des Indiens, comme aussi ce qui a
rapport à leurs dieux. De quoi je traiterai maintenant dans le présent
écrit. Chacun, en adorant les idoles qu’ils ont chez eux, appelées
Cemi[2], observe une manière et des superstitions particulières. Ils
reconnaissent qu’il y a dans le ciel comme un être immortel, que personne
ne peut voir; qu’il a une mère et qu’il n’a pas de principe, et ils
l’appellent _Io cahuva_, _Gua-Maorocon_[3], et ils appellent sa mère
_Atabei_, _Iermao_, _Guacarapito_ et _Zuimaco_, qui sont cinq noms[4].
Ceux dont j’écris ces choses sont de l’île Espagnole; car des autres
îles, je ne sais rien, ne les ayant jamais vues. De la même manière,
ils savent de quel côté ils vinrent, d’où le soleil et la lune eurent
leur origine, comment se fit la mer et en quel lieu vont les morts. Ils
croient aussi que les morts leur apparaissent dans les chemins, lorsque
l’un d’eux va seul; c’est pourquoi ils ne leur apparaissent point, quand
plusieurs vont ensemble. Ce sont leurs aïeux qui leur ont fait croire
tout cela: bien qu’ils ne sachent pas lire ni compter plus loin que dix.

CHAPITRE I. De quel côté sont venus les Indiens et de quelle
manière.—L’île Espagnole a une province nommée _Caanau_, dans laquelle
il se trouve une montagne qui s’appelle _Canta_, où il y a deux grottes,
l’une dite _Cacibagiagua_ et l’autre _Amaiauua_[5]. De Cacibagiagua
sortit la plus grande partie des gens qui peuplèrent l’île. Ceux-ci se
trouvant dans ces grottes, on y faisait de nuit la garde, et le soin en
était commis à un qui s’appelait _Marocael_[6]; mais on dit qu’ayant
tardé un jour à venir à la porte, le soleil l’enleva. Voyant donc que le
soleil l’avait enlevé, à cause de sa mauvaise garde, ils lui fermèrent la
porte, et ainsi il fut transformé en pierre auprès de la porte. On dit
que quelques-uns étant ensuite allés pêcher furent pris par le soleil, et
ils devinrent des arbres, appelés par eux _Iobi_, et d’une autre manière,
ils les nomment _Myrabolaniers_[7].

La raison pour laquelle Marocael veillait et faisait la garde, c’était
pour regarder de quel côté il voulait envoyer ou répartir le monde; et il
paraît qu’il tarda trop pour son malheur.

CHAPITRE II. Comment les hommes se séparèrent des femmes.—Il arriva que
l’un qui avait pour nom _Guagugiona_, dit à un autre qui s’appelait
_Giadruuaua_[8] d’aller cueillir une herbe, dite le _Digo_, avec quoi ils
se nettoient le corps, quand ils vont se laver. Celui-ci y alla avant
le jour et le soleil l’enleva dans le chemin, et il devint un oiseau
qui chante le matin comme le rossignol, et qui se nommait _Giahuba
Bagiael_[9]. Guagugiona voyant que celui qu’il avait envoyé cueillir
l’herbe Digo ne retournait point, se résolut à sortir de ladite grotte de
Cacibagiagua.

CHAPITRE III.—Guagugiona, indigné de voir que ceux qu’il avait envoyés
pour cueillir le digo avec lequel il voulait se laver, ne revenaient
point, dit aux femmes: Laissez vos maris et allons-nous-en à d’autres
pays et nous y porterons beaucoup de joyaux. Laissez vos enfants et
emportons seulement l’herbe avec nous, et nous retournerons ensuite pour
eux.

CHAPITRE IV.—Guagugiona partit avec toutes les femmes et s’en alla,
cherchant d’autres pays; il arriva à _Matinino_[10] où il laissa aussitôt
les femmes, et s’en alla dans une autre région nommée _Guanin_. Or, ils
avaient laissé les petits enfants auprès d’un ruisseau. Mais ensuite
lorsque la faim commença à les incommoder, on dit qu’ils se mirent à
pleurer, appelant leurs mères qui étaient parties, et les pères ne
pouvaient calmer leurs enfants, appelant leurs mères, à cause de la faim,
en disant mama, pour parler, quoique en réalité ce fût pour demander
le sein. Et tout en pleurant ainsi et en demandant le sein, disant
_too, too_, comme celui qui demande quelque chose avec grande ardeur
et beaucoup de constance, ils furent transformés en petits animaux, en
manière de nains qu’on nomme _Tona_, à cause des cris qu’ils faisaient
pour le sein; et de cette manière tous les hommes restèrent sans
femmes[11].

CHAPITRE V.—Qu’ils s’en allèrent en quête de femmes une autre fois de
l’île Espagnole, qui auparavant se nommait _Aïti_, et ainsi se nomment
ses habitants[12]; et celles-ci et les autres îles, ils les nommaient
_Bouhi_. Mais comme ils n’ont ni écriture ni lettres, ils ne peuvent
rendre bon compte de la manière qu’ils ont entendu ces choses de leurs
ancêtres; ils ne sont pas d’accord, d’ailleurs, sur ce qu’ils disent,
et on ne peut écrire ce qu’ils racontent avec ordre. Dans le temps
que _Guahagiona_[13] (Guahahiona) qui enleva toutes les femmes s’en
allait, il emmena pareillement les femmes de son cacique qui se nommait
_Anacacugia_[14], le trompant comme il avait trompé les autres; de plus
_Anacacugia_, parent de Guahagiona qui s’en allait avec lui, entra dans
la mer, et ledit Guahagiona étant dans le canot, dit à son parent:
Attention que le beau _Cobo_ est dans l’eau, lequel Cobo est le limaçon
de mer. Et celui-là regardant l’eau pour voir le Cobo, Guahagiona son
parent le saisit par les pieds et le jeta dans la mer; ainsi il prit
toutes les femmes pour lui, laissant celles de Martinino où on dit qu’il
n’y a que des femmes aujourd’hui pour lui; il s’en alla à une autre île
qui s’appelle Guanin, et elle s’appela ainsi à cause des choses qu’il
emporta de celle-ci en partant.

CHAPITRE VI.—Que Guahagiona retourna à la dite (montagne de) Canta
d’où il avait enlevé les femmes.—On dit qu’étant dans la région où il
était allé, Guahagiona vit qu’il avait laissé une femme dans la mer,
et il en eut une grande jouissance; mais aussitôt après il chercha
un grand nombre de baigneurs pour se faire laver, étant couvert de
ces ulcères que nous appelons le mal français[15]. Ceux-là le mirent
donc dans une _Guanara_, ce qui veut dire endroit retiré[16], et
ainsi étant là, il guérit de ses ulcères. Elle lui demanda ensuite
la permission de s’en aller en son chemin et il la lui donna. Cette
femme s’appelait _Guabonito_[17], Guahagiona changea son nom et se
nomma dorénavant _Biberoci Guahagiona_[18]. Et la femme Guallonito[19]
donna à Biberoci Guahagiona beaucoup de _Guanins_ et de _Ciba_, afin
qu’il les portât liés aux bras; car dans ces pays les _Colecibi_ sont
des pierres qui ressemblent beaucoup au marbre et ils les portent
liés aux bras et au col, et les Guanins ils les portent aux oreilles,
en s’y faisant des trous, quand ils sont petits; ils sont de métal,
à peu près de la grandeur d’un florin[20]. Le commencement de ces
Guanins furent, disent-ils, _Guabonito_, _Albeborael_, _Guahagiona_
et le père d’Albeborael[21]. Guahagiona resta dans le pays avec son
père qui se nommait _Hiauna_; son fils, du côté du père, s’appelait
_Hia-Guaili-Guanin_, ce qui veut dire fils de Hiauna[22]; et dorénavant
il s’appela Guanin, et il s’appelle ainsi aujourd’hui. Mais comme ils
n’ont ni lettres ni écriture, ils ne savent pas bien raconter ces sortes
de fables et je ne puis les écrire bien. Je crois que je mettrai le
commencement où devrait être la fin et la fin au commencement. Mais tout
ce que j’écris est ainsi raconté par eux, juste comme je l’écris, et
ainsi je le développe comme je l’ai entendu de ceux du pays.

CHAPITRE VII.—Comment il y eut encore une fois des femmes dans cette île
de Haïti, et qui se nomme l’Espagnole.—Ils disent qu’un jour les hommes
étaient allés se baigner: tandis qu’ils étaient dans l’eau, il pleuvait
beaucoup, et ils étaient fort désireux d’avoir des femmes; et souvent,
quand il pleuvait, ils étaient allés chercher les traces de leurs femmes.
Ils ne pouvaient avoir d’elles aucune nouvelle; mais ce jour-là, on dit
qu’en se baignant, ils virent tomber de quelques arbres, se laissant
couler le long des branches, certaines formes de personnes qui n’étaient
ni hommes ni femmes et qui n’avaient le sexe ni du mâle ni de la femelle.
Ils allèrent donc pour s’en emparer; mais ces êtres s’enfuirent comme
s’ils eussent été des aigles[23]. C’est pourquoi ils appelèrent, par
ordre de leur cacique, deux ou trois hommes, puisqu’ils ne pouvaient s’en
emparer eux-mêmes, afin qu’ils observassent combien elles[24] étaient, et
qu’ils cherchassent pour chacune un homme qui fût _Caracaracol_, parce
que ceux-ci avaient les mains âpres, et de cette façon ils tenaient bien
ce qu’ils prenaient. Ils rapportèrent au cacique qu’il y en avait quatre,
et ainsi ils conduisirent quatre hommes, qui étaient Caracaracols; le
Caracaracol étant une maladie comme la gale qui rend le corps fort
âpre[25]. Après qu’ils s’en furent emparés, ils tinrent conseil entre eux
sur ce qu’ils pourraient faire pour que ce fussent des femmes; puisque
ces êtres n’avaient le sexe du mâle ni de la femelle.

CHAPITRE VIII.—De quelle manière ils trouvèrent le moyen à ce que ce
fussent des femmes.—Ils cherchèrent un oiseau qui s’appelait _Inriri_,
anciennement dit _Inrire Cahuuaiel_, lequel fore les arbres, et dans
notre langue s’appelle Pico[26]. De la même manière ils prirent ces
femmes sans sexe de mâle ni de femelle, leur lièrent les pieds et les
mains, et s’étant saisis de l’oiseau susdit, le leur amarra au corps:
celui-ci croyant que c’étaient des pièces de bois, commença à faire
son travail habituel, becquetant et trouant à l’endroit où d’ordinaire
doit se trouver le sexe des femmes. C’est de cette manière, disent les
Indiens, qu’ils eurent des femmes, à ce que racontent les plus anciens.
Comme j’ai écrit à la hâte et que je n’avais pas suffisamment de papier,
je n’ai pu mettre à sa place ce que par erreur je portai ailleurs; mais,
somme toute, je n’ai pas erré, parce qu’eux croient le tout, de la même
manière que cela est écrit. Retournons maintenant à ce que nous avions
à mettre d’abord, c’est-à-dire leur opinion concernant l’origine et
principe de la mer.

CHAPITRE IX. Comment ils disent que se fit la mer.—Il y avait un homme
nommé _Giaia_, dont ils ne savent pas le nom[27]: et son fils se nommait
_Giaiael_, ce qui veut dire fils de Giaia; lequel Giaiael voulant tuer
son père, celui-ci l’envoya en exil dans un lieu, où il resta exilé
quatre mois; après quoi son père le tua et mit ses os dans une calebasse
et l’attacha au toit de sa maison, où elle demeura suspendue quelque
temps. Il arriva qu’un jour désirant voir son fils, Giaia dit à sa femme:
Je veux voir notre fils Giaiael, et celle-ci en fut contente; ayant
descendu la calebasse, il la renversa pour voir les os de son fils, et il
en sortit une multitude de poissons grands et petits[28], sur quoi voyant
que les os s’étaient transformés en poissons, ils délibérèrent de les
manger. Un jour donc qu’ils disent que Giaia était allé à ses _conico_,
c’est-à-dire aux biens qui étaient de son héritage, vinrent quatre fils
d’une femme qui s’appelait _Itaba-Tahuuana_, tous quatre d’une portée
et jumeaux; laquelle femme étant morte dans l’enfantement, on l’ouvrit
et on en retira lesdits quatre fils; et le premier qu’on en sortit fut
Caracaracol, qui veut dire galeux, lequel Caracaracol eut pour nom.....
les autres n’avaient point de nom.

CHAPITRE X.—Comme les quatre fils jumeaux d’Itaba-Tahuuana, qui était
morte en couches, allèrent pour mettre ensemble la calebasse de Giaia
où était son fils _Agiael_[29] qui s’était transformé en poissons;
mais aucun d’eux n’eut la hardiesse de la prendre, excepté _Dimivan
Caracaracol_[30] qui la détacha. Et tous se rassasièrent de poisson: et
pendant qu’ils mangeaient, ils entendirent Giaia qui revenait de ses
domaines; et voulant dans leur précipitation suspendre la calebasse, ils
ne l’attachèrent pas bien, de manière qu’elle tomba à terre et se brisa.
Ils disent que l’eau qui sortit de cette calebasse fut si abondante,
qu’elle remplit toute la terre, et avec cette eau sortit une multitude
de poissons; de là ils tiennent que la mer eut son origine[31]. Ceux-là
partirent ensuite de là et trouvèrent un homme qui se nommait _Con-el_,
lequel était muet[32].

CHAPITRE XI.—Des choses qui passèrent aux quatre frères, lorsqu’ils
s’en allèrent fuyant de Giaia.—Aussitôt qu’ils arrivèrent à la porte
de _Bassa-Manaco_, et qu’ils entendirent qu’il portait du cassabi[33],
ils dirent, _Ahiacauo Guarocoel_, c’est-à-dire connaissons celui qui
est notre aïeul. De même Demivan Caracaracol, voyant ses frères devant
lui, entra au dedans pour voir s’il pouvait avoir quelque cassabi;
lequel cassabi est le pain qui se mange dans le pays. Caracaracol étant
entré dans la maison d’_Aiamauaco_[34], lui demanda du cassabi, qui
est le pain susdit; et celui-ci se mit la main au nez et lui lança un
_guanguio_[35] aux épaules; lequel guanguio était rempli de _cogioba_
qu’il avait fait pour ce jour; laquelle cogioba est une certaine poudre
que ces gens-ci prennent quelquefois pour se purger et pour d’autres
effets que vous comprendrez ensuite. Ils la prennent avec une canne
longue de la moitié d’un bras, qu’ils se mettent au nez par un bout et
l’autre dans la poudre, et ainsi ils l’aspirent par le nez, et cela les
fait purger généralement. Et ainsi il lui donna ce guanguio pour du pain
et...... le pain qu’il faisait; mais il se retira fort indigné parce
qu’ils le lui demandaient[36].

Caracaracol, après cela, s’en retourna vers ses frères, et leur raconta
ce qui lui était arrivé avec _Baiamanicoel_[37], en leur faisant part
du coup qu’il lui avait donné avec le guanguio sur l’épaule, et qui
lui faisait beaucoup de mal. Alors les frères regardèrent l’épaule et
virent qu’il l’avait très-gonflée, au point qu’il était près de mourir.
Là-dessus, ils cherchèrent à la couper, mais sans y réussir: et prenant
une _manaia_ de pierre, ils la lui ouvrirent, et ainsi il en sortit une
tortue femelle vivante[38]; et de cette manière ils fabriquèrent leur
maison et ils prirent soin de la tortue. De ceci je n’ai pas entendu
autre chose et il y a peu à tirer de ce nous avons écrit. Ils disent en
outre que le soleil et la lune sortirent d’une grotte qui est dans le
pays d’un cacique, appelé _Mancia Tiuuel_; laquelle grotte s’appelait
_Giououana_ et pour laquelle ils avaient une grande estime[39]. Ils la
tiennent en totalité peinte à leur manière, sans aucune figure, mais avec
beaucoup de feuillages et d’autres choses semblables: dans cette grotte,
il y a deux Cimin, faits de pierre, petits, de la grandeur de la moitié
du bras, les mains liées, et il semble qu’ils soient dans l’action de
suer. Ils ont une grande estime pour ces Cimin, et quand il ne pleuvait
point, ils disent qu’ils entraient là pour les visiter et qu’aussitôt
il pleuvait. Or de ces deux Cimin l’un est appelé par eux _Boinaiel_ et
l’autre _Maroio_[40].

CHAPITRE XII.—De ce que ces gens-ci pensent au sujet des morts qui vont
errants, et de quelle manière ils sont et ce qu’ils font.—Ils sont
persuadés qu’il y a un lieu où vont les morts, qui se nomme _Coaibai_, et
qu’il existe dans une partie de l’île appelée _Soraia_[41]. Le premier
qui se trouva en Coaibai fut, disent-ils, un qui se nommait _Machetaurie
Guaiana_, qui était seigneur dudit Coaibai, maison et demeure des
morts[42].

CHAPITRE XIII. De la forme qu’ils disent qu’ont les morts.—Ils disent
que de jour ils restent enfermés, et qu’ils vont promener la nuit; et
qu’ils mangent d’un certain fruit nommé _Guabaza_, lequel a le goût
de...... qui le jour sont...... et qui la nuit se changent en fruit, et
que les (morts) en font un festin et se réunissent aux vivants. Or, pour
les reconnaître, ils le font de cette manière, qu’ils lui touchent le
ventre de la main, et que s’ils n’y trouvent pas l’ombilic, ils disent
qu’il est _operito_, ce qui veut dire mort: c’est pour cela qu’ils
disent que les morts n’ont pas d’ombilic. Et ainsi sont-ils quelquefois
trompés, lorsqu’ils ne font pas attention à cela. Or s’ils se couchent
avec quelque femme de celles de Coaibai, celles-ci, au moment où ils
pensent les avoir entre les bras, s’évanouissent, et, à cause de cela,
disparaissent en un moment. Voilà, quant à cela, ce qu’ils croient encore
aujourd’hui. Quand une personne est en vie, ils appellent son esprit
_Goeiz_ et après la mort le nomment _Opia_: ils disent que ce Goeiz leur
apparaît souvent sous la forme d’un homme ou d’une femme[43]; et ils
ajoutent qu’il s’est trouvé des hommes qui ont voulu combattre avec lui,
et qu’en venant aux mains, il disparaissait et que l’homme mettait ses
bras ailleurs, sur quelque arbre auquel il demeurait attaché. C’est ce
que tous croient en général, petits et grands, que l’esprit leur apparaît
sous la forme du père, de la mère, des frères, ou des parents, ou sous
d’autres formes. Le fruit qu’ils disent que mangent les morts, est de la
grosseur d’une poire de coing. Ces morts ne leur apparaissent jamais de
jour, mais constamment la nuit; aussi est-ce avec grande crainte que l’un
ou l’autre se risque à sortir seul de nuit.

CHAPITRE XIV.—D’où ils tirent ces choses et qui les fait demeurer dans
cette croyance.—Ce sont quelques hommes qui pratiquent (la médecine),
parmi eux, appelés _Bohuti_, lesquels font beaucoup de fourberies,
comme nous dirons plus loin, pour leur faire accroire qu’ils parlent
avec eux et qu’ils savent tous leurs faits et secrets, et que quand
ils sont malades, ils leur enlèvent la maladie: et ainsi ils les
trompent. C’est de quoi j’ai vu une partie de mes propres yeux, comme
des autres choses; je n’ai raconté que ce que j’ai entendu d’un grand
nombre, particulièrement des principaux, avec lesquels j’ai pratiqué
plus qu’avec d’autres; c’est pourquoi ceux-ci croient toutes ces fables
avec plus de certitude que les autres. Quoi qu’il en soit, de même que
les Maures, ils ont leurs lois réduites à des chants antiques, à l’aide
desquels ils se gouvernent, ainsi que les Maures, comme si c’était par
l’écriture. Et lorsqu’ils veulent chanter leurs chants, ils touchent d’un
certain instrument qu’ils appellent _Maiohauau_[44], qui est de bois,
concave et de beaucoup de force, léger, long d’un bras et large d’un
demi-bras; et la partie où l’on touche est faite en forme de tenailles
de maréchal-ferrant, et de l’autre côté (il a une ouverture oblongue; on
frappe sur la première avec un bâton, terminé par une boule de gomme,
lequel) est semblable à une massue; de telle manière, qu’elle ressemble à
une citrouille au long col; et c’est là l’instrument qu’ils touchent. Or,
il a un son si fort qu’on l’entend à une lieue et demie de loin; c’est à
ce son qu’ils chantent leurs chants qu’ils apprennent par cœur: ceux qui
en touchent sont les principaux d’entre eux, qui apprennent dès l’enfance
à le toucher et à chanter en même temps, suivant leurs coutumes. Passons
maintenant à la description d’un grand nombre d’autres choses et
cérémonies et coutumes des gentils.

CHAPITRE XV.—Des observances de ces Indiens _Buhu-itihu_[45], et de
quelle manière ils font profession de médecine et enseignent les gens; et
dans leurs cures médicinales, souvent ils se trompent. Tous ou la plupart
de ceux de l’ile espagnole ont un grand nombre de Cimi de différente
sorte. L’un a les os de son père et de sa mère, de ses parents et de ses
ancêtres, qui sont faits de pierre ou de bois. Et des deux sortes ils
en ont beaucoup; les uns qui parlent, les autres qui font naître les
choses qu’ils mangent; plusieurs qui font tomber la pluie, d’autres qui
font souffler les vents. Ce sont toutes choses que ces pauvres ignorants
croient que produisent ces idoles, ou pour mieux dire ces démons, ces
gens-là n’ayant pas la connaissance de notre sainte foi. Quand quelqu’un
est malade, ils lui amènent la Buhu-itihu, le médecin susdit. Le médecin
est astreint à s’abstenir de la bouche, comme le malade lui-même, et
à faire également le malade, ce qu’il fait de cette manière que vous
allez entendre. Il faut donc qu’il se purge, comme le malade, et pour se
purger, il prend d’une certaine poudre appelée _Cohoba_, en l’aspirant
par le nez[46], laquelle l’enivre de telle sorte, qu’ils ne savent plus
ce qu’ils font: et ainsi ils disent beaucoup de choses extrordinaires,
dans lesquelles ils affirment qu’ils parlent avec les Cimi, et que
ceux-ci leur disent que d’eux vient la maladie.

CHAPITRE XVI. De ce que font lesdits Buhu-itihu.—Lorsqu’ils vont visiter
quelque malade, avant de sortir de leurs maisons, ils prennent de la
vase du fond de leurs cruches ou du charbon pilé, et se noircissent
tout le visage, pour faire croire au malade ce qu’il leur semble de sa
maladie: ils prennent ensuite quelques petits os et un peu de viande, et,
enveloppant le tout dans quelque chose, afin que rien ne puisse tomber,
ils le prennent dans la bouche. Le malade étant déjà purgé avec la même
poudre que nous avons dite, le médecin entre dans la maison; il commence
par s’asseoir, et tous se taisent: s’il s’y trouve des enfants ils les
envoient dehors, afin qu’ils ne mettent pas d’obstacle à l’office du
Buhu-itihu, et il ne reste dans la maison qu’une ou deux des personnes
principales. Or, se trouvant ainsi seuls, ils prennent quelques herbes
de la Gioia.... grandes et une autre herbe, enveloppée dans la feuille
d’un oignon, longue d’un demi-quartaut, et l’une des Gioia est de celles
que tous prennent communément: les ayant broyées, ils en font une pâte
avec les mains et puis se la mettent dans la bouche la nuit, pour vomir
ce qu’ils ont mangé, afin que cela ne leur fasse pas de mal, et alors ils
commencent à faire le chant susdit; et allumant une torche, ils prennent
ce suc[47].

Cela fait d’abord, et s’étant tenu posé quelques instants, le Buhu-itihu
se lève et s’avance vers le malade qui est assis seul au milieu de la
maison, comme on l’a dit: il tourne deux fois à l’entour, suivant son
plaisir; après quoi il se met devant lui, le prend par les jambes, le
palpant aux cuisses, en descendant jusqu’aux pieds; puis il le tire
avec force, comme s’il voulait détacher un membre de l’autre[48]: sur
cela, il va au dehors de la maison dont il ferme la porte et lui parle,
disant: Va-t-en à la montagne ou à la mer, ou bien où tu veux; et avec
un souffle, comme qui souffle d’une sarbacane[49], il se retourne d’un
autre côté, met ses mains ensemble, en fermant la bouche; et les mains
lui tremblent comme d’un grand froid; il souffle sur ses mains et retire
son haleine, comme on fait, en suçant la moelle d’un os, et aspire le
malade au col, ou à l’estomac, aux épaules, ou aux joues, aux seins ou au
ventre et en beaucoup d’autres parties du corps. Cela fait, il commence
à tousser et à montrer un visage défait, comme s’il avait mangé quelque
chose d’amer, et crache dans sa main. Il retire alors ce que nous avons
dit qu’il s’était mis dans la bouche, étant dans sa maison, ou pendant le
chemin, soit de la pierre, de l’os ou de la viande, comme on l’a dit. Et
si c’est quelque chose qui se mange, il dit au malade: Fais attention que
tu as mangé quelque chose qui t’a fait mal et que tu en souffres; regarde
comme je te l’ai retiré du corps où ton Cemi l’avait mis, parce que tu ne
l’avais pas prié, que tu ne lui avais érigé aucun autel, ou que tu ne lui
avais donné aucun domaine.

Si c’est une pierre, il lui dit: Conserve-la bien soigneusement. Et
quelquefois ils regardent comme certain que ces pierres sont utiles
et qu’elles servent à faire accoucher les femmes: ils les gardent
précieusement, enveloppées dans du coton, les plaçant dans de petits
paniers, et leur donnent à manger de ce qu’ils mangent, et en usent de
la même manière avec les Cimi qu’ils ont dans leurs maisons. Les grands
jours de fête ils leur portent beaucoup à manger, comme du poisson, de
la viande ou du pain, ou toute autre chose; ils mettent le tout dans la
maison de Cimi, afin que la susdite idole en mange[50]. Le jour suivant
ils emportent tous ces vivres chez eux, après que Cimi en a mangé. Et
ainsi que Dieu les aide comme Cimi en mange et leur en donne d’autre,
Cimi étant une chose morte, composée de pierre ou faite de bois.

CHAPITRE XVII. Comment les susdits médecins se sont trompés
quelquefois.—Quand ensuite ils ont fait les choses susdites, et que,
néanmoins, le malade vient à mourir, si le défunt a beaucoup de parents
ou est seigneur de bourgades et s’il est puissant, il oppose de la
résistance audit Buhu-itihu, ce qui veut dire médecin; car ceux qui
peuvent peu, n’osent pas lutter contre ces médecins, et celui-là, s’il
veut lui faire du mal, le fait ainsi[51]:

Voulant savoir si le malade est mort par la faute du médecin, ou si
celui-ci n’a pas fait diète, comme il lui était ordonné, ils prennent
une herbe appelée _gueio_, qui